Chypre, île d’Aphrodite

Avec l’évocation des poudres de Chypre, parfums anciens que je reconstitue dans la boutique du Labo de Cléopâtre, on peut dire que mes 2 blogs sont sous le règne de Chypre. Quand on parle d’Aphrodite, ceux qui connaissent la mythologie se souviennent qu’elle est née à Chypre, de l’émasculation d’Ouranos dont le membre rencontrait l’écume en tombant dans la mer, donnant naissance à la plus belle des déesses. Un récit mythique qu’on retrouve chez Hésiode, loin de toute évocation plus tardive d’une éventuelle filiation avec Zeus.

A Chypre, l’endroit exact de sa naissance est marqué par un rocher Petra tou Romiou, dit Rocher d’Aphrodite. Certains points de vue font d’ailleurs apparaître le rocher comme les organes génitaux coupés d’un géant.

unnamed

Dans l’Antiquité, puisque l’île était considérée comme le lieu de naissance d’Aphrodite, un grand sanctuaire lui était consacré – célèbre dans toute la région, notamment pour sa pratique de la prostitution sacrée – dont il ne reste que des ruines mais que chaque visiteur avec un rêve secret d’amour contribue à rendre encore vivant, et ce d’autant plus que d’anciennes coutumes restent vivaces. Des arbres à voeux ponctuent la route allant du rocher au sanctuaire d’Aphrodite, et une ancienne tradition recommande de plonger dans les eaux du rocher pour s’assurer de connaître un amour éternel.

Car en vérité, on ne plaisante pas avec la déesse de l’Amour et de la Beauté, et si on croit que son culte est tombé avec le triomphe du christianisme, c’est mal connaître le pouvoir d’une telle divinité et l’importance qu’elle peut avoir sur le destin des Hommes comme de tout ce qui est vivant. Pour preuve, les vestiges de l’île semblent démontrer qu’une déesse informe de la fertilité habitait déjà les lieux bien avant que l’époque classique fixe dans la statuaire la forme que nous lui connaissons bien et qui hante les musées.

Quand on regarde les commentaires de ceux qui suivirent la route d’Aphrodite, on voit de la déception : des paysages magnifiques, certes, mais finalement, rien d’inoubliable : une plage, un rocher, une baignade, une grotte, un jardin botanique plein d’espèces végétales en lien avec la mythologie, et le mythe d’Aphrodite en particulier; et quelques musées. Certes, pour un touriste habitué à voir des châteaux, des attractions, des spectacles et consommer de la culture comme on le fait des autres types de produits, un lieu dit sacré et mythologique – pour lequel on a dû faire des heures de randonnée sous un soleil de plomb – n’a pas grand-chose d’excitant.

Les montagnes, de l’Olympe à l’Himalaya, abruptes terres où vivent les dieux, nous sont bien connues à présent, malgré le danger qu’elles représentent encore, et chaque nouvelle ascension en diminue un peu le prestige et la dangerosité inscrits dans la mémoire collective de l’humanité. Les menhirs et autres mégalithes qu’on prenait autrefois pour des autels de géants ou des portes du monde des fées ont repris leur dimension humaine en même temps que progressaient les découvertes scientifiques et la reconstitution de plus en plus cohérente de l’histoire de la Terre.

Et pourtant, nous sommes les héritiers de ces homo sapiens, les hommes de sagesse qui se racontaient des histoires pour se créer une culture, des représentations communes, des attachements qui feront qu’on sera fiers d’être nés, attachés à une terre ou même tout simplement d’y avoir posé les pieds.

Mais le destin de Chypre est aussi dans sa partition : une partie nord de l’île étant occupée par l’armée turque, rappelant qu’aux temps des Troyens et des Achéens, la déesse savait provoquer les conflits pour la beauté et pour un territoire :

« Je chanterai Kythérée née de Kypros et qui fait de doux présents aux mortels. Son visage charmant sourit toujours, et elle porte la fleur aimable de la jeunesse. Saut, Déesse qui commandes à Salamis bien bâtie, et à Kypros entière. » Hymne homérique à Aphrodite. Traduction Lecomte de Lisle.

Enfin, Aphrodite, c’est aussi la déesse des parfums, ce qu’on sait peut-être moins, et Chypre est décrite comme une île odorante déjà par les auteurs de l’Antiquité, ce que va confirmer l’histoire des parfums qui la désigne comme une île des parfumeurs, entre Orient et Occident, grâce à la présence des plantes à parfum : ciste, myrte, mousse de chêne, roses, iris, origan. L’eau de Chypre, qui donnera ensuite la poudre de Chypre, puis les parfums chyprés, achevèrent d’associer la déesse, son île et les parfums.

Vous aimez Aphrodite et ne savez pas quoi faire pour vous rapprocher d’elle ? Renseignez-vous peut-être sur Chypre, l’antique déesse de l’Amour y a même sa route culturelle : La route culturelle d’Aphrodite

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Poudres de Chypre

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

 

Elégance et confinement

Allure sportive, véganisme, contrôle du poids, entraînement pour correspondre aux canons de la société, la femme occidentale a vu son style conditionné par des idéaux dépendant de certains paramètres qui n’existent plus en pleine crise de Covid 19, lequel risque de s’étendre.

Eclate alors un peu plus la vérité sur la valeur de nos codes esthétiques et idéologiques : soumis à des contingences extérieures, ils sont aussi fragiles que relatifs, obsolètes au moindre coup du sort.

Pourtant, cette notion de confinement n’est qu’une vue de l’esprit, qui prend des proportions d’autant plus grandes qu’on se focalise dessus. Or, ce qu’on oublie beaucoup, c’est que la vie des femmes, dans le monde, se passe essentiellement au foyer. Non pas qu’il soit particulièrement juste que depuis la nuit des temps, on leur ait attribué préférablement la sphère privée, mais notre culture s’est ainsi construite majoritairement, de la Méditerranée à l’Asie en passant par le Moyen-Orient, des pays de culture monothéiste primitive tout comme dans notre culture gréco-romaine – où les femmes ne sortaient jamais ou alors voilées, vivant au gynécée – ou la culture hindoue.

