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Les objets de la beauté

Fascinants, les objets de la beauté accompagnent l’histoire des hommes en société – et surtout des femmes – depuis la nuit des temps, pour augmenter leur séduction ou leur intégration sociale. Nous aussi vivons entourés d’objets de beauté en lesquels nous croyons, auxquels nous consacrons du temps et de l’argent car nous en attendons des résultats en vertu de la foi que nous mettons en eux.

Pourtant, malgré la confiance qu’ils nous inspirent sur la foi d’arguments technologiques ou scientifiques, les scandales et suspicions sont réguliers sur les bases de longues périodes. Les produits qu’on croyait sûrs s’avèrent toxiques, comme autrefois les sels d’ammoniaque censés ranimer les femmes de leurs évanouissements.

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Flacons de sels d’ammoniaque. 19 ème

Cosmétiques, produits et objets de beauté apparaissent dans un contexte de mentalité et de croyances qui rend leur conception possible pour l’inventeur et crédible pour le consommateur. On croyait autrefois en le vinaigre pour repousser puanteurs et maladies, encore plus depuis l’aventure des 4 voleurs qui s’en étaient protégés pour dévaliser sans dommage les maisons marseillaises pendant une épidémie de peste au XVIII ème siècle. Les voleurs livrèrent leur recette et ce produit se fit parfum protecteur, à respirer dans d’élégants boîtiers appelés vinaigrettes, que nous associons aujourd’hui beaucoup plus à la salade !

Vinaigrette

Vinaigrette. 18 ème siècle

La foi, c’est aussi celle en la technologie qui pousse à inventer des objets que l’histoire a oubliés mais que quelques archives conservent encore pour nous donner une idée de la manière dont peuvent être vues nos pratiques esthétiques et ce que nous considérions comme l’innovation au bout de plusieurs décennies…

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Brosse à manivellePermanente

Machine de coiffeur pour les permanente électrique. 1928

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Masques anti-rides à lanières de cuir. 1908

Parfois, l’innovation, c’est juste une matière, comme le bakélite. Poudrier

Poudrier en bakélite. 1925.

Mais toujours, les objets de la beauté nous éclairent plus sur le monde dans lequel ils ont été conçus que sur leur efficacité, par exemple pour une marque cherchant à faire sa place sur le marché que nous ne connaissons maintenant plus que pour un type de produit et que les autres générations précédentes ont pu connaître pour d’autres. IMG_9093

Autrefois, Colgate faisait du parfum et des crèmes. 

Ca peut aussi être l’indice du temps qui passe, au travers d’égéries autrefois symboles de beauté et de glamour et qui sont aujourd’hui des figures désuètes et désexualisées de l’histoire du cinéma, rappelant plutôt les sucettes ou les livres pour enfants de nos grands-mères.

Houpette

Houppette Marlène Dietrich.

Mais c’est encore plus surprenant lorsque c’est un produit mythique que vous connaissez bien, mais sous une forme que vous ne reverrez plus tant les pratiques de société ont changé. Aujourd’hui, parfumer des mouchoirs avec de petites ampoules remplies de Shalimar n’est plus considéré comme une manière de se parfumer, à l’ère des mouchoirs jetables, mais plutôt comme une manière de s’intoxiquer et de jeter l’argent par les fenêtres avant de polluer.

Shalimar

Enfin, n’oublions pas que le meilleur moyen de ne pas voir disparaître les objets de beauté est de ne pas trop les dévoyer; et faire évoluer les établissements de bain en lieu de prostitution n’était sûrement pas ce qu’il y avait de mieux pour donner longtemps confiance en la baignoire.

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Etablissement de bain au Moyen-Age. BNF

( Toutes les photos sauf celles des masques proviennent du livre Les Objets de beauté de Catherine Sauvat dans les Carnets du Chineur. Editions du Chène )

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Nouvel article Labo de Cléopâtre : cosmopolitisme du kyphi

 

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Beauté et résistance

Beaucoup d’analyses et de critiques existent expliquant l’aliénation de la beauté, le caractère obligatoire de celle-ci pour paraître à l’écran, dans les magazines de mode, dans la séduction amoureuse elle-même. On ne peut pas en effet contester cet aspect inégalitaire qui s’est encore accru en même temps qu’a explosé l’art de l’image comme moyen d’expression ou de pression dans les médias. C’est pourtant loin d’être le seul dans l’histoire humaine, qui oscille souvent entre volonté d’égalité et désir d’élitisme, et dont les religions sont les manifestations principales et constantes à l’échelle de l’humanité.

Pour autant, il serait réducteur de n’y voir que ça. Dans une époque où on ne laissait pas la parole aux femmes et où des siècles de convention culturelle leur attribuait la beauté et la séduction jusqu’à la nuisance, c’était leur seul atout en même temps que leur prison. Or, dans chaque analyse humaine, tout n’est qu’affaire d’interprétation et tout peut toujours s’argumenter de la manière qu’on veut ou qu’on peut.

Dans la réalité des faits, la beauté est une possibilité du vivant. Et tout ce qui offre une possibilité au vivant va s’incarner de manière très créative et de toutes les façons possibles en fonction des libertés. A l’échelle du vivant, le meilleur exemple est la fleur, dont les multiplicités de formes, couleurs, senteurs, sont autant de moyens pour attirer l’insecte pollinisateur. Une technique qui a réussi au-delà de sa cible puisqu’elle est parvenue à séduire également l’espèce apte à développer ses capacités de longévité, de résistance aux maladies et de diversité qu’elle n’aurait sans elle jamais atteint : l’espèce jardinière, appelée humaine.

