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Séduction : conditions intérieures et extérieures

L’amour est une nécessité du vivant pour perpétuer la vie, cause de la grande importance qu’on donnait autrefois aux divinités qui le représentaient. La quête de l’amour est en effet un intérêt universel. Chacun cherche à rejoindre l’autre pour aimer – même mal – être aimé, en investissant tout ensemble son désir sexuel, sa propre croyance en l’amour, ses forces et failles psychologiques qu’on offre et impose sans même le savoir.

Mais parce qu’aimer, c’est prendre un risque, s’exposer à l’autre dans sa vérité, ça se fait souvent dans un état émotionnel qui empêche toute lucidité et capacité au recul permettant à la fois de relativiser, d’y voir plus clair et de mieux s’orienter.

Ainsi, lorsqu’on a pour objectif de séduire la personne qui nous plaît, axé sur notre objectif, seul dans notre tête qui est loin d’être froide, nous n’arrivons pas à voir certaines réalités simples ou complexes qui conditionnent une relation.

  • Critère d’évaluation

Si vous voulez séduire une personne qui vous plaît selon certains critères, elle aussi possède des critères qui lui permettent d’accepter ou de refuser votre proposition. Et si vous l’interrogez sur ces critères et croyez correspondre à ceux-ci d’après ses réponses, elle vous a pourtant peut-être rangé dans une autre catégorie que vous ne pouvez pas envisager car elle correspond à une histoire personnelle et des valeurs dont elle-même n’a pas conscience car elles ont fait son éducation, et que vous ne pouvez envisager car on vous a donné d’autres valeurs.

La question pour garder le cap : l’image qu’on a de moi correspond-elle à celle que je me fais de moi-même et est-elle à mon avantage ? 

  • Valeurs

Toute société s’établit sur des valeurs qu’on peut croire parfois communes et qui ne sont pourtant pas forcément déterminantes. On peut très bien penser être sexy et élégante en mini-jupe alors que dans une autre classe socio-culturelle, ça pourra être vu comme vulgaire et racoleur; et vice-versa. Et ces questions, loin de concerner uniquement l’apparence physique, vont aussi toucher la morale, la politique, les choix éthiques, la façon de s’exprimer, de se comporter, l’alimentation, etc.

Les questions pour garder le cap : cette personne mérite-t-elle le sacrifice de mes valeurs ou, si j’adopte ses valeurs, celles-ci ne sont-elles de nature à m’apporter quelque chose de positif ou est-ce l’inverse ?

  • Rapport à l’autre

Il peut nous arriver d’aimer quelqu’un qui n’est pas capable d’amour ou qui ne pourrait absolument pas nous aimer. Ca arrive particulièrement dans les moments où on ne s’aime pas, où on déprime, où notre image de nous-même a été affectée. Parfois, c’est un problème insoluble et on passe sa vie entière à tomber sur les mauvaises personnes par tendance à l’auto-destruction. Que se passe-t-il alors ? On tombe amoureux de quelqu’un qui n’aime que les gens du sexe différent du nôtre ou d’une personne narcissique qui ne pourra jamais nous aimer, n’aimera jamais qu’elle-même et se servira de nous pour se valoriser, ou bien on s’éprend de quelqu’un de violent physiquement ou psychologiquement.

La question à se poser pour garder le cap : cette personne est-elle réellement et sincèrement capable de m’aimer ou est-ce moi qui ai besoin de me le figurer ?

  • La réalité de l’offre

L’acceptation ou le rejet dépendent aussi parfois de l’offre, qui dépend de beaucoup de paramètres. La personne qui nous intéresse est-elle intéressante pour les autres et cela a-t-il de l’impact sur elle ? Dans les sociétés où la répartition entre hommes et femmes est inégalitaire, le rapport à la séduction est très concurrentiel. Là où les femmes sont en excès, comme dans les sociétés touchées par une guerre, elles rivalisent dans l’élégance, les gadgets érotiques ou la chirurgie esthétique, et la surenchère est obligatoire pour se distinguer. Là où les hommes sont en excès, c’est la bataille matérielle qui fait rage et ce sont plus riches qui finissent en couple. Pourtant, rien de ces conditions ne définit l’être humain dans sa beauté d’âme et dans ce qu’il a réellement à offrir à l’autre.

Les questions pour garder le cap : la bataille pour cette personne vaut-elle la peine ou ai-je mes chances par rapport à l’offre proposée et les valeurs qui sont les miennes ?

  • Mes valeurs et qualités

Les forces en présence, c’est aussi soi-même, pas seulement les valeurs que l’autre pense qu’on incarne mais ce dont on est réellement porteur. Quand on est jeune, naïve, sincère et mignonne, on aime souvent les bad boys qu’on rêve de dompter. Plus généralement, c’est nous qui nous faisons dresser en perdant au passage nos illusions et la foi en nos valeurs. Une condition importante à notre séduction est dans ce que nous pouvons apporter à la relation en tant que personnalité profonde et surtout d’en prendre conscience. Et c’est celle-là qu’il s’agit avant tout d’apprendre à aimer pour ensuite la faire aimer.