A la base de ce phénomène, une stratégie de survie pour protéger les êtres à la fois les plus fragiles et les plus indispensables comme une femme enceinte, sur laquelle repose la survie de l’espèce, une mère chargée de jeune enfant, une femme que son sang coulant plusieurs jours dans le mois rend décelable et qui excite l’agressivité les prédateurs potentiels à une époque où, la civilisation n’étant pas développée, elle ne pouvait en protéger suffisamment l’individu.

Devenue culture, la nécessité de base semble être devenue plus mythologique et tyrannique qu’elle paraissait peut-être moins justifiée dans des sociétés assez sophistiquées pour générer des défenses suffisantes contre les prédateurs.

Quand on regarde l’histoire d’une manière générale ou même sa propre vie, l’extrême mobilité qui caractérise la vraie liberté de mouvements est très rare, et quand ce n’est pas le cas, elle est souvent vécue comme une contrainte empêchant de voir la famille, de voir grandir les enfants, etc…Car bouger beaucoup coûte de l’argent, les déplacements les plus importants n’existant souvent que parce qu’ils en rapportent bien plus.

Par ailleurs, qu’on le veuille ou non et depuis toujours, le foyer reste le point d’ancrage de la famille et de la femme qui y investit souvent plus de sa personne. A l’heure d’une pandémie dont on ignore encore presque tout – et surtout si elle sera durable – il est plus que jamais urgent de s’en rappeler, non pour s’y contraindre, mais pour se rappeler d’y placer le plus possible son bonheur plutôt que sa frustration.

Alors, oui, c’est vrai, une garde-robe de ville devient obsolète. Habituée à un moi social engoncé dans des vêtements aux multiples coutures qui révèlent le corps pour lui faire jouer son rôle complexe – mais aussi le serrant – ces contraintes sociales qu’on accepte pour travailler ou quand on est en représentation sont refusées par le mental une fois chez soi. Car le foyer est le seul lieu autorisé d’une liberté plus grande, où on a le droit d’être soi-même, de relâcher les efforts, de tomber le masque social et se reconstituer après tant de luttes.

Pourtant, vêtements d’intérieur et élégance ne s’opposent pas forcément, à condition d’aller chercher l’inspiration dans les cultures où les femmes ont moins de réticence culturelle à vivre dans la sphère privée – c’est-à-dire majoritairement dans le monde – et où le vêtement, ne connaissant pas la frontière entre le dedans et le dehors pour nous faire consommer plus, propose à la fois des coupes et des matières confortables, naturelles le plus souvent. De l’Asie au Moyen-Orient, en passant par l’Afrique, c’est une multitude de vêtements inspirants, amples, naturels, confortables et aux styles infinis qu’on peut adopter et qui évitent le clivage entre le pantalon serré, la mini jupe étriquée et le jooging ou le pyjama multi-fonction.

L’Inde, les pays d’Asie du sud est comme le Vietnam ou le Cambodge proposent une infinité de pantalons et tuniques pour tous les jours, diversement colorés et aux motifs très élégants qui permettent aux femmes de sortir sans problème avec les vêtements qu’elles peuvent aussi porter à l’intérieur. Une tradition similaire existe aussi au Maghreb et au Moyen-Orient avec les caftans aux couleurs et motifs différents selon les régions, et qu’on peut trouver à des prix très abordables pour les jours ordinaires.

La même polyvalence se retrouve pour les kimonos dont certains, simples et légers, comme les yukatas, peuvent être portés à tout moment et pour des petits prix – contrairement aux kimonos de cérémonie – semblables à ça aux boubous africains qui peuvent être simples ou complexes selon l’occasion pour laquelle on les destine, mais qui seront pourtant toujours colorés et confortables.

Et bien entendu, les sarouels et pantalons harem, jusqu’à ceux conçus pour la danse orientale, associent au confort l’érotisme discret dont on retrouve la présence dans les tableaux orientalistes du XIX ème siècle, des Delacroix, Ingres et autres, l’Abyssinie de Rimbaud, les rêveries de hammam, et de façon plus lointaine, l’Orient de la propreté et des parfums ramenés de Croisades.

Enfin, dernier point précieux, par la beauté des tissus amples, simples et colorés qui laissent enfin l’esprit libre de l’exigence dictatoriale de la beauté du corps en représentation, l’élégance ne renonce plus au confort tout en cessant de devenir un tyran social imaginaire qui ne laisserait le choix qu’entre des « négligés » d’intérieur et des « habillés » « pour sortir ». Et ça pourrait faire beaucoup de bien à notre moral !

1024px-WomenofAlgiers.jpg

Femmes d’Alger dans leur appartement. Eugène Delacroix. 1833

Dernier article Labo : Parfums des rois de France

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Enjeux d’une histoire de la beauté

Tout a commencé pour moi avec une coquetterie ordinaire de petite fille et d’un amour de la déesse Aphrodite qui ne s’expliquait pas. Une préoccupation quasi-sacrée qui n’a cessé de m’interroger, de m’émerveiller tout au long de ma vie. Un souci condamnable quand vous faites des études, car trop entaché de préjugés de superficialité. Face à la condamnation, soit on culpabilise, acceptant le jugement, soit on continue. Pas très influençable, j’ai continué jusqu’à créer ce blog, consacré à la déesse et aux questionnements autour de son domaine.

