séduction

Séduction : conditions intérieures et extérieures

L’amour est une nécessité du vivant pour perpétuer la vie, cause de la grande importance qu’on donnait autrefois aux divinités qui le représentaient. La quête de l’amour est en effet un intérêt universel. Chacun cherche à rejoindre l’autre pour aimer – même mal – être aimé, en investissant tout ensemble son désir sexuel, sa propre croyance en l’amour, ses forces et failles psychologiques qu’on offre et impose sans même le savoir.

Mais parce qu’aimer, c’est prendre un risque, s’exposer à l’autre dans sa vérité, ça se fait souvent dans un état émotionnel qui empêche toute lucidité et capacité au recul permettant à la fois de relativiser, d’y voir plus clair et de mieux s’orienter.

Ainsi, lorsqu’on a pour objectif de séduire la personne qui nous plaît, axé sur notre objectif, seul dans notre tête qui est loin d’être froide, nous n’arrivons pas à voir certaines réalités simples ou complexes qui conditionnent une relation.

  • Critère d’évaluation

Si vous voulez séduire une personne qui vous plaît selon certains critères, elle aussi possède des critères qui lui permettent d’accepter ou de refuser votre proposition. Et si vous l’interrogez sur ces critères et croyez correspondre à ceux-ci d’après ses réponses, elle vous a pourtant peut-être rangé dans une autre catégorie que vous ne pouvez pas envisager car elle correspond à une histoire personnelle et des valeurs dont elle-même n’a pas conscience car elles ont fait son éducation, et que vous ne pouvez envisager car on vous a donné d’autres valeurs.

La question pour garder le cap : l’image qu’on a de moi correspond-elle à celle que je me fais de moi-même et est-elle à mon avantage ? 

  • Valeurs

Toute société s’établit sur des valeurs qu’on peut croire parfois communes et qui ne sont pourtant pas forcément déterminantes. On peut très bien penser être sexy et élégante en mini-jupe alors que dans une autre classe socio-culturelle, ça pourra être vu comme vulgaire et racoleur; et vice-versa. Et ces questions, loin de concerner uniquement l’apparence physique, vont aussi toucher la morale, la politique, les choix éthiques, la façon de s’exprimer, de se comporter, l’alimentation, etc.

Les questions pour garder le cap : cette personne mérite-t-elle le sacrifice de mes valeurs ou, si j’adopte ses valeurs, celles-ci ne sont-elles de nature à m’apporter quelque chose de positif ou est-ce l’inverse ?

  • Rapport à l’autre

Il peut nous arriver d’aimer quelqu’un qui n’est pas capable d’amour ou qui ne pourrait absolument pas nous aimer. Ca arrive particulièrement dans les moments où on ne s’aime pas, où on déprime, où notre image de nous-même a été affectée. Parfois, c’est un problème insoluble et on passe sa vie entière à tomber sur les mauvaises personnes par tendance à l’auto-destruction. Que se passe-t-il alors ? On tombe amoureux de quelqu’un qui n’aime que les gens du sexe différent du nôtre ou d’une personne narcissique qui ne pourra jamais nous aimer, n’aimera jamais qu’elle-même et se servira de nous pour se valoriser, ou bien on s’éprend de quelqu’un de violent physiquement ou psychologiquement.

La question à se poser pour garder le cap : cette personne est-elle réellement et sincèrement capable de m’aimer ou est-ce moi qui ai besoin de me le figurer ?

  • La réalité de l’offre

L’acceptation ou le rejet dépendent aussi parfois de l’offre, qui dépend de beaucoup de paramètres. La personne qui nous intéresse est-elle intéressante pour les autres et cela a-t-il de l’impact sur elle ? Dans les sociétés où la répartition entre hommes et femmes est inégalitaire, le rapport à la séduction est très concurrentiel. Là où les femmes sont en excès, comme dans les sociétés touchées par une guerre, elles rivalisent dans l’élégance, les gadgets érotiques ou la chirurgie esthétique, et la surenchère est obligatoire pour se distinguer. Là où les hommes sont en excès, c’est la bataille matérielle qui fait rage et ce sont plus riches qui finissent en couple. Pourtant, rien de ces conditions ne définit l’être humain dans sa beauté d’âme et dans ce qu’il a réellement à offrir à l’autre.

Les questions pour garder le cap : la bataille pour cette personne vaut-elle la peine ou ai-je mes chances par rapport à l’offre proposée et les valeurs qui sont les miennes ?

  • Mes valeurs et qualités

Les forces en présence, c’est aussi soi-même, pas seulement les valeurs que l’autre pense qu’on incarne mais ce dont on est réellement porteur. Quand on est jeune, naïve, sincère et mignonne, on aime souvent les bad boys qu’on rêve de dompter. Plus généralement, c’est nous qui nous faisons dresser en perdant au passage nos illusions et la foi en nos valeurs. Une condition importante à notre séduction est dans ce que nous pouvons apporter à la relation en tant que personnalité profonde et surtout d’en prendre conscience. Et c’est celle-là qu’il s’agit avant tout d’apprendre à aimer pour ensuite la faire aimer.

La question pour garder le cap : quelles sont mes qualités et vont-elle s’épanouir ou se flétrir avec cette personne ? 

Nouvel article labo de Cléopâtre

 

Cet article et photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

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Le pouvoir de séduction

Quand des lecteurs viennent sur un blog à partir d’une recherche, il arrive qu’ils y entrent à partir d’un terme qui interpelle. Il y a quelques temps, « le pouvoir de séduction » a amené une personne sur ce blog. C’est vrai que c’est une question passionnante.

Encore faut-il pouvoir définir ce qu’on appelle « pouvoir de séduction ». On ne s’en rend peut-être pas compte, mais la part de l’imaginaire est très grande dans notre façon d’appréhender les choses abstraites et invisibles comme des sentiments. Il ne faut donc pas s’étonner de voir l’image d’un dieu ou d’une déesse s’imposer lorsqu’on pense au charme, à la séduction dont l’origine nous semble toujours mystérieuse parce qu’intérieure. Et comme l’a montré Freud, ce qui est intérieur et mystérieux s’est projeté vers l’extérieur sous forme de forces invisibles appelées, entre autres, dieux, esprits, etc.

En réalité, une personne qui a un pouvoir de séduction certain ne l’a pas de façon universelle comme dans les mythes et les contes, mais c’est malgré tout quelqu’un qu’on verra séduire plus facilement les gens que les personnes ordinaires. Cela peut même durer presque toute leur vie ! Dans tous les cas, ce sont des personnes qui comptabilisent dans leur vie plus de demandes en mariage, plus d’histoires et de réactions passionnelles ou même d’élans d’amitié passionnés. Oui, car la séduction est une force qui a la particularité de pouvoir agir sur tous les sexes hors désir sexuel, et parfois même sur les animaux.

