Beauté et société

Amour et sacré

Les Anciens distinguaient l’amour spirituel qui avait Aphrodite Ouranie, fille du Ciel et de l’écume pour déesse, de l’amour physique avec une Aphrodite plus tardive, née de Zeus et Dioné. Dans notre expérience personnelle, il y a également une différence entre des amourettes peu marquantes et l’amour qui nous bouleverse, nous transforme, nous fait sortir de nous-même pour révéler un nouvel être et que nous recherchons tous.

En effet, de tous temps, pour chacun d’entre nous, l’Amour est la plus grande expérience qu’il soit donné de vivre à un individu. C’est celle qui est la plus désirée, la plus attendue, la plus imaginée dès lors qu’on perçoit à travers d’autres, réels ou fictifs, ce que ça peut être. Avant même de le vivre, les enfants se demandent avec qui ils se marieront, qui ils aimeront, comme si dans la réponse à ces questions résidait la clé du mystère de leur propre vie tout entière et de leur être profond.

Et ils ont raison. La rencontre amoureuse a tout d’une épiphanie, une manifestation du divin. Dans les yeux de celui qui aime, l’être aimé a toutes les qualités, toutes les perfections que n’ont pourtant remarquées à un tel degré aucune des personnes qui le connaissent sans en être amoureux. Or, la perfection est par essence la caractéristique du divin. Une rencontre conduisant instantanément au sentiment amoureux chez une personne ou les deux s’appelle d’ailleurs en français : « le coup de foudre », ce que recevaient les mortels qui avaient vu un dieu sous sa vraie forme, en pleine gloire.

La suite de la relation montre d’ailleurs la proximité qu’il y a entre l’amour et la dévotion, l’être aimé étant l’objet de tout le soin, toute l’adoration, la vénération que peut avoir un religieux envers la figure sainte à laquelle il s’est consacré. L’amoureux fou n’a en effet rien de la sincérité tiède du simple croyant qui dit quelques prières, va poser un cierge à l’église et remplit ses devoirs. L’être qui aime follement vit l’union avec l’aimé comme une expérience proche de l’extase connue des grandes saintes unies à Dieu dans des visions expérimentées et exprimées de façon troublante :

« Je voyais dans les mains de cet ange un long dard qui était d’or, et dont la pointe en fer avait à l’extrémité un peu de feu. De temps en temps, il le plongeait, me semblait-il, au travers de mon coeur, et l’enfonçait jusqu’aux entrailles; en le retirant, il paraissait me les emporter avec ce dard, et me laissait tout embrasée de l’amour de Dieu. La douleur de cette blessure était si vive, qu’elle m’arrachait des gémissements (…)mais si excessive était la suavité que me causait cette extrème douleur, que je ne pouvais ni en désirer la fin, ni trouver de bonheur  hors de Dieu. » Sainte Thérèse d’Avila. Le Livre de la Vie.

Ce genre de vision, d’expérience mystique vécue sur un mode amoureux, fusionnel et érotique n’est pas rare dans l’histoire du catholicisme pour celles qu’on appelait les « épouses du Christ », et ressemble à ce que nous vivons lorsque nous nous unissons à l’être aimé. Par ailleurs, dans les autres religions également, les traités d’amour, le Cantique des Cantiques de la tradition juive ou, beaucoup plus explicitement, le traité d’Amour d’Ibn-Arabî, établissent un lien évident et même inévitable entre expérience amoureuse et expérience mystique.

L’amour, c’est aussi  une sorte de possession telle qu’on y croit dans les sociétés qui ont conservé des traditions animistes et où les esprits jouent un rôle primordial dans la spiritualité. S’emparant de notre âme et de notre chair, l’amour nous brûle, nous possède, nous pousse à des actions incompréhensibles allant de la déprime à l’exaltation et qui nous font passer pour fous, comme ces possédés que l’on tente de soigner par la transe lors d’une lîla, cérémonie collective, nocturne et musicale destinée à la guérison d’une personne possédée par un djînn. Certains prêtres du Moyen-Age, d’ailleurs, tombés amoureux de femmes malgré eux, n’hésitèrent pas à les condamner pour sorcellerie, persuadés qu’elles les avaient envoûtés.

Enfin, l’amour humain ayant souvent été ce qu’on considérait comme faisant obstacle à l’élévation spirituelle, les maîtres hindous ont pu préconiser, pour éviter l’attachement à ce qui est mortel et impur, de voir Dieu en les personnes qu’on aime et ainsi aimer Dieu à travers elles pour convertir l’amour humain en amour divin.

Mais parfois, souvent même, on voit le divin naturellement dans la personne aimée, juste parce que l’amour, en soi, est un miracle où nous nous réalisons grâce à l’autre, comme jamais on ne l’avait fait auparavant :

Quitte à redevenir athée quand, descendu du nuage hallucinatoire créé par les hormones, le prince charmant ou la princesse se transforment en vilaines grenouilles qu’ils ont peut-être été dès le début tant l’amour comme la foi consistent finalement en une vision très personnelle, aussi contradictoirement aléatoire qu’absolue, de ce vers quoi tendre.

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Beauté : la tentation mathématique

Dans Costume de la donne, en 1536, Morpugo établit une liste de 33 perfections que doit avoir la femme idéale. Ce n’est pas une nouveauté, depuis ce 16 ème siècle, on fait des listes de perfections féminines allant de 3 à 30. Morpugo ne fait qu’en ajouter 3 autres. 3,30,33…On ne peut que remarquer la récurrence du 3 et ses multiples.

Voici cette liste, citée dans l’Histoire des femmes en Occident :

« Trois longues : les cheveux, les mains, les jambes

Trois menues : les dents, les oreilles et les seins

Trois étroites : la taille, les genoux et  » l’endroit où la nature a placé tout ce qui est doux »

Trois grandes ( mais bien proportionnées ) : la taille, les bras et les cuisses

Trois fines : les sourcils, les doigts, les lèvres

Trois rondes : le cou, le bras et le…

Trois petites : la bouche, le menton et les pieds

Trois blanches : les dents, la gorge, les seins

Trois rouges : les joues, les lèvres et les tétons

Trois noires : les sourcils, les yeux et ce que vous savez. »

Chacune de ces perfections s’assemble par triades où domine la géométrie : large, longue, ronde, ou la simple représentation spatiale : grande, fine, menue. Les couleurs, elles, sans nuances aucune, renvoient à l’imaginaire alchimique : l’oeuvre au noir, au blanc, au rouge. La pierre philosophale des alchimistes était censée aussi bien changer le plomb en or que faire obtenir l’immortalité à son possesseur. Normal que les critères censés définir la beauté d’une femme s’inspirent de certains de ses symboles, d’autant plus que la pratique de l’alchimie explosa à la Renaissance. Le chiffre 3, quant à lui, a le pouvoir de représenter Dieu dans presque toutes les cultures ( le Père, le Fils, le Saint Esprit des catholiques; Brâma, Vishnou, Shiva, la trinité des hindous; Le Bouddha, le Dharma, le Sangha, les 3 refuges des Bouddhistes, etc..), logique donc de le retrouver, lui et ses multiples, dans ce qui doit définir, les « perfections », la première des perfections étant Dieu lui-même.