Bien m’en a pris, en vérité, car celui-ci m’a conduit bien plus loin que tout ce que j’aurais pu imaginer, et dans des voies qui ont été tout sauf passagères et de façade. Le fait est que la beauté ne peut être un objet superficiel, mais au contraire essentiel à toute civilisation, la civilisation qui se veut savante, mais aussi celle qui cherche son histoire.

Dans l’Histoire de la Beauté de Georges Vigarello, c’est autant l’histoire de la mode, la conception du féminin au fil des siècles que celle des mentalités et des aliénations, qui nous sont racontées en même temps. Tant il  n’est pas possible de faire l’histoire d’une problématique humaine d’une telle importance sans rejoindre les aspects les plus fondamentaux d’une société.

Lucrèce ne s’y trompait pas, lui qui, en épicurien tenté par une forme d’agnosticisme, avait malgré tout mis Aphrodite au rang de seule divinité dont tout procédait. Dans tout le vivant, en effet, et d’un point de vue initial, la beauté esthétique est signe de santé, quand un aspect repoussant signe carences, usure, maladies, vieillesse – autant de signes distinctifs qui rappellent à qui veut vivre, qu’il faut passer son chemin. Là où les animaux ont également un odorat développé pour les renseigner, l’Homme ne possède presque plus que la vue. La beauté est donc à la base, une question de survie de l’espèce.

Un enjeu qui se voit confirmé dans notre étonnement face aux Vénus du Néolithique qu’on est surpris de voir obèses quand nous n’apprécions plus que la minceur, mais qui manifeste sûrement d’un goût pour les vivantes, celles dont le corps fut assez solide pour survivre et assurer la survie de ses descendants. Car dans les situations de vie très difficiles comme l’était celle des premiers humains, la femme qui vit, survit, porte les enfants, les nourrit et garantit leur santé, c’est celle qui stocke le gras pour en faire des réserves lors des périodes de famines, très courantes et souvent fatales à cette époque.

Le corps idéal garant de la survie s’est ainsi inscrit dans la pierre, débutant du même coup une histoire de l’art dans laquelle l’évolution du corps des femmes surtout – mais aussi des hommes – raconte en creux l’évolution des sociétés, de leurs techniques de survie, de leurs réflexions philosophiques sur la place de l’un et l’autre sexe, la santé, et les techniques d’ornementation, d’art et d’artisanat. Un biais choisi par Umberto Ecco pour ses histoires de la beauté et de la laideur, qui passe par l’histoire de l’art et une véritable érudition pour lire l’histoire occidentale à travers le corps représenté, exposé et conservé comme moyen d’expression de choses signifiantes pour une époque.

Une importance pourtant contestée du point de vue de la civilisation où sciences et techniques sont privilégiées car seules elles permettent à la société d’avancer vers plus de connaissances, de développement, d’espérance de vie, de santé et de bonheur potentiel. Alors, la beauté, dans tout ça ? Et bien, en tant qu’artifice, en se jouant des codes de plus en plus complexes, la beauté construite, élaborée, est d’abord un langage culturelle à fonction sociale très élaborée, où la mise en scène est le moyen que trouvent certaines intelligences pour jouer avec les règles sociales, prendre parfois une place qui ne leur semblait pas destinée et se forger un destin personnel.

C’est l’histoire des grandes maîtresses royales, de la danseuse Théodora devenue reine de l’Empire byzantin, de Ninon de Lenclos, qui passait pour avoir de jeunes amants jusque fort tard, et de toutes les chanteuses et actrices, qui, vieilles encore, étaient toujours sublimées pour leur art et leur maquillage.

Mais l’histoire de la beauté, c’est aussi celle d’une magnifique aliénation et des inégalités sociales entre les hommes – dont on juge de la valeur sur les critères d’intelligence et d’action dans le monde socio-politique – et les femmes, à qui on demande d’abord d’être belles pour accepter de leur concéder, éventuellement, un peu d’intérêt – pourtant toujours minoré socialement, si ce n’est dévoyé pour les plus pauvres et les plus fragiles.

Car au fond, la beauté, sur l’ensemble de l’histoire humaine, c’est une esbroufe : un souci qui permet aux femmes de provoquer le désir, en vue de se faire épouser ou de réussir dans le seul espace qu’on leur a concédé en les sur-occupant à des choses futiles qui ne peuvent nourrir le cerveau de connaissances et de compétences aptes à leur donner une place dans le monde. Et tandis qu’hommes et femmes reçoivent désormais la même éducation, prisonniers de ces représentations culturelles plusieurs fois millénaires, ils n’en reçoivent pour autant ni reconnaissance ni privilèges à égalité.

Alors, une histoire d’inégalités, l’histoire de la beauté ?

Mais oui, tout comme une histoire de survie, de mode, d’art, de mentalités, d’amour, de sexualité, de construction identitaire et une histoire politique.

Tout cela serait-il donc sans importance ? J’ai beau être une femme, j’ai bien conscience qu’un système qu’on a fait perdurer pendant des millénaires ne peut être considéré comme superficiel, à moins de vouloir se leurrer soi-même ou leurrer les autres..

Cet article et ces photos sont la propriété du site Echodecythere. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Le labo au festival Fous d’histoire nov. 2019

Marché de l’Histoire, Compiègne (60)

16 – 17 novembre 2019

Vous suivez, aimez ce blog et connaissez mon artisanat, mon projet, mes recherches et ma boutique sur Etsy ? Peut-être même avez-vous déjà acheté une de mes senteurs de reconstitution ou une senteur inspirée des connaissances et des croyances des gens de
l’Antiquité.
Si vous passez par Compiègne et ses environs ou êtes tout simplement pas loin de l’Ile-de-France, le week-end du 16/17 novembre 2019, je vous attends avec une sélection de produits artisanaux, tous conçus avec ma tête et mes mains, dans une aventure qui a commencé ici-même, par mes blogs WordPress.
Je vous y proposerai encens, parfums poudreux de recettes anciennes, parfums huileux faits uniquement à la main, sans huiles essentielles, et selon les recettes et techniques données par Dioscoride et Pline. Je vous y proposerai aussi des kyphis, bien entendu, les encens emblématiques et très sacrés de l’Egypte ancienne  qui étaient spécifiquement brûlés le soir devant les divinités. Je vous proposerai aussi des coffrets thématiques – appropriés pour des cadeaux raffinés et originaux – et des senteurs d’autres traditions dont les effets bien-être vous surprendront.

