Hystérie des genres et de la beauté

Si nous posons les questions du type :  » Qu’est-ce qu’un homme ? » ou  » Qu’est-ce qu’une femme ? », nous pouvons être surpris par les réponses pouvant être données, car elles excèdent facilement la réalité prosaïque du dictionnaire qui désigne l’homme comme un être humain de sexe masculin et la femme comme un être humain de sexe féminin pour atteindre fantasmes et abstractions, croyances parfaitement subjectives.

Dans certains groupes religieux fondamentalistes où les femmes ne doivent pas s’habiller en hommes et les hommes en femmes, pour ne pas déplaire à Dieu, un homme peut être perçu comme un individu en pantalon et une femme comme un individu en jupe et ce même si porter un pantalon n’empêche ni à une femme d’avoir un vagin et d’être enceinte et que porter une jupe pour un homme ne parviendra jamais à l’émasculer. Si c’était le cas, combien éviteraient l’opération et choisiraient cette méthode simpliste !

La même confusion règne lorsqu’on parle de beauté. Ce qu’on définit comme la beauté peut concerner l’harmonie des traits, des courbes d’une personne mais aussi d’un paysage, d’une oeuvre d’art, qu’elle soit architecturale, picturale, des sons pour une oeuvre musicale, etc. Ca, c’est le point de vue philosophique. Au quotidien, dans la vie en société, la beauté est aussi l’ensemble des pratiques esthétiques qui vont des soins cosmétiques à l’habillement en passant par la coiffure, la coloration, le maquillage, les bijoux, tous ces ornements réservés depuis l’Antiquité à l’univers féminin et auquel nous restons attachés, à quoi s’ajoute désormais les pratiques de chirurgie corrective.

De la reine à la caissière, la plupart des femmes affirment et revendiquent par leur coquetterie un éternel féminin qui passe par les accessoires, ornements et mises en scène que la civilisation lui a fait porter et prendre pour son apanage depuis des millénaires et dont les magazines, revues et autres défilés et exhibitions perpétuent la tradition en la renforçant toujours un peu plus.

Une femme est-elle un individu en jupe ? Oui, disent les fondamentalistes. Non, disent les occidentaux modernes, laïcs et urbanisés, elle ne porte pas forcément de jupe si elle trouve de beaux escarpins, maquillages, bijoux ou autres accessoires qui féminisent sa tenue.

Conditionnés à penser cela, nous le pensons, et c’est comme cela que nous l’aimons et c’est normal. Intégrer, accepter et se reconnaître dans les codes de société est logique, légitime et même nécessaire. Néanmoins, ça ne change rien au fait qu’objectivement et d’une manière très simple, un homme reste essentiellement un individu de sexe masculin et une femme un individu de sexe féminin et rien de plus, même si dans les psychismes, les choses savent se rendre plus compliquées.

Ces croyances et codes sont si bien ancrés que lorsqu’on veut tenter de communiquer aux extra-terrestres ce qu’est notre espèce, comme on l’a fait sur la plaque Pionner, nous avons la bonne idée de représenter un homme et une femme nus, donc dans la réalité objective de ce qu’ils sont, mais il faut d’abord qu’ils soient de type européen, que l’homme soit actif, engageant et porte les cheveux courts, la femme passive et porte les cheveux longs. La plaque conserve donc des éléments artificiels et des codes de société qui ne définissent pas l’homme et la femme au sens strict mais qui se sont agglutinés à eux, faisant presque croire à leur réalité objective dans la définition des genres !

Il est vrai qu’en société, ces différenciations culturelles, ce surjeu des genres nous semble bien plus acceptable et agréable que la réalité qui fait de la femme un être au sexe rentré, doté de seins et à la graisse localisée sur le bas du corps et de l’homme un être au sexe sorti, doté de poils sur le visage et le torse, et à la graisse localisée sur l’abdomen.

Quand nous voyons des reportages sur certaines sociétés tribales où hommes et femmes vivent nus et là se situent leurs différences, est-ce la nudité qui nous choque ou bien ce miroir sans complaisance de la réalité que nous cachons derrière nos vêtements et accessoires d’hommes et femmes civilisés ?

Et quand il nous arrive de rencontrer un travesti et que nous le scrutons avec intensité, avec ce sentiment que quelque chose cloche, est-ce vraiment par lui que nous sommes choqués ou par le miroir qu’il nous tend ? Parce que lorsqu’on y regarde bien, sauf en ce qui concerne les seins qui sont une spécificité féminine facilement imitable dans une société qui les cache derrière des vêtements, un homme ne peut se déguiser en femme que par une condition essentielle et que chacun semble avoir oubliée : c’est qu’elle est elle-même déguisée en femme. Les choses réelles et essentielles qui font la femme, tant qu’il n’en est pas doté, l’homme ne peut les imiter.

En Occident et dans les sociétés très civilisées, que nous le voulions ou non, la beauté et la féminité sont des rôles d’interprétation, un histrionisme devenu tellement normal que ne pas y céder correspond presque à perdre son sexe. Car celui-ci est bien mieux représenté par les signes extérieurs et artificiels qui pourtant le dissimulent que par sa réalité, finalement embarrassante, apanage grossier des sociétés tribales qui vivent nues et qui seules peuvent encore l’accepter comme il est.

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2 commentaires

  1. Superbe article comme d’habitude, les critères de beauté comme tu le mets aussi si bien en évidence, peuvent aussi varier en fonction des cultures et pays, certains peuvent porter des tunique ou robe de ce qu’on peut voir à l’occidental, mais porté différemment des femmes de leur même culture car il y a encore souvent une différenciation des tenues poses et rôles hommes femmes dans l’ensemble des cultures.
    Ce qui m’inquiète beaucoup sur nos dernières décennies est la standardisation du look et des apparences imposées par les médias, le monde de la mode qui veut à chaque fois nous imposer « sa vision » de comment on doit se comporter, s’habiller pour être « beau , attirant et coller le plus à l’image de l’homme et la femme tel qu’ils la veulent. Alors que pour moi la diversité des genres couleurs ,goûts , styles est ce qui fait la richesse de notre monde , et je ne pense pas être le seul. Merci de ce bel article de nouveau 🙂

    1. Les looks sont moins standardisés qu’ils le furent autrefois dans l’histoire, en fait. Les modes changeaient beaucoup, comme on le voit chez Montesquieu, mais concernaient toujours les femmes de la plus haute société pour descendre un peu l’échelle de la société, mais ça s’arrêtait là. Les médias font ce qu’ils peuvent, mais ils ne sont pas assez puissants pour empêcher à une goth de s’habiller goth, une fille de banlieue de s’habiller rn’b, une punk de s’habiller punk, une bobo de s’habiller bobo, etc. Au contraire, même !
      En revanche, c’est vrai que contrairement à autrefois, imposer une vision des choses a gagné en force grâce aux médias. J’ai ainsi vu sur un blog beauté qu’on pouvait désormais faire un complexe sur les pores de sa peau, ou même, sur le site de ELLE Québec, faire de la vaginoplastie parce qu’on fait un complexe sur une zone pour le moins invisible à soi-même, et ce juste à cause des canons imposés par le porno et l’ignorance de l’anatomie ! Et ça, oui, c’est aussi inquiétant que propre à notre société qui a gagné en précision dans ses critères aliénants de beauté et surtout en technologie pour rendre tout cela possible.
      Je pense que ce phénomène va progresser…

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