soins de beauté

L’enjeu des soins de beauté

Les soins de beauté existent depuis les débuts de l’humanité, depuis sans doute qu’un premier individu s’est enduit d’ocre et, ayant ainsi modifié son apparence, son statut ou la réaction de ses congénères à son endroit se sont transformés, démontrant que changer, améliorer son physique par divers soins a une importance. Parce que c’est indéniable, même si les effets des soins esthétiques sont difficilement mesurables, leur pratique, considérée comme utile depuis toujours, n’a jamais cessé.

Dès l’Antiquité pourtant s’opère une échelle morale les distinguant : les soins destinés à modifier son apparence en vue de son embellissement – les soins de maquillage, notamment – que les médecins dédaignent, et les soins destinés à entretenir, dont les médecins les plus célèbres immortalisent les recettes.

L’avènement du christianisme et la diffusion de ses idées fait éclater ces distinctions elles-mêmes, car pour le christianisme, l’individu est scindé et le corps est son ennemi. Mortel, faillible, il nous attire vers la Terre, le péché, les vils désirs, la vanité. Et surtout, le corps s’oppose à l’âme qui, elle, a le pouvoir de rejoindre Dieu et devenir immortelle. En sur-valorisant l’âme, on dévalue le corps. Les austérités des lois monastiques et autres auto-flagellations pour expier ou prouver sa dévotion, les scènes de torture des saints abondamment décrites dans les hagiographies et érigées en exemple achèvent de nous démontrer que seuls les êtres dédaignant le corps sont parfaitement purs.

Les pratiques esthétiques reculent, chaque être susceptible de s’y adonner se voyant immédiatement soupçonné de vanité, coquetterie voire pire. Une idée qui se prolonge au-delà du Moyen-Age, de la religion et continue de perturber les liens familiaux.

Pourtant, parallèlement, la découverte des raffinements de l’Orient lors des Croisades marque les esprits et change progressivement le regard et les pratiques de société. L’Europe redécouvre les parfums, et avec eux une certaine conception de l’hygiène et de la beauté en général. La pression de l’Eglise ne parviendra à endiguer le mouvement, et avec l’exemple d’Agnès Sorel, première maîtresse royale de l’histoire de France, les fards font scandale autant qu’ils fascinent. Depuis, ils n’ont pas cessé de progresser malgré quelques éclipses idéologiques dues au conceptions politiques, comme lorsque le rouge passe de la couleur des fards des aristocrates au rouge populaire des sans-culottes.

Idéologiquement, c’est vrai, améliorer son apparence de façon visible, c’est manifester son influence sociale ou politique, ou au moins y prétendre. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que des personnages publics, hommes et femmes politiques sont de plus en plus nombreux à pratiquer la chirurgie esthétique ou au minimum des soins coûteux pour séduire et rester plus longtemps dans la course, et que plus les classes sociales sont élevées et plus les soins sont visibles.

De leur côté, les pratiques esthétiques visant les soins tels que l’envisageait l’Antiquité ont pris une dimension de plus avec l’avancée de toutes les sciences et les technologies. Car entre les moyens pour réparer la peau ou améliorer ses tissus, et une connaissance très pointue des divers processus du vieillissement, diverses inflammations et traumatismes, rêver la perfection et tendre vers elle devient de plus en plus réalisable. Et de plus en plus obligatoire. Car dans nos sociétés, à l’inverse de ce qui se passait au Moyen-Age, mieux vaut viser le corps dans lequel on s’incarne que l’âme dont on doute qu’elle nous offrira le Ciel où on pense qu’y volent plus d’avions que ne s’y rencontre Dieu.

Finalement, dans l’utilisation des soins de beauté, le véritable enjeu est notre façon d’être au monde et surtout de rêver. Mais aussi de s’aimer, de vouloir influencer le monde, d’être conforme, d’accéder aux premières places voire d’obtenir la première place. Car user de cosmétiques et autres soins, c’est encore et toujours viser la Beauté dont les effets ne sont pas entièrement mesurables, dont la formule mathématique n’a jamais été établie et dont l’idée s’incarne le mieux sous forme de déesse éternelle, intemporelle, insaisissable et dont le mystère reste entier. Tout comme s’avère incertaine l’efficacité des actions et des soins de beauté destinés pourtant à nous embellir.

Néanmoins, la caractéristique humaine étant de toujours tendre vers un idéal nourri de rêves qui paraissent impossibles avant de devenir une réalité, il ne faut pas s’étonner de voir cette pratique avoir non seulement toujours existé mais de plus, perdurer. Car user de soins de beauté, c’est déjà rêver l’humanité en mieux et concourir à sa transformation universelle par autant de petits actes personnels qui affirment : « J’y crois et je le veux. »

Nouvel article du Labo de Cléopâtre : livre, tarif et transparence

Cet article et cette photo sont la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Publicités

Pourquoi choisissons-nous certains cosmétiques ?

D’un point de vue psychologique, on peut diviser les cosmétiques en 2 catégories : ceux de soin, liés à l’intimité et à l’enfance et dont les effets ne sont pas visibles par les autres, et les cosmétiques qui modifient visiblement l’apparence, liés au fantasme, à la séduction, et donc plutôt sexualisés.

