Mois: janvier 2015

Bêtes et sexualité dans les contes de fées

Depuis son apparition, la civilisation n’a cessé de produire des histoires pour générer du sens et du social, et selon la période de son apparition, la façon de les raconter va d’un collectif à un collectif puis d’un individuel à un individuel. Mythes, contes et légendes étaient en effet les récits collectifs et primitifs, sans auteurs et oraux qu’on a mis par écrit par la suite, sans doute pour ne pas les perdre. Romans, nouvelles, poésies sont en revanche des histoires écrites par un auteur pour le plaisir d’un lecteur individuel.

Détail ? Non, différence fondamentale, au contraire. Car le récit d’un auteur va de la culture de cet auteur à celle d’un lecteur au moyen d’une culture commune mais pas obligatoirement.  Le récit traditionnel d’une civilisation va d’un groupe d’individus plus large vers une universalité d’êtres humains via une culture visant l’humanité qu’on appelle les symboles. Cette façon de raconter des histoires est aussi universelle qu’intemporelle. Quand le récit d’un auteur est daté, le mythe inscrit son empreinte au coeur d’une identité avec laquelle nous sommes nés et avec laquelle nous mourrons : celle de l’humanité, même si celle-ci se raconte dans des mythes apparemment localisés et dont sont nés différentes civilisations.

Et les bêtes dans tout cela ?

Si, à peu de choses près, elles sont absentes des récits individuels, en revanche elles envahissent les récits traditionnels et les cauchemars des enfants dans une ressemblance qui n’est pas le fruit du hasard. Et comme les récits traditionnels sont différents selon qu’ils concernent l’individu en tant que membre d’une collectivité dont les membres sont unis par une identité commune ou en tant qu’être mortel et sexué dans un environnement social,  le symbole de la bête, bien que stable dans sa globalité, diffère d’un de ces types de récits à l’autre.

– Le récit traditionnel d’une collectivité qui revendique une identité culturelle, c’est le mythe. Sa particularité est d’être à la fois collectif et local. Collectif parce qu’on y retrouve les mêmes motifs sur tous les continents : la création du monde, les héros à la naissance exceptionnelle, les monstres et démons, les catastrophes naturelles suite à la colère des dieux, etc. Local parce que du mythe de la Création écrite dans la Torah ou Ancien Testament à celui du Mâhabhârata, ces récits sont locaux et ont fondé des identités, des unités géopolitiques ou sociales.

Dans ce cas-là, la bête, le monstre, ce sont les forces du Chaos, ce qui fait obstacle à la civilisation à créer ou qui a été créée. Le héros des mythes est toujours un héros civilisateur, un conquérant qui fonde sa royauté sur sa victoire contre le dragon, l’Hydre de Lerne, le démon du lieu – Humbaba de l’épopée de Gilgamesh, Râvana du Ramayana -. La Bête, le démon, pour les Chrétiens, ce sont les représentations de ce qui fait s’écarter du chemin de Dieu : tentations, luxure, plaisirs individuels sans retenue. Si les hommes s’y abandonnent en masse, ils menacent la civilisation qui a besoin de règles pour perdurer. L’Homme, qui s’est pensé comme un être sorti de la condition animale pour s’élever plus haut, craint de retrouver un ancien état qu’il sait avoir connu : celui, naturel, de la créature plutôt que du créateur.

– Le récit traditionnel d’un individu mortel et sexué en société, c’est le conte. Le conte ne fait pas du lien identitaire mais permet à chacun de prendre sa place au sein de la société. Et au coeur de celle-ci, il peut être garçon, fille, se sentir stupide, être le dernier de la fratrie, toutes choses qui peuvent le faire se sentir misérable. Pour chacune de ces personnes, explique Bruno Bettelheim, le conte encourage à prendre sa vie en main et à ne pas craindre l’issue malheureuse. C’est pourquoi chaque conte se termine bien. Il est le récit de la sagesse populaire des anciennes générations, des aînés qui guident les plus jeunes dans les différentes étapes de leur vie.

