beauté et pouvoir

Beauté et enjeux politiques

Par delà les questions de programmes politiques, les campagnes houleuses, les scandales financiers qui agitent les personnalités politiques en cette ère de changement, la beauté – qui pourtant ne fait pas de bruit et sait se faire oublier – s’invite plus que jamais dans les enjeux.

Certes, depuis longtemps déjà, beauté et pouvoir politique sont indissociables, les premiers accessoires destinés à embellir – plumes, bijoux, vêtements ornés, etc – ont d’abord été réservés aux gens de pouvoir qu’ils permettaient de singulariser. En France, Louis XIV avait inscrit dans le train de vie de sa cour, ses costumes, sa façon d’apparaître et de se comporter, une exigence de représentation dans laquelle seule la beauté, l’excellence avaient leur place. Bien sûr, cela existait avant lui, même si cela atteignit des sommets avec ce monarque.

Les grandes maîtresses royales, choisies avant tout pour leur beauté, ont fait les grandes heures de l’histoire de la peinture et ont été les meilleures publicités des souverains de leur vivant, mais aussi bien au-delà. Dans l’oeil du grand public, d’ailleurs, la mémoire des souverains reste bien plus vivement attachée à leurs belles maîtresses qu’aux grands actes et décisions de leur règne. Les émissions de vulgarisation historique de grande écoute ne s’y trompent pas quand elles décident d’insister sur ces femmes qui n’ont eu d’influence avant tout que par leur beauté et leur attrait sexuel sur le souverain. Beaucoup ont été des instruments politiques, comme la Pompadour, instrument du retour en grâce de quelques proches auprès de Louis XV, ou Maria Walewska qui fut la maîtresse de Napoléon Bonaparte avec l’accord de son mari et surtout le devoir de « sauver la Pologne ».

Un peu plus près de nous dans le temps, la beauté de Grace Kelly a permis de donner un rayonnement international à une principauté dont le centre politique tient uniquement sur un rocher : Monaco.

Que les hommes les plus riches et les plus influents épousent les plus belles et s’en fassent un ornement n’étonne personne. Nicolas Sarkozy n’est, par exemple, pas peu fier d’avoir épousé un des mannequins les plus célèbres de sa génération, Carla Bruni, dont la liste des amants fait aujourd’hui le régal des journaux à scandales. Certains témoins assurent cependant que l’obsession de l’ancien chef de l’Etat pour la beauté ne s’arrête pas à celle de son épouse mais s’incarne aussi dans l’angoisse inverse : celle de la laideur de ses concurrents en politique qu’il a tendance à exagérer, tant nécessité de représentation et pouvoir sont indissociablement liés.

Un souci qui atteint son paroxysme en la personne de Donald Trump dont le désir de représentation et de beauté ne craint pas les contradictions – refusant les étrangers mais ayant épousé plusieurs mannequins d’Europe de l’Est, là où les femmes sont réputées être justement les plus belles. Un article de Vanity Fair commente non sans ironie cette contradiction : « S’il s’inquiète autant qu’il le dit de « tous ces gens qui viennent de partout et qui sont des meurtriers et des violeurs et qui envahissent ce pays », il ferait mieux d’envisager de construire un mur autour de son slip. »

Pour autant, ce même article épingle une autre bizarrerie du code américain de l’immigration qui n’a pas attendu Trump pour manquer de partialité dans le choix de ses étrangers : « Une clause bizarre dans le code d’immigration américain permet aux mannequins, dont la moitié n’a pas l’équivalent du bac, de bénéficier d’un visa H-1B, le même que les scientifiques de haut niveau ou les programmateurs informatiques qui eux, doivent produire  leurs diplômes. »

La beauté serait donc un enjeu politique de dimension nationale ?

Voilà bien une réalité qui a choqué bien des commentateurs quand, à l’époque nazie, Leni Riefensthal exhibait dans Olympia, son film sur les JO de 1936, les corps parfaits censés faire de la beauté classique et vigoureuse le corps idéal que le peuple politisé à l’exclusion du reste devait atteindre. Et certes, Donald Trump qui parle de sa femme et de sa fille presque exclusivement pour leurs qualités physiques – n’hésitant pas à dire d’Ivenka que si elle n’avait pas été sa fille, il serait sorti avec elle – nous choque aussi.

Mais il n’est pas besoin d’attendre les partis d’orientation nationaliste  pour constater qu’un état désire toujours que ce soient les plus belles femmes qui représentent le pouvoir et la nation. Et ainsi, après Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Laëtitia Casta, en accédant au statut de Miss Univers, Iris Mittenaere fait rêver d’elle en future Marianne, allégorie de la République Française.

On se demande bien pourquoi…

Nouvel article Labo de Cléopâtre

(Photo à la Une : Olympia de Leni Riefensthal)

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Pouvoir et beauté

La beauté, valeur humaine et sociétale, a la particularité d’être mobile, fluctuante car dépendante du jugement humain, aussi souvent subjectif qu’arbitraire. Avec de telles caractéristiques dépendant plus du hasard que de règles objectives, on pourrait considérer qu’il est impossible de parler de beauté dans une perspective qui se voudrait universelle.