Qu’ont-elles de spécial, ces personnes ?

Le cinéma hollywoodien de son Age d’Or a tenté de nous en fournir une image au travers des femmes fatales qui traversent ses films. On est alors tenté de penser que d’abord, elles ont la beauté. Pourtant, maintes photos de stars prises dans un contexte ordinaire nous démontrent qu’elles ne le sont pas forcément plus que d’autres. Quelque chose de mystérieux semble les avoir rendues belles aux yeux de celui qui a voulu nous communiquer cette conviction dans son oeuvre.

Depuis, nous adhérons, et nul doute que si elle était une personne inconnue au milieu des autres, nous la remarquerions quand même parce qu’elle possède cette force supérieure même à la beauté. On le voit d’ailleurs souvent : une femme qui est belle mais qui n’a pas d’intelligence et de conversation ne séduit pas longtemps. On peut sortir avec elle, s’en faire un ornement, mais la séduction ne prend pas. Elle est ailleurs.

Et c’est là où c’est très surprenant. Le pouvoir de la séduction se trouve dans une certaine capacité à créer de la nouveauté…par le langage. Dans le MOOC : « Langage, entre nature et culture », on apprend que l’espèce nous porte à choisir des partenaires qui sont capables de varier leur vocabulaire et introduire de la vivacité, de rendre vivante et variée une description censée être monotone. Il ne faut alors pas s’étonner de voir les gens les plus brillants en même temps que les plus drôles attirer notre attention et nous fasciner. En économie, justement, on explique que là où est la diversité et la nouveauté est le marché. Les marques et les enseignes qui veulent nous séduire agissent de la même manière qu’un être séduisant par son langage : en créant de la diversité et de la nouveauté.

Le langage, révélateur des capacités intellectuelles, nous pousse ainsi à être séduit par la personne dont l’intelligence est mobile, réactive, créative. On est alors en droit de se demander quelle intelligence nous séduit. Contre toute attente, la réponse va surprendre, mais celle qui nous séduit et que le langage révèle, c’est celle de notre propre évolution. Vous l’avez certainement remarqué, une personne qui nous séduit, nous captive, a le pouvoir de nous construire ou nous détruire.

Presque chaque personne a vécu une histoire dans laquelle il a été séduit par quelqu’un qui l’a rendu malheureux, dont son comportement , ses amis, ses paroles indiquaient pourtant qu’elle ne serait pas bien avec et qui l’a pourtant aimé plus fort que les autres.

Nous sommes séduits, en effet, par ceux qui semblent détenir une force vers laquelle , sans en avoir conscience, nous sommes attirés à un certain moment de notre existence, qu’elle soit force constructive ou destructive. Si elle est constructive, l’histoire, partie sur de bonnes bases, évolue positivement; si elle est destructive, la relation dégénère. Parfois aussi, nous sommes attirés par ce qui nous dépasse socialement ou intellectuellement, et cette fois-ci, ce ne sont plus les forces de vie ou de mort qui nous dirigent mais l’ambition, une projection de soi en mieux.

En bref, si vous voulez savoir ce qu’est le pouvoir de séduction, le meilleur conseil à donner est de vous pencher sur votre miroir intérieur. Nous sommes séduits par ceux qui semblent pouvoir nous apporter ce que consciemment ou inconsciemment nous désirons pour nous-mêmes, que nous le comprenions, choisissions, subissions ou non.

Il est donc temps de vérifier si nous sommes à nous-mêmes notre propre ami ou ennemi…

Nouvel article du Labo de Cléopâtre : cosmétiques de Cléopâtre : mensonges, fantasmes et vérité

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Cosmétiques et sorcellerie

Depuis le début de la civilisation, l’emploi de produits de beauté a toujours été préférablement dévolu aux femmes : à elles les poudres, les fards, les produits améliorant la souplesse, l’apparence de la peau, la couleur des cheveux. Egyptiennes, Grecques et Romaines sont connues dans l’Antiquité pour avoir utilisé les fards, et les musées conservent d’antiques fioles de khôl ou de mélangeurs de fards retrouvés dans des tombes de femmes.

Cette quasi-exclusivité d’un emploi de cosmétiques au féminin fait également partie de ce qui a semblé creuser l’écart culturel entre hommes et femmes. Platon, déjà, reprochait aux femmes leur usage des cosmétiques jugés hypocrites, pernicieux, étant donné qu’à cause d’eux, on ne sait pas véritablement à qui on a à faire. C’est également un de ces arguments qui justifie pour Socrate, la supériorité des amours entre hommes.

Pourtant, dans un monde où la femme n’a pas de libertés, dépend d’un père puis d’un mari, ne peut sortir seule, ne peut étudier ni travailler, quel recours peut-elle avoir d’autre que la séduction ?

Depuis, culturellement, et malgré les nombreux changements intervenus dans la société et les droits qui leur ont été accordés, la séduction est du côté des femmes. Et pour que cette séduction ait plus de chances d’être durable, l’emploi de cosmétiques est judicieux. Judicieux mais ambivalent. De fait, même aujourd’hui, l’emploi des cosmétiques par les femmes fait toujours l’objet de méfiance souvent au sein même du couple ou des familles, même si cette méfiance s’avère plus marquée pour le maquillage dont les conséquences sont plus visibles.

Les raisons de cette méfiance, souvent inconscientes, peuvent avoir des origines très anciennes dans notre histoire culturelle et parfois très surprenantes :

– L’emploi des crèmes, fards et autres cosmétiques nécessitent des produits qui paraissent étranges, inconnus pour celui qui ignore tout de leur usage. L’ensemble de ces cosmétiques, conservés dans des flacons et pots sous forme de lotions, crèmes, pommades aux différentes textures, couleurs et parfums évoquent les substances employées par les sorcières dans l’imaginaire collectif. L’impression est renforcée par le fait que si l’homme n’y comprend rien, la femme semble en maîtriser tous les secrets sans être forcément passée par une formation pour cela. Cela donne alors le sentiment que la femme possède une science mystérieuse et se dessine alors inconsciemment la figure ancienne de la magicienne. Sans compter qu’autrefois, les cosmétiques employaient des substances toxiques aux effets très nocifs, comme le plomb de la céruse, qui, sous forme de poudre, blanchissait la peau en même temps qu’elle la détruisait et atteignait les organes. Le doute quant à l’innocuité des substances employées continue d’ailleurs toujours de planer sur les produits cosmétiques.