A l’échelle des sociétés humaines, c’est le même mécanisme : la beauté se développe en fonction de l’histoire, la géographie, l’inventivité, le développement des sciences et des techniques, la culture et la religion, le tout avec des particularités inattendues qui vont par exemple faire disparaître le péplos mais conserver le sari 5000 ans après.

La beauté est une manière de conjurer le sort de la médiocrité du réel lorsqu’elle consiste en un embellissement de soi, de sa maison, de son jardin, de sa vie, de son langage. C’est une forme d’élévation dans le refus de la nature aliénante qui nous a défavorisée ou qui se rappelle à nous par celle du temps qui passe et de la gravité. Tout effort contre une paupière, un sein tombants, un oeil trop petit, une couleur de cheveu terne ou blanchi, tout combat contre une ride est un acte de résistance contre la fatalité, le destin et la mort qui sont le propre de ce qui est mortel et la quête du genre humain depuis qu’il est en mesure d’y réfléchir.

Dans les procédés de momification de l’Ancienne Egypte, on a beaucoup insisté sur les techniques chirurgicales et les connaissances en chimie permettant la conservation du corps par son assèchement après en avoir retiré les organes. En revanche, on a peut-être moins insisté sur le fait que toutes ces techniques pour conserver l’intégrité du corps afin de se donner l’illusion de l’immortalité passaient par la beauté : beauté du corps qui reste intact, de l’or, des bijoux, des ornements, des vêtements, mais aussi des peintures, des couleurs, des dorures.

Lutter contre la laideur, en Egypte ancienne, c’était déjà lutter contre la mort. Ramsès avait les cheveux teints au henné plutôt que blancs. Et dans leur mythologie, Horus retrouvait la beauté de son oeil perdu en se maquillant, rendant au ciel la lune qui venait de disparaître, lune dont chacun admire instinctivement la beauté qu’on attribue rarement au soleil, impossible à regarder pleinement par la brûlure qu’il inflige aux yeux.

Dans la nature, la diversité des formes, couleurs, senteurs va faire l’attrait pour les fleurs; dans les sociétés humaines, des milliers de paramètres vont permettre de créer de la beauté plus seulement pour perpétuer la vie mais aussi pour transmettre de l’art, de la culture, des idéaux, des manières d’être plus libres, plus heureux, de rêver à rendre le monde meilleur.

Oui, quitte à être prisonnier de ce leurre, comme lorsque vous passez trente ans de votre vie à être malheureuse de ne pas ressembler naturellement à un mannequin qui ne peut être que retouché par photoshop et dont vous ne pouvez voir les douleurs que lui ont coûtées cette séance de 2 heures sur des talons de 15 centimètres.

Car au bout des années, et on le voit sur la plupart des silhouettes, la beauté qu’il faut travailler pour en obtenir quelque chose, c’est parfois tellement d’efforts pour peu de résultats que la vraie résistance, c’est finalement de parvenir à imposer au monde ses propres critères, sa propre beauté.

Nouvel article Labo de Cleopâtre : Les senteurs de la terre

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La coquetterie du juste milieu

Comme beaucoup de sujets héritiers d’une tradition d’abord occidentale puis étendue à la plupart des civilisations, la coquetterie des femmes est traitée de façon ambivalente dans la société. D’un côté, elle est considérée comme nécessaire dans la séduction, au moins parce que plus de souci de son apparence peut être perçu comme une volonté de plaire et donc une disponibilité sexuelle; de l’autre, elle doit tendre à s’éclipser pour les femmes mariées, les filles, les mères, toutes celles dont on craint la sexualité ou qu’on ne veut surtout pas voir séduire ni être séduite.

Le souci, c’est que la coquetterie n’est pas forcément une volonté de plaire à l’autre, mais une volonté de se plaire à soi-même, qui peut passer par des représentations inspirées du monde du spectacle, cinéma ou musique où une coquetterie exagérée, à la limite du vulgaire est nécessaire comme marque de fabrique pour se distinguer et susciter le désir de consommation. On a plusieurs fois montré, pour mettre en valeur ce phénomène, l’apparence de Lady Gaga avant qu’elle ne devienne une grande star internationale. Et on a toujours un peu de quoi être surpris quand on revoit des images d’Amy Winehouse, tatouages, perruque-choucroute et gros trait d’eye-liner tout droit sortis d’un film sur les jeunes désoeuvrés de l’époque du rockabilly.

A l’âge où on se cherche, vouloir ressembler aux stars qu’on aime est normal, mais les parents qui font une différence entre monde du spectacle et monde du travail où leur fille doit s’insérer s’inquiètent d’autant plus qu’ils sont sortis de ce moment de l’être où l’apparence constitue la phase de test de l’identité. C’est d’autant plus vrai qu’ayant déjà traversé cette période et s’en rappellant le prix, le parent a bien du mal à se souvenir que pour effrayante qu’elle puisse paraître avec le recul, elle n’en est pas moins le passage obligé pour la construction de son identité sexuée et l’apprentissage des relations.

Dans une société de l’image, des millions d’images possibles passent sur notre rétine, nous donnant des idées de modèles et de contre-modèles, pour le meilleur et pour le pire. Dans sa coquetterie, une femme peut tout être, femme voilée dehors et lingerie résille dans la chambre à coucher ou tatouée, maquillée, décolletée, les jambes exhibées, le sexe épilé comme dans les films porno, les seins sur-élevés par un soutien-gorge pigeonnant, la taille affinée par des gadgets gainants ou des talons de plus de 10 centimètres, la chevelure d’une autre couleur que celle donnée par la nature, etc.