Si les symboles mathématiques énoncés dans cette liste sont propres à leur époque, ne pensons pas être épargnés par le phénomène. Le critère de beauté minimal établi par notre Indice de Masse Corporelle, s’établit à partir d’un chiffre – un nombre pour être exact – obtenu grâce à la conjonction, dans un tableau, d’un poids établi en chiffre avec une taille également en chiffres, à quoi s’ajoutent la nécessité de la symétrie dans les traits, les sourcils qu’on redessine en les épilant, un rapport seins-taille-hanches suffisamment marqué et qui a pu également se traduire par des chiffres, le fameux 90-60-90, mensurations idéales établi dans les années 90 quand les journalistes, pour créer de la nouveauté, décidèrent de stariser les mannequins. Toute récurrence d’un multiple de 3 dans l’établissement d’une mesure visant à exprimer l’idéal s’avère bien évidemment culturellement fortuite. ..

On pourrait continuer la liste : nos tailles s’établissent en chiffres, nécessairement pairs en France, lesquelles expriment l’idéal à partir du moment où elles ne dépassent pas la trentaine, 36, pour être tout à fait exact, représentant l’idéal de la taille mannequin. La trentaine, c’est également le somment de la vie d’un homme et d’une femme, tant, en ce qui concerne la beauté et la forme physique que l’épanouissement socio-professionnel et personnel.

Pourquoi tant de chiffres ?

Les lois mathématiques et physiques définissent l’univers et contribuent donc à faire disparaître beaucoup de son arbitraire, de son côté hasardeux et angoissant. Il y a ainsi un ordre du monde, et pour les physiciens qui ont étudié l’univers comme pour certaines religions, Dieu est souvent vu comme un architecte, celui qui en a établi les lois perceptibles dans les mesures, règles, chiffres et autres systèmes mathématiques permettant de définir cet univers.

Et la beauté ?

La beauté rejoint une autre grande merveille du monde qu’on appelle l’Amour, et les définir tous deux d’une façon rationnelle leur ôte à la fois de leur mystère, de leur pouvoir et donc de tout ce qui les rend angoissants. Contrôlés et maîtrisés, la Beauté et l’Amour n’ont plus ce caractère terrible défini par les Grecs à travers des figures comme Eros et Aphrodite.

Mais Aphrodite finit toujours par renaître : « L’imperfection est beauté, la folie est génie, et il vaut mieux être totalement ridicule que totalement ennuyeux. » Marylin Monroe.

Une invitation à rendre leur liberté à la beauté, au charme, à la spontanéité en séduction et en amour, et à laisser tomber les chiffres aussi ridicules qu’ennuyeux dès qu’il s’agit d’Amour et de Beauté.

Quand c’est la plus belle qui le dit, il n’y a qu’à s’incliner.

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Cuisine, amour et sensualité

Dans notre société de surabondance, les invitations à consommer, le succès des sites ou guides spécialisés dans la cuisine ou les restaurants jouxtent parallèlement des discours de plus en plus axés sur l’alimentation du point de vue de la santé que du point de vue du plaisir. A l’ère où l’obésité est devenue un phénomène d’ampleur internationale et bien que la restauration soit un des seuls secteurs qui ne connaisse pas la crise, éradiquer les mauvaises habitudes, traquer les mauvaises graisses, partir en quête de méthodes pour manger plus équilibré sont les comportements à adopter pour montrer qu’on est responsable, ou donner une apparence raisonnable à ses problèmes alimentaires tels que l’orthorexie, cette obsession contemporaine de manger le plus sainement possible sans prendre en considération les autres paramètres.

A force de vouloir protéger la population, le discours ambiant associe de moins en moins la cuisine et le fait de s’alimenter au plaisir mais de plus en plus à la santé ( prévention du surpoids, de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires…), à la prudence, à la peur, même, et donc de plus en plus à un devoir. Se nourrir est une nécessité, le faire correctement est un chemin sur lequel doit s’engager toute personne responsable.

Et le plaisir dans tout ça ?

Les Grecs anciens qui se savaient mortels et qui n’avaient aucun espoir de contrôle sur cette réalité associaient bien souvent dans leurs poésies le festin, le vin et l’amour, le désir, Dionysos et Aphrodite, qu’ils entendaient bien célébrer tant qu’ils étaient vivants. Dans nos sociétés où la science a révélé que nous pouvions avoir un contrôle pas absolu mais non négligeable sur notre espérance de vie par le biais de notre alimentation, et où l’excès est devenu un risque plus grand que le manque, on associe de moins en moins les plaisirs de la table aux plaisirs de l’amour.

Et pourtant, dès notre naissance, la nourriture est associée au plaisir. Le contentement, le calme manifesté par le bébé qu’on a nourri se lisent sur son visage incapable de dissimulation. Dans toutes les sociétés, la nourriture est au coeur des coutumes religieuses où chaque fête est associée à des aliments traditionnels à partager : l’agneau de Pâques, le mouton de l’Aïd, les crêpes de la Chandeleur, les mets sucrés de Roch Hachana, le pain de Lughnasadh, la dinde de Thanksgiving, les sucreries de Divalî, etc…Il n’y a pas de fêtes traditionnelles sans nourriture car il n’y a pas de vie sans nourriture. Et lorsqu’elle est réalisée, cuisinée, travaillée, la nourriture est un don, un don de civilisation et de culture car chaque pays, chaque région, même, a la sienne.