– Comme les arts magiques, la préparation qui permet de changer une femme ordinaire en une star de cinéma se fait dans le plus grand secret que semblent vouloir percer tous ceux qui consultent les photos des stars avec et sans maquillage. Chacun des gestes de la femme, entre le moment où elle s’apprête à se faire belle et le moment où elle se dévoile semble relever du mystère de Mélusine que son mari ne devait pas voir le samedi, jour où elle retrouvait sa queue de serpent. Chaque femme qui s’enferme pour se faire belle a quelque chose de la fée qui déploie son art secret d’enchanteresse. Et la transformation physique intervenue, d’autant plus discrète qu’elle a été tenue secrète, apparaît comme sans cause, relevant du mystère ou d’un sort.

– Bien avant ça, cependant, aux yeux de beaucoup de religieux de toutes confessions, la femme qui emploie des cosmétiques a quelque chose de démoniaque en ce qu’elle ne se satisfait pas de l’apparence que Dieu lui a donnée en tentant de l’améliorer. Son acte, par le simple fait de mettre des crèmes et du maquillage pour être plus belle, fut et peut encore être interprété comme un acte de rébellion envers les choix de Dieu qui l’ont faite comme elle est. Qui n’a d’ailleurs jamais vu de femmes de milieu très religieux aller au-delà du refus de maquillage et s’abstenir même des simples soins élémentaires de la peau ?

– Enfin, celle qui emploie des cosmétiques en vue d’améliorer son apparence risque de le faire dans le but de séduire. Or, la séduction a longtemps été considérée comme une caractéristique du Diable dans le but de détourner de Dieu. Et de fait, dans la séduction comme dans la beauté féminine, ce qui est suspect est la cause qu’on lui attribue. Pour les théologiens d’autrefois, le fait que la femme soit plus belle que l’homme n’est pas due à la nature ou à la volonté de Dieu mais à sa volonté de nuire. «  Qu’est-ce que la femme ? C’est un lacet formé avec un artifice admirable pour prendre les hommes; un piège toujours tendu, une Circé qui ne s’occupe qu’à préparer divers poisons.« , dit l’abbé Drouet de Maupertuis, à la suite de Saint Diacre.

Si, en plus, au lieu d’être passive, c’est elle-même qui organise sa séduction au moyen de poudres, crèmes, fards et lotions, comment ne pas voir en elle, chez ceux qui la craignent ou la méconnaissent, l’ombre de ce qu’elle fut pendant si longtemps à leurs yeux : la sorcière, maîtresse de sa beauté et donc de son destin ?

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En quoi consistait la séduction de Cléopâtre ?

Reine déjà mythique de son vivant, aucune ne fascine autant que Cléopâtre VII dont le rôle n’aurait pas été si important si elle n’avait vécu à un moment critique de l’histoire, entre l’instauration de l’empire romain et la chute de l’Egypte ptolémaïque, qui eurent lieu à sa mort.

Les textes qui parlent de Cléopâtre émanent tous d’historiens romains, pas forcément objectifs, pas forcément ses contemporains, et dont la rigueur scientifique peut être contestée puisque dans l’Antiquité, collecter des histoires pouvait sembler suffisant. Néanmoins, si plusieurs historiens et auteurs romains se sont donnés autant de peine à parler d’elle, surtout en mal, c’est qu’effectivement, elle avait marqué les esprits comme aucune femme ne l’avait fait auparavant. Et de fait, elle avait séduit César et Marc-Antoine et leur avait donné des enfants.

D’après ce que nous ont laissé les historiens romains, comment y est-elle parvenue ?

– Par sa beauté ?

Seules les monnaies offrent un profil réaliste, d’autant plus qu’elles sont les seules représentations à avoir été faites de son vivant. Oui, son nez est grand, non, elle ne paraîtrait pas belle aujourd’hui, mais que sait-on des critères de beauté de l’époque ? Beaucoup d’historiens parlent de sa beauté légendaire bien que Plutarque nuance le propos : «  Sa beauté, considérée en elle-même, n’était pas si considérable qu’elle ravit d’étonnement et d’admiration« . Plusieurs choses entrent en ligne de compte dans l’estimation de sa beauté dont son caractère et, circonstance non négligeable, son statut royal qui lui offre la meilleure alimentation, les meilleurs soins de santé, les plus beaux vêtements et soins cosmétiques du monde antique, auxquels les autres femmes n’avaient pas accès.

Par contraste, déjà, la différence devait être remarquable !

– Par son pouvoir

C’est une donnée que beaucoup oublient : le pouvoir a quelque chose d’attrayant, voire d’érotique. On s’étonne toujours de voir des chefs d’état laids comme des crapauds séduire tant de femmes. Pourtant, il est dans l’instinct des créatures sociables et qui vivent en groupe de vouloir se rapprocher du plus fort. Cléopâtre était une reine, et de surcroît avait non seulement le pouvoir mais aussi l’étoffe d’un chef d’état, n’hésitant pas à faire assassiner ceux qui l’entravaient, dont son frère et mari, séduisant le colonisateur romain dans le but de voir l’Egypte jouir d’un statut privilégié et plus durable dans l’Empire romain que sa propre existence grâce à l’héritier qu’elle lui aurait donné. Un projet que l’assassinat de César déjoua.

Une reine d’un tel niveau d’intelligence politique devait forcément fasciner les romains qui avaient réduit leurs femmes au rôle de génitrices !

– Par son pouvoir de la mise en scène

Dans la vie de César, Plutarque rapporte que Cléopâtre répondit à une de ses convocations enveloppée dans un sac à matelas pour entrer incognito dans le palais. L’historien prétend que c’est ainsi qu’elle le séduisit. Pour Marc-Antoine, elle apparut sur un navire d’apparat aux voiles pourpres, voguant au son des flûtes, des lyres et des chalumeaux. Couchée sous un pavillon brodé d’or, de l’encens brûlait. L’invitant à souper, des flambeaux attachés au sol ou à la muraille dessinaient des formes géométriques magnifiques et brillantes dans l’obscurité de la nuit. Ce spectacle fut pour lui impressionnant et inoubliable.

Avec l’électricité, Madonna et Beyoncé bénéficient de meilleurs moyens techniques mais utilisent toujours les mêmes vieux trucs à l’efficacité incontestée !

– Par une culture remarquable

Plutarque rapporte que Cléopâtre était polyglote, parlant la langue  » des Ethiopiens, des Troglodytes, des Hébreux, des Arabes, des Syriens, des Mèdes, des Parthes« , et d’autres encore, ajoute-t-il. Elle a reçu la bibliothèque de Pergame donnée par Marc-Antoine et qui était constituée de 200 000 volumes. Jadis comme de nos jours, les bibliothèques ne sont pas de nature à intéresser tout le monde. Des livres de cosmétiques et de magie sont même censés avoir été écrits par elle. C’est certainement sur cette base que Plutarque peut dire que sa conversation et » son commerce », c’est-à-dire, sa fréquentation, étaient ce qui la rendait irrésistible.

