Il n’y a pas de beauté sans force

En 1789, une pétition de femmes du tiers état fut adressée au roi de France. Elle demandait une formation pour les filles du peuple et le fait de réserver aux femmes certains métiers afin de pouvoir vivre dans la dignité. C’étaient des femmes de modeste condition évoquant la misère de leur sort et demandant humblement le droit à une vie meilleure.

Dans cette pétition, le sort des femmes est évoqué ainsi : les laides avaient droit à une vie de femme mariée entre rudes tâches et grossesses multiples, les belles, elles, avaient droit à un sort pire si elles étaient pauvres, ne bénéficiant ni de protection ni d’éducation car elles étaient rapidement séduites, poussées à la faute. Et de la faute à la femme perdue, elles devenaient prostituées dans les villes avant de s’éteindre dans la misère.

1789. Une date clé pour l’histoire de France. C’était la faute du système monarchique, des inégalités propres à ce temps là. Non. Au XIX ème siècle, on retenait le même genre de pauvres filles dans les lupanars  au moyen de dettes qu’elles ne pouvaient rembourser. Quelque part, n’importe où, partout dans le monde, la beauté est une valeur monnayable, exploitable. Au mieux, elle fait la fortune et le succès d’une jeune fille devenue mannequin surpayé pour porter de jolis vêtements. C’est la minorité. Sinon, vous l’avez vue nue dans un porno, croisé son regard dans une rue où elle se vendait, et plus généralement, elle est en représentation ou à la vente un peu partout dans le monde.

Les inégalités n’ont pas attendu 1789 et 1789 ne les a pas abolies. Dans ce monde conçu comme un grand marché, il y a l’offre et la demande. Et la beauté fait l’objet d’une telle demande depuis toujours ! Elle est l’idéal à atteindre pour les femmes, ce qu’il faut posséder pour les hommes. Des rêves, des désirs ! Et dans les réalités sociales, qu’est-ce que ça donne ?

Et bien, comme le disaient les femmes de la pétition, celles qui sont belles et n’ont aucune force pour protéger leur beauté, le destin est plus dur que pour celles qui sont laides. Et pour celles qui peuvent s’appuyer sur d’autres forces, économique, psychologique, intellectuelle ou sociale, l’avenir est meilleur, surtout quand on est belle. Car la beauté aussi est une force, à condition qu’elle ne soit pas seule.

Ces forces peuvent jouer de diverses manières et se combiner, le summum étant d’être riche, bien entourée, forte psychologiquement et dotée de bonnes capacités intellectuelles. Mais on peut très bien n’avoir que les forces économiques et sociales, comme ces filles de milliardaires qui peuvent se permettre de se mettre nues et être adulées comme des icônes de mode et de beauté quand celles qui font le trottoir font la même chose plusieurs fois par jour tout en n’engendrant que mépris.

On peut aussi être forte psychologiquement sans être riche, cultivée ni même fortement entourée et engendrer le respect grâce à cela.

Parfois, une seule force suffit à compenser les autres faiblesses.

Mais quand il n’y a rien…

Quand il n’y a rien, c’est comme dans le règne animal. Le prédateur guette sa proie, l’isole de son groupe si ce n’est déjà fait, gagne sa confiance, la fait peut-être s’éprendre de lui pour que la dépendance soit plus solide ou lui promet monts et merveilles, tout ce dont elle peut avoir besoin pour vivre et rêver, ce qui lui manque cruellement. Et puis…Comme dans le règne animal, le plus faible disparaît…

On croit que seuls les animaux vivent des vies d’animaux mais c’est faux. Les mêmes lois silencieuses s’appliquent chez les humains, mais les discours sociaux, philosophiques et politiques nous jettent de la poudre aux yeux en voulant nous faire croire que notre supériorité morale et intellectuelle nous ont mis au-dessus de ces lois primaires.

Et la beauté dans tout cela ?

Si on s’imagine qu’on peut la considérer « en soi », comme un philosophe, alors on s’illusionne. Aucune femme dont on profite, use et abuse ne reste belle, dût-elle être aussi parfaire qu’un statue. Car la beauté, c’est d’abord la force, la force du respect qui seul peut la soutenir.

Celle qui est belle, c’est celle qu’au mieux on aime, qu’au minimum on respecte, dût-elle être laide. Car la beauté, avant d’être dans l’oeil de celui qui regarde, est dans l’esprit de ceux qui ont intégré, comme tout animal et tout humain bien qu’il s’en défende, que la loi la plus haute, c’est la loi du plus fort, quelle que soit la forme de cette force.

C’est pourquoi nous pouvons en être assuré : malgré ce qu’ont pu en dire Platon et tous les autres dans leurs rêveries, il n’y a pas de beauté en soi et il n’y a de beauté que dans la force.

Pour ceux que ça intéresse, la pétition des femmes du tiers état, elle est ici : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426525

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5 commentaires

  1. Très intéressant ! Il me semble également important d’avoir conscience de ses forces et de ses faiblesses, qu’elles soient synonymes de beauté, d’intelligence ou autre…quels que soient nos dons ou nos défauts, je pense qu’on peut peut-être essayer de les améliorer, ou de les atténuer …vaste sujet !

  2. Tout à fait. Se connaître est le point le plus essentiel et en même temps celui qui prend le plus de temps. Tout le monde a envie d’être comme les belles héroïnes dont le modèle nous fait rêver et non la fille ou femme fragile qu’on peut être parce qu’on n’a pas su voir nos souffrances, ou l’inverse : trop se dévaloriser pour voir ses forces. Et le temps de le comprendre…Rien de tout cela n’est jamais simple…

    1. Merci beaucoup. Ca me fait super plaisir, d’autant plus que ce blog n’est pas un produit du hasard mais le fruit d’une vraie conviction.

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