La joie à l’origine de Noël

Au moment de Noël, il y a souvent deux camps : celui des enfants qui se réjouissent, et celui des adultes qui stressent de devoir acheter des cadeaux – les bons !- sans rogner de trop sur leur budget. Un sentiment amer qu’ils n’ont pas toujours eu puisqu’eux aussi ont été enfants et ont connu la joie de recevoir à Noël. Un temps révolu qui leur laisse peut-être un sentiment de nostalgie et leur fait dire souvent que Noël, ce n’est plus comme avant, que maintenant, c’est surtout la fête du commerce.

Noël est une fête bien plus anciennes que les origines chrétiennes qu’elle semble revendiquer depuis environ 2000 ans.

Fête de la naissance de Dieu fait homme, elle remplace la célébration d’autres dieux représentant le soleil invaincu dont on célébrait la renaissance au solstice d’hiver, moment où les jours allaient enfin rallonger, promesse de printemps et de renouveau au coeur de la plus longue nuit, comme un symbole d’espoir.

A Rome, on fêtait les Saturnalia, les fêtes de Saturne, de l’obscur et déchu père de Jupiter. L’histoire des dieux grecs, toujours pleine de violence, consiste toujours en une lutte dynastique pour le pouvoir d’où tout amour familial est exclu au bénéfice des rapports de force. Une logique immuable qu’a débusquée Freud au coeur des rapports humains inconscients, hésitant sans cesse entre intérêts personnels et collectifs, l’amour et la haine pour l’autre, l’amour de l’autre pour nourrir son amour-propre, et tous les autres sentiments ambivalents. Dans la dynastie des dieux gréco-romains, chaque père a été déchu jusqu’à ce que Zeus-Jupiter prenne le pouvoir sur son père Saturne, comme lui-même l’avait pris sur son père Uranus.

Lors des Saturnalia, les fêtes de Satune qui avaient lieu fin décembre, le dieu vaincu étant à l’honneur, les valeurs sociales s’inversent. Les maîtres servent les esclaves qui sont libres de parler et d’agir sans contraintes, les administrations ferment, on s’offre de petits présents, des douceurs sucrées au miel surmontées de pièces de monnaie. On fleurit de plantes vertes les maisons (houx, gui, lierre).

« Personne, durant la fête, ne devra s’occuper d´affaires soit politiques , soit particulières, excepté celles qui ont pour but les jeux, la bonne chère et les plaisirs : les cuisiniers seuls et les pâtissiers auront de l’occupation. – Égalité pour tous , esclaves ou libres, pauvres ou riches. – Défense absolue de se fâcher, de se mettre en colère, de faire des menaces. Pas de comptes d’administration pendant les Saturnales. – Qu’on ne redemande à personne ni argent ni habits. Point d’écriture durant la fête. Clôture des gymnases durant les Saturnales ; pas d’exercices ni de déclamations oratoires, sauf les discours spirituels, enjoués, assaisonnés de railleries et de badinage. »

Lucien, Satunales, 13

Saturne, pourvoyeur de biens, était alors pourvoyeur de joie. Et dans une société qui créait et assumait les inégalités, les fêtes institutionnelles autorisant le renversement des valeurs était plus que salutaires, nécessaires comme soupape de sécurité contre le ressentiment et la tentation de révolte qu’induisent inévitablement les trop grands écarts entre les situations. C’était un système générant sa propre cohérence et son propre équilibre et qui, des Saturnales dans la Rome ancienne au Carnaval de la période chrétienne, offrait au coeur de la saison froide, un temps de libération des tensions et d’égalité dans un monde profondément inégal.

Quel rapport avec le domaine d’Aphrodite ?

En apparence, presque rien. Pourtant, bien souvent, les Saturnales, jours de liberté absolue, ont été employés comme synonymes d’orgies, de totale licence permise. Un concept qui s’accorde mal avec la culture judéo-chrétienne de la maîtrise et du sérieux venue plus tard et qui a remplacé la joie et la licence par le recueillement solennel.

Parallèlement, la galette des Rois, censée célébrer la visite des Rois Mages faite à l’enfant Jésus est aussi une tradition romaine liée aux Saturnales qui sacrait le roi du jour qui pouvait commander à toute la maison, à condition de tomber sur la fève, une vraie. Aujourd’hui, le seul avantage qu’on y gagne est une couronne de carton doré sur la tête et un morceau de porcelaine à l’effigie d’une icône de la société de consommation.

Pourquoi ne pas re-saturnaliser un peu nos fêtes ? Mettre une vraie fève dans la galette si on la fait soi-même. Les Romains aimaient le poivre et épiçaient leurs plats et nous avons conservé cette tradition des épices pour les fêtes de Noël, héritée souvent de l’Allemagne ou de notre Moyen-Age, épices là aussi associées à la joie et la lumière par la diversité de leurs couleurs, et la chaleur du soleil renaissant par leurs propriétés échauffantes. Epiçons, dans tous les sens du terme !

En résumé, un Noël plus proche de l’esprit d’origine comprend des cadeaux mais aussi de la liberté d’expression, des rires, des jeux, de la licence, quelque chose de chaud, de sexy, un esprit de vacances, des repas, de la chaleur et du bonheur.

Mamie n’est pas d’accord ? C’est le domaine d’Aphrodite, ici, pas celui de Mamie !