Car si c’est facile d’être ébloui quelques minutes par une belle femme, c’est encore plus facile d’être ébloui durablement par une femme brillante.

– Un don pour la psychologie

De Plutarque à Pline l’Ancien en passant par Suétone, maintes anecdotes relatées par eux démontrent que la reine était une personne comprenant fort bien ce que désiraient les uns et les autres et savait au moins s’y adapter, au plus les contenter. D’après Plutarque, Antoine ayant parlé comme un soldat, elle lui avait répondu de même, avec la même brutalité. Mais surtout, elle l’accompagnait dans ses parties de chasse, exercices militaires, elle jouait et buvait avec lui, et même, l’accompagnait dans ses plaisanteries, s’habillant en servante quand lui-même s’habillait en valet. Par ailleurs, tant dans la vie de César que de Marc-Antoine, on peut lire que ces 2 hommes aimaient le luxe à des niveaux scandaleux.

Est-ce pour cela que Cléopâtre les régalait de dîners somptueux dont un en particulier au cours duquel, nous rapporte Pline l’Ancien, la reine avala une perle valant une fortune après l’avoir en partie dissoute dans du vinaigre, pour montrer à Marc-Antoine qu’on pouvait encore augmenter la magnificence de ses repas ?

La question reste posée parce que les vraies motivations de Cléopâtre restent un mystère, mais chacun de ses agissements est un petit indice de ses intentions et plus encore de ses capacités.

En résumé, vous voulez obtenir le pouvoir de séduction de la reine Cléopâtre ?

Une seule voie s’impose : d’une manière ou d’une autre, soyez exceptionnelle par des qualités qui vous mettent à la fois en dessous des autres ( elle était femme dans un monde d’hommes ), à égalité avec les autres ( elle était chef d’état et active politiquement au milieu d’hommes qui avaient le même rôle politique à Rome ) et malgré cela bien au-dessus des autres ( elle était une femme brillante et cultivée face à des soldats ).

Mais ne me demandez pas comment on arrive à un tel équilibre…

– Les citations ou affirmations de Plutarque proviennent soit de sa Vie de Marc-Antoine ( références les plus nombreuses ) soit de sa Vie de César.
– La référence à Pline l’Ancien provient de son Histoire naturelle.

En savoir plus sur Cléopâtre, c’est possible aussi sur le blog consacré à ses cosmétiques : Le labo de Cléopâtre. Pour la version de son cosmétique, vous le trouverez sur ma boutique Etsy consacrée aux parfums de l’Antiquité.

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Cheveux : symbolisme et séduction

Depuis l’Antiquité et certainement avant, les cheveux font l’objet d’une attention et d’un soin particuliers dans toutes cultures ayant donné à leur couleur ou leur longueur une signification particulière.  » Don de Dieu » qu’on ne doit pas couper, symbole de force ou indice de beauté, de santé ou de séduction, la manière de les entretenir occupe les savants de toute époque, de la Cléopâtre du Kosmetikon à Hans Schwarzkopf, et leur apporte la fortune.

Bien entendu, ce sont les cheveux de la femme qui occupent le plus à la fois les commerçants, les artisans du cheveu et ceux qui jugent des moeurs. Car si les hommes ont pu porter les cheveux longs dans beaucoup de cultures comme le démontre l’histoire de Samson dans l’Ancien Testament, l’Europe moderne reste héritière des valeurs romaines donnant aux hommes cheveux courts et visage rasé, et aux femmes les cheveux longs propres aux jeunes femmes et aux matrones. A celles-ci, destinées à une vie oisive de gynécée plutôt qu’à une vie active, il était possible et permis de prendre du temps pour leur physique, d’autant plus que leur rôle auprès de l’homme était essentiellement de lui plaire, dans les limites imposées par la société. On doit plaire à celui à qui on est destinée et non aux autres.

Ils sont également une manière de se cacher par leur longueur dissimulant d’autres charmes. Pourtant, progressivement, de voile que les cheveux étaient, selon l’Epître aux Corinthiens, les cheveux deviennent aussi de plus en plus souvent ce qui doit être voilé.

La réputation sulfureuse des cheveux est telle qu’avec le sang et le sperme, ils sont un ingrédient privilégié des philtres magiques destinés à séduire. Ce statut particulier a de quoi étonner quand on sait que ce n’est pas un caractère sexuel secondaire et qu’à priori, il n’y a pas vraiment de quoi s’exciter.

Pourtant, leur pouvoir de séduction est bien réel, mais loin d’être immédiat, il est moins brut et déploie une finesse étonnante car il vient à la fois de l’espèce et de la culture dont dépendent des codes de société.

Ainsi, une chevelure, c’est quelque chose de préhistorique, le souvenir impudique d’une intimité oubliée puisqu’elle est la somme des poils de l’ensemble du corps qui l’ont déserté pour se concentrer sur le haut de la tête suite à des pratiques proprement humaines les rendant inutiles telles que la bipédie et l’habillement. Mais en même temps, c’est une matière transfigurée par l’intelligence et la créativité où peuvent s’exercer toutes sortes d’arts liés à l’une des premières techniques découvertes par l’humanité: le tissage. Dans la chevelure, le naturel imposé par l’espèce s’est fait ornement, vecteur de culture et de civilisation tout en prenant racine dans un corps humain, mortel et imparfait. Un paradoxe qu’on retrouve dans cette image de l’épouillage, présente encore au début du XX ème siècle, quand l’hygiénisme n’avait pas encore édicté de nouvelles règles sanitaires et que la recherche du parasite tenait lieu de constructeur positif de lien social moins critiqué que Facebook…

Les cheveux sont d’ailleurs des révélateurs aux limites des mondes naturel et culturel : par leur matière et couleur, ils laissent deviner une origine ethnique, un patrimoine génétique et sa mystérieuse loterie qui décide de qui de l’ascendance du père ou de la mère sera la plus évidente, la santé et le soin de la personne par leur propreté, leur coupe, un âge par leur couleur intense ou non, grisonnante, blanche ou systématiquement colorés pour que ça n’arrive pas, par une façon de se coiffer aussi, marquée par le temps, la mode de ce  » à mon époque » où on a parfois posé ses valises esthétiques. Enfin, les cheveux trahissent aussi un budget qu’on y a consacré, ainsi qu’un caractère, une psychologie par le choix qu’une femme fait de couleurs, coiffures excentriques ou originales qui pourront témoigner d’une personnalité extravertie, obsessionnelle ou créative, une absence totale de soin pourra être le signe d’une détresse psychologique ou d’un choix plus philosophique de détachement, des cheveux toujours attachés de la même manière un certain goût pour l’ordre, une psychorigidité ou un désintérêt, une indifférence pour des pratiques esthétiques qu’on peut aussi juger vaines ou superficielles.