Pourtant, au-delà des règles complexes telles que la psychologie et la culture qui régissent des critères en matière de séduction, beauté et choix du partenaire, il en existe une qui est universelle et qui touche toutes les espèces : les lois de prééminence sociale, qui valent pour toutes les sociétés, de celle des abeilles à celle des singes et passant bien sûr par les sociétés humaines. D’après cette loi, les individus qui ont du pouvoir et du prestige ont également plus de puissance de séduction et d’attraction sexuelle. Un phénomène qu’on aurait tôt fait de confondre avec celui de l’attrait pour la fortune, certainement parce que dans les sociétés humaines, argent et pouvoir semblent se confondre, mais il n’en est rien.

Dans Le principe de Lucifer, son redoutable essai sur la violence comme pilier des sociétés et de la marche de l’histoire, Howard Bloom titre un de ses chapitres : »Mieux vaut être pauvre et avoir du prestige qu’être riche et en disgrâce.« . Dans toutes les sociétés humaines ou animales, c’est la préséance sociale qui compte et qui permet à un individu d’accroître son réseau de relations, sa durée de vie, la diffusion de ses gènes. Les nombreux scandales sexuels éclaboussant les stars et surtout les hommes politiques dont le physique ingrat nous pousse souvent à nous demander ce qu’on a pu leur trouver en témoignent largement. »Le pouvoir exerce une véritable fascination, mot qui vient de « fascinus » et signifie « sexe dressé« , explique dans un article Christophe Deloire, co-auteur du livre Sexus Politicus, ajoutant qu' »il y a de vraies pulsions envers ces figures paternelles, ces hommes tout-puissants. »

Certes, quand on parle de la sexualité débridée d’une star et surtout d’un homme politique commettant un adultère, un crime ou un délit, on braque le projecteur sur l’homme de pouvoir, seul à intéresser la presse, le grand public, sa famille et ses adversaires politiques, qui tous le connaissent. Mais que dirait ces inconnues, femmes anonymes et insignifiantes qui lui ont cédé ? Qu’il est un homme de pouvoir et que c’est une fierté de pouvoir l’inscrire à son tableau de chasse ? Plus probablement, elles lui ont trouvé toutes les qualités, l’ont trouvé beau, séduisant, irrésistible, et ce même si elles se sont leurrées elles-mêmes et qu’elles ont été le jouet de forces et d’illusions plus grandes qu’elles-mêmes et leur rêve de bonheur.

Une illusion qui n’est pas proprement féminine. Dans les Trois mousquetaires, Alexandre Dumas décrit ainsi Anne d’Autriche, reine de France et mère de Louis XIV : »..elle se trouvait dans tout l’éclat de sa beauté. Sa démarche était celle d’une reine ou d’une déesse; ses yeux, qui jetaient des reflets d’émeraude, étaient parfaitement beaux, et tout à la fois pleins de douceur et de majesté. (…) Sa peau était citée pour sa douceur et son velouté, sa main et ses bras étaient d’une beauté surprenante, et tous les poètes du temps les chantaient comme incomparables. Enfin, ses cheveux (…)encadraient admirablement son visage, auquel le censeur le plus rigide n’eût pu souhaiter qu’un peu moins de rouge, et le statuaire le plus exigeant qu’un peu plus de finesse dans le nez. »

La description d’Anne d’Autriche s’avère bien moins idéalisée quand c’est une aristocrate – contemporaine de la reine et dont la description a servi de modèle à celle de Dumas, madame de Mottevile – qui la fait. Certes, elle lui trouve de la beauté, mais son nez est clairement décrit comme gros et son teint, qu’elle néglige, ne l’embellit pas. Malgré cela, elle lui reconnaît des qualités, mais pas au point de la comparer à une déesse; peut-être parce qu’en plus d’être une femme, comme la reine de France, il y a moins de distance sociale entre elle et sa contemporaine qu’entre l’écrivain roturier du XIX ème et la souveraine du XVII ème.

D’ailleurs, la bourgeoise madame Bonacieux ne peut soutenir la comparaison : « C’était une charmante femme de 25 à 26 ans, brune avec des yeux bleus, ayant un nez légèrement retroussé, des dents admirables, un teint marbré de rose et d’opale. Là cependant s’arrêtaient les signes qui pouvaient la faire confondre avec une grande dame. Les mains étaient blanches, mais sans finesse; les pieds n’annonçaient pas la femme de qualité. Heureusement, d’Artagnan n’en était pas encore à se préoccuper de ces détails. »

Car qui aurait l’idée d’aimer une insignifiante lingère plutôt qu’une aristocrate ou une femme de pouvoir? Pas d’Artagnan, séduit plus tard par Milady, aventurière et dangereuse femme de main de Richelieu. Qu’on se rassure ! Notre héros aimera de nouveau madame Bonacieux une fois que la mort, peu soucieuse de préséance sociale, se sera chargée de l’anoblir…

Labo de Cléopâtre : Le khôl de Cléopâtre

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