Le plus souvent, ces tests tournent bien et permettent de savoir une bonne fois pour toutes ce qu’on veut et ce dont on ne veut pas. Mais quelquefois, comme c’est arrivé, on se retrouve avec un physique qu’on ne reconnaît pas, qu’on n’assume pas, prisonnier d’une apparence qui nous aliène et qu’on veut conserver parce qu’elle plaît à un homme dont le fantasme n’est manifestement pas nous. Des faits divers nous apprennent quelquefois jusqu’où cela peut aller : décès à la suite d’une énième chirurgie plastique, auto-mutilation après une intervention pour grossir les seins, etc.

Comment garder l’équilibre entre une coquetterie d’aliénation et coquetterie constructive ?

Normalement, le confort psychologique devrait nous renseigner, mais on voit bien que les phases où on a semblé le plus travesti à nos propres yeux cumulaient à la fois celles où on était le plus mal et où le désir était le plus grand. Car dans l’excès de séduction, il y a surtout la quête de son propre pouvoir sexuel sur autrui. Autrement dit, toute vie de femme sera parsemée de paires de chaussures immettables, de vêtements ridicules, de couleurs de cheveux qui ne nous vont pas et autres accessoires tout aussi douteux. C’est normal : ils sont là pour nous renseigner.

L’essentiel est de toujours s’écouter. Si on ressent un malaise, il faut l’écouter et essayer de savoir d’où il vient. Dans les milieux très religieux, en effet, on n’aura pas de mal à faire culpabiliser celle qui veut plaire, et si elle a grandi dans cet environnement, elle peut céder à la pression. Mais le malaise peut aussi être raisonnable : une femme habillée trop court ou trop décolleté pour ce qu’elle peut assumer se sentira mal aussi. Mais la pression sera intérieure et proviendra de l’expérience. Elle sera donc fiable.

Maintenant, si un homme préférerait vous voir blond platine alors que vous êtes châtain et que vous êtes près de céder pour le garder, répondez à cette question : « Ai-je envie d’être blond platine pour moi-même ? »Et posez-lui celle-là : « Et moi, si je te dis que j’aime les hommes ( trouvez une qualité esthétique qu’il n’a pas et pourrait tenter d’avoir), tu le feras pour moi ? »

Soit c’est vous telle que vous êtes qu’il aime, soit c’est la catastrophe annoncée. Après, on a parfois besoin de vivre la catastrophe pour mieux comprendre.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Senteurs et reconstitutions historiques

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Le sens de l’élégance

 

 

L’élégance est une notion assez indéfinissable et subtile. Cela consiste, globalement, à s’habiller, se présenter, se représenter avec goût et recherche. Mais le goût, notion culturelle et donc très relative, ne se définit pas de façon universelle. L’élégance se juge par comparaison avec un ensemble de personnes qui, pour leur mise, commune, vont mettre en évidence celle qui s’habille de façon plus recherchée.

L’élégance n’induit pas un prix ou une marque obligatoire, un vêtement très cher peut très bien ne pas nous aller et être d’une grande vulgarité parce que la mode le veut, le créateur a voulu faire de la provocation, a manqué d’inspiration ou a voulu délivrer un message. Dans le choix du vêtement se partagent en effet deux visions qui se rencontrent sur le corps de la personne qui l’adopte : le choix du concepteur pour la création de sa pièce, ses couleurs, ses formes, agencements, et l’adhésion de celle qui la porte. On choisit un vêtement pour de nombreux critères et de nombreuses raisons, : prix, confort, valeurs de la classe sociale, goûts personnels, etc. Quand, malgré tout, c’est l’impression de beauté et d’admiration qui prévalent, on atteint l’élégance.

Cette élégance est un signe, de l’ordre du manifesté. On sait qu’elle est là, on la reconnaît, mais son sens est multiple. Pour autant, il y en a toujours un car se distinguer a toujours une raison, même si celle-ci ne paraît pas toujours très claire.

Se distinguer, par des vêtements, des bijoux, des accessoires spéciaux, c’est depuis toujours l’apanage de l’élite qu’on doit pouvoir reconnaître de loin comme telle, de la coiffe de plumes des chefs amérindiens, aux sceptres et couronnes, symboles du pouvoir royal, les bijoux des maharadjahs, et même le costume du patron contre le tee-shirt de l’ouvrier ou le pull du simple employé.

Dans les oeuvres d’art anciennes, les plus beaux vêtements étaient soit pour l’élite royale ou seigneuriale avant de s’étendre à la bourgeoisie, soit pour les figures mythologiques ou religieuses. L’expression d’une oeuvre picturale, réduite à la seule vision, se devait d’être très symbolique pour que le message fût clair. Au cinéma, c’est pareil : les personnages principaux, pour peu que ce soient des héros, se doivent d’être distingués par leur façon de s’habiller, leur mise élégante et surtout d’une façon qui les mette en valeur afin qu’on ne voie qu’eux. C’est encore plus vrai pour les actrices, dont la richesse des tenues et des accessoires permis – infinis par rapport à ce que les hommes peuvent porter – ont distingué au point de les immortaliser, elles – et les films dans lesquels elles jouaient – dans des tenues qu’elles n’auraient pu supporter dans la vie quotidienne.

L’élégance, en effet, sacralise, fait entrer du miracle dans un événement, un moment, un instant exceptionnel tout symbolique qui ne se verrait pas sans cela : un mariage, où tout le monde se doit d’être bien habillé, un enterrement, une réunion de famille, un événement particulier et bien sûr, un rendez-vous amoureux. Pris à n’importe quel moment hors cérémonie ou événement, rien ne distingue cet instant pour son importance sans la belle tenue choisie pour l’occasion. La beauté d’une tenue signale l’instant sacré : on sort ses beaux habits pour la messe, pour aller à la mosquée, pour le shabbat; aux Antilles, les femmes des anciennes générations portent encore les perruques lisses qu’elles mettaient autrefois pour entrer dans la maison de Dieu.