 

Mais il y aura aussi les derniers nés : les pendentifs parfums primitifs, aux senteurs brutes et sans liquide à porter comme des bijoux, les poupées de soucis aux plantes amérindiennes et le khôl parfumé d’après la recette de Dioscoride qu’on retrouve ensuite chez Pline.

Ce sera également pour moi l’occasion de vous voir, pour vous d’aborder les produits dans la réalité de leur taille, leurs couleurs, matières, et plus encore leurs odeurs, et le tout par civilisation.
Globalement, la culture antique, surtout gréco-égyptienne est la plus représentée dans ma boutique, mais vous trouverez aussi quelques senteurs indiennes, judeo-chrétiennes, et l’efficacité surprenante et les parfums de quelques plantes ancestrales vikings et amérindiennes.
Alors, je vous attends ici, avec beaucoup de plaisir, le week-end du 16 au 17 novembre 2019 :
LE TIGRE
2 RUE JEAN MERMOZ
MARGNY-LÈS-COMPIÈGNE
IMG_0720.jpg
Cet article et photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.
.

 

 

 

Quelle déesse êtes-vous ?

Non, ce n’est pas un titre destiné à flatter votre ego ou un énième test de la presse féminine.

L’importance des mythes dans la structure de notre personnalité comme construction à la fois individuelle et inconsciemment collective a été soulignée par les psychanalystes – au premier rang desquels Freud – et les philosophes, qui ont puisé des ressources pour révéler certains complexes, archétypes ou problèmes psychologiques – complexe d’Oedipe, d’Electre, syndrome de Cassandre, etc..-

Des problèmes de construction identitaire qui paraissent universels, tant on peut les généraliser, et qui pourtant s’avèrent en réalité civilisationnels. Si bien qu’au Japon, le complexe d’Oedipe n’existe pas et essayer de le traiter est inutile, mais qu’on y trouvera le complexe d’Amaterasu, leur déesse du soleil. Et pour cause..

Dans le Sciences et Avenir consacré il y a quelques années aux mythes, on apprenait que l’informatique, mise au service de l’anthropologie, avait révélé une trame commune à beaucoup d’entre eux, à partir d’un récit initial plus ancien que l’invention de l’écriture. De ce récit initial, des variantes découlaient au fil des grandes migrations humaines. Nos mythes sont ainsi notre mémoire collective en même temps que notre socle identitaire à  la fois commun et variant.

Une donnée que nous voulons oublier et dépasser dans une société moderne qui ne croit plus aux mythes. Pourtant, nous gardons la même structure que nous n’avons pas réussi à dépasser même en passant par le monothéisme. Logique quand on sait qu’en tant que récit, il est uniquement dévolu à une seule cause : la révélation et reconnaissance du Dieu unique par les prophètes, saints, et figures ancestrales.

Pourtant, comme l’Inde traditionnelle considère la période de vie sociale d’un homme en fonction des doshas ( terre – apprentissage – Feu – vie active – air – détachement et vie spirituelle ), l’Europe occidentale a pu avoir sa période de vie sociale féminine dominée par ses déesses emblématiques qui en sont les archétypes.

  • Artémis, l’enfance indomptable

Quand les jeunes filles grecques allaient se marier, elles sacrifiaient d’abord leurs jouets à Artémis en signe de renoncement à leur enfance, leur nature sauvage et leur virginité. Artémis n’était en effet pas qu’une déesse chasseresse : elle avait surtout fait le voeu de rester vierge, de vivre à l’écart, dans la forêt, entourée de jeunes filles comme elle. Artémis, c’est une sauvage, une fille indisciplinée qui a refusé le joug de la société et les lois sociales qui lui imposent de prendre sa place. Elle va rester éternellement et volontairement une jeune fille refusant de quitter son aire de jeux.

Mais si la jeune chasseresse reste indocile par nature divine, ses compagnes ne sont pas aussi bien protégées, notamment contre l’Amour et le désir des hommes qui représentent le plus grand danger et ce qui provoque le plus la colère de la soeur d’Apollon. Artémis, c’est donc la petite fille ou la jeune fille, non encore opprimée par les obligations sexuelles et sociales, celle qui, dans la cour de l’école ne fréquente pas les garçons, car de toute façon, elle ne les aime pas., et qui, lorsqu’elle rentre de l’école fait le récit, agacée, de toutes les bêtises dont ils sont capables.

  • Aphrodite, l’âge de la sexualité

Aphrodite était autant la déesse de  l’Amour, du désir, de la séduction, de la sexualité que de la prostitution. A partir du moment où on entre dans le domaine de la séduction et de l’attirance sexuelle, on est sous la domination d’Aphrodite. Dans le cadre normé de la vie d’une fille de citoyen, la sexualité féminine n’était concevable que dans le cadre du mariage. C’est pourquoi la déesse de l’Amour est également associée à ce rite de passage fondamental dans la vie d’une femme de bonne famille. Mais pour ses aspects amoureux et sexuels uniquement : « les travaux d’Aphrodite » comme disait Hésiode.

Sappho, bien connue pour ses poèmes d’amour lesbiens, était éducatrice pour jeunes filles de l’aristocratie, qu’elle préparait au mariage. Cette institution était sous le patronage d’Aphrodite, également déesse de prédilection de Sappho qui n’a malgré tout laissé aucun écrit sur la nature de l’enseignement qui s’y déroulait, mais qui était destiné à préparer les jeunes filles à leur future vie d’épouse. Aphrodite, c’est la femme dans tout son pouvoir de séduction.