Dans ces récits-là, la bête, c’est bien souvent la sexualité, la vie sexuelle redoutée des toute jeunes filles qu’on a éduquées dans la peur du  » démon de la chair » auquel elles devaient ensuite se soumettre par devoir conjugal.

Or, comment passer de la peur et du dégoût au plaisir ?

Les contes savent raconter ces histoires là où les mères n’y arrivaient pas. Et ces histoires de princes qu’un mauvais sort a transformés en bêtes que l’acceptation de la jeune fille permet d’anéantir ne sont pas autre chose que les récits d’une initiation qui va de la peur et du dégoût de l’acte sexuel appréhendé comme une violence et une barbarie qui se transforme progressivement en un des ciments du mariage, également apprécié par l’un et l’autre des époux. Ce schéma permet à la fille d’être rassurée en voyant que toutes les autres ont éprouvé la même crainte qu’elle et que ce problème finit par se résoudre.

Et si nous avons oublié cet aspect de la bête dans les contes, le langage populaire perpétue cette tradition de parler d’un animal pour ne pas parler de sexe dans une expression telle que  » voir le loup », souvent réservée à une jeune fille déniaisée…

Le lien entre la bête des mythes et celle des contes ?

Dans tous les cas, les bêtes représentent les forces pulsionnelles et inquiétantes dont la puissance risque de nous détruire, qu’on soit individu ou société, et que l’enfant perçoit inconsciemment sans les identifier – et que nous percevons aussi – dans les cauchemars.

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Aphrodite la généreuse

Aphrodite est une déesse ambivalente au caractère réputé effroyable : https://echodecythere.com/2014/05/28/aphrodite-la-terrible/, et ce d’abord parce qu’elle nous impose l’amour. « Aphrodite est cruelle en nous forçant d’aimer.« , dit Sappho.

Elle est déesse de l’Amour et de la Beauté, mais lorsqu’elle se venge, on ne dirait jamais que la beauté, l’amour, la douceur sont ses caractéristiques. Un dieu, une déesse, pour une société pré-scientifique, c’est une cause, la cause invisible des actions des Hommes, celle qui les conduit au génie stratégique, aux arts, à la guerre, l’amour, la folie, la mort. Mais ce sont aussi des identités, des amitiés, des inimitiés, des amours, des actions parfois incompréhensibles et ambiguës. Justement, de façon très étonnante, Aphrodite sait être généreuse.

Sa générosité, c’est d’abord celle de sa nature. La déesse de Cythère s’éprend facilement, et des déesses, elle est la seule qui se soit autant offerte aux dieux ou aux mortels. Et si la mythologie nous raconte comment Zeus l’a fait s’éprendre d’Achise dans un sort auquel elle n’a pu échapper, ses autres amants ne semblent pas lui avoir été imposés par la volonté d’un dieu.

En revanche, les mythes nous racontent qu’Héphaïstos avait créé un filet pour emprisonner Aphrodite et Arès dans le lit accueillant leurs ébats pour exposer les deux adultères aux dieux de l’Olympe. Contre ce qu’il désirait, on se moqua de lui et les dieux envièrent Arès, disant que si le prix à payer pour être l’amant d’Aphrodite était d’être emprisonné dans le filet, ils voulaient bien risquer cette humiliation. Qui dit cela ? Trois dieux : Hermès, Poséidon et Dionysos. En récompense de leurs propos galants et leur admiration, Aphrodite conçut Hermaphrodite avec Hermès, Rhodos avec Poséidon et Priape avec Dionysos. C’est dire si elle sait accepter un compliment !

D’autres dons, d’autres actes généreux furent offerts aux mortels par la déesse. Elle sauva Boutès, marin faisant partie de l’équipage de Jason parti à la conquête de la Toison d’Or. Attiré par le chant des Sirènes, il plonge et manque se noyer. Aphrodite le ramène en Sicile dont il devient le roi et lui donne deux enfants.