La cuisine, c’est aussi un don d’amour. Cuisiner pour l’être qu’on aime, sa famille, ses enfants, passent pour les meilleures preuves d’amour. Car faire la cuisine pour quelqu’un, y prendre un soin et une attention méticuleux, hors d’un cadre où toute reconnaissance en est attendue, est le même geste que celui de la mère qui nourrit son enfant parce qu’elle l’aime et veut le voir grandir. Nourrir, c’est transmettre la vie, offrir une de ses conditions essentielles.

Mais la cuisine que l’on mange est aussi en lien avec la sexualité. Manger, c’est laisser quelque chose entrer dans son corps. Beaucoup de personnes pour qui le lien avec la sexualité est un problème pour maintes raisons souffrent de troubles alimentaires, principalement l’anorexie et la boulimie mais aussi des troubles plus complexes d’intolérances à certains aliments en lien avec leur histoire personnelle et symbolique relative à la sexualité.

Justement, dans une histoire d’amour naissant, une invitation à dîner sera une délicate introduction à la sensualité. Les premiers repas, partagés, ce sont des pré-préliminaires évoquant symboliquement d’autres plaisirs à venir par leur déploiement multi-sensoriel. Car un plat, c’est une odeur, un aspect visuel, des couleurs, des textures, un goût, enfin, un ensemble d’éléments qui pénètrent en soi. De ce fait, partager un repas, c’est aussi l’occasion de deviner les qualités et défauts d’un partenaire sexuel. Une obsession de la ligne pourra augurer d’une volonté de trop grand contrôle pour un abandon naturel et facile au plaisir, une goinfrerie annoncera souvent un manque de finesse et de sensibilité, une trop grande exigence sera généralement la marque d’un ego dominateur, etc. Toutes ces choses qui se manifestent à table se manifesteront souvent au lit…

En revanche, un des signes que la relation est en bonne voie est cette forme d’abandon à l’instant présent, au plaisir d’être avec l’autre, en goûtant ses plats et lui faisant goûter les siens dans un partage et une union qui laisse présager favorablement celle à venir entre les draps et dans la vie à deux.

Alors oui, il ne faut pas manger trop gras, trop sucré, trop salé, mais dans une assiette comme dans un lit, qui a envie de manger sans goût ? Pas Aphrodite, en tous cas…

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Seins et symbolisme

Spécificité du corps féminin, caractère sexuel secondaire qui, paradoxalement prend la première place par sa visibilité bien qu’il soit couvert, le sein, de toutes les manières qui lui sont possibles, occupe bien souvent l’espace principal du rapport homme-femme.

Les seins apparaissent chez la femme à la puberté, comme le reste des autres caractères sexuels secondaires, mais celui-ci, contrairement aux autres – les poils, qu’on peut épiler, les règles, qui ne se manifestent que 5 jours par mois – s’installe aussi bien dans la durée que dans la contrainte.

Car les seins paraissent libres, poussant comme ils le veulent, en taille, en forme, apparaissent selon des lois génétiques et hormonales se déclarant soudainement et évoluant selon des changements hormonaux ou relatifs à d’autres causes pas toujours identifiables et qui peuvent laisser perplexes. En bref, ils semblent mener leur propre vie sur le corps de la femme, comme ces parasites qui colonisent d’autres espèces pour pouvoir vivre, occasionnant parfois des gênes, des douleurs, et, parce qu’ils sont également une zone érogène, le plaisir et l’excitation.

Ils sont si contraignants, si envahissants, si puissants qu’ils exigent même un appareillage, un vêtement, qui leur est réservé pour pouvoir les dresser, les sangler et les contraindre à plus d’obéissance et de discrétion !

Mais ce ne sont pas les seuls problèmes qu’ils génèrent, car apparaissant à un âge où les idées de séduction, de désir et d’identité, commencent à émerger, ils ont le pouvoir d’occasionner bien des complexes selon qu’une jeune fille se voit dotée bien malgré elle d’une poitrine conforme à ce que les autres désirent ou non. Trop petite, on se moquera d’elle, trop grosse, on se moquera également d’elle et elle attirera bien souvent des comportements grossiers d’une violence d’autant moins certaine qu’elle se prétendra souvent involontaire. Un sein frôlé, n’est-ce pas un petit plaisir que certains s’offrent hypocritement, à peu de frais, se retranchant derrière l’accident ?

Ainsi, en plus d’être des parasites, les seins sont les éclaireurs à  l’avant-poste de la vie sexuelle, laissant deviner sa part violente et pulsionnelle qu’il faudra cerner et maîtriser avant de pouvoir la vivre sereinement. Car les seins, de par leur position comme de leur fonction initiale destinée à nourrir l’être à qui on a donné la vie, nous projettent hors de nous-mêmes, dans cette arène désirante que constitue le monde.

Et dans ce monde d’hommes où la femme est l’objet du désir, les seins ont la première place, créant des inégalités entre celles qui en ont et celles qui n’en ont pas, celles qui en ont de gros, celles qui en ont de petits, celles qui sont inhibées, celles qui ne le sont pas, tournant la roue du destin dans un sens inattendu, révélant à certaines leur pouvoir, à d’autres qu’elles n’en ont pas, et donnent l’idée aux plus ambitieuses et limitées à leur enveloppe physique, d’en acquérir de plus gros. Comment s’en étonner quand certaines publicités pour la lingerie, entre autres, cachant le visage du mannequin et se focalisant sur la poitrine pour une meilleure identification, symbolisent à merveille le rapport que la société entretient vis-à-vis des femmes, c’est-à-dire avec leur corps plutôt qu’avec leur esprit, ce corps muet sur lequel projeter tous ses désirs ?

Cette réduction, assez courante pour finir par devenir inaperçue est donc logiquement autant ce qui aliène la femme au désir que ce par quoi elle va pouvoir manifester son pouvoir, sa colère et sa contestation dans la langue où on a le plus envie de l’entendre, c’est-à-dire l’exposition de son corps. En mai 68, les femmes brûlaient leur soutien-gorge dans un rituel destiné à brûler également toute entrave faisant de la femme un être aliéné. Dans les années 70, une femme se promenait dans les rues de Paris, les seins enfermés dans une boîte, proposant à des hommes inconnus de les caresser, montrant combien le corps de la femme était un objet. Seuls nos seins vous intéressent ? Et bien, c’est désormais eux qui parleront, semblent dire au monde les Femen, féministes activistes dont les seins sont les pancartes sur lesquelles elles inscrivent leurs revendications.

Ainsi, les seins, lieu de notre faiblesse et de notre aliénation, savent aussi devenir lieu de notre pouvoir et de notre révolte.