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Encens de Noël d’Europe

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Les objets de la beauté

Fascinants, les objets de la beauté accompagnent l’histoire des hommes en société – et surtout des femmes – depuis la nuit des temps, pour augmenter leur séduction ou leur intégration sociale. Nous aussi vivons entourés d’objets de beauté en lesquels nous croyons, auxquels nous consacrons du temps et de l’argent car nous en attendons des résultats en vertu de la foi que nous mettons en eux.

Pourtant, malgré la confiance qu’ils nous inspirent sur la foi d’arguments technologiques ou scientifiques, les scandales et suspicions sont réguliers sur les bases de longues périodes. Les produits qu’on croyait sûrs s’avèrent toxiques, comme autrefois les sels d’ammoniaque censés ranimer les femmes de leurs évanouissements.

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Flacons de sels d’ammoniaque. 19 ème

Cosmétiques, produits et objets de beauté apparaissent dans un contexte de mentalité et de croyances qui rend leur conception possible pour l’inventeur et crédible pour le consommateur. On croyait autrefois en le vinaigre pour repousser puanteurs et maladies, encore plus depuis l’aventure des 4 voleurs qui s’en étaient protégés pour dévaliser sans dommage les maisons marseillaises pendant une épidémie de peste au XVIII ème siècle. Les voleurs livrèrent leur recette et ce produit se fit parfum protecteur, à respirer dans d’élégants boîtiers appelés vinaigrettes, que nous associons aujourd’hui beaucoup plus à la salade !

Vinaigrette

Vinaigrette. 18 ème siècle

La foi, c’est aussi celle en la technologie qui pousse à inventer des objets que l’histoire a oubliés mais que quelques archives conservent encore pour nous donner une idée de la manière dont peuvent être vues nos pratiques esthétiques et ce que nous considérions comme l’innovation au bout de plusieurs décennies…

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Brosse à manivellePermanente

Machine de coiffeur pour les permanente électrique. 1928

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Masques anti-rides à lanières de cuir. 1908

Parfois, l’innovation, c’est juste une matière, comme le bakélite. Poudrier

Poudrier en bakélite. 1925.

Mais toujours, les objets de la beauté nous éclairent plus sur le monde dans lequel ils ont été conçus que sur leur efficacité, par exemple pour une marque cherchant à faire sa place sur le marché que nous ne connaissons maintenant plus que pour un type de produit et que les autres générations précédentes ont pu connaître pour d’autres. IMG_9093

Autrefois, Colgate faisait du parfum et des crèmes. 

Ca peut aussi être l’indice du temps qui passe, au travers d’égéries autrefois symboles de beauté et de glamour et qui sont aujourd’hui des figures désuètes et désexualisées de l’histoire du cinéma, rappelant plutôt les sucettes ou les livres pour enfants de nos grands-mères.

Houpette

Houppette Marlène Dietrich.

Mais c’est encore plus surprenant lorsque c’est un produit mythique que vous connaissez bien, mais sous une forme que vous ne reverrez plus tant les pratiques de société ont changé. Aujourd’hui, parfumer des mouchoirs avec de petites ampoules remplies de Shalimar n’est plus considéré comme une manière de se parfumer, à l’ère des mouchoirs jetables, mais plutôt comme une manière de s’intoxiquer et de jeter l’argent par les fenêtres avant de polluer.

Shalimar

Enfin, n’oublions pas que le meilleur moyen de ne pas voir disparaître les objets de beauté est de ne pas trop les dévoyer; et faire évoluer les établissements de bain en lieu de prostitution n’était sûrement pas ce qu’il y avait de mieux pour donner longtemps confiance en la baignoire.

Bain moyen-Age

Etablissement de bain au Moyen-Age. BNF

( Toutes les photos sauf celles des masques proviennent du livre Les Objets de beauté de Catherine Sauvat dans les Carnets du Chineur. Editions du Chène )

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Nouvel article Labo de Cléopâtre : cosmopolitisme du kyphi

 

Beauté et résistance

Beaucoup d’analyses et de critiques existent expliquant l’aliénation de la beauté, le caractère obligatoire de celle-ci pour paraître à l’écran, dans les magazines de mode, dans la séduction amoureuse elle-même. On ne peut pas en effet contester cet aspect inégalitaire qui s’est encore accru en même temps qu’a explosé l’art de l’image comme moyen d’expression ou de pression dans les médias. C’est pourtant loin d’être le seul dans l’histoire humaine, qui oscille souvent entre volonté d’égalité et désir d’élitisme, et dont les religions sont les manifestations principales et constantes à l’échelle de l’humanité.

Pour autant, il serait réducteur de n’y voir que ça. Dans une époque où on ne laissait pas la parole aux femmes et où des siècles de convention culturelle leur attribuait la beauté et la séduction jusqu’à la nuisance, c’était leur seul atout en même temps que leur prison. Or, dans chaque analyse humaine, tout n’est qu’affaire d’interprétation et tout peut toujours s’argumenter de la manière qu’on veut ou qu’on peut.

Dans la réalité des faits, la beauté est une possibilité du vivant. Et tout ce qui offre une possibilité au vivant va s’incarner de manière très créative et de toutes les façons possibles en fonction des libertés. A l’échelle du vivant, le meilleur exemple est la fleur, dont les multiplicités de formes, couleurs, senteurs, sont autant de moyens pour attirer l’insecte pollinisateur. Une technique qui a réussi au-delà de sa cible puisqu’elle est parvenue à séduire également l’espèce apte à développer ses capacités de longévité, de résistance aux maladies et de diversité qu’elle n’aurait sans elle jamais atteint : l’espèce jardinière, appelée humaine.