La question pour garder le cap : quelles sont mes qualités et vont-elle s’épanouir ou se flétrir avec cette personne ? 

Nouvel article labo de Cléopâtre

 

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Il n’y a pas de beauté sans force

En 1789, une pétition de femmes du tiers état fut adressée au roi de France. Elle demandait une formation pour les filles du peuple et le fait de réserver aux femmes certains métiers afin de pouvoir vivre dans la dignité. C’étaient des femmes de modeste condition évoquant la misère de leur sort et demandant humblement le droit à une vie meilleure.

Dans cette pétition, le sort des femmes est évoqué ainsi : les laides avaient droit à une vie de femme mariée entre rudes tâches et grossesses multiples, les belles, elles, avaient droit à un sort pire si elles étaient pauvres, ne bénéficiant ni de protection ni d’éducation car elles étaient rapidement séduites, poussées à la faute. Et de la faute à la femme perdue, elles devenaient prostituées dans les villes avant de s’éteindre dans la misère.

1789. Une date clé pour l’histoire de France. C’était la faute du système monarchique, des inégalités propres à ce temps là. Non. Au XIX ème siècle, on retenait le même genre de pauvres filles dans les lupanars  au moyen de dettes qu’elles ne pouvaient rembourser. Quelque part, n’importe où, partout dans le monde, la beauté est une valeur monnayable, exploitable. Au mieux, elle fait la fortune et le succès d’une jeune fille devenue mannequin surpayé pour porter de jolis vêtements. C’est la minorité. Sinon, vous l’avez vue nue dans un porno, croisé son regard dans une rue où elle se vendait, et plus généralement, elle est en représentation ou à la vente un peu partout dans le monde.

Les inégalités n’ont pas attendu 1789 et 1789 ne les a pas abolies. Dans ce monde conçu comme un grand marché, il y a l’offre et la demande. Et la beauté fait l’objet d’une telle demande depuis toujours ! Elle est l’idéal à atteindre pour les femmes, ce qu’il faut posséder pour les hommes. Des rêves, des désirs ! Et dans les réalités sociales, qu’est-ce que ça donne ?

Et bien, comme le disaient les femmes de la pétition, celles qui sont belles et n’ont aucune force pour protéger leur beauté, le destin est plus dur que pour celles qui sont laides. Et pour celles qui peuvent s’appuyer sur d’autres forces, économique, psychologique, intellectuelle ou sociale, l’avenir est meilleur, surtout quand on est belle. Car la beauté aussi est une force, à condition qu’elle ne soit pas seule.

Ces forces peuvent jouer de diverses manières et se combiner, le summum étant d’être riche, bien entourée, forte psychologiquement et dotée de bonnes capacités intellectuelles. Mais on peut très bien n’avoir que les forces économiques et sociales, comme ces filles de milliardaires qui peuvent se permettre de se mettre nues et être adulées comme des icônes de mode et de beauté quand celles qui font le trottoir font la même chose plusieurs fois par jour tout en n’engendrant que mépris.

On peut aussi être forte psychologiquement sans être riche, cultivée ni même fortement entourée et engendrer le respect grâce à cela.

Parfois, une seule force suffit à compenser les autres faiblesses.

Mais quand il n’y a rien…

Quand il n’y a rien, c’est comme dans le règne animal. Le prédateur guette sa proie, l’isole de son groupe si ce n’est déjà fait, gagne sa confiance, la fait peut-être s’éprendre de lui pour que la dépendance soit plus solide ou lui promet monts et merveilles, tout ce dont elle peut avoir besoin pour vivre et rêver, ce qui lui manque cruellement. Et puis…Comme dans le règne animal, le plus faible disparaît…

On croit que seuls les animaux vivent des vies d’animaux mais c’est faux. Les mêmes lois silencieuses s’appliquent chez les humains, mais les discours sociaux, philosophiques et politiques nous jettent de la poudre aux yeux en voulant nous faire croire que notre supériorité morale et intellectuelle nous ont mis au-dessus de ces lois primaires.

Et la beauté dans tout cela ?

Si on s’imagine qu’on peut la considérer « en soi », comme un philosophe, alors on s’illusionne. Aucune femme dont on profite, use et abuse ne reste belle, dût-elle être aussi parfaire qu’un statue. Car la beauté, c’est d’abord la force, la force du respect qui seul peut la soutenir.

Celle qui est belle, c’est celle qu’au mieux on aime, qu’au minimum on respecte, dût-elle être laide. Car la beauté, avant d’être dans l’oeil de celui qui regarde, est dans l’esprit de ceux qui ont intégré, comme tout animal et tout humain bien qu’il s’en défende, que la loi la plus haute, c’est la loi du plus fort, quelle que soit la forme de cette force.

C’est pourquoi nous pouvons en être assuré : malgré ce qu’ont pu en dire Platon et tous les autres dans leurs rêveries, il n’y a pas de beauté en soi et il n’y a de beauté que dans la force.

Pour ceux que ça intéresse, la pétition des femmes du tiers état, elle est ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426525

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