  • Héra, la matrone dans un monde inégal

On a souvent moqué Héra pour sa jalousie. Elle est l’archétype de la femme mariée, mère de famille, qu’on dira respectée, qu’on envie pour sa situation élevée dans la société, mais qui va malgré tout souffrir des infidélités de son mari qui la ridiculisent et mettent l’accent sur sa perte de séduction. Une caricature, Héra ? Malheureusement, presque une obligation dans un monde de rivalité sexuelle et sociale où, même quand la femme est puissante, voire, la mère des dieux, elle ne peut, contrairement à son mari, jouir de la liberté de son corps, de ses activités, de sa libre circulation.

Finalement, ce qui lui est reconnu, c’est le droit d’être jalouse et mécontente. Et de fait, Zeus le lui reconnaît comme un droit.  Il ne frappe pas sa femme, ne la brutalise pas, lui reconnaît son rôle et tente de lui cacher ses amantes sans jamais tenter de la détrôner au profit de l’une d’entre elles. Coincée dans une vie qu’elle sait être aisée et opulente, le statut le plus élevé parmi celui des femmes, Héra est la femme qui a réussi dans le cadre normé de la société patriarcale, mais malheureuse des inégalités qu’elle doit subir pour y avoir droit.

Finalement, il n’existe d’archétype, de déesse ou femme mythique que dans le cadre d’une société qui les a fait apparaître par ses règles. Une fille trop jeune pour subir les lois sociales, qui découvre son pouvoir de séduction et la sexualité avant de subir des devoirs plus que des droits, voici l’histoire des femmes occidentales dans la norme.

Bien sûr, d’autres figures apparaîtront, que nous connaissons toujours : Athéna, l’intellectuelle ou femme de pouvoir qui ne veut pas se marier, seul moyen, selon elle, de pouvoir réaliser ses ambitions, Cérès, qui, mère célibataire, vit plus durement que si elle avait été entourée ou avait eu plus d’enfants, la disparition de sa fille unique, etc.

Dernier article du Labo : Le cérat

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Danse et séduction

Un article a déjà été consacré à la danse sur Echodecythere, quand j’ai évoqué les particularités du sambar et du lembeul, des danses africaines de séduction mettant en avant les fesses, dans un monde polygame hyper-concurrentiel dans lequel les hommes aiment les formes.

Pourtant, sans parvenir à ces extrêmes d’érotisme et de suggestion, on constate qu’il y a malgré tout souvent un lien entre danse et séduction, et ce de façon universelle. Il faut dire qu’il y a une certaine similitude entre la danse – mouvements du corps pour exprimer le rythme, la musique, en dehors de toute autre finalité – et la poésie ou le chant, où les paroles ne sont créées que dans le but de transmettre une émotion en échappant à ses fonctions de communication habituelle.

Dans un monde où l’Homme utilise depuis toujours le langage, le mouvement et les sons dans le contexte de la nécessité – communication, échange d’informations, action sur le réel, lutte pour sa survie – chant et danse sont apparus dans les premiers temps comme des grâces spéciales, des instants hors du temps qui reliaient les Hommes au divin, les instruments de la nécessité ayant été transcendés pour faire du Beau, de l’unique, du magique.

Musique, danse et chant ont d’ailleurs été d’abord consacrés aux dieux ou au lien avec l’Invisible, comme ils continuent de l’être dans les sociétés traditionnelles. Chants, musiques et danses des pow wow, des transes gnawa pour se purifier des djinns, Bharata Natyam indien – qui rejoue les mythes, la geste des dieux et leurs amours à travers la danse sacrée – danses guerrières africaines ou arabes, transes soufies, tous témoignent de pratiques hors du temps au moyen de médias communs – la voix et le corps – qu’on a purifiés de leur usage rituel pour leur faire toucher les cieux.

Le mot chant lui-même conserve dans son étymologie, le souvenir de la magie à laquelle il est lié à l’origine puisqu’il dérive du mot « carmina » – le charme dans le sens de sort, d’ensorcellement.

Par la même logique, la danse offre ce moment intemporel où le corps, libéré des contraintes ordinaires, épouse la musique pour trouver sa propre expression offerte au regard de l’autre. Dans tous les arts, bien sûr, il y a une dimension d’échange avec l’autre. L’art est fait pour être vu, entendu, il est une offrande au monde. Mais pour celui qui danse sans contrainte, c’est d’abord l’expression d’une liberté incontrôlable, comme dans l’épidémie dansante de Strasbourg en 1518.

La danse, révélatrice d’un potentiel de grâce, de corps libéré de ses contingences sociales pour épouser le rythme de la musique et trouver celui de son propre abandon, a forcément quelque chose de  dangereusement sensuel, particulièrement dans les sociétés où on veut contrôler les corps. Cette liberté instinctive, ce naturel dans le fait de d’épouser le rythme de la musique se retrouve rarement dans une existence humaine, sauf dans la relation sexuelle, où le corps doit caler son rythme sur celui de l’autre, sur son propre désir, mais ni sur son travail ni sur ses devoirs ordinaires.

Dès lors, comment s’étonner de ces passions nées pour des danseuses, nombreuses dans l’histoire et la littérature, de ces interdictions dans le monde musulman de la danse orientale en public pour une femme à moins d’être étrangère, de la réduction de la danse indienne à de la prostitution par les Anglais qui les colonisaient, etc ?…Que dire de ces scènes d’amour, de coups de foudre qui commencent par un bal, comme dans la Princesse de Clèves, Roméo et Juliette, le Tombeau hindou, West Side Story et jusque dans leurs parodies malheureuses comme Madame Bovary qui se termine sur un banal adultère, l’endettement et le suicide…Louis XIV lui-même exerçait ses talents de danseur pour séduire et captiver une cour de nobles à laquelle il voulait retirer le pouvoir de décider et d’agir.