Ce pouvoir, c’est aussi celui de participer à la nature quand une femme décide d’allaiter ou de revendiquer sa liberté quand elle choisit à l’inverse de ne pas le faire, mais aussi de le faire en public, comme la nature le lui permet et comme la société ne l’accepte plus. Car à force de les avoir érotisés, exposés dans un but d’excitation purement sexuel depuis que la Renaissance a adopté le point de vue hédoniste des Grecs de l’Antiquité, les seins dénudés ne signifient plus désormais, dans nos vies où ils sont à vendre, ce don de l’amour et de la vie offerts à un nouvel être tel que le Moyen-Age en avait l’habitude dans les représentations de Vierge à l’enfant.

Logique alors qu’ils soient le lieu de tous les paradoxes, clivages, oppositions et révoltes. Les seins sont donc les contestataires qui remplissent nos soutien-gorge, des bombes sociales qui ne se désamorcent que dans la maturité de la relation apaisée d’une femme avec elle-même, dans toutes ses dimensions physiques et spirituelles – qu’elle peut découvrir parfois à la suite d’une ablation – mais aussi avec le monde, quand celui-ci accepte qu’elle soit aussi autre chose qu’une belle femme : une belle personne.

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Hystérie des genres et de la beauté

Si nous posons les questions du type :  » Qu’est-ce qu’un homme ? » ou  » Qu’est-ce qu’une femme ? », nous pouvons être surpris par les réponses pouvant être données, car elles excèdent facilement la réalité prosaïque du dictionnaire qui désigne l’homme comme un être humain de sexe masculin et la femme comme un être humain de sexe féminin pour atteindre fantasmes et abstractions, croyances parfaitement subjectives.

Dans certains groupes religieux fondamentalistes où les femmes ne doivent pas s’habiller en hommes et les hommes en femmes, pour ne pas déplaire à Dieu, un homme peut être perçu comme un individu en pantalon et une femme comme un individu en jupe et ce même si porter un pantalon n’empêche ni à une femme d’avoir un vagin et d’être enceinte et que porter une jupe pour un homme ne parviendra jamais à l’émasculer. Si c’était le cas, combien éviteraient l’opération et choisiraient cette méthode simpliste !

La même confusion règne lorsqu’on parle de beauté. Ce qu’on définit comme la beauté peut concerner l’harmonie des traits, des courbes d’une personne mais aussi d’un paysage, d’une oeuvre d’art, qu’elle soit architecturale, picturale, des sons pour une oeuvre musicale, etc. Ca, c’est le point de vue philosophique. Au quotidien, dans la vie en société, la beauté est aussi l’ensemble des pratiques esthétiques qui vont des soins cosmétiques à l’habillement en passant par la coiffure, la coloration, le maquillage, les bijoux, tous ces ornements réservés depuis l’Antiquité à l’univers féminin et auquel nous restons attachés, à quoi s’ajoute désormais les pratiques de chirurgie corrective.

De la reine à la caissière, la plupart des femmes affirment et revendiquent par leur coquetterie un éternel féminin qui passe par les accessoires, ornements et mises en scène que la civilisation lui a fait porter et prendre pour son apanage depuis des millénaires et dont les magazines, revues et autres défilés et exhibitions perpétuent la tradition en la renforçant toujours un peu plus.

Une femme est-elle un individu en jupe ? Oui, disent les fondamentalistes. Non, disent les occidentaux modernes, laïcs et urbanisés, elle ne porte pas forcément de jupe si elle trouve de beaux escarpins, maquillages, bijoux ou autres accessoires qui féminisent sa tenue.

Conditionnés à penser cela, nous le pensons, et c’est comme cela que nous l’aimons et c’est normal. Intégrer, accepter et se reconnaître dans les codes de société est logique, légitime et même nécessaire. Néanmoins, ça ne change rien au fait qu’objectivement et d’une manière très simple, un homme reste essentiellement un individu de sexe masculin et une femme un individu de sexe féminin et rien de plus, même si dans les psychismes, les choses savent se rendre plus compliquées.

Ces croyances et codes sont si bien ancrés que lorsqu’on veut tenter de communiquer aux extra-terrestres ce qu’est notre espèce, comme on l’a fait sur la plaque Pionner, nous avons la bonne idée de représenter un homme et une femme nus, donc dans la réalité objective de ce qu’ils sont, mais il faut d’abord qu’ils soient de type européen, que l’homme soit actif, engageant et porte les cheveux courts, la femme passive et porte les cheveux longs. La plaque conserve donc des éléments artificiels et des codes de société qui ne définissent pas l’homme et la femme au sens strict mais qui se sont agglutinés à eux, faisant presque croire à leur réalité objective dans la définition des genres !

Il est vrai qu’en société, ces différenciations culturelles, ce surjeu des genres nous semble bien plus acceptable et agréable que la réalité qui fait de la femme un être au sexe rentré, doté de seins et à la graisse localisée sur le bas du corps et de l’homme un être au sexe sorti, doté de poils sur le visage et le torse, et à la graisse localisée sur l’abdomen.

Quand nous voyons des reportages sur certaines sociétés tribales où hommes et femmes vivent nus et là se situent leurs différences, est-ce la nudité qui nous choque ou bien ce miroir sans complaisance de la réalité que nous cachons derrière nos vêtements et accessoires d’hommes et femmes civilisés ?

Et quand il nous arrive de rencontrer un travesti et que nous le scrutons avec intensité, avec ce sentiment que quelque chose cloche, est-ce vraiment par lui que nous sommes choqués ou par le miroir qu’il nous tend ? Parce que lorsqu’on y regarde bien, sauf en ce qui concerne les seins qui sont une spécificité féminine facilement imitable dans une société qui les cache derrière des vêtements, un homme ne peut se déguiser en femme que par une condition essentielle et que chacun semble avoir oubliée : c’est qu’elle est elle-même déguisée en femme. Les choses réelles et essentielles qui font la femme, tant qu’il n’en est pas doté, l’homme ne peut les imiter.

En Occident et dans les sociétés très civilisées, que nous le voulions ou non, la beauté et la féminité sont des rôles d’interprétation, un histrionisme devenu tellement normal que ne pas y céder correspond presque à perdre son sexe. Car celui-ci est bien mieux représenté par les signes extérieurs et artificiels qui pourtant le dissimulent que par sa réalité, finalement embarrassante, apanage grossier des sociétés tribales qui vivent nues et qui seules peuvent encore l’accepter comme il est.