Mais parfois, l’élégance est quelque chose qu’on reçoit en héritage, comme les Sapeurs du Congo qui, depuis le XIX ème siècle, ont choisi le vêtement pour exister dans la sphère sociale et introduire du merveilleux dans les quartiers de Kinshasa. Mais plus qu’un choix, c’est une culture, un héritage avec une histoire, des codes, des règles et même une reconnaissance dans le milieu de la mode. Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, les Sapeurs font du dandysme un événement, un show sous forme de compétitions et de rencontres de fans de marques différentes se faisant face lors de combats uniquement symboliques autour du beau vêtement et de sa valeur.

Mais on peut aussi être une personne élégante par goût, personnalité, culture. Dans ces cas-là, une seule personne suffit à faire entrer de la magie dans le quotidien, à travers un comportement qui semble dire : « C’est mon existence, c’est l’ici et maintenant qui sont sacrés. » Un militantisme silencieux mais voyant qui, depuis l’ère des dandys, s’exprime dans la sphère individuelle, révélant des étoiles filantes de l’esthétique dans la galaxie informe de l’habillement par nécessité.

Nouvel article Labo de Cléopâtre

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Dans Le labo de Cléopâtre

Aujourd’hui, je vous fais entrer dans le Labo de Cléopâtre, pour vous en faire découvrir tous les aspects, car si la démarche est claire pour moi, il est possible qu’elle soit un peu nébuleuse pour vous.

Le Labo de Cléopâtre, c’est d’abord un blog, que vous suivez parfois, que vous découvrez par hasard d’autres fois. Son nom n’est pas un hasard, car il est né après que j’aie reproduit un cosmétique de la grande reine d’Egypte à partir d’une recette des fragments restants du Kosmètikon, le livre de cosmétiques perdus de Cléopâtre. Je décidai à ce moment-là d’étudier les recettes de beauté de la dernière reine d’Egypte. Mais, soyons honnête, beaucoup sont répugnantes, impossibles à réaliser ou bien contiennent des produits toxiques. Les recettes de Cléopâtre qui nous restent sont trop peu nombreuses et ne sont pas parlantes si elles ne sont pas contextualisées.

  • La base du Labo, c’est donc la recherche. Les livres, les auteurs anciens des genres les plus variés -histoire, botanique, poésie, médecine, compilation, histoire naturelle- sont à la base de toute mon enquête et ma démarche de reconstitution de parfums et cosmétiques antiques. Chez moi, pas de spectromètre de masse, pas de chimie pour analyser le contenu d’un flacon retrouvé. Formée à la recherche en littérature, c’est par le biais des auteurs antiques et des chercheurs modernes sur le sujet que je travaille, dont une grande partie est numérisée dans les bibliothèques spécialisées.Recherche cosmétiques antiques
  • Le Labo, c’est aussi une sorte de bibliothèque-musée : celle des matières premières utilisées dans l’Antiquité, quand elles sont encore trouvables. On trouve ainsi toutes sortes de résines, de racines, de fleurs, d’épices, d’écorces qu’on trouvait autrefois pour créer des produits parfumés. On trouve aussi des huiles spécifiquement utilisées dans l’Antiquité, pour faire les parfums huileux. C’est presque un petit musée, et comme dans un musée, en tant que conservatrice, je rêve de quelque pièce rare que je pourrais récupérer et pense à celles que je possède et qui ne sont pas exactement identiques à celles de l’Antiquité. Et comme dans un musée, le préjugé qui fait des lieux de conservation des lieux morts est faux : la bibliothèque-musée du Labo, ce sont des acquisitions et donc un passé, et beaucoup de désirs et projets, donc un avenir.

Par contre, comme ce n’est pas un musée accessible au public mais fermé comme une bibliothèque privée, c’est un gros bazar dans lequel moi seule me retrouve et où je n’ai pas pris le temps de mettre une seule étiquette sur les bocaux et où beaucoup de choses sont dans leur emballage d’origine. J’aime penser et créer plus que ranger, j’avoue.IMG_5568

  • Mais le Labo de Cléopâtre, c’est surtout un labo, c’est donc un lieu où sont réalisés et testés toutes sortes de cosmétiques et parfums, ceux que je peux proposer à la vente et ceux que je ne peux pas proposer mais que je réalise malgré tout dans le but de recherches et d’acquisition des savoir-faire. En effet, la transmission des gestes n’étant plus possible, c’est en faisant, refaisant, réfléchissant sur ce qui se passe et pourquoi ça se passe que la compréhension est possible. Car il ne faut pas oublier que dans les choix de certaines techniques, il y a toute une histoire de possibilités et d’impossibilités qui se raconte en creux mais qui n’ont jamais été écrits dans les livres. IMG_5152

C’est pour cela que chez moi, il y a des parfums huileux dont la technique a été donnée dans l’Antiquité et que j’ai réalisés patiemment pour la connaissance mais qui sont trop coûteux et fastidieux à réaliser par rapport à l’utilisation des huiles essentielles qui a été une révolution dans l’histoire de la parfumerie. Sauf que, rigoureusement, l’utilisation de la distillation n’est pas historique. J’ai ainsi un parfum antique dont la recette a été suivie à la lettre et dont le parfum de roses est le meilleur que j’aie jamais senti (au premier plan).

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Malheureusement, un blog ne véhicule pas d’odeurs, donc vous n’en saurez pas plus.