Dans la Bagavadh Gita, Krishna prévient : »De la contemplation de l’objet des sens naît l’attachement. » Un phénomène bien plus trouble quand cet objet des sens est le corps d’un autre, de cet autre qui révèle, en même temps que sa liberté de mouvements désaliénés du quotidien, du banal, de l’insignifiance, la beauté de son rythme, son rapport à son propre corps, et une idée de ce qu’il promet, tout d’un coup dévoilés.

Faire tomber un homme amoureux en dansant ? La marque du destin pour Nandini, déjà amoureuse de Sameer, un élève de son père, dans le film indien Hum Dil De Chuke Sanam..

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit de le reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Le Labo de Cléopâtre dans Futura

Consultée par la journaliste Céline Deluzarche sur la recréation du « parfum de Cléopâtre » par deux archéologues, vous retrouverez dans cet article de Futura, mon intervention et ce que je pense dudit parfum. Un sujet que je connais bien puisque j’y travaille depuis déjà plusieurs années.  L’article, vous le trouverez ici :

Diapasmas Cléo

Ce qu’est réellement le parfum de Cléopâtre, les lecteurs de ce blog le savent s’ils le fréquentent depuis longtemps, il s’agit du Détergent, dont la recette, si elle ne peut être reproduite à 100 %, a malgré tout le mérite d’exister, d’avoir ses raisons d’être historiques d’une grande précision. J’en ai parlé il y a déjà plusieurs années ici, entre autres lieux, sur la base de recherches précises sur textes anciens, puisque je suis formée à la recherche en lettres : Du détergent au parfum de Cléopâtre

D’autre part, faisant de l’archéologie expérimentale autour des parfums anciens et ayant d’ailleurs commencé par celui de Cléopâtre, je propose cette fragrance reconstituée au mieux de ce qui est possible – c’est-à-dire pas complètement, mais de façon satisfaisante malgré tout – sur ma boutique Etsy, dérivée en plusieurs produits :

Retrouvez d’autres articles de recherche et d’artisanat autour des parfums de l’Antiquité sur le blog, la boutique du Labo ainsi que sur la Page Facebook, et autres manifestations.

Les senteurs anciennes, c’est beaucoup de Recherche sur textes, de passion, de travail, d’expérimentations, de spéculations et de mains sales. Et de matières premières naturelles qu’on n’aime plus beaucoup toucher…

IMG_9168

Parfum de Cléopâtre

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Beauté : intentions, représentations, interprétations

La beauté est un enjeu de taille dans notre société car elle décide en premier lieu de qui mérite au premier coup d’oeil qu’on s’intéresse à sa personne entière, comme pour entrer en boîte de nuit on décide au visuel de votre entrée ou non dans l’établissement. Ce Graal donnant accès à une foule de possibilités amoureuses, professionnelles et sociales, il est non seulement un moteur de l’économie, mais aussi un booster de vie ou un destructeur. Sa force en fait donc à la fois une chose autant convoitée que redoutée, suscitant désirs, jalousie et haine, le pire et le meilleur des sentiments, en tout cas les plus puissants.

Les contes de fée ne s’y sont pas trompés, qui ont mis au coeur de leurs histoires des personnages féminins pour qui la beauté joue un rôle central. Blanche-Neige, que sa marâtre déteste et qui veut sa mort car elle est devenue plus belle qu’elle, Peau d’Ane, qui doit échapper à la concupiscence de son père qui a promis à sa femme mourante de ne se remarier qu’avec une femme plus qu’elle ne l’était et qui ne trouva que sa fille pour répondre à ce critère.

Cette nécessité de la beauté est à la fois intemporel et universel. Tous les contes et mythes du monde entier évoquent forcément une héroïne dont la principale qualité est une beauté qui se voit d’emblée ou qui se révèle après transformation, à la fin des épreuves. Une beauté de laquelle on prend soin malgré tout de ne rien nous dire. Tant mieux, d’ailleurs, car on aurait du mal à la reconnaître tant elle est toujours culturellement marquée, et de ce fait très relative, comme nous le montrent les coutumes et traditions esthétiques des différentes civilisations qui peuvent nous choquer quand on ne les comprend pas, autant qu’on peut les considérer quand on a appris à leur donner du prix.

Mais si tout le monde s’accorde sur l’importance et la nécessité de la beauté chez la femme, encore n’est-elle pas perçue de la même façon selon les rapports qu’on peut entretenir avec elle. Car le corps de la femme et sa sexualité restent des sujets problématiques dans nos sociétés, comme elles le sont depuis déjà des millénaires, depuis la crainte des abus sexuels, du déshonneur familial, du malheur personnel, et plus encore, de la descendance illégitime, en passant par la construction progressive d’une culture misogyne qui semble trouver ses arguments d’autorité dans la religion.

Une femme doit être belle et en même temps, on doit pouvoir savoir pourquoi et pour qui. Une femme doit se faire belle pour une soirée, pour un mariage, un événement, pour aller au travail, et encore plus pour séduire. Dans son milieu familial, dans un environnement où elle est connue et scrutée, il n’est pas rare qu’elle subisse des pressions psychologiques dès lors qu’un soin inattendu ou une élégance marquée ne risque de la faire remarquer plus que de coutume.

En regardant la video d’un rabbin, j’y ai appris que la beauté de la femme était dans ses cheveux, et c’est pourquoi elle refusait de les couper. Car couper ses cheveux, c’était retirer sa beauté. C’est pourquoi elle doit les cacher afin que cette beauté n’appartienne qu’à son mari. Et il en est ainsi pour toutes les religions où le corps des femmes est assez contrôlé pour qu’on veuille le cacher et en réserver l’exclusivité jusque dans sa façon d’apparaître.

