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Beauté : intentions, représentations, interprétations

La beauté est un enjeu de taille dans notre société car elle décide en premier lieu de qui mérite au premier coup d’oeil qu’on s’intéresse à sa personne entière, comme pour entrer en boîte de nuit on décide au visuel de votre entrée ou non dans l’établissement. Ce Graal donnant accès à une foule de possibilités amoureuses, professionnelles et sociales, il est non seulement un moteur de l’économie, mais aussi un booster de vie ou un destructeur. Sa force en fait donc à la fois une chose autant convoitée que redoutée, suscitant désirs, jalousie et haine, le pire et le meilleur des sentiments, en tout cas les plus puissants.

Les contes de fée ne s’y sont pas trompés, qui ont mis au coeur de leurs histoires des personnages féminins pour qui la beauté joue un rôle central. Blanche-Neige, que sa marâtre déteste et qui veut sa mort car elle est devenue plus belle qu’elle, Peau d’Ane, qui doit échapper à la concupiscence de son père qui a promis à sa femme mourante de ne se remarier qu’avec une femme plus qu’elle ne l’était et qui ne trouva que sa fille pour répondre à ce critère.

Cette nécessité de la beauté est à la fois intemporel et universel. Tous les contes et mythes du monde entier évoquent forcément une héroïne dont la principale qualité est une beauté qui se voit d’emblée ou qui se révèle après transformation, à la fin des épreuves. Une beauté de laquelle on prend soin malgré tout de ne rien nous dire. Tant mieux, d’ailleurs, car on aurait du mal à la reconnaître tant elle est toujours culturellement marquée, et de ce fait très relative, comme nous le montrent les coutumes et traditions esthétiques des différentes civilisations qui peuvent nous choquer quand on ne les comprend pas, autant qu’on peut les considérer quand on a appris à leur donner du prix.

Mais si tout le monde s’accorde sur l’importance et la nécessité de la beauté chez la femme, encore n’est-elle pas perçue de la même façon selon les rapports qu’on peut entretenir avec elle. Car le corps de la femme et sa sexualité restent des sujets problématiques dans nos sociétés, comme elles le sont depuis déjà des millénaires, depuis la crainte des abus sexuels, du déshonneur familial, du malheur personnel, et plus encore, de la descendance illégitime, en passant par la construction progressive d’une culture misogyne qui semble trouver ses arguments d’autorité dans la religion.

Une femme doit être belle et en même temps, on doit pouvoir savoir pourquoi et pour qui. Une femme doit se faire belle pour une soirée, pour un mariage, un événement, pour aller au travail, et encore plus pour séduire. Dans son milieu familial, dans un environnement où elle est connue et scrutée, il n’est pas rare qu’elle subisse des pressions psychologiques dès lors qu’un soin inattendu ou une élégance marquée ne risque de la faire remarquer plus que de coutume.

En regardant la video d’un rabbin, j’y ai appris que la beauté de la femme était dans ses cheveux, et c’est pourquoi elle refusait de les couper. Car couper ses cheveux, c’était retirer sa beauté. C’est pourquoi elle doit les cacher afin que cette beauté n’appartienne qu’à son mari. Et il en est ainsi pour toutes les religions où le corps des femmes est assez contrôlé pour qu’on veuille le cacher et en réserver l’exclusivité jusque dans sa façon d’apparaître.

Mais il n’est pas besoin de ce cas extrême. Comme dans l’oeil du jaloux, du soupçonneux, de l’âme inquiète toujours blessée, chaque soin que la femme sur laquelle il se croit des droits prend pour elle est un soin qu’elle prend dans une intention contre lui, pour le trahir, l’abandonner, ou le ridiculiser, toutes craintes qu’il porte en lui depuis très longtemps et qu’il plaque sur chaque femme qu’il aime. Elle se maquille ? C’est pour attirer l’attention. Elle choisit de beaux vêtements qui la mettent en valeur ? C’est pour plaire, forcément. Elle s’est payé une nouvelle coupe de cheveux ? Elle est amoureuse de quelqu’un d’autre, c’est sûr.

Rien que sous mes fenêtres, il y a encore quelques jours, deux voix : un garçon, une fille. Il est un peu plus de deux heures du matin et le garçon énervé crie : « Tu as vu comme tu es habillée ? Non mais tu as vu comment tu es habillée ? Si c’est comme ça, va avec quelqu’un d’autre. »A ce moment-là, c’est la canicule : tout le monde « s’habille comme ça », à peu de choses près. Mais bon, là, c’est le corps de la fille avec qui il sort, donc ce n’est pas pareil. Les autres hommes que lui vont la désirer. Il le sait bien d’ailleurs, puisqu’il doit certainement désirer les autres filles, celles qui sont habillées comme ça aussi.

Quant à savoir s’il accepte qu’elles soient habillées comme ça parce qu’elles ont chaud et que c’est leur droit ou parce qu’elles veulent allumer les hommes, c’est ce qui est difficile à savoir. Ce qui est certain, en revanche, c’est que si elle tient à ce garçon, sa liberté de s’habiller reculera dans la suite de leur relation.

Cette peur projetée sur l’autre n’est pas propre au regard affolé que l’homme porte sur la femme, tout regard inquiet et à l’estime de soi défaillante avec une tendance à l’insécurité peut en être porteur. Mais lorsque des préjugés, l’ignorance, la peur et les croyances s’acharnent sur un même sexe depuis des millénaires dans les cultures de la majorité des civilisations, il est beaucoup plus dur pour celui-ci d’y échapper et il en est,  de fait beaucoup plus massivement et impunément la cible.

Et pourtant…Une femme qui manque de coquetterie, on va dire qu’elle se laisse aller, qu’elle se néglige, alors qu’on va l’estimer radieuse sans forcément la désirer si elle prend soin d’elle. Si elle souffre de déprime ou de dépression, ce sera même l’indice grâce auquel son psy et son entourage reconnaîtront qu’elle va mieux, et que la période sombre est derrière elle. C’est pour éveiller les sentiments de plaisir et d’estime de soi qu’on propose depuis quelques temps déjà des séances de mise en beauté dans les hôpitaux pour les femmes atteintes de cancer, afin d’améliorer leur humeur par leur amour d’elle-même, et par là-même leur potentiel de guérison. On les maquille, et le visage triste s’illumine soudain de se reconnaître ou de se trouver belle.