A l’échelle des sociétés humaines, c’est le même mécanisme : la beauté se développe en fonction de l’histoire, la géographie, l’inventivité, le développement des sciences et des techniques, la culture et la religion, le tout avec des particularités inattendues qui vont par exemple faire disparaître le péplos mais conserver le sari 5000 ans après.

La beauté est une manière de conjurer le sort de la médiocrité du réel lorsqu’elle consiste en un embellissement de soi, de sa maison, de son jardin, de sa vie, de son langage. C’est une forme d’élévation dans le refus de la nature aliénante qui nous a défavorisée ou qui se rappelle à nous par celle du temps qui passe et de la gravité. Tout effort contre une paupière, un sein tombants, un oeil trop petit, une couleur de cheveu terne ou blanchi, tout combat contre une ride est un acte de résistance contre la fatalité, le destin et la mort qui sont le propre de ce qui est mortel et la quête du genre humain depuis qu’il est en mesure d’y réfléchir.

Dans les procédés de momification de l’Ancienne Egypte, on a beaucoup insisté sur les techniques chirurgicales et les connaissances en chimie permettant la conservation du corps par son assèchement après en avoir retiré les organes. En revanche, on a peut-être moins insisté sur le fait que toutes ces techniques pour conserver l’intégrité du corps afin de se donner l’illusion de l’immortalité passaient par la beauté : beauté du corps qui reste intact, de l’or, des bijoux, des ornements, des vêtements, mais aussi des peintures, des couleurs, des dorures.

Lutter contre la laideur, en Egypte ancienne, c’était déjà lutter contre la mort. Ramsès avait les cheveux teints au henné plutôt que blancs. Et dans leur mythologie, Horus retrouvait la beauté de son oeil perdu en se maquillant, rendant au ciel la lune qui venait de disparaître, lune dont chacun admire instinctivement la beauté qu’on attribue rarement au soleil, impossible à regarder pleinement par la brûlure qu’il inflige aux yeux.

Dans la nature, la diversité des formes, couleurs, senteurs va faire l’attrait pour les fleurs; dans les sociétés humaines, des milliers de paramètres vont permettre de créer de la beauté plus seulement pour perpétuer la vie mais aussi pour transmettre de l’art, de la culture, des idéaux, des manières d’être plus libres, plus heureux, de rêver à rendre le monde meilleur.

Oui, quitte à être prisonnier de ce leurre, comme lorsque vous passez trente ans de votre vie à être malheureuse de ne pas ressembler naturellement à un mannequin qui ne peut être que retouché par photoshop et dont vous ne pouvez voir les douleurs que lui ont coûtées cette séance de 2 heures sur des talons de 15 centimètres.

Car au bout des années, et on le voit sur la plupart des silhouettes, la beauté qu’il faut travailler pour en obtenir quelque chose, c’est parfois tellement d’efforts pour peu de résultats que la vraie résistance, c’est finalement de parvenir à imposer au monde ses propres critères, sa propre beauté.

Nouvel article Labo de Cleopâtre : Les senteurs de la terre

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Senteurs du Labo de Cléopâtre et authenticité

La Labo de Cléopâtre, c’est un blog et une boutique de senteurs de l’Antiquité que j’ai ouverte sur Etsy. Aujourd’hui, sur mon blog, je vais vous éclairer le lien entre les produits que je réalise et le type de recettes qui les a inspirés. Car la première étape, ce par quoi tout a commencé, c’est la recherche.

Il n’y a aucune qui ne soit issue de mon imagination, même si, bien entendu, il doit y avoir une certaine dos d’invention mais surtout de logique pour combler les manques liés à une recette manquant de proportions ou dont un ou plusieurs ingrédients ont disparu.

Il y a donc des degrés dans la part prise par les textes et celle prise par la re-création, la créativité.

  • La recette est complète : elle comporte des proportions précises et des détails de fabrication

– Parfum sec de roses

– Parfum sec de roses 2

– Parfum antique de roses

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  • La recette est complète mais certains ingrédients qui la composent ne sont plus trouvables, il y a des détails de fabrication

– Kyphi de Dioscoride

– Encens biblique

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  • La recette antique est complète à part quelques proportions non précisées, il y a des détails de fabrication mais certains ingrédients ne sont plus trouvables

– Nettoyant de Cléopâtre

– Parfum de robes

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  • La recette existe uniquement sous forme de liste d’ingrédients qui la composent et plus ou moins de détails de fabrication

– – Kyphi de Galien

– Kyphi syriaque

– Encens de Gilgamesh

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  • Il n’y a pas de recette, juste une liste d’ingrédients utilisés dans telle ou telle région ou telle ou telle circonstance

– Encens d’Aphrodite

– Encens de funérailles romaines

– Encens de mariage mythologique

– Encens de Dionysos

– Encens crétois

– Kyphi de Pylos

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  • Des textes d’historiens ou de botanistes évoquent les effets supposés de quelques plantes, selon les croyances de l’Antiquité

– Aphrodisiaque grec

– Aphrodisiaque romain

– Aphrodisiaque indien

– Encens de sommeil

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Les ouvrages de référence utilisés peuvent être :

  • Des textes littéraires, poésies, mythes antiques, etc…
  • Des ouvrages de botanistes, historiens, naturalistes anciens
  • Des ouvrages de médecins de toute la période antique
  • Des compilations d’extraits de textes antiques par des chercheurs en lettres
  • Des ouvrages d’historiens ou de parfumeurs de l’époque moderne
  • Des ouvrages d’historiens contemporains sur l’histoire du parfum
  • Des ouvrages d’historiens contemporains sur la botanique ancienne

Dans tous les cas, l’histoire de chaque produit vous est brièvement racontée sur chaque fiche produit et plus précisément lorsque vous passez commande et recevez un produit puisque aucun ne vous est envoyé sans papier explicatif.