  • Enfin, le Labo de Cléopâtre, c’est aussi une boutique Etsy où je vous propose des parfums qui existaient dans l’Antiquité mais d’une forme moins connue que ceux que nous connaissons actuellement et qui, pour certains, ont même été oubliés, comme c’est le cas des parfums en poudre dont je retrouve encore l’évocation dans les livres du XIX ème siècle mais qui ont progressivement disparu des ouvrages sur les parfums antiques. Un parfum sous forme de poudre de végétaux, un encens, ça ne laisse pas de trace au niveau archéologique : résines et plantes, issues de la nature, retournent à la nature une fois en terre, et y disparaissent sans un bruit, sans une preuve de leur passage.

A quoi ressemble la réalisation d’un parfum antique ?

A de la cuisine : je travaille au couteau, au mortier, à la cuillère, à l’huile, au sel, aux aromates, et une fois que le tout est fini, j’ai beaucoup de vaisselle ! Et comme en cuisine, le travail manuel peut parfois être très long !IMG_5102

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J’utilise quand même le mixeur pour les cas les plus compliqués comme le Détergent de Cléopâtre.

Je travaille masquée pour que les particules n’attaquent pas mon système respiratoire à l’usage, et aussi parce que j’ai un terrain allergique -les choses sont vraiment mal faites-!

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Bonne découverte de mon projet, de mon atelier-de « ma tour », comme dit Sophie-.

Pour découvrir les produits de ma boutique

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Beauté et enjeux politiques

Par delà les questions de programmes politiques, les campagnes houleuses, les scandales financiers qui agitent les personnalités politiques en cette ère de changement, la beauté – qui pourtant ne fait pas de bruit et sait se faire oublier – s’invite plus que jamais dans les enjeux.

Certes, depuis longtemps déjà, beauté et pouvoir politique sont indissociables, les premiers accessoires destinés à embellir – plumes, bijoux, vêtements ornés, etc – ont d’abord été réservés aux gens de pouvoir qu’ils permettaient de singulariser. En France, Louis XIV avait inscrit dans le train de vie de sa cour, ses costumes, sa façon d’apparaître et de se comporter, une exigence de représentation dans laquelle seule la beauté, l’excellence avaient leur place. Bien sûr, cela existait avant lui, même si cela atteignit des sommets avec ce monarque.

Les grandes maîtresses royales, choisies avant tout pour leur beauté, ont fait les grandes heures de l’histoire de la peinture et ont été les meilleures publicités des souverains de leur vivant, mais aussi bien au-delà. Dans l’oeil du grand public, d’ailleurs, la mémoire des souverains reste bien plus vivement attachée à leurs belles maîtresses qu’aux grands actes et décisions de leur règne. Les émissions de vulgarisation historique de grande écoute ne s’y trompent pas quand elles décident d’insister sur ces femmes qui n’ont eu d’influence avant tout que par leur beauté et leur attrait sexuel sur le souverain. Beaucoup ont été des instruments politiques, comme la Pompadour, instrument du retour en grâce de quelques proches auprès de Louis XV, ou Maria Walewska qui fut la maîtresse de Napoléon Bonaparte avec l’accord de son mari et surtout le devoir de « sauver la Pologne ».

Un peu plus près de nous dans le temps, la beauté de Grace Kelly a permis de donner un rayonnement international à une principauté dont le centre politique tient uniquement sur un rocher : Monaco.

Que les hommes les plus riches et les plus influents épousent les plus belles et s’en fassent un ornement n’étonne personne. Nicolas Sarkozy n’est, par exemple, pas peu fier d’avoir épousé un des mannequins les plus célèbres de sa génération, Carla Bruni, dont la liste des amants fait aujourd’hui le régal des journaux à scandales. Certains témoins assurent cependant que l’obsession de l’ancien chef de l’Etat pour la beauté ne s’arrête pas à celle de son épouse mais s’incarne aussi dans l’angoisse inverse : celle de la laideur de ses concurrents en politique qu’il a tendance à exagérer, tant nécessité de représentation et pouvoir sont indissociablement liés.

Un souci qui atteint son paroxysme en la personne de Donald Trump dont le désir de représentation et de beauté ne craint pas les contradictions – refusant les étrangers mais ayant épousé plusieurs mannequins d’Europe de l’Est, là où les femmes sont réputées être justement les plus belles. Un article de Vanity Fair commente non sans ironie cette contradiction : « S’il s’inquiète autant qu’il le dit de « tous ces gens qui viennent de partout et qui sont des meurtriers et des violeurs et qui envahissent ce pays », il ferait mieux d’envisager de construire un mur autour de son slip. »

Pour autant, ce même article épingle une autre bizarrerie du code américain de l’immigration qui n’a pas attendu Trump pour manquer de partialité dans le choix de ses étrangers : « Une clause bizarre dans le code d’immigration américain permet aux mannequins, dont la moitié n’a pas l’équivalent du bac, de bénéficier d’un visa H-1B, le même que les scientifiques de haut niveau ou les programmateurs informatiques qui eux, doivent produire  leurs diplômes. »

La beauté serait donc un enjeu politique de dimension nationale ?

Voilà bien une réalité qui a choqué bien des commentateurs quand, à l’époque nazie, Leni Riefensthal exhibait dans Olympia, son film sur les JO de 1936, les corps parfaits censés faire de la beauté classique et vigoureuse le corps idéal que le peuple politisé à l’exclusion du reste devait atteindre. Et certes, Donald Trump qui parle de sa femme et de sa fille presque exclusivement pour leurs qualités physiques – n’hésitant pas à dire d’Ivenka que si elle n’avait pas été sa fille, il serait sorti avec elle – nous choque aussi.