Mais il n’est pas besoin de ce cas extrême. Comme dans l’oeil du jaloux, du soupçonneux, de l’âme inquiète toujours blessée, chaque soin que la femme sur laquelle il se croit des droits prend pour elle est un soin qu’elle prend dans une intention contre lui, pour le trahir, l’abandonner, ou le ridiculiser, toutes craintes qu’il porte en lui depuis très longtemps et qu’il plaque sur chaque femme qu’il aime. Elle se maquille ? C’est pour attirer l’attention. Elle choisit de beaux vêtements qui la mettent en valeur ? C’est pour plaire, forcément. Elle s’est payé une nouvelle coupe de cheveux ? Elle est amoureuse de quelqu’un d’autre, c’est sûr.

Rien que sous mes fenêtres, il y a encore quelques jours, deux voix : un garçon, une fille. Il est un peu plus de deux heures du matin et le garçon énervé crie : « Tu as vu comme tu es habillée ? Non mais tu as vu comment tu es habillée ? Si c’est comme ça, va avec quelqu’un d’autre. »A ce moment-là, c’est la canicule : tout le monde « s’habille comme ça », à peu de choses près. Mais bon, là, c’est le corps de la fille avec qui il sort, donc ce n’est pas pareil. Les autres hommes que lui vont la désirer. Il le sait bien d’ailleurs, puisqu’il doit certainement désirer les autres filles, celles qui sont habillées comme ça aussi.

Quant à savoir s’il accepte qu’elles soient habillées comme ça parce qu’elles ont chaud et que c’est leur droit ou parce qu’elles veulent allumer les hommes, c’est ce qui est difficile à savoir. Ce qui est certain, en revanche, c’est que si elle tient à ce garçon, sa liberté de s’habiller reculera dans la suite de leur relation.

Cette peur projetée sur l’autre n’est pas propre au regard affolé que l’homme porte sur la femme, tout regard inquiet et à l’estime de soi défaillante avec une tendance à l’insécurité peut en être porteur. Mais lorsque des préjugés, l’ignorance, la peur et les croyances s’acharnent sur un même sexe depuis des millénaires dans les cultures de la majorité des civilisations, il est beaucoup plus dur pour celui-ci d’y échapper et il en est,  de fait beaucoup plus massivement et impunément la cible.

Et pourtant…Une femme qui manque de coquetterie, on va dire qu’elle se laisse aller, qu’elle se néglige, alors qu’on va l’estimer radieuse sans forcément la désirer si elle prend soin d’elle. Si elle souffre de déprime ou de dépression, ce sera même l’indice grâce auquel son psy et son entourage reconnaîtront qu’elle va mieux, et que la période sombre est derrière elle. C’est pour éveiller les sentiments de plaisir et d’estime de soi qu’on propose depuis quelques temps déjà des séances de mise en beauté dans les hôpitaux pour les femmes atteintes de cancer, afin d’améliorer leur humeur par leur amour d’elle-même, et par là-même leur potentiel de guérison. On les maquille, et le visage triste s’illumine soudain de se reconnaître ou de se trouver belle.

La beauté est donc toujours dans l’oeil de celui qui la regarde, et son sens est bien différent selon qu’on la désire, qu’on en désespère ou qu’on la redoute.

Cet article et cette photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

 

Qu’est-ce que la féminité ?

Une question bien essentielle dans le rapport de toutes celles qui sont nées femmes, – comme ceux qui pensent l’être malgré le choix de la nature – ou cherchent à définir ce qu’ils reconnaissent comme telles pour les aimer, les désirer ou tout autre sentiment dont ils sont porteurs à leur égard. En somme, dans un monde, une société sexuée, c’est une question qui va traverser chacun d’entre nous.

La féminité existe-t-elle, déjà ?

C’est un critère abstrait, à la construction muette et inconsciente, qui se devine au travers des affirmations qui ciblent son absence : « Elle, c’est un bonhomme ! », « Mais toi, je ne te considère pas comme une femme ! » ou même : « C’est un garçon manqué. »Pour autant, ceux qui jugent ainsi, et donc les paroles vont plus vite que la réflexion, sont-ils capables d’en donner une définition claire ? C’est loin d’être assuré !

D’après Georges Vigarello, la nécessité de définir la féminité et d’en accentuer l’altérité semble apparaître avec plus de dureté à la Renaissance, sous l’impulsion des religions. Globalement, c’est ce qui ressort d’ailleurs : la nécessité de bien séparer ce qui relève du masculin et du féminin est poussé jusqu’à l’absurde dans les sociétés humaines où on a besoin de contrôle. Dans la nature, le masculin et le féminin ne se vivent pas en dehors de la nécessité de la reproduction.

Dans la civilisation, la définition des sexes passe par l’oeil collectif qui décide plus ou moins volontairement d’une fourchette normative dépendante du niveau d’éducation moyen et de l’avancée des mentalités dans la population. Ce sont eux qui fixent un spectre plus ou moins élargi de tolérance à ce qui a tendance à vouloir sortir du cadre. Car à l’échelle individuelle comme à l’échelle collective, la féminité, c’est ce qu’on connaît, accepte et qu’on a intégré comme le féminin dans le cadre d’une société précise, et ce qu’on soit homme ou femme. Bien sûr, cette interrogation sera plus poussée chez la femme puisqu’elle devra vivre avec les enjeux que cela veut dire, affrontant ou exploitant la définition normée pour trouver sa place dans le monde, décidant soit de se conformer, de ne pas choisir, ou de lutter pour imposer un autre modèle dont elle se sent porteuse.