Cet article ayant l’avantage de rendre simple et clair ce que je fais, je l’enrichirai au fur et à mesure de l’évolution de la boutique et de son enrichissement en produits. Donc, si mes créations de senteurs antiques vous intéressent, n’oubliez pas de mettre cette page en favori.

Ma boutique dans son ensemble pour tout voir en une seule page

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Sexualité : représentation et inégalités

Il y a peu, la lecture d’un article en ligne des Inrockuptibles répondait à une question triviale qu’on a pourtant beaucoup entendu poser : « Pourquoi les hommes nus représentés sur les statues gréco-romaines ont-ils de si petits sexes ? » C’est peut-être d’autant plus sensible que les hommes représentés ont une musculature puissante et que les statues gréco-romaines restent inégalées dans leur perfection.

L’article expliquait que pour la civilisation gréco-romaine, un grand sexe était la marque d’un homme bestial, non civilisé et peu spirituel. Dans notre société, à l’inverse, la taille est une obsession ou un complexe contre lequel il faut toujours lutter. Et face aux représentations de la pornographie industrielle et comparées aux fantasmes occidentaux, les petites bites des oeuvres d’art antiques prêtent à sourire.

Pourtant, beaucoup de représentations artistiques gréco-romaines montrent facilement des hommes à sexes dressés et proéminents. Personnages ithyphalliques, amphores aux phallus dressés, représentations de faunes et de satyres, les images montrent des sexes propres à nous faire rougir comme nous le souhaitions.

Pourtant, c’est vrai que ce sont des images qui n’ont pas grand-chose à voir avec la dignité olympienne et les représentations de l’élite sociale. On ne trouvera pas de héros ou de dieu en érection ou en plein acte sexuel. C’est réservé à des divinités inférieures, liées à la Nature, au culte de la Fertilité, ces histoires où les Satyres passent leur temps à violer les Nymphes. Chez les Hommes, même chose : il nous reste de nombreuses représentations antiques de scènes pornographiques dans lesquelles peuvent se mêler fantasmes et violence et où la vulgarité prévaut.

Héritiers de cette culture, nous avons nous aussi une scission entre la vie sociale ordinaire où les représentations dignes et vertueuses sont la norme tandis que la représentation de la sexualité, violente, bestiale, et sur-fantasmée où l’autre doit être traité en objet pour mieux en jouir se sur-consomme en secret de façon massive et banalisée.

Dans l’Antiquité, justement, on distinguait, comme la religion l’a fait de façon beaucoup plus stricte, le sexe pour se reproduire et le sexe pour le plaisir. L’article citait même le cas d’un Romain condamné pour avoir trop aimé le corps de sa femme ! Faire l’amour à sa femme autrement que pour lui faire des enfants, précisait l’article, c’était la considérer comme une esclave. En soi, le sexe pour le plaisir était déjà considéré comme dégradant pour la femme libre, la citoyenne qui n’avait pas à subir la lubricité -considérée malgré tout comme naturelle – de son mari.

Le sexe pour le plaisir est donc déjà l’apanage de l’homme, la violence qu’il fait subir à la femme, raison pour laquelle il doit aller voir les prostituées qui, non libres, n’avaient pas à mériter le respect. A cette époque où il était courant de mourir en couches, éviter les rapports sexuels à répétition pouvait en effet augmenter l’espérance de vie.

Et les autres femmes, ne méritaient-elles pas de rester en vie ? A l’arrivée du Christianisme, religion d’esclaves, la question ne se pose plus. C’est d’autant plus vrai que les saints des premiers siècles étaient souvent mariés tout en vivant chastement une fois devenus chrétiens, les gens spirituels et tournés vers Dieu n’ayant pas à être préoccupés de sexualité.

Dans la spiritualité asiatique, c’est la même problématique : le sexe enchaîne à la terre, rabaisse et ne permet pas de s’élever. Dans le film indien Fire, qui traite de l’homosexualité féminine des épouses délaissées, une des femmes subit depuis 13 ans la chasteté égoïste d’un mari dont l’ambition est l’élévation spirituelle, avant de trouver l’amour auprès d’une autre épouse délaissée.

Car d’une culture à l’autre, c’est souvent la même histoire : les femmes subissent depuis des millénaires, des schémas culturels desquels elle est plutôt exclue et d’où forcément, elle a du mal à s’épanouir, demander, être exigeante et prendre place dans sa propre sexualité, au point qu’on considère que 40 ans est l’âge auquel une femme parvient enfin à l’épanouissement sexuel.

Un problème d’inégalité que les Occidentaux pensent parfois équilibrer avec des pratiques sexuelles issues du Tantrisme de la main gauche dans lesquelles l’homme donne du plaisir à la femme sans s’abandonner au sien pour devenir immortel. Dans la tradition des yogi, on estime en effet que l’émission du sperme rend mortel et conduit à la mort. Les femmes, bien entendu, sont encore et toujours absentes du véritable objectif convoité – l’immortalité – tout en en étant le moyen.