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Pourquoi notre sexualité est-elle compliquée ?

Depuis que les hormones se sont manifestées et peut-être même avant, nous percevons que la sexualité est l’une des plus grandes aventures humaines qu’il y ait à expérimenter dès lors que la vie nous a été donnée.

Et pourtant, en la vivant, nous sommes loin d’être tous et tout le temps au Paradis. Pourquoi ?

Tour d’horizon de ce qui constitue le domaine de la belle Aphrodite et ses complexités…

– La sexualité est inscrite au coeur de l’espèce. Se reproduire est vital pour la survie de l’espèce et donc impérieux. Le désir d’avoir des enfants nous traverse tous un jour même si ça ne doit ni rester ni se concrétiser. Le premier problème qui se pose par rapport à cette nécessité, c’est que contrairement à ce qu’on voit dans les documentaires animaliers, nulle saison des amours ne vient déterminer et simplifier la sexualité, le deuxième, c’est que nous avons beau appartenir à une espèce, ce ne sont plus ses lois qui nous gouvernent majoritairement mais celles de la société. Et si par exemple, faire un enfant se conçoit selon les lois de l’espèce, accueillir un enfant se fait selon les lois sociales. Trouver l’équilibre entre ces 2 mondes et réalités peut déjà s’avérer délicat.

– La sexualité peut être le point culminant d’un désir amoureux mais aussi du désir de détruire. Cet étrange paradoxe est au coeur de toutes les questions les plus importantes, souvent secrètes et taboues, liées à la sexualité. Comment peut-elle offrir à la fois le meilleur, le plaisir et la vie, et le pire, l’humiliation et la destruction qui conduisent à la mort psychologique voire physique ? Le viol, véritable arme de guerre en temps de conflit, est aussi le spectre menaçant qui hante toutes les femmes qui en comprennent le risque dès leur enfance, et qui le vivent réellement, parfois dès leur enfance, loin de tout conflit. Dans ces moments-là, le sexe devient réellement ce à quoi il ressemble : une arme plantée dans le corps de la victime. Cette dimension de la sexualité fait également peser sur l’homme une pression : celle de devoir prouver qu’il n’est pas le monstre que la femme craint, ce qui génère aussi de la souffrance.

– La sexualité a une histoire qui pèse sur nous tous, hommes et femmes, et nous pousse inconsciemment à jouer des rôles et prendre position. Le plaisir féminin a pu y être brimé, bridé, générant des craintes et des préjugés incitant à vouloir le limiter par peur de son déchaînement et de la bâtardise. Le plaisir masculin, lui, est l’héritier des préjugés romains sur la virilité qui font également peser sur les hommes l’obligation contraignante de la performance. Mais si toutes ces notions tendent à se relativiser avec des réflexions sociologiques et psychologiques de meilleure qualité, elles sont passées dans la culture et l’éducation, et si elles ne sont pas réinterrogées, elles demeurent un socle malheureusement encore trop stable pour ne pas entraver l’épanouissement à deux.

– Notre sexualité a son histoire, celle de notre construction personnelle et psychologique relativement à elle : ce à quoi nous avons été confrontés, ce que nous avons vécu, compris, ce qui nous a traumatisés, parfois, l’image que nous nous en sommes fait. Une expérience que nous avons eue peut hanter toutes nos autres relations, ou bien encore le comportement de notre père à qui nous voulons ressembler ou non, si on est un homme, les souffrances de notre mère ou au contraire sa tendance envahissante au bonheur et au plaisir qui peut nous entraver si nous sommes une femme, etc., tout peut faire obstacle, momentanément ou non. Ou à l’inverse, nous construire.

– La sexualité est aussi conditionnée par la société dans laquelle on s’inscrit. Or, notre société est une société de consommation qui a eu la bonne idée de s’appuyer directement ou indirectement sur le sexe pour prospérer car elle sait que plus elle en parle et plus on écoute. Mais justement, là est le problème. Entre les études scientifiques qui nous expliquent combien de fois il faut le faire pour créer des anticorps, brûler des calories, avoir une espérance de vie plus longue, être une meilleure mère, un père plus zen quand la vraie motivation de ceux qui véhiculent ces informations est de booster leurs ventes, notre sexualité peut avoir tendance à virer à l’expérience médicale. D’un autre côté, les informations concernant le nombre de fois où on le fait, comment on le fait, où on le fait instituent implicitement des normes qui génèrent des angoisses inutiles et douloureuses chez ceux qui ne s’y reconnaissent pas à 100 %. Parallèlement, les films porno génèrent des complexes de taille et de performances chez les hommes, et font prendre des comportements avilissants pour des normalités à ceux et celles pour qui cela tient lieu d’éducation sexuelle.

– Enfin, et le plus important, la sexualité a une actualité dans la relation qu’entretient le couple qui la partage mais dans laquelle chacun la vit malgré tout à sa manière. Et cette actualité évolue à chaque nouvelle relation sexuelle, qu’elle se vive dans l’extase ou dans les difficultés, entraînée par la qualité du lien existant entre les deux membres du couple…ou bien l’entraînant. Car parfois, sans qu’on le sache consciemment, quelque chose vient perturber l’équilibre d’un plaisir qui se construit comme une cathédrale, certes avec le concours des autres, mais vers une unité qui a emprunté tant de chemins pour se réaliser. C’est pourquoi, comme les architectes qui les construisaient, il faut veiller à faire les réajustements nécessaires à son équilibre, à chaque fissure menaçant ce plus grand et complexe édifice de l’aventure humaine.

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Il n’y a pas de beauté sans force

En 1789, une pétition de femmes du tiers état fut adressée au roi de France. Elle demandait une formation pour les filles du peuple et le fait de réserver aux femmes certains métiers afin de pouvoir vivre dans la dignité. C’étaient des femmes de modeste condition évoquant la misère de leur sort et demandant humblement le droit à une vie meilleure.

Dans cette pétition, le sort des femmes est évoqué ainsi : les laides avaient droit à une vie de femme mariée entre rudes tâches et grossesses multiples, les belles, elles, avaient droit à un sort pire si elles étaient pauvres, ne bénéficiant ni de protection ni d’éducation car elles étaient rapidement séduites, poussées à la faute. Et de la faute à la femme perdue, elles devenaient prostituées dans les villes avant de s’éteindre dans la misère.