Ca, c’est la séduction universelle de la chevelure mais qu’en est-il de la séduction interpersonnelle ?

Par ses cheveux, vous avez déjà une foule d’informations sur la femme qui vous intéresse. Mais ce n’est pas tout. La séduction de la chevelure d’une femme est au maximum lorsqu’elle lâche ses cheveux car selon la loi inconsciente des symboles, des cheveux qu’on lâche annoncent des moeurs que l’on relâche. Et de fait, une femme qui voudra séduire ne le dira jamais mieux qu’en jouant avec une de ses mèches de cheveux lâchés, un de ces gestes qui trahissent l’intérêt même si, le raisonnement poussé à l’extrême tourne à la dictature dans les sociétés craignant la femme et voulant entraver ses libertés.

Car lâcher ses cheveux, cela signifie d’abord se sentir libre, sans entraves, de même nature que le vent qui les fait s’envoler et qui se fout de savoir si un oeil masculin les regarde ou non et si Dieu, qui les a, paraît-il, créés, est d’accord avec ça.

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Séduction, amour et folie

En cherchant le terme pin up sur Wikipédia, on trouve des articles connexes qui nous sont proposés comme à chaque fois : « playmate », « vamp », « femme fatale », « séduction », qui ne nous surprennent pas. Et puis un autre plus surprenant :  » trouble de la personnalité histrionique », appelé autrefois hystérie.

En effet, l’hystérique homme ou femme ne conçoit ses relations que dans la séduction, une séduction dont se nourrit le Moi perturbé pour éviter les angoisses. Sa séduction est physique et se voit au soin excessif apporté à sa personne, mais elle s’exerce pour mieux mettre une limite entre soi et l’autre. Bref, c’est un allumeur ou une allumeuse…

Chaque pathologie génère ou subit sa propre manière de séduire et d’aimer. On pourrait citer le cas des cyclothymiques qui développent un TOC de l’apparence non pour séduire mais par complexe, grossissement de leurs défauts, les femmes anorexiques ou les hommes souffrant du complexe d’Adonis ( appelés manorexiques dans le ELLE de cette semaine ) qui ne parviennent pas à se voir tels qu’ils sont et qui s’abîment toujours plus, l’une dans les régimes hypocaloriques, auxquels s’ajoute le développement de la musculature pour l’autre.

Car la séduction est d’abord un rapport de soi à soi : comment plaire à l’autre si on ne se plaît pas à soi-même ? Et sur quels critères pouvons-nous projeter l’image de notre beauté dans le regard de l’autre sinon par ceux que nous possédons ? La séduction commence à l’intérieur de notre esprit, quand Narcisse rencontre sa propre image et s’éprend de lui-même ou du moins, tente d’y parvenir, comme le fait une anorexique ou une victime du complexe d’Adonis, sans se rendre compte que c’est impossible. Vouloir plaire, c’est d’abord vouloir se plaire à soi-même sur des critères subjectifs, même s’ils se nourrissent de représentations communes dans la société.

Pareillement, le rapport au partenaire ne s’envisage pas de la même manière selon qu’on a affaire à un pervers narcissique qui séduit l’autre pour mieux l’écraser, une hystérique qui repoussera le désir après l’avoir provoqué, un bipolaire en phase maniaque dont la séduction extraordinaire débouchera sur une sexualité frénétique, voire à risque, la cyclothymique dont le choix de partenaire et de sexualité iront dans un sens souvent destructeur, etc.

Dans nos amours, ce sont des Moi que nous rencontrons, des Moi différents qui se sont construits selon des lois dont nous ignorons tout et qu’eux-mêmes ne maîtrisent souvent pas. Et ce sont nos Moi que nous y oppposons dans un choc des psychés qui se sont séduits avant même de se comprendre.

Derrière cette séduction, il y a toujours une raison. Pour les Anciens, Aphrodite en a donné l’ordre à son fils ailé, Eros. L’homme et la femme sont incomplets et chacune des parties de cet être qui ne faisait qu’un cherche à se rejoindre.

Oui, cela est vrai. Hors l’amour, nous sommes incomplets et au fil des années, ayons nous été appelés sains d’esprit, nous développons des pathologies car il est dans la nature essentielle du vivant de chercher à rejoindre l’autre, même si c’est de manière bancale, même si c’est au travers d’un psychisme blessé, aveugle ou construit de travers.

Et nous, quelle séduction pouvons-nous trouver à une personnalité histrionique, un dépressif, un pervers narcissique ou encore quelqu’un qui ne peut nous aimer comme un homosexuel quand on est une femme, un hétéro quand on est un homme, etc. ?

Chaque fois que nous aimons, nous tentons effectivement de rejoindre cette partie que nous ne possédons pas et qui nous fera atteindre un équilibre. C’est vrai des amours temporaires comme de l’amour de notre vie. Avez-vous remarqué comme bien après une relation qui s’est terminée, nous sommes capables de trouver des causes à notre amour dans la conjonction entre la personnalité de celui ou celle qu’on aimait et l’état de notre psychisme à ce moment-là ? Les amours-tampons ou les amours temporaires nous font parvenir à l’équilibre partiel d’un moment. Combien de fois avons-nous conclu ainsi le bilan de ces relations  par des :  » J’avais besoin de cette expérience. » ?

Et l’amour d’une vie ? On le partage avec l’être qui, psychiquement, répond intégralement à notre déséquilibre par le sien pour parvenir à un équilibre qui peut être heureux ou malheureux mais qui dans tous les cas ne s’atteint qu’à deux. Cet équilibre s’inscrit dans la durée car les points de jonctions sont plus nombreux.

Alors, oui, vraiment, l’amour est une folie !

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Fleurs et Beauté

Dans l’Antiquité, Aphrodite était aussi la déesse des fleurs et des parfums. C’est que de tous temps, on a associé les fleurs à la Beauté. Entre les deux, en effet, les liens symboliques sont étroits et nombreux.

La fleur symbolise d’abord l’élan vital du désir, de la sexualité. Recevoir des fleurs et les voir depuis la plus tendre enfance nous font oublier qu’elles sont avant tout les organes de reproduction des plantes et que pour appeler l’insecte pollinisateur, la diversité de leurs beautés comme les odeurs et les couleurs, sont autant de stratégies qui peuvent rappeler celles des êtres humains dans la séduction. De fait, le bouquet de fleurs est le cadeau initial de toute séduction, celui qui doit attendrir le coeur.