Avec de telles inégalités dans les manières de concevoir la relation à l’autre dans les différentes cultures, comment s’étonner que le chemin de l’épanouissement sexuel soit parfois si long pour une femme et doive souvent passer par l’avilissement ou au contraire une agressivité qui n’est pas plus souhaitable.

Tant qu’il s’agira toujours, dans la sexualité comme dans la relation, de prendre quelque chose à l’autre, il sera vain d’espérer l’égalité à une échelle plus large.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Phénix et parfums

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La Bouqala, poèmes des femmes d’Alger

Les questions sur l’identité féminine et les droits des femmes touchent toutes les sociétés, des plus traditionnelles aux plus contemporaines. Sur cette question, il y aurait bien des choses à dire, qui loin de tous préjugés et de conclusions hâtives, nous surprendraient par leurs complexités de points de vue possibles.

Pour l’heure, je partage avec vous une merveilleuse découverte grâce à Mohammed Kacimi et Rachid Koraïchi, écrivains et artistes d’origine algérienne qui lui ont consacré un livre. C’est une tradition unique et exclusivement féminine associant poésies et divination : la Bouqala.

Lors de réunions nocturnes et conviviales exclusivement féminines, les femmes d’Alger s’adonnent souvent à un jeu complexe dans lequel chaque convive dépose un bijou dans un bocal rempli d’eau par la maîtresse de maison. Puis, le bocal est pris et tourné 7 fois au-dessus de l’encens pendant que des formules incantatoires sont récitées.

Chaque femme présente doit penser à une personne ou situation qui la préoccupe puis réciter un poème de son choix, motivée par la mémoire ou l’inspiration du moment.

Ensuite, une jeune fille est nommée pour sortir au hasard un bijou de l’eau qui désignera celle dont on interprétera le poème.  Au regard de ses désirs, attentes et ambitions, on interprétera le choix du poème qu’elle a fait pour le projeter dans son avenir possible. De cette interprétation, nous ne saurons rien. C’est un secret mystérieux du gynécée, celui que toute femme garde dans son coeur sans le partager avec ceux qui ne comprennent pas ses attentes ou qui voudraient lui en faire le reproche.

Une belle tradition presque initiatique qui touche un univers à part, celui des femmes d’Alger associant dans quelque chose de bien vivant la poésie, la culture, leurs désirs, leurs rêves et espoirs.

– Quelques poèmes d’amour de la « Bouqala, chants des femmes d’Alger » de Mohammed Kacimi et Rachid Koraïchi, aux Editions Thierry Magnier :

  • « Une fenêtre face à une à une autre dérobée

Une gazelle du quartier s’y tient

Je veux lui offrir une coupe d’or

Avant de l’enlever. »

 

  • Ramiers et tourterelles sur le dôme du hammam

Une blanche colombe se tenait sur la terrasse

J’ai baisé sa joue et lui mis une rose dans les cheveux. »

 

  • « J’aimerais tant revoir ta gracieuse taille

Tes joues de roses et tes lèvres au goût de pomme

Puissions-nous jouir d’une nuit 

Avant de goûter au repos. »

 

  • « Un jeune homme passa une canne à la main

Portant beau le chéchia et le costume

Pour lui, j’abandonnerais mari et enfants

Et je ferais de la ville un désert. »

 

Les poèmes, profonds, ne parlent pas que d’amour mais aussi du temps qui passe, de la vie, des émotions, des désirs d’amour et même de Dieu et de sexualité. Laissez-vous emporter par cette façon qu’ont les femmes d’Alger de déposer leurs désirs et laisser le jeu du hasard décider du sens à donner au poème qui leur est venu en tête.

  • « Je ne veux de la pomme que le rouge sur mes joues

Je ne puis prendre un vieillard pour époux

Je préfère un beau jeune homme avec lequel je jouerai au lit. »

 

Par cette tradition, la poésie est un art très ancien pourtant toujours vivant :

  • « Maîtresse, ô maîtresse, pourquoi cette détresse

Aurais-tu perdu ton aiguille ou ton coupon de soie ?

J’ai tout ce qu’il faut pour broder

Un jeune homme aux yeux noirs m’a quittée. »

Ce poème rappelle en effet un ancien poème de Sappho, cité dans Héphestion, traîté des mètres :

  • « Ma mère, ô tendre mère, ô ma mère indulgente,

Je n’ai plus rien filé, je n’ai plus rien tissé,

Car j’aime un beau jeune homme et mon coeur est blessé. »

(Photo à la Une : illustration de Rachid Koraïchi pour le livre Bouqala, chants des femmes d’Alger)

Nouvel article Labo de Cléopâtre

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Test pack encens découverte de l’antiquité — Eso

Comme vous le savez, j’ai créé une boutique Etsy consacrée aux senteurs antiques. Pourquoi senteurs ? Tout simplement parce que ce sont des parfums indirects, non destinés à entrer en contact avec la peau. C’est donc majoritairement des encens, des parfums d’ambiance que je propose, une pratique très répandue au Moyen-Orient et en Afrique, comme elle le fut dans l’Europe antique, mais moins évidente désormais dans la plupart des pays européens.