La beauté est donc toujours dans l’oeil de celui qui la regarde, et son sens est bien différent selon qu’on la désire, qu’on en désespère ou qu’on la redoute.

Cet article et cette photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

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Exposition Eloge de la Beauté

Dans l’article précédent, vous avez découvert le parfum antique reconstitué que j’étais allée découvrir au musée archéologique d’Athènes. Ce parfum était présenté dans le cadre d’une exposition thématique sur la beauté qui comprenait beaucoup d’objets, mais aussi beaucoup de gens devant les vitrines.

De par mon activité, bien évidemment, j’ai plus été portée à photographier les pixies – boîtes à cosmétiques – et autres flacons de parfum remarquables rencontrés lors de l’exposition, et ce d’autant plus volontiers que je n’attendais qu’une chose : sentir le liquide rose dans le ballon – raison pour laquelle j’étais venue. Cadrer correctement une photo quand il y a beaucoup de gens autour de vous qui s’agite et s’excite, c’est vraiment difficile.

Car la beauté reste un thème universel et teinté de soufre. Dans la salle d’exposition, il y a plus de monde que dans les autres pièces du musée. Alors, oui, on a choisi des pièces d’exception, et par rapport aux flacons existant déjà et étant proposés à l’étage, ici, sont présentés préférablement ceux avec des matériaux remarquables ou des scènes de toilette et d’esthétique – comme des sortes de mises en abîmes, de petits miroirs sur le passé – tel ce petit miroir ouvert sur les genoux de cette minuscule et remarquable Aphrodite.

Aphrodite, c’est elle qu’on est venu voir, et c’est surtout elle qu’on trouve représentée, en petit ou en grand, sur les abalastres, les statues, elle qui domine l’exposition et les commentaires du guide grec, qui, en anglais, raconte que la beauté est ce que tout le monde désire, recherche, et que les femmes cherchent toutes à séduire et c’est normal, etc..Mais bien sûr, il y a des Françaises dans cette expositions qui commentent dans leur langue : »C’est un peu caricatural… »Moi aussi, je suis Française. Mais j’ai créé ce blog et même si j’aimerais qu’elle ait raison…

Ce guide, lui, il est Grec. Comment ça se passe, d’ailleurs, la beauté, en Grèce ?

Les femmes y conservent quelque chose d’ultra-féminin dans la manière d’être sages. Les cheveux y sont toujours longs et détachés, les coupes de cheveux et les coiffures jamais folles, artifices laissés plutôt aux hommes. Globalement, le maquillage y est discret et les bijoux plutôt absents, hormis souvent un piercing de nez pour les plus jeunes, préférablement un anneau. Le sourcil, lui, est bien travaillé – mais c’est devenu une constante un peu partout depuis ces dernières années, sans doute venue des pays arabes.

Parallèlement, on rencontre un autre type de jeunes femmes plus sexuellement agressives, courant dans les Balkans et les pays slaves, chez qui décoloration, maquillage et sur-valorisation annoncent la couleur. A la limite, même, dans cette sur-fémininisation, il y a quelque chose d’un peu viril, du point de vue grec ancien : le côté actif de la féminité. Une féminité sur-jouée, sur-travailée dans un but précis, a forcément quelque chose de prospectif, d’agressif, propre à ce que le Méditérranéen attribue à la virilité.

Alors, ce guide, un peu caricatural ?

Des femmes qui peuvent se permettre un laisser-aller androgyne à la limite physique de la masculinité et qu’on pourrait qualifier d’absence de recherche minimale de beauté, je n’en ai pas rencontré, même pas chez les femmes âgées. Je pense donc que cet homme sait de quoi il parle et que d’une culture à l’autre, nous pouvons prendre certaines choses pour superficielles. Mais si elles n’étaient pas si structurelles, elles ne modèleraient certainement pas silencieusement mais si complètement une société.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Flacons du musée archéologique d’Athènes

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Le parfum d’Aphrodite ?

Si sur le blog sont développés des articles qui demandent réflexions et construction, la Page Facebook du Labo de Cléopâtre – qui mêle nouveautés de la boutique, créations parfumées, images d’art ou nouvelles archéologiques – véhicule des informations plus fugaces.

C’est ainsi qu’à la suite d’une recherche sur Athènes  où je devais me rendre en octobre, j’appris par un article en ligne pour voyageurs, ici que le musée archéologique y avait ressuscité le parfum d’Aphrodite. Le parfum d’Aphrodite ? Un rêve quand on a créé Echodecythère, le domaine d’Aphrodite, une aberration quand on a créé le Labo de Cléopâtre et qu’on sait qu’il n’y eut jamais de parfum d’Aphrodite qui puisse se prétendre ressuscité. Une appellation qui doit sûrement faire rêver par son évocation mythologique, érotique et racoleuse puisqu’on la retrouve dans un autre titre à propos du même événement.

Certes, c’est une absurdité pour moi qui recréé ces parfums anciens, néanmoins, je partage l’article sur la Page FB pour les informations qu’il contient et surtout parce qu’en tant que créatrice de senteurs anciennes, habituée à refaire les parfums selon les recettes des médecins de l’Antiquité au plus près de la manière dont ils les ont transmises dans leurs écrits, si moi je ne ne fais pas, qui le fera ?

Et bien entendu, je garde en tête l’information pour mon voyage et n’ai de cesse de me renseigner sur le lieu où se trouve ce fameux musée car je ne suis jamais allée à Athènes.