Mais il n’est pas besoin d’attendre les partis d’orientation nationaliste  pour constater qu’un état désire toujours que ce soient les plus belles femmes qui représentent le pouvoir et la nation. Et ainsi, après Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Laëtitia Casta, en accédant au statut de Miss Univers, Iris Mittenaere fait rêver d’elle en future Marianne, allégorie de la République Française.

On se demande bien pourquoi…

Nouvel article Labo de Cléopâtre

(Photo à la Une : Olympia de Leni Riefensthal)

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Les blasons érotiques

Dans l’histoire occidentale, la Renaissance est une période de redécouverte de la culture gréco-romaine de l’Antiquité. A ce titre, elle prend ses racines dans son passé fait de dieux païens, de concepts philosophiques ignorants des aliénantes Ecritures Saintes, de poésie lyrique amoureuse et érotique. Parallèlement, elle se construit aussi sur des valeurs d’avenir : la découverte du Nouveau Monde, du mouvement des planètes, du renouveau de la religion, des philosophies et des arts.

Avec les blasons, la poésie fait l’éloge d’une partie anatomique du corps féminin, semblant traduire en poésie le mouvement qui s’amorce dans la peinture, consistant à exhiber soudainement des corps nus féminins érotisés comme on n’en avait plus jamais vus depuis l’Antiquité, où on représentait des statues et des peintures de corps nus. A la Renaissance, on redécouvre la représentation du corps via les Anciens. Mais si la poésie antique savait aussi être érotique, la création des blasons n’appartient qu’à la Renaissance, période où on pouvait aussi bien faire l’éloge de certaines abstractions propres au baroque – comme la mort ou l’esprit – que du pet – sujet apprécié de Rabelais et de la farce du Moyen-Age, qu’on vient à peine de quitter -.

Dans ces blasons érotiques, plusieurs barrières s’érigent entre notre curiosité et ce que les poèmes les plus osés ont à offrir : la langue, qui vient à peine de se fixer, le style poétique, la préciosité du langage, et la pudeur simulée. Au final, et c’est certainement ce qui peut surprendre : tout cela parle de sexe d’une manière qu’on n’a jamais connue avant, qu’on ne connaîtra pas non plus après, même si semble s’être amorcé, dans cette nouvelle façon de parler de la femme et de la désirer, quelque chose d’un peu obsessionnel et fétichiste de nos cultures modernes.

D’ailleurs, à la plupart des thèmes choisis dans les blasons correspondent des soins esthétiques ciblés : beauté des sourcils, yeux, cheveux, pieds, mains, mais aussi de chirurgie plastique : grossissement des lèvres, des seins, des fesses, rétrécissement du vagin. Tout cela paraît propre à la culture contemporaine mais tout commença pourtant bien à cette époque où les femmes, louées pour leur beauté, devinrent pour la première fois précisément scrutées et représentées.

Voici donc, pour ceux à qui on n’a présenté en classe que le meilleur et le plus sage de la poésie de la Renaissance, la version non censurée de ce que la langue française a produit poèmes sur les détails de l’anatomie féminine, voire au-delà :

 

Blasons anatomiques du corps féminin

Nouvel article labo de Cléopâtre : le cèdre

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Sourcils, émotions et symbolisme

Au-delà de la mode qui conditionne la forme qu’ils doivent avoir à une époque donnée, les sourcils tiennent une grande importance dans le visage. Ce visage lui-même, primordial dans la représentation d’une personne, localise 4 organes de sens sur 5 ( odorat, ouïe, vue, goût), les fonctions cognitives, réflexives, décisionnelles, langagières et sociales.

Dans un roman initiatique et sensuel, Loin de Chandigarh, l’auteur indien Tarub J. Tejpal fait dire à son personnage qu’il vaut mieux que la plus belle zone d’une femme soit son visage car c’est lui qu’on voit quand on lui fait l’amour. Une réalité à laquelle on pense peu mais qui démontre le rôle primordial du visage au coeur même de la relation sexuelle et qu’on aurait pourtant sûrement peu fait participer à l’acte.

Dans cette perspective, il est néanmoins difficile de comprendre la place du sourcil dans l’organisation du visage autrement que dans un sens ornemental malgré sa fonction première de gouttière servant à protéger les yeux de l’eau qui viendrait d’en haut, quand les cils les protègent dans toutes les autres circonstances. Sa forme d’arc nous rappelle pourtant d’autres éléments très importants de l’architecture servant à créer portes, fenêtres, ouvertures diverses, passages, mais aussi structures de soutien d’une cathédrale, notamment, les arcs-boutants.

Exactement comme en architecture, où l’arc sert à la fois d’ouverture, de structure de soutien et d’ornement, le sourcil est aussi bien fonctionnel par son rôle protecteur naturel de l’oeil qu’esthétique parce qu’il semble surmonter l’oeil de façon à l’embellir. En réalité, le sourcil est une ouverture vers la pensée, les émotions et l’âme.

L’expression qui veut que les yeux soient le miroir de l’âme est en effet bien réductrice, car si on limite le regard aux seuls yeux, on se retrouve plutôt en présence de globes mobiles mais inexpressifs en soi et qui ont besoin de tous les muscles les entourant pour participer à l’expression et se faire les miroirs de l’âme.

Mais dans un monde où l’image fixe, immobile, idéale et semblant ainsi éternelle conditionne notre désir esthétique, et où la communication est portée à son comble par de nouveaux médias, on oublie trop souvent le rôle joué par les sourcils dans l’expression et les micro-expressions qui nous renseignent sur les sentiments profonds qu’une personne ressent sans les exprimer comme la peur, le dégoût, le mépris, la colère, ou au contraire la joie, l’accueil, l’ouverture.