La féminité apparaît donc plutôt comme du féminin perçu en société dont une définition objective ne peut d’emblée exister – malgré l’expression réductrice »l’éternel féminin » – car elle est strictement subjective et soumise à la relativité. En ce sens, aucune définition tyrannique, décidant de ce qu’est, ce que doit être une femme ne doit jamais être prise pour une vérité. Et le mot féminité ne devrait ce concevoir qu’avec un déterminant possessif : »ma féminité », « sa féminité », « leur féminité ».

Une féminité personnelle, donc, qui se construit d’abord sans mots, sans définition, juste en réaction à l’image que nous en renvoient les premières femmes de notre environnement : les femmes de la famille, les voisines, toutes celles que l’on voit passer dans son cercle. Ce qui fait que l’on reconnaît comme un archétype comme représentant la féminité est de construction tellement ancienne et inconsciente qu’il est rare de pouvoir en retrouver l’origine. Logiquement, néanmoins, la figure maternelle est celle à laquelle on est le plus exposé dans la durée pour pouvoir la projeter en positif ou négatif dans une future construction sexuée de soi ou de l’image de l’autre.

Plus tard, la place des icônes joue également chez les jeunes femmes un rôle non négligeable dans l’invention de l’image physique de leur féminité. C’est ce qui va transformer une petite fille ordinaire en pin up, gothique, lolita, sosie de chanteuse de R’n’b jeune fille sage et bien coiffée ou n’importe quel autre modèle possible aperçu en société. Une phase exploratoire essentielle qui peut s’avérer très créative et décider parfois d’une image de soi pour la vie entière, comme on peut le voir au travers de vieilles dames qui continuent de s’habiller, se maquiller et s’épiler comme à l’époque de leur jeunesse, où se construisait leur image d’elle-même.

Mais en réalité, la construction de notre image de la féminité est tellement inconsciente – quand on n’est pas soumis à des lois religieuses qui les édicte, mettant l’accent à chaque instant la notion de différence – qu’on les perçoit surtout dans la confrontation avec la conception de la féminité des autres : port du voile, de la perruque des femmes religieuses juives et musulmanes, la jupe obligatoire dans ces communautés, le rapport à l’image du corps et ce qu’on peut en montrer quand on est une femme, la nature des occupations dites féminines et de ce qui paraît relever du masculin ou du féminin dans les croyances, préjugés, un imaginaire collectif ou un groupe social donné. D’autres éléments évidemment : la taille des cheveux, la coiffure, le maquillage, les vêtements, les bijoux, les attitudes générales, etc.. Une image qu’on peut aussi étendre aux autres cultures, avec l’hyper sexualisation slave, les cheveux extrêmement longs et les bijoux des Indiennes, etc. et qui nous confrontent à celle que nous renvoyons.

Car au final, c’est ça : le simple fait d’être une femme ou d’accepter l’autre comme une femme, cela seul contribue à notre image de la féminité. Plus nous en avons une vision élargie et plus celle-ci sera riche et éclatée en multiples facettes. A l’inverse, plus nous en avons une image étriquée et plus celle-ci sera pauvre et cloisonnée dans un espace restreint qui contribue à cibler les différences et faire perdurer des inégalités qui rassurent certains mais qui oppriment les autres.

La féminité, c’est toujours et jamais plus que ce que vous en faites, ce que nous en faisons.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Comment sentir un parfum antique ?

Cet article et cette photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Reflet de Cythère (12)

Reflet de Cythère, c’est un texte, une poésie, un fragment qui permet de nous rapprocher de l’image que les Anciens se faisaient de leur déesse de l’Amour. J’écris les Anciens, mais en 5 ans de ce blog, j’ai aussi mis des modernes, des païens contemporains, tant il est vrai que les figures divines ne meurent pas.

Aujourd’hui, cité par Stobée dans son Florilège, c’est le grand Sophocle, auteur, au V ème siècle avant notre ère, des plus belles tragédies de l’Antiquité – dont Oedipe et Antigone, son incorruptible fille, qui va nous chanter la belle et terrible déesse de l’Amour. Un rôle qu’elle tient bien souvent chez les poètes et les philosophes, l’Amour étant vu comme une nécessité douloureuse apportant bien plus de malheur et de destruction que le bonheur qu’on vient y chercher.

Sophocle lui-même, au-delà des pièces à la perfection formelle que les Alexandrins ont bien voulu nous laisser intacts, fut un homme qui s’y brûla les ailes et dont la personnalité sensuelle s’est plutôt révélée dans les fragments conservés par d’autres auteurs.

Dans la Couronne et la Lyre, Marguerite Yourcenar précise même : « Vieillard, il se félicita d’être débarrassé du désir comme d’un tyran sauvage. » Une expression qui paraît n’avoir été que figures rhétoriques puisqu’il s’éprit dans cet âge de deux courtisanes, prouvant bien quà la fin, c’est toujours « Cypris » qui règne.

PUISSANCE DE L’AMOUR

« ..L’Amour, ô doux enfants, n’est pas rien que l’Amour.

On l’adore partout sous mille noms divers.

Il est la Mort, il est la Force impérissable.

Et la démence et le désir inguérissable.

Il est la Plainte. Il est activité et calme, 

Et violence..Et en tout lieu, dans l’univers, 

L’âme vivante et respirante le reçoit

Et se soumet, aussi bien le poisson qui erre

Dans l’océan, que le quadrupède sur terre; 

Pour les oiseaux et pour la bête carnassière, 

Pour l’homme, pour les dieux immortels, il est Loi.

Quel lutteur devant lui  n’a mordu la poussière, 

Fût-il divin ? S’il est permis, comme il se doit, 

De dire ce qu’il est, il dompte Zeus lui-même, 

Sans se servir du glaive. A chaque stratagème

De l’homme, à chaque plan des dieux, il fait échec, 

Et Cypris règne seule… »

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Parfums antiques du Labo

Cet article et cette photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.