Le parfum est présenté dans le cadre d’une exposition « Les aspects du Beau », qui réunit de magnifiques pièces de l’Antiquité autour de ce qu’on considérait comme la Beauté. La première à nous accueillir est l’Aphrodite pudique, en tête de cet article. Dans le fond de la pièce, dans un ballon de verre de chimiste transparent, vissé au mur et le col protégé par une grille, apparaît le fameux parfum.

Tant qu’il n’a pas révélé son secret olfactif, un parfum, au visuel, c’est tout et c’est rien. Celui-là, il est rose fuschia, presque rouge, et c’est notamment pour ça qu’il attire l’oeil. Il est aussi mis en scène grâce à un éclairage accentué et des panneaux tendus de tissu noir pour le mettre en valeur. Impossible de le manquer, donc ! Il faut dire qu’au milieu des statues et des objets anciens d’une grande beauté, sa présentation dans du matériel de laboratoire de chimie fait tache. Pourtant, ce n’est pas pour ça qu’il est rouge. Dans l’Antiquité, les parfums huileux étaient en effet teintés en rouge.

 

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Alors, qu’est-ce que ça sent ? Et comment ça sent ?

Ca sent bon, ça sent la rose, ça sent les ingrédients naturels de qualité, et ce de façon puissante. La rose – qui n’était pas un ingrédient exotique mais courant – et un autre aromate européen assez simple et délicieux – tel que coriandre, romarin, sauge, je ne sais pas trop -. Le résultat est vraiment excellent d’un point de vue qualitatif.

D’un point de vue technique et historique, pourtant, la senteur est trop puissante pour un parfum antique dont la recette entraîne une durée de réalisation malgré tout limitée dans le temps, ce qui impose nécessairement une intensité plus faible à l’odeur – problème auquel je suis confrontée en permanence à l’atelier – mais qui devait entrer aussi dans les données culturelles puisque choisies pour des raisons symboliques et magiques – ce que chacun oublie un peu trop.

L’autre problème majeur est le solvant, le « corps » du parfum, comme disait Pline. Ici, ce n’est pas de l’huile, comme c’était le cas dans l’Antiquité – et tels que je les reproduits dans mon atelier avec les aléas que ça comporte – mais de l’alcool. Un choix qui se comprend pour un produit soumis aux bactéries de millions de visiteurs curieux de cette ancienne fragrance, car la solution est en effet stérile et sans danger. Pourtant, cela a une incidence réelle au niveau de la tenue du parfum et de son intensité. Il n’est ainsi pas de choix, pas de sacrifice technique qui ne se fasse au prix de l’odeur elle-même, tout excellent qu’ait été ce parfum.

Finalement, ce parfum, qu’est-ce que c’est ?

C’est un produit fait par une grande marque grecque de cosmétiques et parfumerie, KORRES, qui s’exporte bien et qui a bonne réputation; une valeur sûre pour ceux qui veulent s’assurer que c’est fait par quelqu’un qui sait. Sauf que c’est une notion contemporaine, les parfums n’étant pas conçus par des chimistes dans l’Antiquité mais par des artisans, parfumeurs de profession ou médecins apothicaires en accès direct avec les matières premières.

La notion « parfum d’Aphrodite » des articles français est bien sûr racoleuse, la déesse, ayant bien, selon la mythologie portés des parfums dont elle est aussi la déesse, aucune recette ne peut se targuer d’avoir été décrite comme son parfum, ce qui amplifie d’ailleurs son pouvoir d’évocation comme savent le faire le Nectar et l’Ambroisie dont elle se nourrissait.

L’exposition précise : parfum de l’époque mycénienne.

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Au musée archéologique lui-même comme dans les livres d’historiens spécialisés sur les parfums de l’Antiquité, on apprend que ce qui reste de la parfumerie antique et de l’idée qu’on peut se faire d’un parfum aussi ancien que l’époque mycénienne – de 1650 à 1100 av J-C – ne consiste qu’en des listes de plantes aromatiques sans mentions de quantités, recettes, techniques, ni produits finis. Autrement dit, il ne reste pas grand-chose.

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Si on le recoupe avec les informations données par les médecins ou botanistes tels que Galien, Dioscoride ou Théophraste, le parfum présenté constitue une recette tout à fait probable – de laquelle est bien sûr exclue l’alcool comme solvant, et l’origine de cette couleur rouge, autrefois dévolue au cinabre, minéral toxique, les matières premières brutes qui ont de fortes chances d’avoir été – par commodité, et ça se comprend – des huiles essentielles. Tout l’inverse de ce que j’utilise en atelier pour recréer des parfums anciens qui ne soient pas que dans l’odeur mais dans la matière également, tout détail conservé sur le produit d’origine étant une dimension de vérité ajoutée et des informations précieuses.

 

 

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Les objets de la beauté

Fascinants, les objets de la beauté accompagnent l’histoire des hommes en société – et surtout des femmes – depuis la nuit des temps, pour augmenter leur séduction ou leur intégration sociale. Nous aussi vivons entourés d’objets de beauté en lesquels nous croyons, auxquels nous consacrons du temps et de l’argent car nous en attendons des résultats en vertu de la foi que nous mettons en eux.

Pourtant, malgré la confiance qu’ils nous inspirent sur la foi d’arguments technologiques ou scientifiques, les scandales et suspicions sont réguliers sur les bases de longues périodes. Les produits qu’on croyait sûrs s’avèrent toxiques, comme autrefois les sels d’ammoniaque censés ranimer les femmes de leurs évanouissements.

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Flacons de sels d’ammoniaque. 19 ème

Cosmétiques, produits et objets de beauté apparaissent dans un contexte de mentalité et de croyances qui rend leur conception possible pour l’inventeur et crédible pour le consommateur. On croyait autrefois en le vinaigre pour repousser puanteurs et maladies, encore plus depuis l’aventure des 4 voleurs qui s’en étaient protégés pour dévaliser sans dommage les maisons marseillaises pendant une épidémie de peste au XVIII ème siècle. Les voleurs livrèrent leur recette et ce produit se fit parfum protecteur, à respirer dans d’élégants boîtiers appelés vinaigrettes, que nous associons aujourd’hui beaucoup plus à la salade !