1789. Une date clé pour l’histoire de France. C’était la faute du système monarchique, des inégalités propres à ce temps là. Non. Au XIX ème siècle, on retenait le même genre de pauvres filles dans les lupanars  au moyen de dettes qu’elles ne pouvaient rembourser. Quelque part, n’importe où, partout dans le monde, la beauté est une valeur monnayable, exploitable. Au mieux, elle fait la fortune et le succès d’une jeune fille devenue mannequin surpayé pour porter de jolis vêtements. C’est la minorité. Sinon, vous l’avez vue nue dans un porno, croisé son regard dans une rue où elle se vendait, et plus généralement, elle est en représentation ou à la vente un peu partout dans le monde.

Les inégalités n’ont pas attendu 1789 et 1789 ne les a pas abolies. Dans ce monde conçu comme un grand marché, il y a l’offre et la demande. Et la beauté fait l’objet d’une telle demande depuis toujours ! Elle est l’idéal à atteindre pour les femmes, ce qu’il faut posséder pour les hommes. Des rêves, des désirs ! Et dans les réalités sociales, qu’est-ce que ça donne ?

Et bien, comme le disaient les femmes de la pétition, celles qui sont belles et n’ont aucune force pour protéger leur beauté, le destin est plus dur que pour celles qui sont laides. Et pour celles qui peuvent s’appuyer sur d’autres forces, économique, psychologique, intellectuelle ou sociale, l’avenir est meilleur, surtout quand on est belle. Car la beauté aussi est une force, à condition qu’elle ne soit pas seule.

Ces forces peuvent jouer de diverses manières et se combiner, le summum étant d’être riche, bien entourée, forte psychologiquement et dotée de bonnes capacités intellectuelles. Mais on peut très bien n’avoir que les forces économiques et sociales, comme ces filles de milliardaires qui peuvent se permettre de se mettre nues et être adulées comme des icônes de mode et de beauté quand celles qui font le trottoir font la même chose plusieurs fois par jour tout en n’engendrant que mépris.

On peut aussi être forte psychologiquement sans être riche, cultivée ni même fortement entourée et engendrer le respect grâce à cela.

Parfois, une seule force suffit à compenser les autres faiblesses.

Mais quand il n’y a rien…

Quand il n’y a rien, c’est comme dans le règne animal. Le prédateur guette sa proie, l’isole de son groupe si ce n’est déjà fait, gagne sa confiance, la fait peut-être s’éprendre de lui pour que la dépendance soit plus solide ou lui promet monts et merveilles, tout ce dont elle peut avoir besoin pour vivre et rêver, ce qui lui manque cruellement. Et puis…Comme dans le règne animal, le plus faible disparaît…

On croit que seuls les animaux vivent des vies d’animaux mais c’est faux. Les mêmes lois silencieuses s’appliquent chez les humains, mais les discours sociaux, philosophiques et politiques nous jettent de la poudre aux yeux en voulant nous faire croire que notre supériorité morale et intellectuelle nous ont mis au-dessus de ces lois primaires.

Et la beauté dans tout cela ?

Si on s’imagine qu’on peut la considérer « en soi », comme un philosophe, alors on s’illusionne. Aucune femme dont on profite, use et abuse ne reste belle, dût-elle être aussi parfaire qu’un statue. Car la beauté, c’est d’abord la force, la force du respect qui seul peut la soutenir.

Celle qui est belle, c’est celle qu’au mieux on aime, qu’au minimum on respecte, dût-elle être laide. Car la beauté, avant d’être dans l’oeil de celui qui regarde, est dans l’esprit de ceux qui ont intégré, comme tout animal et tout humain bien qu’il s’en défende, que la loi la plus haute, c’est la loi du plus fort, quelle que soit la forme de cette force.

C’est pourquoi nous pouvons en être assuré : malgré ce qu’ont pu en dire Platon et tous les autres dans leurs rêveries, il n’y a pas de beauté en soi et il n’y a de beauté que dans la force.

Pour ceux que ça intéresse, la pétition des femmes du tiers état, elle est ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426525

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Quelle couleur de cheveux pour séduire ?

Votre couleur de cheveux, sachez-le, est celle la mieux adaptée à votre teint. Et en changer, la refuser, vous projeter dans le désir de ce que vous n’êtes pas a plus de chances de vous plonger dans le mal-être que dans une pleine réalisation d’une image de femme que vous porteriez et qui serait destinée à vous faire devenir vous en mieux, plus belle, éclatante et fascinante.

Pour commencer, il n’y a pas de plus ou moins belles couleurs de cheveux. Il y a juste celles que vous aimez, que vous acceptez chez vous ou ne tolérez pas. Et cela encore ne concerne que ce qu’il y a sous votre crâne et non ce qui se passe dessus. Ceci étant posé, il faut malgré tout reconnaître la coexistence de perceptions différentes de couleurs de cheveux des femmes selon qu’on est une femme ou un homme qui aime les femmes et qui n’a pas une grande connaissance des couleurs de cheveux et leurs nuances.

Nous connaissons souvent mal l’autre sexe si nous n’avons pas grandi avec ou si nous avons grandi avec sans y prêter attention. La connaissance qu’on peut en avoir peut alors se limiter à l’image désirable, consommable et erronée que la société nous en a montrée et à laquelle nous avons crue. Ainsi, si en tant que femme ou homme qui s’y connaît, votre nuancier des couleurs de cheveux va du blond très clair au noir bleuté des cheveux asiatiques en passant par le blond cendré, le blond vénitien, les châtain clair et foncé, le roux brun, etc., celui de l’homme initié uniquement par le nuancier libidinal peut comprendre ces trois couleurs, celle de la « blonde sexy », »la rousse incendiaire », et la  » brune piquante ».

Dans l’Hollywood de son Age d’Or, quand on créait des sex symbol, on ne le faisait pas qu’avec un corps, on le faisait aussi avec une identité capillaire qui faisait de la rousse Norman Jean Baker la blonde Marylin et de la très brune Margarita Carmen Cansino la rousse Rita Hayworth, toutes deux immortelles. Mais brisées à la base. On ne peut construire que sur ce qui est très solide ou bien ce qui est déjà brisé. C’est pourquoi envisager de changer d’identité capillaire nécessite qu’on se pose toujours cette question :  » Pour assumer le physique de la femme qui va émerger de cette nouvelle apparence, suis-je assez solide ? » ou  » Suis-je assez brisée pour avoir besoin, envie de ressembler à n’importe qui d’autre qu’à moi-même ? » . Ce que Marylin et Rita Hayworth avaient à y gagner était une vie meilleure, la célébrité, la gloire, etc. Mais vous, qu’y gagneriez-vous ?