Si cet aspect peut paraître dérisoire à une époque où les relations se nouent plus facilement qu’autrefois et que les tabous pèsent beaucoup moins sur la sexualité des femmes, il ne faut pas oublier que la plus grande partie du jeu de la séduction passe par la communication non verbale, qui représente en réalité une part plus importante que la communication verbale dans toutes les interactions humaines.

Le blason du sourcil – qui date de la Renaissance comme tous les blasons – exprime poétiquement et de façon très juste tout ce que révèle le sourcil :

« (…)Sourcil qui fait l’air clair, obscur soudain, 

Quand il fronçit par ire ou par desdain

Et puis le rend serain, clair et joyeux,

Quand il est doux, plaisant et gracieux.

Sourcil qui chasse et provoque les nuës, 

Selon que sont les archées tenuës,

Sourcil assis en lieu hault pour enseigne, 

Nous descouvrant sa profonde pensée,

Ou soit de paix ou de guerre offencée(…) »

Ainsi, le sourcil est l’arc révélateur, porteur des expressions et mouvements de l’âme – colère ou apaisement – auquel sa couleur foncée donne, par contraste avec la peau, la force du surligneur et renseigne discrètement un homme aimé sur les sentiments et les désirs que sa dame ne peut exprimer ouvertement.

Cette qualité des sourcils est fort utile au jeu d’acteur et surtout d’actrice, offrant une possibilité d’expression non verbale sans ambiguïté, permettant à Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent et Aishwarya Raï dans Devdas d’incarner de façon crédible des femmes dures que leur détermination, plus forte que toute autre valeur, conduisent à l’échec.

Une transparence émotionnelle qu’elles ne partagent pas avec la célèbre Mona Lisa, personnage du tableau le plus célèbre du monde dont on remarquera avec surprise qu’il est celui d’une femme sans sourcils, dont Léonard de Vinci n’a étrangement jamais réussi à se séparer, conscient peut-être, qu’il lui manquait quelque chose..

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Parfumer ses vêtements comme dans l’Antiquité

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La boutique du Labo de Cléopâtre

Ceux qui me suivent depuis quelques temps connaissent mon parcours de mon premier blog, Echodecythere, consacré à la beauté à mon second, le Labo de Cléopâtre, consacré aux cosmétiques antiques, et notamment ceux de Cléopâtre.

Maintenant, le Labo de Cléopâtre, c’est aussi une boutique sur Etsy en lien avec toutes mes recherches et les sujets évoqués sur mes blogs.

Alors, devinez ce que je vends dans ma boutique ?

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  • Oui, je vends une version du Détergent de Cléopâtre, le parfum de la dernière reine d’Egypte d’après le Kosmètikon.
  • Non, on ne peut pas être sûr que c’était de façon certaine le parfum de Cléopâtre, et même, c’est certain que ce n’était pas exactement lui puisqu’on ne peut le reproduire fidèlement aujourd’hui. Mais plus de 6 ingrédients sur 10 utilisés dans la recette originale y sont présents dans des proportions et selon des modalités qui étaient exigées – du moins quand c’était possible. En bref, c’est un produit qui doit ressembler au niveau de sa texture et de son odeur au produit de beauté de Cléopâtre.

Mais on n’ouvre pas une boutique avec un seul produit…

Ce que je vous propose dans ma boutique, ce sont des senteurs de l’Antiquité, c’est-à-dire plusieurs authentiques parfums historiques dont aucun n’a été inventé. Chacun, en effet, est né soit d’une recette historique précise, soit d’une description ou d’un texte littéraire évoquant des parfums. Parfois, certains ingrédients n’existent plus, ne sont plus disponibles ou ne peuvent être utilisés en l’état. Dans ce cas, il a pu m’arriver de remplacer un ingrédient avec un autre qui lui était proche.

Que trouve-t-on concrètement dans ma boutique ?

  • Des mélanges d’encens correspondant à de vraies senteurs de l’Antiquité, comme l’encens d’Aphrodite.img_7279
  • Des mélanges de plantes ou de résines plus ou moins en poudre qui servaient de parfums secs, qu’on appelait diapasmas et qui servent aujourd’hui à parfumer l’atmosphère d’un lieu, un petit espace, etc.img_7214
  • Attention : Chacun des parfums du Labo de Cléopâtre est un produit de senteur mais non un cosmétique. Ils ne sont pas destinés à entrer en contact avec la peau.
  • Les matières premières sont les résines odorantes, quelques écorces, feuilles, racines, épices qu’on employait dans les parfums antiques et qu’on utilise toujours dans les parfums orientaux. Par contre, inutile d’y chercher un produit chimique moderne, une plante découverte sur le sol américain ou utilisée seulement à partir du Moyen-Age car vous n’en trouverez pas.
  • Mes produits ne contiennent pas non plus d’ajouts d’huiles essentielles pour renforcer l’odeur; le parfum est conforme à ce qui était possible et ce qui se faisait dans l’Antiquité. La tradition n’est d’ailleurs pas perdue puisque nous la connaissons depuis toujours à travers le simple sachet de lavande. L’Orient par contre, la connaît au travers des coussins remplis d’herbes et de fleurs séchées qu’on met un peu partout dans les chambres et les vêtements pour les parfumer.