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Vinaigrette. 18 ème siècle

La foi, c’est aussi celle en la technologie qui pousse à inventer des objets que l’histoire a oubliés mais que quelques archives conservent encore pour nous donner une idée de la manière dont peuvent être vues nos pratiques esthétiques et ce que nous considérions comme l’innovation au bout de plusieurs décennies…

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Brosse à manivellePermanente

Machine de coiffeur pour les permanente électrique. 1928

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Masques anti-rides à lanières de cuir. 1908

Parfois, l’innovation, c’est juste une matière, comme le bakélite. Poudrier

Poudrier en bakélite. 1925.

Mais toujours, les objets de la beauté nous éclairent plus sur le monde dans lequel ils ont été conçus que sur leur efficacité, par exemple pour une marque cherchant à faire sa place sur le marché que nous ne connaissons maintenant plus que pour un type de produit et que les autres générations précédentes ont pu connaître pour d’autres. IMG_9093

Autrefois, Colgate faisait du parfum et des crèmes. 

Ca peut aussi être l’indice du temps qui passe, au travers d’égéries autrefois symboles de beauté et de glamour et qui sont aujourd’hui des figures désuètes et désexualisées de l’histoire du cinéma, rappelant plutôt les sucettes ou les livres pour enfants de nos grands-mères.

Houpette

Houppette Marlène Dietrich.

Mais c’est encore plus surprenant lorsque c’est un produit mythique que vous connaissez bien, mais sous une forme que vous ne reverrez plus tant les pratiques de société ont changé. Aujourd’hui, parfumer des mouchoirs avec de petites ampoules remplies de Shalimar n’est plus considéré comme une manière de se parfumer, à l’ère des mouchoirs jetables, mais plutôt comme une manière de s’intoxiquer et de jeter l’argent par les fenêtres avant de polluer.

Shalimar

Enfin, n’oublions pas que le meilleur moyen de ne pas voir disparaître les objets de beauté est de ne pas trop les dévoyer; et faire évoluer les établissements de bain en lieu de prostitution n’était sûrement pas ce qu’il y avait de mieux pour donner longtemps confiance en la baignoire.

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Etablissement de bain au Moyen-Age. BNF

( Toutes les photos sauf celles des masques proviennent du livre Les Objets de beauté de Catherine Sauvat dans les Carnets du Chineur. Editions du Chène )

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Nouvel article Labo de Cléopâtre : cosmopolitisme du kyphi

 

Beauté et résistance

Beaucoup d’analyses et de critiques existent expliquant l’aliénation de la beauté, le caractère obligatoire de celle-ci pour paraître à l’écran, dans les magazines de mode, dans la séduction amoureuse elle-même. On ne peut pas en effet contester cet aspect inégalitaire qui s’est encore accru en même temps qu’a explosé l’art de l’image comme moyen d’expression ou de pression dans les médias. C’est pourtant loin d’être le seul dans l’histoire humaine, qui oscille souvent entre volonté d’égalité et désir d’élitisme, et dont les religions sont les manifestations principales et constantes à l’échelle de l’humanité.

Pour autant, il serait réducteur de n’y voir que ça. Dans une époque où on ne laissait pas la parole aux femmes et où des siècles de convention culturelle leur attribuait la beauté et la séduction jusqu’à la nuisance, c’était leur seul atout en même temps que leur prison. Or, dans chaque analyse humaine, tout n’est qu’affaire d’interprétation et tout peut toujours s’argumenter de la manière qu’on veut ou qu’on peut.

Dans la réalité des faits, la beauté est une possibilité du vivant. Et tout ce qui offre une possibilité au vivant va s’incarner de manière très créative et de toutes les façons possibles en fonction des libertés. A l’échelle du vivant, le meilleur exemple est la fleur, dont les multiplicités de formes, couleurs, senteurs, sont autant de moyens pour attirer l’insecte pollinisateur. Une technique qui a réussi au-delà de sa cible puisqu’elle est parvenue à séduire également l’espèce apte à développer ses capacités de longévité, de résistance aux maladies et de diversité qu’elle n’aurait sans elle jamais atteint : l’espèce jardinière, appelée humaine.

A l’échelle des sociétés humaines, c’est le même mécanisme : la beauté se développe en fonction de l’histoire, la géographie, l’inventivité, le développement des sciences et des techniques, la culture et la religion, le tout avec des particularités inattendues qui vont par exemple faire disparaître le péplos mais conserver le sari 5000 ans après.

La beauté est une manière de conjurer le sort de la médiocrité du réel lorsqu’elle consiste en un embellissement de soi, de sa maison, de son jardin, de sa vie, de son langage. C’est une forme d’élévation dans le refus de la nature aliénante qui nous a défavorisée ou qui se rappelle à nous par celle du temps qui passe et de la gravité. Tout effort contre une paupière, un sein tombants, un oeil trop petit, une couleur de cheveu terne ou blanchi, tout combat contre une ride est un acte de résistance contre la fatalité, le destin et la mort qui sont le propre de ce qui est mortel et la quête du genre humain depuis qu’il est en mesure d’y réfléchir.

Dans les procédés de momification de l’Ancienne Egypte, on a beaucoup insisté sur les techniques chirurgicales et les connaissances en chimie permettant la conservation du corps par son assèchement après en avoir retiré les organes. En revanche, on a peut-être moins insisté sur le fait que toutes ces techniques pour conserver l’intégrité du corps afin de se donner l’illusion de l’immortalité passaient par la beauté : beauté du corps qui reste intact, de l’or, des bijoux, des ornements, des vêtements, mais aussi des peintures, des couleurs, des dorures.

Lutter contre la laideur, en Egypte ancienne, c’était déjà lutter contre la mort. Ramsès avait les cheveux teints au henné plutôt que blancs. Et dans leur mythologie, Horus retrouvait la beauté de son oeil perdu en se maquillant, rendant au ciel la lune qui venait de disparaître, lune dont chacun admire instinctivement la beauté qu’on attribue rarement au soleil, impossible à regarder pleinement par la brûlure qu’il inflige aux yeux.