D’autre part, la fleur est associée depuis longtemps à la femme qui lui est comparée depuis l’Antiquité au travers de poèmes qui rapprochent l’une et l’autre à  la fois pour leur beauté, leur fragilité et leur caducité, appelé vieillissement chez les humains. Dans la poésie de Ronsard, la plus connue en France pour la poésie amoureuse comparant femmes et fleurs, ce genre de rapprochement sert ses intérêts hédonistes. En montrant à la femme aimée qu’elle sera bientôt  » fanée » comme la rose qui lui ressemble tant, il espère la pousser à partager avec lui l’amour dont elle ne pourra profiter plus tard, dût-il être un vieillard et elle une adolescente :

 » Puisqu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir ! (…)

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté. »

Le langage imagé mais couramment employé fait d’ailleurs le rapprochement entre la femme et le végétal mais uniquement à partir de la puberté, âge de la femme où elle peut être enfin  » consommable » et où elle est une jeune fille en fleur, dont on sent le parfum et on admire la beauté mais dont on ne touche pas le fruit, encore défendu peut-être. Bien plus tard, elle finit par être qualifiée de  » femme mûre », adjectif employé principalement pour les fruits, la fleur étant le premier état de ce qui deviendra un fruit.

Mais la particularité d’une fleur peut aussi résider dans son odeur, et là aussi, il y aura une association symbolique entre la jeune fille et la fleur au parfum léger de fleurs délicates, et la femme mûre, amante expérimentée au parfum entêtant d’une fleur exotique, puissante et vénéneuse, sans parler d’autres entre-deux tout à fait possibles et à quoi semble faire écho la diversité des fleurs en général. Cette diversité des fleurs elle-même rappelle les variétés de femmes, de rencontres et de choses à vivre avec elles en amour.

A une époque plus pudibonde, les fleurs ont également pu servir à exprimer une grande variété de sentiments dans ce qu’on a appelé le langage des fleurs dont il reste aujourd’hui principalement le code couleur des roses : blanc pour l’amour chaste, rose pour l’amour jeune ou naissant, rouge pour l’amour passion et jaune pour l’amour teinté de jalousie.

Les fleurs, c’est également ce qu’on offre lors des fêtes. Là aussi, c’est leur beauté et leur diversité qui permettent d’égayer l’instant de couleurs, formes et senteurs. Mais c’est aussi le caractère caduc de la beauté des fleurs qui s’accorde bien avec les fêtes ponctuelles et les rites de passage. En effet, quelques jours plus tard, les fleurs sont fanées comme l’instant de liesse est passé et que le quotidien a repris le dessus. La beauté des fleurs, c’est comme la beauté des vies humaines dans l’aspect physique des hommes et des femmes comme dans les beaux instants qu’ils peuvent vivre : elles sont uniquement de passage. C’est pourquoi on préfère honorer les morts de fleurs plus résistantes comme les chrysanthèmes qui expriment l’attachement durable, voire éternel comme Hugo dans Demain, dès l’aube, qui choisit une fleur vivace pour orner la tombe de sa fille :

 » Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. »

Enfin, dans une chambre d’hôpital, triste et blanche, à l’espace restreint et que seule anime parfois une télé, le bouquet de fleurs – évoquant la forme ronde de la Terre dans un cercle, seule forme géométrique parfaite produite par la Nature et conçue par l’Homme également dans une belle réconciliation – égayera d’un sourire le visage d’un malade en lui rappelant que le monde existe et que, bien que ce soit facile de l’oublier quand on est enfermé, la vie est belle dans sa diversité.

Si la fleur nous rappelle souvent par sa fragilité que nous allons mourir, elle nous promet aussi que nous allons, auparavant, connaître la grande diversité des joies de l’Amour et de la Beauté.

Comment s’étonner alors qu’Aphrodite en soit la déesse ?

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Bijou et symbolisme

Le bijou est un accessoire qui existe presque depuis le début de l’humanité. Il est apparu bien avant le vêtement puisqu’on en a retrouvé dans des sépultures de l’âge de pierre. A l’époque, il pouvait être fait d’os, de dents ou de coquillages.

L’histoire du bijou, comme toutes les histoires des objets faits par l’Homme et pour l’Homme, se confond avec celle de la technologie et des mentalités, et à chaque âge nommé en fonction de sa maîtrise des matériaux correspond des bijoux faits de ces matériaux, avant que tous soient découverts, travaillés et maîtrisés, le summum ayant été et demeurant toujours l’or.

Or, pourquoi ce métal et pourquoi est-il associé si facilement au bijou ?

Nous connaissons tous la réponse. L’or est rare, beau, cher et ductile, ce qui le rend aussi fascinant à contempler qu’à travailler, à porter qu’à conserver. Sa qualité inaltérable est aussi un symbole d’immortalité. Porter de  l’or, c’est quelque part défier la mort et la transcender dans la transmission familiale de trésors désormais associés à la qualité de la donatrice – grand-mère, grand-tante – dont il ne reste que des bijoux toujours étincelants.

Mais surtout, l’or se prête facilement à la fonction essentielle du bijou toutes civilisations confondues : établir des niveaux sociaux. Dans les sépultures de toutes époques mises au jour par les archéologues, les bijoux, leur finesse et le métal utilisé permettent d’établir le rang social du mort. A l’ère où les premiers bijoux apparaissent, leur simple présence dans une sépulture permet de comprendre que le mort était une personne importante dans le groupe social.

Etablir une hiérarchie sociale passe avant même la nécessité de se vêtir puisque les animaux vivant en groupe ont toujours un chef, garant de l’ordre. Les diverses tribus et sociétés d’Afrique, d’Amérique et d’Asie dont le mode de vie n’est pas influencé par la civilisation peuvent ne pas connaître le vêtement mais ne peuvent pas ne pas connaître le bijou, signe extérieur de puissance d’un chef ou d’un homme médecine, sur qui reposent la paix, la cohésion et la transmission des valeurs du groupe social.

Cette nécessité peut conserver plus ou moins d’importance selon les civilisations. Ainsi, la reine d’Angleterre n’a besoin que de sa couronne officielle et de quelques bijoux discrets lors de ses déplacements un peu partout dans le monde, mais au Moyen-Orient, elle se doit de rajouter encore quelques brillants pour afficher son pouvoir. Ainsi, dans les sociétés traditionnelles, le bijou conserve tout son symbole, de façon pleinement consciente.

Qu’en est-il pour nous ?

D’une manière générale, les bijoux de prix ont toujours du prestige à nos yeux mais le symbole du pouvoir semble s’être porté ailleurs, ce qui leur donne moins d’importance que dans les sociétés traditionnelles.

Dans la séduction, en revanche, une femme est rarement indifférente à des bijoux, et ce depuis toujours. Elle peut ne pas être vénale et malgré tout s’intéresser à la valeur du bijou qu’on va lui offrir ou qu’on lui a offert et ce d’une manière qui peut sembler pour le moins étonnante. De son côté, l’homme peut ne pas être dépensier et mettre malgré tout du prix dans un bijou offert à celle qu’il aime.