Car si on veut changer de couleur de cheveux pour séduire les hommes, avant tout, pas de nuances compliquées ! Vous devez pouvoir être catégorisée parmi les trois couleurs sexuelles autorisées :

– Le blond. Uniquement platine ou clair. Il est associé à une image féminine parfaite et ce depuis les Gaulois. Couleur fascinante de l’or, du pouvoir, de l’art religieux, Aphrodite elle-même est qualifiée de blonde par les auteurs anciens. Mais attention, elle est également associée à l’absence d’intelligence d’une femme, peut-être parce que la couleur blond très clair est associée à l’enfance et à la naïveté. En effet, beaucoup de personnes dont les cheveux à l’âge adulte deviennent plus foncés sont passés par un stade où ils étaient d’un blond très clair.

– Le roux. Dans l’imaginaire, il est associé à ce qui est sanguin, puissant, mais surtout sexuel. Roux et rousses ont souvent été persécutés dans toutes les civilisations. La proximité avec la couleur rouge évoque les flammes de l’Enfer. Au Moyen-Age, on croyait que les roux étaient des sorciers et dans le monde chrétien, on a pu avancer que Judas, qui a trahi Jésus était roux. Porter du roux, on va dire que pour certains, c’est annoncer la couleur : ça va chauffer ! Un peu trop même !

– Le brun. La couleur doit vraiment tirer sur le noir, comme c’est le cas chez les grands sex symbol du cinéma hollywoodien de l’Age d’Or: Gina Lolobridgida, Elisabeth Taylor, et encadrer un visage aux yeux sombres et intenses. C’est la couleur de cheveux  sexuellement la moins remarquable, peut-être mais aussi la mieux connotée dans l’imaginaire collectif. Dans les péplums de cette époque-là, les rôles des reines mythiques du monde méditerranéen de l’Antiquité, Cléopâtre, la reine de Saba, et autres femmes de pharaon étaient, bien entendu, donnés à des actrices brunes qui ont marqué les consciences dans des rôles de femmes aussi intelligentes, majestueuses que sexy.

Bien qu’anciennes, ces valeurs associées aux couleurs de cheveux des femmes perdurent et continuent de sous-tendre l’imaginaire collectif. Mais ces réalités ne doivent pas faire oublier que la vraie séductrice c’est celle qui parvient à faire admettre que sa couleur de cheveux est la plus belle, que celle-ci fasse partie des trois reconnues ou non, qu’elle ait été choisie ou non.

Car la séduction, si elle peut commencer par une attraction physique, n’a de valeur qu’au-delà de celle-ci au risque de vous faire devenir quelqu’un dont on dit :  » Mais si, tu sais, la blonde, là ! »; Et parodiant un sex symbol blond masculin d’Hollywood, double d’un autre sex symbol moins médiatique mais plus subtil : vous n’êtes pas votre couleur de cheveux, vous n’êtes pas votre taille de vêtement, vous n’êtes pas votre taille de bonnet, vous n’êtes aucune de ces choses à laquelle on veut vous réduire pour vous consommer plus facilement.

Avant de toucher à vos cheveux, songez d’abord à être libre.

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Désir versus Sehnsucht

Au-delà de sa dimension instinctive et primordiale, le désir est aussi quelque chose de culturel et donc différent d’une société à une autre. Sa manière de se concevoir passe par la langue – forgée par les écrivains et les poètes – qui a le pouvoir de façonner la pensée.

En français, le désir vient du latin desiderare qui signifie désirer et regretter l’absence de, mais il est aussi de la même famille que sidus, l’étoile. Nous considérons donc le désir à la fois comme une tension vers un objet en même temps que son regret avec la tête et les yeux tournés vers les étoiles ou regrettant que la destinée – qui se décide dans les étoiles dans la grande tradition antique encore vivace de l’horoscope – ne soit pas plus favorable à nos amours et à nos voeux.

En Allemagne, en revanche, le désir, Sehnsucht, est comme en français marqué du sceau du désir et de la nostalgie, mais aussi de l’attente passionnée, de la langueur et de l’impatience. Sur le site de Karambolage, Bettina Wolfahrt nous précise :  » Tous ces états d’âme passionnés résonnent en allemand dans ce seul mot de Sehnsucht. » On a déjà dépassé le champ sémantique du mot désir. Néanmoins, s’y ajoute encore une émotion : la souffrance. Toujours sur le site de Karambolage, pour l’expliquer, on cite Goethe qui écrit :  » Seul qui connaît la Sehnsucht sait combien je souffre. », et on nous précise que la Sehnsucht est un état d’âme exclusivement allemand.

Pourquoi une telle différence entre ces façons de concevoir le désir ?

La réponse se trouve peut-être dans la culture littéraire.

Les artistes révèlent en nous ce que nous possédons sans le reconnaître et définissent nos émotions, leur donnant une âme au moyen de leurs oeuvres. Ce sont des miroirs en même temps que des accoucheurs d’âme dont le nouveau-né sera le langage, la langue vivante que l’usage par le poète ou l’écrivain finira de façonner et que les utilisateurs de la langue qui viendront après lui finiront de faire grandir.

Goethe, chef de file des romantiques allemands, auteur de première importance, a marqué l’âme de son pays en exprimant la souffrance et le tragique de l’amour impossible à travers Les souffrances du jeune Werther et Les Affinités électives. C’est le Goethe des Allemands, celui qui préfère aussi une injustice à un désordre. C’était un écrivain plus contemplatif qu’engagé, avec un goût prononcé pour les sciences qui nécessitent autant d’observation que de solitude.

Or, ce Goethe-là, ce n’est pas celui des Français. Le Goethe des Français, c’est celui qui a écrit Faust. Une oeuvre qui nous a tellement plu que ce sont des Français, Gounod et Berlioz, qui en ont fait un opéra, tandis que d’autres Français l’adaptèrent au cinéma et même à la télévision. La pièce de théâtre, Faust nous a plus séduits que ces lamentations et langueurs amoureuses contenues dans les romans de son auteur. Et pour cause : c’est une oeuvre française du XV ème siècle, Le miracle de Théophile, qui l’a inspirée.