Dans la nature, la diversité des formes, couleurs, senteurs va faire l’attrait pour les fleurs; dans les sociétés humaines, des milliers de paramètres vont permettre de créer de la beauté plus seulement pour perpétuer la vie mais aussi pour transmettre de l’art, de la culture, des idéaux, des manières d’être plus libres, plus heureux, de rêver à rendre le monde meilleur.

Oui, quitte à être prisonnier de ce leurre, comme lorsque vous passez trente ans de votre vie à être malheureuse de ne pas ressembler naturellement à un mannequin qui ne peut être que retouché par photoshop et dont vous ne pouvez voir les douleurs que lui ont coûtées cette séance de 2 heures sur des talons de 15 centimètres.

Car au bout des années, et on le voit sur la plupart des silhouettes, la beauté qu’il faut travailler pour en obtenir quelque chose, c’est parfois tellement d’efforts pour peu de résultats que la vraie résistance, c’est finalement de parvenir à imposer au monde ses propres critères, sa propre beauté.

Nouvel article Labo de Cleopâtre : Les senteurs de la terre

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La coquetterie du juste milieu

Comme beaucoup de sujets héritiers d’une tradition d’abord occidentale puis étendue à la plupart des civilisations, la coquetterie des femmes est traitée de façon ambivalente dans la société. D’un côté, elle est considérée comme nécessaire dans la séduction, au moins parce que plus de souci de son apparence peut être perçu comme une volonté de plaire et donc une disponibilité sexuelle; de l’autre, elle doit tendre à s’éclipser pour les femmes mariées, les filles, les mères, toutes celles dont on craint la sexualité ou qu’on ne veut surtout pas voir séduire ni être séduite.

Le souci, c’est que la coquetterie n’est pas forcément une volonté de plaire à l’autre, mais une volonté de se plaire à soi-même, qui peut passer par des représentations inspirées du monde du spectacle, cinéma ou musique où une coquetterie exagérée, à la limite du vulgaire est nécessaire comme marque de fabrique pour se distinguer et susciter le désir de consommation. On a plusieurs fois montré, pour mettre en valeur ce phénomène, l’apparence de Lady Gaga avant qu’elle ne devienne une grande star internationale. Et on a toujours un peu de quoi être surpris quand on revoit des images d’Amy Winehouse, tatouages, perruque-choucroute et gros trait d’eye-liner tout droit sortis d’un film sur les jeunes désoeuvrés de l’époque du rockabilly.

A l’âge où on se cherche, vouloir ressembler aux stars qu’on aime est normal, mais les parents qui font une différence entre monde du spectacle et monde du travail où leur fille doit s’insérer s’inquiètent d’autant plus qu’ils sont sortis de ce moment de l’être où l’apparence constitue la phase de test de l’identité. C’est d’autant plus vrai qu’ayant déjà traversé cette période et s’en rappellant le prix, le parent a bien du mal à se souvenir que pour effrayante qu’elle puisse paraître avec le recul, elle n’en est pas moins le passage obligé pour la construction de son identité sexuée et l’apprentissage des relations.

Dans une société de l’image, des millions d’images possibles passent sur notre rétine, nous donnant des idées de modèles et de contre-modèles, pour le meilleur et pour le pire. Dans sa coquetterie, une femme peut tout être, femme voilée dehors et lingerie résille dans la chambre à coucher ou tatouée, maquillée, décolletée, les jambes exhibées, le sexe épilé comme dans les films porno, les seins sur-élevés par un soutien-gorge pigeonnant, la taille affinée par des gadgets gainants ou des talons de plus de 10 centimètres, la chevelure d’une autre couleur que celle donnée par la nature, etc.

Le plus souvent, ces tests tournent bien et permettent de savoir une bonne fois pour toutes ce qu’on veut et ce dont on ne veut pas. Mais quelquefois, comme c’est arrivé, on se retrouve avec un physique qu’on ne reconnaît pas, qu’on n’assume pas, prisonnier d’une apparence qui nous aliène et qu’on veut conserver parce qu’elle plaît à un homme dont le fantasme n’est manifestement pas nous. Des faits divers nous apprennent quelquefois jusqu’où cela peut aller : décès à la suite d’une énième chirurgie plastique, auto-mutilation après une intervention pour grossir les seins, etc.

Comment garder l’équilibre entre une coquetterie d’aliénation et coquetterie constructive ?

Normalement, le confort psychologique devrait nous renseigner, mais on voit bien que les phases où on a semblé le plus travesti à nos propres yeux cumulaient à la fois celles où on était le plus mal et où le désir était le plus grand. Car dans l’excès de séduction, il y a surtout la quête de son propre pouvoir sexuel sur autrui. Autrement dit, toute vie de femme sera parsemée de paires de chaussures immettables, de vêtements ridicules, de couleurs de cheveux qui ne nous vont pas et autres accessoires tout aussi douteux. C’est normal : ils sont là pour nous renseigner.

L’essentiel est de toujours s’écouter. Si on ressent un malaise, il faut l’écouter et essayer de savoir d’où il vient. Dans les milieux très religieux, en effet, on n’aura pas de mal à faire culpabiliser celle qui veut plaire, et si elle a grandi dans cet environnement, elle peut céder à la pression. Mais le malaise peut aussi être raisonnable : une femme habillée trop court ou trop décolleté pour ce qu’elle peut assumer se sentira mal aussi. Mais la pression sera intérieure et proviendra de l’expérience. Elle sera donc fiable.