C’est que les sentiments établissent une hiérarchie. Aimer quelqu’un, c’est établir une échelle de valeur entre cette personne et toutes les autres et la mettre bien au-dessus. De la même façon, le bijou est ce qu’on porte volontiers pour séduire. Dans les hymnes homériques, qu’elle tente de séduire Anchise ou sortant simplement de la mer, Aphrodite est décrite avec ses bijoux d’une façon précise : couronne, boucles d’oreilles, collier en or. Hésiode, lui, la qualifie « d’Aphrodite aux rayons d’or ».

Constants dans ce qu’ils représentent, les bijoux affirment la supériorité de celle qui les porte sur toutes les autres. Se parer pour séduire, c’est vouloir se mettre au-dessus des autres dans l’oeil de celui à qui on veut plaire. Et les bijoux créent de la beauté en ajoutant celle des ornements finement travaillés du métal et des pierres à celle de la femme, surtout s’ils sont précieux.

Actuellement pourtant, le bijou a cessé de devoir être cher et fait de matières précieuses pour séduire. On ne compte plus le nombre de boutiques proposant des bijoux fantaisie n’ayant à offrir que des accessoires attractifs par leurs formes, leurs couleurs, leur capacité à réfléchir la lumière. Le bijou fantaisie est une révolution à l’échelle symbolique car les matières précieuses n’y comptent pour rien. Le métal en est grossier, fragile, peu coûteux, la verroterie peut être du simple plastique mais qu’importe !

Le bijou fantaisie est un accessoire de beauté démocratique qui a abandonné toute ambition d’immortalité et de grandeur. Il exprime le droit fondamental à briller pour rien, pas longtemps, sans éveiller convoitise ni reconnaissance d’autrui, mais à briller quand même en éveillant une tenue, illuminant une peau, créant un contraste, réveillant un visage, ornant une chevelure, bref, en créant de la beauté. Mais surtout, ils peuvent se porter partout et tout le temps, permettant à la femme d’être une reine, une déesse – les statues des déesses portaient des bijoux offerts par les fidèles – sans se préoccuper du prix, et à chaque instant de leur vie.

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Un parfum d’Olympe

Le parfum, toujours abondamment utilisé dans nos sociétés, est d’un usage très ancien. A la base, il servait à honorer les dieux, ce qui se fait toujours au moyen des encens dans les églises. Les résines brûlées dégagent ce parfum qui monte alors vers Dieu ou les dieux. On en fait autant depuis toujours pour parfumer et assainir les chambres et les pièces, on use de pots-pourris, de coussins d’herbes sèches et odorantes, on met des parfums et huiles essentielles dans les produits pour le bain, les huiles, les savons, etc. Le parfum ne s’est jamais démodé et ne se démodera jamais.

Pourquoi cette importance donnée au parfum ?

D’abord par son agrément, facile à éprouver. Une bonne odeur crée une bonne atmosphère, c’est avant tout aussi simple et basique que cela. Ensuite, par l’importance que conserve pour nous l’odorat. Si d’autres sens se sont développés aux dépens de celui-ci pour que l’homme vive en société où évaluer le danger est devenu moins déterminant que de se servir de son intelligence – plus reliée à des sens tels que la vue et l’ouïe – l’odorat, mis en veilleuse, conserve un secret.

C’est un passage qui ouvre les portes souvent closes de la mémoire. Avec lui, aucun événement ne reste bloqué aux portes de l’inconscient. Une odeur nous reconnecte immédiatement avec le souvenir qui y est associé. C’est sur cette capacité exceptionnelle de l’odeur sur nous que toute La recherche du temps perdu de Marcel Proust est fondée, par le biais de la célèbre madeleine. Or, nous avons tous en nous des centaines et des milliers de madeleines oubliées dont l’odeur retrouvée par hasard peut ouvrir la porte aux centaines et milliers de souvenirs qui y sont associés.

Cette capacité extraordinaire est employée en cosmétique et dans les produits d’entretien pour nous inspirer par exemple l’impression de « sentir le propre ». « Si ça sent le propre, c’est que c’est propre », conclut le cerveau qui a emmagasiné cette donnée. Il en est ainsi de toutes les odeurs utilisées à certaines fins grâce à une culture commune qui permet que nous ayons presque tous la même idée de ce que sent le propre. Malgré cela, nous nous différencions tous par une culture très personnelle, et une différence de genre – les femmes étant plus sensibles à l’odorat que les hommes – c’est pourquoi ces tentatives n’ont qu’une portée relative. C’est moins vrai en ce qui concerne la nourriture, liée à quelque chose de moins culturel et plus instinctif. Les boulangeries diffusant les odeurs de croissants chauds voient ainsi leurs ventes exploser par rapport à celles qui n’en diffusent pas.

Le pouvoir de l’odeur est exceptionnel, à tel point que nous pouvons nous en servir pour reprogrammer les humeurs inscrites dans notre cerveau. Si une odeur est associée à quelque chose de positif pour nous, la sentir quand nous n’allons pas bien peut nous permettre de retrouver une humeur positive. Néanmoins, cela ne peut durer dans le temps : le cerveau peut finir par associer cet ancien parfum au mal-être qu’il est censé régler.

D’une manière générale, on voit donc que le parfum est utilisé pour entrer dans un état modifié de conscience ou bien faire entrer l’autre dans cet état. C’est le cas d’un parfum utilisé dans un but de séduction. Son pouvoir n’est pas tout à fait établi puisque le parfum choisi peut très bien ne pas atteindre son but, mais c’est pour l’attraction exceptionnelle qu’il exerce d’abord sur celui qui le choisit et pour son secret impénétrable qu’on perçoit sans le maîtriser, qu’on utilise à défaut de le posséder. Le parfum s’emploie avant tout pour ce qu’il peut ou pourrait faire plutôt que ce qu’il fait réellement. C’est la porte qui ouvre sur le souvenir autant que sur le rêve d’amour et de séduction infinis.

Dans l’Antiquité, on employait des senteurs uniques mais on en mettait des parfums différents pour chaque partie du corps, selon des correspondances qui y étaient magiquement ou rituellement associées. On préférait des senteurs exotiques, tout comme on le fait aujourd’hui. Par ce moyen, symboliquement, si les pieds restaient ancrés sur la terre ferme, l’esprit s’envolait vers les pays lointains ou les cieux, les dieux étant les destinataires originels du parfum.