Sophie, la première curieuse à m’avoir fait confiance et qui a bien été inspirée pour le nom de son blog, â décidé d’interroger l’usage des encens que j’ai créés à partir des textes anciens, à la pratique de l’Ars magica d’aujourd’hui, qui n’a jamais renié son goût pour le traditionnel et l’ancestral. Une belle occasion pour moi, De découvrir une facette de ces senteurs dans un cadre surprenant, qui rejoint parfaitement l’usage initial qu’ils avaient dans l’Antiquité.

Voici les 4 encens de ma boutique que je propose individuellement et en pack :

l’encens d’Aphrodite, créé à partir de la description d’un culte grec ancien rendu à la déesse de l’Amour.
l’encens de Dionysos, qu’Ovide prétend avoir été créé par le dieu pour son père Zeus
l’encens de mariage mythologique, senteur que Sappho a décrite comme étant celle présente au mariage d’Hector et Andromaque
l’encens de funérailles romaines, qui a été créé à partir de descriptions de testaments mentionnant les parfums exigés par une personne à ses funérailles

Mes senteurs de l’Antiquité 

Merci, Sophie, d’avoir transporté mes encens dans le monde de l’ésotérisme créatif : c’est une belle découverte !

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Bonjour, il y a quelques mois je vous parlais du unbox pack « encens découverte de l’antiquité ». Pour connaître leurs propriétés, j’ai crée une planche à main levée! Résultat au pendule et « réception »: Encens d’Aphrodite: Offrande et dédication à Aphrodite et au féminin sacré, dans le cas du féminin sacré, il faut bien entendu accordé la […]

via Test pack encens découverte de l’antiquité — Eso

La coquetterie du juste milieu

Comme beaucoup de sujets héritiers d’une tradition d’abord occidentale puis étendue à la plupart des civilisations, la coquetterie des femmes est traitée de façon ambivalente dans la société. D’un côté, elle est considérée comme nécessaire dans la séduction, au moins parce que plus de souci de son apparence peut être perçu comme une volonté de plaire et donc une disponibilité sexuelle; de l’autre, elle doit tendre à s’éclipser pour les femmes mariées, les filles, les mères, toutes celles dont on craint la sexualité ou qu’on ne veut surtout pas voir séduire ni être séduite.

Le souci, c’est que la coquetterie n’est pas forcément une volonté de plaire à l’autre, mais une volonté de se plaire à soi-même, qui peut passer par des représentations inspirées du monde du spectacle, cinéma ou musique où une coquetterie exagérée, à la limite du vulgaire est nécessaire comme marque de fabrique pour se distinguer et susciter le désir de consommation. On a plusieurs fois montré, pour mettre en valeur ce phénomène, l’apparence de Lady Gaga avant qu’elle ne devienne une grande star internationale. Et on a toujours un peu de quoi être surpris quand on revoit des images d’Amy Winehouse, tatouages, perruque-choucroute et gros trait d’eye-liner tout droit sortis d’un film sur les jeunes désoeuvrés de l’époque du rockabilly.

A l’âge où on se cherche, vouloir ressembler aux stars qu’on aime est normal, mais les parents qui font une différence entre monde du spectacle et monde du travail où leur fille doit s’insérer s’inquiètent d’autant plus qu’ils sont sortis de ce moment de l’être où l’apparence constitue la phase de test de l’identité. C’est d’autant plus vrai qu’ayant déjà traversé cette période et s’en rappellant le prix, le parent a bien du mal à se souvenir que pour effrayante qu’elle puisse paraître avec le recul, elle n’en est pas moins le passage obligé pour la construction de son identité sexuée et l’apprentissage des relations.

Dans une société de l’image, des millions d’images possibles passent sur notre rétine, nous donnant des idées de modèles et de contre-modèles, pour le meilleur et pour le pire. Dans sa coquetterie, une femme peut tout être, femme voilée dehors et lingerie résille dans la chambre à coucher ou tatouée, maquillée, décolletée, les jambes exhibées, le sexe épilé comme dans les films porno, les seins sur-élevés par un soutien-gorge pigeonnant, la taille affinée par des gadgets gainants ou des talons de plus de 10 centimètres, la chevelure d’une autre couleur que celle donnée par la nature, etc.

Le plus souvent, ces tests tournent bien et permettent de savoir une bonne fois pour toutes ce qu’on veut et ce dont on ne veut pas. Mais quelquefois, comme c’est arrivé, on se retrouve avec un physique qu’on ne reconnaît pas, qu’on n’assume pas, prisonnier d’une apparence qui nous aliène et qu’on veut conserver parce qu’elle plaît à un homme dont le fantasme n’est manifestement pas nous. Des faits divers nous apprennent quelquefois jusqu’où cela peut aller : décès à la suite d’une énième chirurgie plastique, auto-mutilation après une intervention pour grossir les seins, etc.

Comment garder l’équilibre entre une coquetterie d’aliénation et coquetterie constructive ?

Normalement, le confort psychologique devrait nous renseigner, mais on voit bien que les phases où on a semblé le plus travesti à nos propres yeux cumulaient à la fois celles où on était le plus mal et où le désir était le plus grand. Car dans l’excès de séduction, il y a surtout la quête de son propre pouvoir sexuel sur autrui. Autrement dit, toute vie de femme sera parsemée de paires de chaussures immettables, de vêtements ridicules, de couleurs de cheveux qui ne nous vont pas et autres accessoires tout aussi douteux. C’est normal : ils sont là pour nous renseigner.