Maintenant, si un homme préférerait vous voir blond platine alors que vous êtes châtain et que vous êtes près de céder pour le garder, répondez à cette question : « Ai-je envie d’être blond platine pour moi-même ? »Et posez-lui celle-là : « Et moi, si je te dis que j’aime les hommes ( trouvez une qualité esthétique qu’il n’a pas et pourrait tenter d’avoir), tu le feras pour moi ? »

Soit c’est vous telle que vous êtes qu’il aime, soit c’est la catastrophe annoncée. Après, on a parfois besoin de vivre la catastrophe pour mieux comprendre.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Senteurs et reconstitutions historiques

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Le sens de l’élégance

 

 

L’élégance est une notion assez indéfinissable et subtile. Cela consiste, globalement, à s’habiller, se présenter, se représenter avec goût et recherche. Mais le goût, notion culturelle et donc très relative, ne se définit pas de façon universelle. L’élégance se juge par comparaison avec un ensemble de personnes qui, pour leur mise, commune, vont mettre en évidence celle qui s’habille de façon plus recherchée.

L’élégance n’induit pas un prix ou une marque obligatoire, un vêtement très cher peut très bien ne pas nous aller et être d’une grande vulgarité parce que la mode le veut, le créateur a voulu faire de la provocation, a manqué d’inspiration ou a voulu délivrer un message. Dans le choix du vêtement se partagent en effet deux visions qui se rencontrent sur le corps de la personne qui l’adopte : le choix du concepteur pour la création de sa pièce, ses couleurs, ses formes, agencements, et l’adhésion de celle qui la porte. On choisit un vêtement pour de nombreux critères et de nombreuses raisons, : prix, confort, valeurs de la classe sociale, goûts personnels, etc. Quand, malgré tout, c’est l’impression de beauté et d’admiration qui prévalent, on atteint l’élégance.

Cette élégance est un signe, de l’ordre du manifesté. On sait qu’elle est là, on la reconnaît, mais son sens est multiple. Pour autant, il y en a toujours un car se distinguer a toujours une raison, même si celle-ci ne paraît pas toujours très claire.

Se distinguer, par des vêtements, des bijoux, des accessoires spéciaux, c’est depuis toujours l’apanage de l’élite qu’on doit pouvoir reconnaître de loin comme telle, de la coiffe de plumes des chefs amérindiens, aux sceptres et couronnes, symboles du pouvoir royal, les bijoux des maharadjahs, et même le costume du patron contre le tee-shirt de l’ouvrier ou le pull du simple employé.

Dans les oeuvres d’art anciennes, les plus beaux vêtements étaient soit pour l’élite royale ou seigneuriale avant de s’étendre à la bourgeoisie, soit pour les figures mythologiques ou religieuses. L’expression d’une oeuvre picturale, réduite à la seule vision, se devait d’être très symbolique pour que le message fût clair. Au cinéma, c’est pareil : les personnages principaux, pour peu que ce soient des héros, se doivent d’être distingués par leur façon de s’habiller, leur mise élégante et surtout d’une façon qui les mette en valeur afin qu’on ne voie qu’eux. C’est encore plus vrai pour les actrices, dont la richesse des tenues et des accessoires permis – infinis par rapport à ce que les hommes peuvent porter – ont distingué au point de les immortaliser, elles – et les films dans lesquels elles jouaient – dans des tenues qu’elles n’auraient pu supporter dans la vie quotidienne.

L’élégance, en effet, sacralise, fait entrer du miracle dans un événement, un moment, un instant exceptionnel tout symbolique qui ne se verrait pas sans cela : un mariage, où tout le monde se doit d’être bien habillé, un enterrement, une réunion de famille, un événement particulier et bien sûr, un rendez-vous amoureux. Pris à n’importe quel moment hors cérémonie ou événement, rien ne distingue cet instant pour son importance sans la belle tenue choisie pour l’occasion. La beauté d’une tenue signale l’instant sacré : on sort ses beaux habits pour la messe, pour aller à la mosquée, pour le shabbat; aux Antilles, les femmes des anciennes générations portent encore les perruques lisses qu’elles mettaient autrefois pour entrer dans la maison de Dieu.

Mais parfois, l’élégance est quelque chose qu’on reçoit en héritage, comme les Sapeurs du Congo qui, depuis le XIX ème siècle, ont choisi le vêtement pour exister dans la sphère sociale et introduire du merveilleux dans les quartiers de Kinshasa. Mais plus qu’un choix, c’est une culture, un héritage avec une histoire, des codes, des règles et même une reconnaissance dans le milieu de la mode. Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, les Sapeurs font du dandysme un événement, un show sous forme de compétitions et de rencontres de fans de marques différentes se faisant face lors de combats uniquement symboliques autour du beau vêtement et de sa valeur.

Mais on peut aussi être une personne élégante par goût, personnalité, culture. Dans ces cas-là, une seule personne suffit à faire entrer de la magie dans le quotidien, à travers un comportement qui semble dire : « C’est mon existence, c’est l’ici et maintenant qui sont sacrés. » Un militantisme silencieux mais voyant qui, depuis l’ère des dandys, s’exprime dans la sphère individuelle, révélant des étoiles filantes de l’esthétique dans la galaxie informe de l’habillement par nécessité.

Nouvel article Labo de Cléopâtre

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Dans Le labo de Cléopâtre

Aujourd’hui, je vous fais entrer dans le Labo de Cléopâtre, pour vous en faire découvrir tous les aspects, car si la démarche est claire pour moi, il est possible qu’elle soit un peu nébuleuse pour vous.

Le Labo de Cléopâtre, c’est d’abord un blog, que vous suivez parfois, que vous découvrez par hasard d’autres fois. Son nom n’est pas un hasard, car il est né après que j’aie reproduit un cosmétique de la grande reine d’Egypte à partir d’une recette des fragments restants du Kosmètikon, le livre de cosmétiques perdus de Cléopâtre. Je décidai à ce moment-là d’étudier les recettes de beauté de la dernière reine d’Egypte. Mais, soyons honnête, beaucoup sont répugnantes, impossibles à réaliser ou bien contiennent des produits toxiques. Les recettes de Cléopâtre qui nous restent sont trop peu nombreuses et ne sont pas parlantes si elles ne sont pas contextualisées.