Dans la séduction, l’être aimé, destinataire du parfum, devient un dieu. L’instant fugace épouse l’éternité grâce au parfum porté qui inscrira le souvenir de celui qui le porte dans l’odeur. Ce pouvoir s’exerce aussi dans l’autre sens. Une rencontre avec une odeur qui ne se fait pas ou qui se fait mal et la magie n’est pas au rendez-vous. Ainsi, même si le parfum de la rose est apprécié depuis des millénaires, si  la personne que vous voulez séduire l’a senti uniquement sur sa grand-mère, ce sont les qualités et les défauts de celle-ci que vous ferez resurgir aux yeux de sa mémoire. La rencontre avec vous ne se fera alors peut-être pas ou se fera plus tard, quand le souvenir de la grand-mère ne se superposera plus au vôtre.

Alors, peut-on atteindre l’universalité de la séduction via le parfum ?

Dans le roman de Patrick Süskind, Jean-Baptiste Grenouille mourait démembré par une foule rendue folle de désir par le parfum qu’il avait créé à partir de la peau des plus belles femmes rencontrées. D’après le roman, on était au XVIII ème siècle. Aujourd’hui, le parfum aux phéromones promet la même chose, à partir de la même base : la peau de jeunes gens. Le parfum est censé agir de la même façon et entraîner le désir de façon aussi irrépressible qu’instinctive. Le secret, l’essence du parfum dans un objectif de séduction universelle semble donc avoir été atteint.

Une des seules limites à son pouvoir est celle-ci : qui peut accepter de devoir sa séduction à un philtre d’amour qui ne durera que le temps d’un effluve ?

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Signifier et embellir par le vêtement

Le vêtement est le plus fascinant, le plus complexe, le plus complet des créateurs de beauté sociale. Obligatoire et nécessaire dans la majorité des sociétés, il répond à des impératifs fondamentaux constructeurs de civilisation. Il répond de ce fait à plusieurs objectifs depuis des millénaires : protéger contre le froid et couvrir la nudité.

D’après Freud, et selon toute vraisemblance, la civilisation n’a pu se créer qu’à partir d’une répression des pulsions et instincts sexuels des hommes qui, déviant les intérêts collectifs de l’activité sexuelle, les ont projetés ailleurs, dans les constructions intellectuelles et artistiques qui ont fondé la civilisation. Cacher la nudité par des vêtements en est le pilier fondamental.

Culturellement, cela peut se traduire chez les Grecs par l’éviction d’Eros et la victoire d’Aphrodite comme divinité de l’Amour.

Dans la mythologie, on raconte qu’Aphrodite fut habillée par les Nymphes dès sa sortie de l’eau. Bien que représentée nue dans l’inconscient collectif, Aphrodite est bien plus souvent une déesse habillée…

Le paradoxe de l’intégration du vêtement dans la société est qu’il est basé au départ sur une contrainte, celle de cacher la nudité. C’est de cette contrainte que va se créer une sorte de page blanche, un espace de liberté, ou hors nudité, on peut tout montrer. De ce fait, le vêtement peut et sait tout exprimer !

Il peut être politique avec des tee-shirt à messages, le choix exclusif de matériaux naturels, l’absence de fourrure, les vêtements indiens de coton filés à l’instigation de Ghandi à l’époque de sa lutte pour l’indépendance, les chemises unisexes à col Mao pour les chinois qui inscrivent l’individu dans le tout politique plutôt que dans le clivage des genres, aboli aussi par les vêtements.

Il peut exprimer un état d’être psychologique avec des vêtements noirs et dissimulant toutes formes pour les gens complexés ou déprimés, des vêtements inappropriés, usés, tachés et endommagés pour ceux qui cumulent mal-être psychologique et détresse sociale.

Il peut encore exprimer plein d’autres choses : l’appartenance sociale, religieuse, l’identification à un groupe, une idéologie, le souci de plaire, d’être à la mode, la volonté d’exciter, d’affoler, mais aussi la créativité, le souci d’étaler ses richesses, la fidélité à un créateur, à une marque, une maison de couture, à son identité nationale. On peut encore célébrer un événement grâce à des habits de fête, signifier son respect par des vêtements soignés, afficher son sérieux par des habits appropriés à l’entreprise, etc..

La société entière s’exprime sur cette page blanche qu’est le vêtement !

Et la Beauté, dans tout cela ?

S’habiller en beauté n’a que deux pré-requis. Le premier est que la Beauté s’exprime selon des critères de société qui l’ont définie, et il est donc impossible de la concevoir sans l’acceptation indirecte de ces canons, dussent-ils changer selon l’époque et le lieu. Le second, c’est que créer sa Beauté en vêtements n’est possible qu’en la construisant avec le corps qu’on a et non celui qu’on voudrait ou devrait avoir. S’habiller en respectant la Beauté, c’est s’habiller en respectant sa beauté, celle dont la déesse a fait don.

A  partir de là, les règles sont très simples. Quelles que soient les coupes, les matières, les couleurs, il s’agit de mettre en avant ce qu’on possède de « beau », c’est-à-dire conforme à l’idée que s’en fait la société, et flouter, cacher ou améliorer ce qu’on possède de moins beau, le tout sans souci de mode vestimentaire, de nom, de marque, de prix, sachant néanmoins que les tissus rigides redessinent les formes en leur donnant des frontières et limitant leurs débordements, les tissus légers épousent et soulignent des formes idéales.

Ces règles étant posées, il ne faut pas oublier que cette nouvelle création de son corps ne peut être harmonieuse que si formes et couleurs s’associent de façon agréable à l’oeil, c’est-à-dire avec art, et c’est certainement ce qui sera le plus dur.

En effet, motifs et couleurs sont désormais ce qui se démode le plus vite par l’usage rare qu’on fait de certains d’entre eux – pour une « saison » ou deux, pas plus – inscrivant irrémédiablement une date sur une pièce aimée. Associer des pièces unies, à une pièce à peu de motifs, une seule pièce extravagante contre toutes les autres ultra-classiques ou encore choisir des couleurs neutres, intemporelles, des formes simples, des lignes épurées augmenteront le potentiel de Beauté éternelle d’une tenue, mais cela se fera toujours aux détriments d’une certaine originalité.

Enfin, dernier point, peut-être le plus inattendu. Il n’est rien de plus authentiquement et mystérieusement féminin qu’une belle jupe ou une belle robe longue faite de tissus légers et souples qui se soulèvent et ondulent à chaque mouvement de la femme mais qui n’en dévoilent rien. Ainsi, il n’est pas rare de voir des hommes se retourner avec admiration devant un tel archétype de la Beauté féminine : une femme marchant avec une jupe longue faite de voiles qui s’envolent gracieusement.

Car nous aimons d’abord ce que nous projetons, et il n’est rien de plus beau qu’un corps qu’on rêve parfait tant qu’on ne l’a pas vu…hormis un corps imparfait mais enfin connu. Car c’est de cela qu’est fait l’amour : de rêveries, d’attente mêlée de respect et de désirs enfin comblés.

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