L’âme des Français, contenue dans leur littérature et que leur littérature leur a aussi permis de révéler, c’est celle de la fronde, de la rébellion. Et parmi ses romantiques, demandez-lui de choisir entre Lamartine et Baudelaire, le Français choisira Baudelaire, le ténébreux, le marginal qui n’aime les Fleurs que quand ce sont celles du Mal; demandez-lui de choisir entre Chateaubriand le dépressif et contemplatif et Victor Hugo, tout aussi dépressif mais épris de justice sociale et qui a lutté pour elle, et il choisira toujours Hugo. Les romantiques qu’il préfère sont les plus frondeurs, et la beauté des vers, la beauté de la prose doivent s’associer pour lui à un combat contre autre chose : la littérature elle-même ou les inégalités dans la société, les préjugés, etc. N’importe quoi pourvu qu’il y ait combat.

Dans notre façon française de désirer, il y a un peu de cela : une volonté de contrer le sort et d’atteindre les étoiles, d’atteindre son but. C’est une manière frondeuse de vivre l’amour et le désir qui, si elle n’exclut pas la nostalgie, lui laisse néanmoins peu de place.

Dans la manière allemande, cette façon hyper-sensible de désirer est emprunte de ce romantisme qui fut l’Age d’Or de son rayonnement littéraire à travers le monde et dont les romantiques français n’ont été finalement que de pâles imitateurs.

Et quand on fait une recherche d’images comparées, le mot désir nous proposera des images uniquement érotiques et sensuelles tandis que le mot Sehnsucht nous présentera aussi beaucoup d’images de paysages et de messages mélancoliques, bien que des photos érotiques ainsi que des messages d’amour nous soient également proposés, reflétant bien la diversité des sens de ce mot.

Néanmoins, qu’on ne s’y trompe pas. D’accord, la Sehnsucht, ça a pu être ça et d’autres choses du même style : https://www.youtube.com/watch?v=b1TIjFSR5KE.

Mais c’est aussi ça

Et soudain, on comprend à quel point ce sentiment peut être aussi puissant que subtil.

Dommage qu’il soit inaccessible aux Français.

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Pourquoi cherche-t-on à s’embellir ?

Nous ne sommes pas tous et toutes à égalité devant les pratiques esthétiques. Certains y sont très sensibles et d’autres pas du tout, certains peuvent avoir conscience des causes profondes qui leur donnent envie de se rendre plus beaux et d’autres l’ignorent totalement. Pour les hommes et les femmes, les problèmes ne sont pas les mêmes, et aujourd’hui, il ne sera question que de l’embellissement au féminin.

La pratique n’est pas taboue, elle est même extrêmement répandue mais il plane toujours sur elle une forme de culpabilité gênante et sourde qui nous vient du regard inquiet des parents sur le corps des jeunes filles devenant femmes et surtout de notre sévère culture du Livre qu’interroge toujours plus la rencontre avec quelque femme voilée : la mauvaise conscience féminine de vouloir plaire…

Mais qui sait à qui on veut plaire et pourquoi on veut plaire ?

Pour certaines, c’est avant tout à soi-même. En visitant la plupart des blogs de mode et de beauté où les filles jouent les mannequins, on ne voit que des personnes qui testent, s’amusent de vêtements, coiffures, maquillages et explorent par ce biais, tout en partageant leurs découvertes avec les copines, les différents styles possibles qui sont autant de créations de soi-même.

 » Tu te fais belle donc tu cherches à séduire. », disent les jaloux, les possessifs, les insécures et les soit-disant religieux.

Que voit-on dans les choses, les actes, les gens hormis les choses que l’on redoute ou que l’on désire ? Car peurs et désirs, constituant des obsessions, ont ce pouvoir d’envahir tout l’espace de la conscience. Comment alors ne pas les projeter sur le monde entier et surtout sur le corps et l’esprit de la femme ?

Pour autant, on peut effectivement vouloir s’embellir pour séduire, bien entendu, et c’est normal. Mais on peut aussi vouloir s’embellir pour sacraliser le jour – se faire belle lors d’un mariage, une fête, etc -, pour donner une bonne image de soi en entreprise, d’un produit qu’on crée ou représente. On peut aussi vouloir s’embellir parce qu’on sait le faire : les esthéticiennes, maquilleuses, stylistes, coiffeuses, etc. sont souvent soignées comme personne parce qu’elles en ont le savoir-faire devenu comme une seconde nature. On peut aussi vouloir s’embellir pour corriger un défaut qui a pris une place énorme dans la vie de celle qu’il empoisonne, qui le grossit mais qui ne peut s’en empêcher et qui en souffre. Maquiller, masquer une brûlure, une cicatrice, porter une perruque ou un foulard plutôt qu’un crâne rasé, ce sont des formes d’embellissement.

Or, dans les cultures religieuses hébraïques et musulmanes, porter foulard ou perruque pour une femme est symbole de vertu puisqu’elle cache ses cheveux. Mais si les cheveux de la femme n’ont rien d’attrayant et ne font rien pour sa beauté, n’est-ce pas un embellissement que de les couvrir ? Le prêt-à-juger, dans son absolu, peine à toucher du doigt la vérité, plus souvent multiple qu’unique…

Hormis pour tous ces cas particuliers, pourquoi veut-on s’embellir ?

On veut s’embellir parce que nous vivons en société, parce que la société décide de ce qui est beau ou non, de qui est beau ou non, parce que pour vivre en société, il faut être adapté, intégré, parce que vieillir est mal vu, parce que grossir est mal vu, s’habiller comme si ou comme ça est mal vu, bref, parce qu’il y a toujours quelqu’un pour regarder et juger comme un dictateur, sans s’occuper de finesse et d’objectivité ni accepter la liberté de l’autre. Une liberté qu’on peut considérer comme relative parce qu’elle est toujours conditionnée par un contexte social, mais c’est quand même un sentiment de liberté.

Et fondamentalement, pourquoi a-t-on toujours cherché à s’embellir ?

S’embellir, c’est tenter d’échapper aux contingences de ce que la nature nous impose pour nous créer un physique idéal, proche autrefois de ce que l’art avait fait naître dans les statues des déesses ou des photos retouchées des actrices et des mannequins d’aujourd’hui posant dans des tenues parfaites, sur lesquelles les hommes fantasment et que les femmes tentent d’imiter, faisant grimper les ventes de soutien-gorges push up et les crèmes décolorantes.

Oui, parce que s’embellir, c’est surtout ça : sauter très haut pour toucher Dieu et les étoiles et retomber très bas au sous-sol d’un centre commercial…

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