L’essentiel est de toujours s’écouter. Si on ressent un malaise, il faut l’écouter et essayer de savoir d’où il vient. Dans les milieux très religieux, en effet, on n’aura pas de mal à faire culpabiliser celle qui veut plaire, et si elle a grandi dans cet environnement, elle peut céder à la pression. Mais le malaise peut aussi être raisonnable : une femme habillée trop court ou trop décolleté pour ce qu’elle peut assumer se sentira mal aussi. Mais la pression sera intérieure et proviendra de l’expérience. Elle sera donc fiable.

Maintenant, si un homme préférerait vous voir blond platine alors que vous êtes châtain et que vous êtes près de céder pour le garder, répondez à cette question : « Ai-je envie d’être blond platine pour moi-même ? »Et posez-lui celle-là : « Et moi, si je te dis que j’aime les hommes ( trouvez une qualité esthétique qu’il n’a pas et pourrait tenter d’avoir), tu le feras pour moi ? »

Soit c’est vous telle que vous êtes qu’il aime, soit c’est la catastrophe annoncée. Après, on a parfois besoin de vivre la catastrophe pour mieux comprendre.

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Le sens de l’élégance

 

 

L’élégance est une notion assez indéfinissable et subtile. Cela consiste, globalement, à s’habiller, se présenter, se représenter avec goût et recherche. Mais le goût, notion culturelle et donc très relative, ne se définit pas de façon universelle. L’élégance se juge par comparaison avec un ensemble de personnes qui, pour leur mise, commune, vont mettre en évidence celle qui s’habille de façon plus recherchée.

L’élégance n’induit pas un prix ou une marque obligatoire, un vêtement très cher peut très bien ne pas nous aller et être d’une grande vulgarité parce que la mode le veut, le créateur a voulu faire de la provocation, a manqué d’inspiration ou a voulu délivrer un message. Dans le choix du vêtement se partagent en effet deux visions qui se rencontrent sur le corps de la personne qui l’adopte : le choix du concepteur pour la création de sa pièce, ses couleurs, ses formes, agencements, et l’adhésion de celle qui la porte. On choisit un vêtement pour de nombreux critères et de nombreuses raisons, : prix, confort, valeurs de la classe sociale, goûts personnels, etc. Quand, malgré tout, c’est l’impression de beauté et d’admiration qui prévalent, on atteint l’élégance.

Cette élégance est un signe, de l’ordre du manifesté. On sait qu’elle est là, on la reconnaît, mais son sens est multiple. Pour autant, il y en a toujours un car se distinguer a toujours une raison, même si celle-ci ne paraît pas toujours très claire.

Se distinguer, par des vêtements, des bijoux, des accessoires spéciaux, c’est depuis toujours l’apanage de l’élite qu’on doit pouvoir reconnaître de loin comme telle, de la coiffe de plumes des chefs amérindiens, aux sceptres et couronnes, symboles du pouvoir royal, les bijoux des maharadjahs, et même le costume du patron contre le tee-shirt de l’ouvrier ou le pull du simple employé.

Dans les oeuvres d’art anciennes, les plus beaux vêtements étaient soit pour l’élite royale ou seigneuriale avant de s’étendre à la bourgeoisie, soit pour les figures mythologiques ou religieuses. L’expression d’une oeuvre picturale, réduite à la seule vision, se devait d’être très symbolique pour que le message fût clair. Au cinéma, c’est pareil : les personnages principaux, pour peu que ce soient des héros, se doivent d’être distingués par leur façon de s’habiller, leur mise élégante et surtout d’une façon qui les mette en valeur afin qu’on ne voie qu’eux. C’est encore plus vrai pour les actrices, dont la richesse des tenues et des accessoires permis – infinis par rapport à ce que les hommes peuvent porter – ont distingué au point de les immortaliser, elles – et les films dans lesquels elles jouaient – dans des tenues qu’elles n’auraient pu supporter dans la vie quotidienne.

L’élégance, en effet, sacralise, fait entrer du miracle dans un événement, un moment, un instant exceptionnel tout symbolique qui ne se verrait pas sans cela : un mariage, où tout le monde se doit d’être bien habillé, un enterrement, une réunion de famille, un événement particulier et bien sûr, un rendez-vous amoureux. Pris à n’importe quel moment hors cérémonie ou événement, rien ne distingue cet instant pour son importance sans la belle tenue choisie pour l’occasion. La beauté d’une tenue signale l’instant sacré : on sort ses beaux habits pour la messe, pour aller à la mosquée, pour le shabbat; aux Antilles, les femmes des anciennes générations portent encore les perruques lisses qu’elles mettaient autrefois pour entrer dans la maison de Dieu.

Mais parfois, l’élégance est quelque chose qu’on reçoit en héritage, comme les Sapeurs du Congo qui, depuis le XIX ème siècle, ont choisi le vêtement pour exister dans la sphère sociale et introduire du merveilleux dans les quartiers de Kinshasa. Mais plus qu’un choix, c’est une culture, un héritage avec une histoire, des codes, des règles et même une reconnaissance dans le milieu de la mode. Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, les Sapeurs font du dandysme un événement, un show sous forme de compétitions et de rencontres de fans de marques différentes se faisant face lors de combats uniquement symboliques autour du beau vêtement et de sa valeur.

Mais on peut aussi être une personne élégante par goût, personnalité, culture. Dans ces cas-là, une seule personne suffit à faire entrer de la magie dans le quotidien, à travers un comportement qui semble dire : « C’est mon existence, c’est l’ici et maintenant qui sont sacrés. » Un militantisme silencieux mais voyant qui, depuis l’ère des dandys, s’exprime dans la sphère individuelle, révélant des étoiles filantes de l’esthétique dans la galaxie informe de l’habillement par nécessité.