  • La base du Labo, c’est donc la recherche. Les livres, les auteurs anciens des genres les plus variés -histoire, botanique, poésie, médecine, compilation, histoire naturelle- sont à la base de toute mon enquête et ma démarche de reconstitution de parfums et cosmétiques antiques. Chez moi, pas de spectromètre de masse, pas de chimie pour analyser le contenu d’un flacon retrouvé. Formée à la recherche en littérature, c’est par le biais des auteurs antiques et des chercheurs modernes sur le sujet que je travaille, dont une grande partie est numérisée dans les bibliothèques spécialisées.Recherche cosmétiques antiques
  • Le Labo, c’est aussi une sorte de bibliothèque-musée : celle des matières premières utilisées dans l’Antiquité, quand elles sont encore trouvables. On trouve ainsi toutes sortes de résines, de racines, de fleurs, d’épices, d’écorces qu’on trouvait autrefois pour créer des produits parfumés. On trouve aussi des huiles spécifiquement utilisées dans l’Antiquité, pour faire les parfums huileux. C’est presque un petit musée, et comme dans un musée, en tant que conservatrice, je rêve de quelque pièce rare que je pourrais récupérer et pense à celles que je possède et qui ne sont pas exactement identiques à celles de l’Antiquité. Et comme dans un musée, le préjugé qui fait des lieux de conservation des lieux morts est faux : la bibliothèque-musée du Labo, ce sont des acquisitions et donc un passé, et beaucoup de désirs et projets, donc un avenir.

Par contre, comme ce n’est pas un musée accessible au public mais fermé comme une bibliothèque privée, c’est un gros bazar dans lequel moi seule me retrouve et où je n’ai pas pris le temps de mettre une seule étiquette sur les bocaux et où beaucoup de choses sont dans leur emballage d’origine. J’aime penser et créer plus que ranger, j’avoue.IMG_5568

  • Mais le Labo de Cléopâtre, c’est surtout un labo, c’est donc un lieu où sont réalisés et testés toutes sortes de cosmétiques et parfums, ceux que je peux proposer à la vente et ceux que je ne peux pas proposer mais que je réalise malgré tout dans le but de recherches et d’acquisition des savoir-faire. En effet, la transmission des gestes n’étant plus possible, c’est en faisant, refaisant, réfléchissant sur ce qui se passe et pourquoi ça se passe que la compréhension est possible. Car il ne faut pas oublier que dans les choix de certaines techniques, il y a toute une histoire de possibilités et d’impossibilités qui se raconte en creux mais qui n’ont jamais été écrits dans les livres. IMG_5152

C’est pour cela que chez moi, il y a des parfums huileux dont la technique a été donnée dans l’Antiquité et que j’ai réalisés patiemment pour la connaissance mais qui sont trop coûteux et fastidieux à réaliser par rapport à l’utilisation des huiles essentielles qui a été une révolution dans l’histoire de la parfumerie. Sauf que, rigoureusement, l’utilisation de la distillation n’est pas historique. J’ai ainsi un parfum antique dont la recette a été suivie à la lettre et dont le parfum de roses est le meilleur que j’aie jamais senti (au premier plan).

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Malheureusement, un blog ne véhicule pas d’odeurs, donc vous n’en saurez pas plus.

  • Enfin, le Labo de Cléopâtre, c’est aussi une boutique Etsy où je vous propose des parfums qui existaient dans l’Antiquité mais d’une forme moins connue que ceux que nous connaissons actuellement et qui, pour certains, ont même été oubliés, comme c’est le cas des parfums en poudre dont je retrouve encore l’évocation dans les livres du XIX ème siècle mais qui ont progressivement disparu des ouvrages sur les parfums antiques. Un parfum sous forme de poudre de végétaux, un encens, ça ne laisse pas de trace au niveau archéologique : résines et plantes, issues de la nature, retournent à la nature une fois en terre, et y disparaissent sans un bruit, sans une preuve de leur passage.

A quoi ressemble la réalisation d’un parfum antique ?

A de la cuisine : je travaille au couteau, au mortier, à la cuillère, à l’huile, au sel, aux aromates, et une fois que le tout est fini, j’ai beaucoup de vaisselle ! Et comme en cuisine, le travail manuel peut parfois être très long !IMG_5102

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J’utilise quand même le mixeur pour les cas les plus compliqués comme le Détergent de Cléopâtre.

Je travaille masquée pour que les particules n’attaquent pas mon système respiratoire à l’usage, et aussi parce que j’ai un terrain allergique -les choses sont vraiment mal faites-!

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Bonne découverte de mon projet, de mon atelier-de « ma tour », comme dit Sophie-.

Pour découvrir les produits de ma boutique

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Beauté et enjeux politiques

Par delà les questions de programmes politiques, les campagnes houleuses, les scandales financiers qui agitent les personnalités politiques en cette ère de changement, la beauté – qui pourtant ne fait pas de bruit et sait se faire oublier – s’invite plus que jamais dans les enjeux.

Certes, depuis longtemps déjà, beauté et pouvoir politique sont indissociables, les premiers accessoires destinés à embellir – plumes, bijoux, vêtements ornés, etc – ont d’abord été réservés aux gens de pouvoir qu’ils permettaient de singulariser. En France, Louis XIV avait inscrit dans le train de vie de sa cour, ses costumes, sa façon d’apparaître et de se comporter, une exigence de représentation dans laquelle seule la beauté, l’excellence avaient leur place. Bien sûr, cela existait avant lui, même si cela atteignit des sommets avec ce monarque.

Les grandes maîtresses royales, choisies avant tout pour leur beauté, ont fait les grandes heures de l’histoire de la peinture et ont été les meilleures publicités des souverains de leur vivant, mais aussi bien au-delà. Dans l’oeil du grand public, d’ailleurs, la mémoire des souverains reste bien plus vivement attachée à leurs belles maîtresses qu’aux grands actes et décisions de leur règne. Les émissions de vulgarisation historique de grande écoute ne s’y trompent pas quand elles décident d’insister sur ces femmes qui n’ont eu d’influence avant tout que par leur beauté et leur attrait sexuel sur le souverain. Beaucoup ont été des instruments politiques, comme la Pompadour, instrument du retour en grâce de quelques proches auprès de Louis XV, ou Maria Walewska qui fut la maîtresse de Napoléon Bonaparte avec l’accord de son mari et surtout le devoir de « sauver la Pologne ».