Les cosmétiques censés prendre soin de nous agissent symboliquement comme nos parents lorsque nous étions enfants. Les noms qui leur sont donnés ou les mots qui leur sont associés sont assez éclairants : « lait », « doux », »douceur », »satin », »satiné », »caresse », etc. Et pour justifier la nécessité des soins de beauté, on insiste fréquemment sur le fait que la peau est « fragile », « sensible », caractéristiques du bébé et de l’enfant en bas âge.
Quand nous choisissons un soin, nous savons à peu près ce que nous voulons, car généralement, c’est un souci, un manque, un problème précis qui nous font chercher la solution dans un cosmétique. Jusque-là, tout est presque raisonnable, justifiable. La vraie question qui se pose est celle du choix.
Sur quels critères choisissons-nous et pourquoi ?
Si on regarde objectivement, on n’aura pas de mal à constater qu’à moins d’avoir fait des études de chimie, nous sommes bien incapables de choisir un soin sur de vrais critères objectifs et scientifiques.
En gros, nous sommes dépendantes des explications fournies par l’emballage, qui sont plus que confuses ( mélange de termes chimiques et scientifiques inaccessibles et de lexique sur-valorisant ) et qui sont les seules que nous ayons à disposition. Ce problème est compliqué par le fait que des milliers de marques envahissent le marché et proposent des produits très semblables les uns aux autres.
Et si nous ne choisissons pas forcément toujours des produits de même marque, il est malgré tout possible de remarquer des constantes chez une même femme, moins dans les marques elles-mêmes que dans l’image qu’elles véhiculent.
Choisir un soin, c’est comme choisir un autre parent, quelqu’un en qui on pense pouvoir avoir confiance pour nous rendre belle.
Que révèlent ces choix ?

– Je choisis une marque parce qu’elle n’est pas chère

Si vous avez vraiment des ennuis d’argent, cela se justifie. Mais si vous n’en avez pas spécialement, vous souffrez d’insécurité et la perte, le besoin ou la peur de manquer font partie des expériences qui vous ont construite. C’est encore plus vrai si vous avez tendance à accumuler les soins de petit prix pour avoir le sentiment de ne manquer de rien.

– Je choisis les marques les plus connues

Vous choisissez selon votre budget, les marques élues dans votre classe sociale et véhiculées dans les médias. Vous avez certainement grandi dans la confiance en votre famille, votre milieu social et votre société. Etre hostile ou méfiant envers ce qu’on vous propose ne fait pas partie de vos réflexes grâce à cette confiance, votre puissant socle.

– Je choisis des marques jeunes, originales, à contre-courant

Vous êtes dans une quête identitaire, vous éprouvez le besoin de vous faire entendre, de vous démarquer ou bien vous refusez les modèles établis parce qu’on n’a pas été réellement à la hauteur de vos attentes. Directement ou indirectement, le sentiment de trahison est celui qui vous a construite. C’est encore plus vrai si aucune marque ne vous satisfait jamais. Ou bien alors vous êtes en quête d’absolu dans vos relations et n’avez pas trouvé ce qu’il vous faut.

– Je choisis les marques de parapharmacie

C’est la peur de la maladie, de la saleté, la souillure, qui vous gouverne – surtout si vous choisissez les marques les plus médicales – ou bien la volonté de contrôle, de maîtrise. Si vous soignez une allergie ou autre chose, il est normal de prendre les produits adaptés. Si vous n’avez plus confiance qu’en ces produits même lorsque ça n’est pas utile, c’est que la peur et la volonté de contrôle appuyés sur votre force de caractère ont envahi votre vie.

– Je choisis les marques bio et éthiques

Vous êtes marquée par une expérience spirituelle qui vous oblige à dépasser votre point de vue personnel et vous ne pouvez envisager de prendre soin de vous au risque de nuire aux autres. Il y a de bonnes chances pour que le sentiment qui vous ait construite soit l’injustice, que vous l’ayez subie ou que vous en ayez été témoin. C’est le combat contre elle qui motive vos choix. A moins que ce soit le désir de paraître parfait aux yeux des autres pour mieux mettre une distance entre eux et vous.

– Je choisis des marques parce qu’elles sont chères

Si c’est parce que votre meilleure amie en rêve et ne peut se l’offrir, c’est bien sûr l’envie, la jalousie qui vous dominent. Dans d’autres cas, vous pouvez avoir eu une expérience de vie qui vous a fait penser que l’argent était la seule valeur en ce monde ou bien vous avez un manque de confiance en vous ou souffrez de votre origine modeste et tentez de projeter sur vous la valeur de la marque pour rehausser cette confiance et le sentiment de votre valeur.

Bien entendu, les choses ne sont pas figées, plusieurs cas sont possibles, car plusieurs expériences nous ont construits et l’analyse ne vaut que pour des habitudes installées et non pour un choix unique. D’autres cas, non mentionnés, existent également, comme le fait de choisir la même marque que maman, faire ses cosmétiques soi-même, mais est-il besoin d’expliquer ce que ça signifie ?

Cette analyse est basée uniquement sur l’observation et l’auto-observation et est l’exclusivité d’Echodecythere.

Merci de mettre un lien vers cet article si vous réutilisez son contenu.

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.