Ce sont toutes ces traditions que je veux faire redécouvrir dans ma boutique en même temps que les senteurs qu’aimaient les Anciens. Ce sont des parfums à la fois simples et historiques que les gens goûtaient à travers les encens et donc la fumée – « per fume »- lors des rituels, fêtes ou commémorations, ou dans la vie quotidienne où les diapasmas étaient polyvalents et servaient autant de parfum que de cosmétique aux usages aussi complexes que ceux d’aujourd’hui.

Alors si les parfums et les cosmétiques antiques vous passionnent, venez visiter ma boutique où vous attendent ces parfums historiques dont la collection s’enrichira bientôt d’autres senteurs authentiques ressuscitées de l’Antiquité. Vous pourrez ainsi découvrir ce qu’on sentait et aimait sentir à l’époque où on vénérait Aphrodite et où la séduction de Cléopâtre faisait plus trembler que rêver les belles Romaines. Quoique…img_7306

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Sourcils, mode et beauté

Depuis quelques temps et sans qu’on s’y soit attendu, les sourcils épais et fournis sont revenus à la mode. Cela semble un détail sans importance, mais il faut être une femme pour savoir combien les sourcils peuvent compter dans la construction de la beauté de chaque visage, et surtout du sien. On le sait presque intuitivement, en étant séduit, marqué par un modèle féminin dont la construction du regard ou du visage semble avoir pour pilier l’arc de ses sourcils. Sont-ils fins, épais, blonds, noirs, presque inexistants ?

Certes, cela semble beaucoup une question personnelle, un style qu’on désire adopter et qui passe avant tout par l’admiration d’un modèle. C’est cette admiration, cette volonté de lui ressembler qui nous fait un jour acheter une pince à épiler et décider que l’arc qui surmonte nos yeux ne sera plus une construction due au hasard de la nature.

Et pourtant, malgré des styles différents que l’on peut rencontrer et qui donnent l’impression de goût et choix personnels, il existe des tendances qui décident silencieusement des tracés en vigueur sur les visages féminins. Ce petit film résume de façon claire et ludique 100 ans de mode sourcilière, ce qui s’avère utile quand on sait que les modes passent assez vite pour qu’on ait le temps d’oublier qui les a lancées et quelles pouvaient en être les raisons.

Car si aujourd’hui, le sourcil épais revient à la mode au point de faire émerger des crayons de maquillage du brun au noir pour les combler, les épaissir et les foncer, et de nouvelles pratiques esthétiques, il est clair que pendant des décennies, ce fut loin d’être le cas. De fait, l’accessoire indispensable du sourcil a longtemps été la pince à épiler pour les affiner et non pas les crayons combleurs pour les étoffer.

Ces tendances viennent toujours d’un modèle qui semble incarner son époque. Si actuellement, le style à la fois naturel presque androgyne et féminin de Cara Delevingne paraît incarner à la perfection la jeune femme d’aujourd’hui, il est évident que ce sont d’autres modèles, actrices principalement – avant que les mannequins n’émergent à la fin du XX ème siècle et influencent aussi la mode – qui ont suscité désirs de beauté et rêves d’amour à la base de toute pratique esthétique.

Dans les années 20, à l’époque où émerge cette révolution que constitue le cinéma muet, les sourcils des femmes se font particulièrement fins et dessinés comme jamais ils ne le furent. Quinze ans auparavant, rien ne semblait le laisser présager : dans l’Art d’être jolie, un magazine d’août 1904 consacré à la beauté, on décrit ainsi les jolis sourcils :

« Pour être jolis, ils doivent être suffisamment garnis de poils, médiocrement épais mais sans se rejoindre. La courbe en sera gracieuse; ils formeront une ligne convexe, en manière d’arc, et dont la cavité fera une petite voûte. La « tête », partie proche du nez, en sera plus garnie que la queue. Les poils courts, sans interruption, seront couchés de dedans en dehors. Entre les deux sourcils, il doit y avoir l’intervalle d’un bon travers de doigt. »

La suite de l’article évoque le langage des sourcils qui permet de dresser le profil psychologique d’une femme à partir de la forme de l’arc surplombant ses yeux; une pratique courante à une époque où la physiognomonie était en vogue et imprégnait encore les croyances de la société.

Chez l’actrice, la forme qu’ils devaient avoir différait d’ailleurs selon qu’elle devait jouer la tragédie – nécessitant des sourcils droits et convergents – ou la comédie – nécessitant des sourcils arqués et divergents vers la racine du nez -. Ces formes caractéristiques devaient donner à la première un air grave et affecté, et à la seconde un air malicieux et enjoué.

Mais passé sur grand écran, le visage de la femme nécessite un surcroît d’expression, car en perdant sa voix et ses couleurs, c’est tout un tas d’informations sur son jeu et sur la narration qui se perdent. Car malheureusement, l’image peu contrastée des premiers films en noir et blanc fait apparaître l’arc des sourcils comme une ombre qui ternit, retranche et vieillit le regard, ce qui est parfait pour les rôles de personnages tourmentés mais qui ne correspond pas à l’image des jeunes héros, hommes et femmes confondus. En épilant beaucoup les sourcils et les noircissant pour les faire ressortir, la lumière revient dans la zone du regard et en créant des contrastes, l’équilibre entre ce que le cinéma veut suggérer et ce qu’il montre effectivement est trouvé.

Pour rajeunir le regard, la lumière est d’ailleurs toujours le moyen le plus efficace. Reste qu’aujourd’hui, on la crée aussi en épaississant le sourcil quand autrefois on diminuait et assombrissait la zone sombre pour intensifier la zone claire.

Et oui, dans la mode des sourcils, c’est le côté obscur qui vient juste gagner. Mais la guerre n’est peut-être pas finie…

Labo de Cléopâtre : Tous les parfums de l’Arabie

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