Un peu plus près de nous dans le temps, la beauté de Grace Kelly a permis de donner un rayonnement international à une principauté dont le centre politique tient uniquement sur un rocher : Monaco.

Que les hommes les plus riches et les plus influents épousent les plus belles et s’en fassent un ornement n’étonne personne. Nicolas Sarkozy n’est, par exemple, pas peu fier d’avoir épousé un des mannequins les plus célèbres de sa génération, Carla Bruni, dont la liste des amants fait aujourd’hui le régal des journaux à scandales. Certains témoins assurent cependant que l’obsession de l’ancien chef de l’Etat pour la beauté ne s’arrête pas à celle de son épouse mais s’incarne aussi dans l’angoisse inverse : celle de la laideur de ses concurrents en politique qu’il a tendance à exagérer, tant nécessité de représentation et pouvoir sont indissociablement liés.

Un souci qui atteint son paroxysme en la personne de Donald Trump dont le désir de représentation et de beauté ne craint pas les contradictions – refusant les étrangers mais ayant épousé plusieurs mannequins d’Europe de l’Est, là où les femmes sont réputées être justement les plus belles. Un article de Vanity Fair commente non sans ironie cette contradiction : « S’il s’inquiète autant qu’il le dit de « tous ces gens qui viennent de partout et qui sont des meurtriers et des violeurs et qui envahissent ce pays », il ferait mieux d’envisager de construire un mur autour de son slip. »

Pour autant, ce même article épingle une autre bizarrerie du code américain de l’immigration qui n’a pas attendu Trump pour manquer de partialité dans le choix de ses étrangers : « Une clause bizarre dans le code d’immigration américain permet aux mannequins, dont la moitié n’a pas l’équivalent du bac, de bénéficier d’un visa H-1B, le même que les scientifiques de haut niveau ou les programmateurs informatiques qui eux, doivent produire  leurs diplômes. »

La beauté serait donc un enjeu politique de dimension nationale ?

Voilà bien une réalité qui a choqué bien des commentateurs quand, à l’époque nazie, Leni Riefensthal exhibait dans Olympia, son film sur les JO de 1936, les corps parfaits censés faire de la beauté classique et vigoureuse le corps idéal que le peuple politisé à l’exclusion du reste devait atteindre. Et certes, Donald Trump qui parle de sa femme et de sa fille presque exclusivement pour leurs qualités physiques – n’hésitant pas à dire d’Ivenka que si elle n’avait pas été sa fille, il serait sorti avec elle – nous choque aussi.

Mais il n’est pas besoin d’attendre les partis d’orientation nationaliste  pour constater qu’un état désire toujours que ce soient les plus belles femmes qui représentent le pouvoir et la nation. Et ainsi, après Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Laëtitia Casta, en accédant au statut de Miss Univers, Iris Mittenaere fait rêver d’elle en future Marianne, allégorie de la République Française.

On se demande bien pourquoi…

Nouvel article Labo de Cléopâtre

(Photo à la Une : Olympia de Leni Riefensthal)

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Les blasons érotiques

Dans l’histoire occidentale, la Renaissance est une période de redécouverte de la culture gréco-romaine de l’Antiquité. A ce titre, elle prend ses racines dans son passé fait de dieux païens, de concepts philosophiques ignorants des aliénantes Ecritures Saintes, de poésie lyrique amoureuse et érotique. Parallèlement, elle se construit aussi sur des valeurs d’avenir : la découverte du Nouveau Monde, du mouvement des planètes, du renouveau de la religion, des philosophies et des arts.

Avec les blasons, la poésie fait l’éloge d’une partie anatomique du corps féminin, semblant traduire en poésie le mouvement qui s’amorce dans la peinture, consistant à exhiber soudainement des corps nus féminins érotisés comme on n’en avait plus jamais vus depuis l’Antiquité, où on représentait des statues et des peintures de corps nus. A la Renaissance, on redécouvre la représentation du corps via les Anciens. Mais si la poésie antique savait aussi être érotique, la création des blasons n’appartient qu’à la Renaissance, période où on pouvait aussi bien faire l’éloge de certaines abstractions propres au baroque – comme la mort ou l’esprit – que du pet – sujet apprécié de Rabelais et de la farce du Moyen-Age, qu’on vient à peine de quitter -.

Dans ces blasons érotiques, plusieurs barrières s’érigent entre notre curiosité et ce que les poèmes les plus osés ont à offrir : la langue, qui vient à peine de se fixer, le style poétique, la préciosité du langage, et la pudeur simulée. Au final, et c’est certainement ce qui peut surprendre : tout cela parle de sexe d’une manière qu’on n’a jamais connue avant, qu’on ne connaîtra pas non plus après, même si semble s’être amorcé, dans cette nouvelle façon de parler de la femme et de la désirer, quelque chose d’un peu obsessionnel et fétichiste de nos cultures modernes.

D’ailleurs, à la plupart des thèmes choisis dans les blasons correspondent des soins esthétiques ciblés : beauté des sourcils, yeux, cheveux, pieds, mains, mais aussi de chirurgie plastique : grossissement des lèvres, des seins, des fesses, rétrécissement du vagin. Tout cela paraît propre à la culture contemporaine mais tout commença pourtant bien à cette époque où les femmes, louées pour leur beauté, devinrent pour la première fois précisément scrutées et représentées.

Voici donc, pour ceux à qui on n’a présenté en classe que le meilleur et le plus sage de la poésie de la Renaissance, la version non censurée de ce que la langue française a produit poèmes sur les détails de l’anatomie féminine, voire au-delà :

 

Blasons anatomiques du corps féminin

Nouvel article labo de Cléopâtre : le cèdre

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