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Séduction : conditions intérieures et extérieures

L’amour est une nécessité du vivant pour perpétuer la vie, cause de la grande importance qu’on donnait autrefois aux divinités qui le représentaient. La quête de l’amour est en effet un intérêt universel. Chacun cherche à rejoindre l’autre pour aimer – même mal – être aimé, en investissant tout ensemble son désir sexuel, sa propre croyance en l’amour, ses forces et failles psychologiques qu’on offre et impose sans même le savoir.

Mais parce qu’aimer, c’est prendre un risque, s’exposer à l’autre dans sa vérité, ça se fait souvent dans un état émotionnel qui empêche toute lucidité et capacité au recul permettant à la fois de relativiser, d’y voir plus clair et de mieux s’orienter.

Ainsi, lorsqu’on a pour objectif de séduire la personne qui nous plaît, axé sur notre objectif, seul dans notre tête qui est loin d’être froide, nous n’arrivons pas à voir certaines réalités simples ou complexes qui conditionnent une relation.

  • Critère d’évaluation

Si vous voulez séduire une personne qui vous plaît selon certains critères, elle aussi possède des critères qui lui permettent d’accepter ou de refuser votre proposition. Et si vous l’interrogez sur ces critères et croyez correspondre à ceux-ci d’après ses réponses, elle vous a pourtant peut-être rangé dans une autre catégorie que vous ne pouvez pas envisager car elle correspond à une histoire personnelle et des valeurs dont elle-même n’a pas conscience car elles ont fait son éducation, et que vous ne pouvez envisager car on vous a donné d’autres valeurs.

La question pour garder le cap : l’image qu’on a de moi correspond-elle à celle que je me fais de moi-même et est-elle à mon avantage ? 

  • Valeurs

Toute société s’établit sur des valeurs qu’on peut croire parfois communes et qui ne sont pourtant pas forcément déterminantes. On peut très bien penser être sexy et élégante en mini-jupe alors que dans une autre classe socio-culturelle, ça pourra être vu comme vulgaire et racoleur; et vice-versa. Et ces questions, loin de concerner uniquement l’apparence physique, vont aussi toucher la morale, la politique, les choix éthiques, la façon de s’exprimer, de se comporter, l’alimentation, etc.

Les questions pour garder le cap : cette personne mérite-t-elle le sacrifice de mes valeurs ou, si j’adopte ses valeurs, celles-ci ne sont-elles de nature à m’apporter quelque chose de positif ou est-ce l’inverse ?

  • Rapport à l’autre

Il peut nous arriver d’aimer quelqu’un qui n’est pas capable d’amour ou qui ne pourrait absolument pas nous aimer. Ca arrive particulièrement dans les moments où on ne s’aime pas, où on déprime, où notre image de nous-même a été affectée. Parfois, c’est un problème insoluble et on passe sa vie entière à tomber sur les mauvaises personnes par tendance à l’auto-destruction. Que se passe-t-il alors ? On tombe amoureux de quelqu’un qui n’aime que les gens du sexe différent du nôtre ou d’une personne narcissique qui ne pourra jamais nous aimer, n’aimera jamais qu’elle-même et se servira de nous pour se valoriser, ou bien on s’éprend de quelqu’un de violent physiquement ou psychologiquement.

La question à se poser pour garder le cap : cette personne est-elle réellement et sincèrement capable de m’aimer ou est-ce moi qui ai besoin de me le figurer ?

  • La réalité de l’offre

L’acceptation ou le rejet dépendent aussi parfois de l’offre, qui dépend de beaucoup de paramètres. La personne qui nous intéresse est-elle intéressante pour les autres et cela a-t-il de l’impact sur elle ? Dans les sociétés où la répartition entre hommes et femmes est inégalitaire, le rapport à la séduction est très concurrentiel. Là où les femmes sont en excès, comme dans les sociétés touchées par une guerre, elles rivalisent dans l’élégance, les gadgets érotiques ou la chirurgie esthétique, et la surenchère est obligatoire pour se distinguer. Là où les hommes sont en excès, c’est la bataille matérielle qui fait rage et ce sont plus riches qui finissent en couple. Pourtant, rien de ces conditions ne définit l’être humain dans sa beauté d’âme et dans ce qu’il a réellement à offrir à l’autre.

Les questions pour garder le cap : la bataille pour cette personne vaut-elle la peine ou ai-je mes chances par rapport à l’offre proposée et les valeurs qui sont les miennes ?

  • Mes valeurs et qualités

Les forces en présence, c’est aussi soi-même, pas seulement les valeurs que l’autre pense qu’on incarne mais ce dont on est réellement porteur. Quand on est jeune, naïve, sincère et mignonne, on aime souvent les bad boys qu’on rêve de dompter. Plus généralement, c’est nous qui nous faisons dresser en perdant au passage nos illusions et la foi en nos valeurs. Une condition importante à notre séduction est dans ce que nous pouvons apporter à la relation en tant que personnalité profonde et surtout d’en prendre conscience. Et c’est celle-là qu’il s’agit avant tout d’apprendre à aimer pour ensuite la faire aimer.

La question pour garder le cap : quelles sont mes qualités et vont-elle s’épanouir ou se flétrir avec cette personne ? 

Nouvel article labo de Cléopâtre

 

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