Mais l’histoire la plus connue parce que la plus réadaptée dans d’autres arts est celle de Pygmalion, sculpteur célibataire endurci tombé amoureux de la statue qu’il réalisait. A cette statue, la déesse va donner vie comme une mère ferait un cadeau d’exception à un enfant prodigue revenu repentant dans le giron de la loi maternelle. Pygmalion acceptant enfin l’amour et en subissant toutes les souffrances, Aphrodite lui permet de le goûter jusqu’au bout avec la belle Galatée, femme de marbre qu’il avait créée devenue femme de chair qu’elle a animée.

Cette figure maternelle, qu’on lui concède rarement à cause de sa fonction sexuelle, est pourtant celle qu’elle adopte le plus volontiers avec les mortels, n’hésitant pas à intervenir pour protéger ses fils lors de la Guerre de Troie, mais aussi sous la forme inattendue d’une vieille femme, laissant penser comme Socrate, qu’il existait deux Aphrodites, l’une ancienne et spirituelle inspirant l’amour éternel, et l’autre plus jeune et superficielle, inspirant l’amour physique.

Ainsi, pour honorer la parole qu’elle a donnée à Pâris de lui permettre de posséder Hélène, la plus belle femme du monde, c’est sous cette forme qu’elle apparaît dans le palais de Priam pour ranimer le désir vacillant de la belle pour celui qui l’a séduite. Car depuis que Grecs et Troyens se font la guerre, Hélène a revu son premier époux, est prise de remords et commence à regretter son ancienne vie d’autant plus facilement qu’Héra et Athéna, du côté des Grecs, tentent d’infléchir son coeur en faveur de son ancien mari Ménélas. Mais Aphrodite veille. Troie sera en flammes plus facilement que la déesse ne manquera à sa parole.

C’est encore sous cette forme qu’elle fait son don le plus surprenant et le plus désintéressé des mythes qui la concernent. Passant par Lesbos, la célèbre île où vécut Sappho, elle emprunte la barque d’un vieux passeur pauvre mais généreux. Croyant que l’aspect misérable de la déesse était dû à sa vieillesse et à sa pauvreté, il décide de ne pas la faire payer. Aphrodite, reconnaissante, lui offre un baume magique lui rendant jeunesse et beauté. La légende raconte que c’est par amour pour lui, Phaon, que Sappho, pourtant peu attirée par les unions hétérosexuelles, s’est jetée d’une falaise par dépit amoureux. Il se dit que la déesse l’aima aussi.

Nos sociétés n’ont plus de déesse de l’Amour et de la Beauté à laquelle ils croient pour comprendre par une culture et des symboles cette partie fondamentale de leur existence qui se verra, au pire exposée vulgairement, au mieux gardée secrète en le coeur de chacun, ou confiée à l’oreille d’un membre du corps médical.

C’est pourquoi, lecteur, lectrice, toi qui as si souvent connu Aphrodite sous son aspect terrible et qui en as gardé le souvenir douloureux, songe pour une minute à Aphrodite la généreuse en te rappelant et honorant tout ce qu’elle t’a donné.

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Seins et symbolisme

Spécificité du corps féminin, caractère sexuel secondaire qui, paradoxalement prend la première place par sa visibilité bien qu’il soit couvert, le sein, de toutes les manières qui lui sont possibles, occupe bien souvent l’espace principal du rapport homme-femme.

Les seins apparaissent chez la femme à la puberté, comme le reste des autres caractères sexuels secondaires, mais celui-ci, contrairement aux autres – les poils, qu’on peut épiler, les règles, qui ne se manifestent que 5 jours par mois – s’installe aussi bien dans la durée que dans la contrainte.

Car les seins paraissent libres, poussant comme ils le veulent, en taille, en forme, apparaissent selon des lois génétiques et hormonales se déclarant soudainement et évoluant selon des changements hormonaux ou relatifs à d’autres causes pas toujours identifiables et qui peuvent laisser perplexes. En bref, ils semblent mener leur propre vie sur le corps de la femme, comme ces parasites qui colonisent d’autres espèces pour pouvoir vivre, occasionnant parfois des gênes, des douleurs, et, parce qu’ils sont également une zone érogène, le plaisir et l’excitation.

Ils sont si contraignants, si envahissants, si puissants qu’ils exigent même un appareillage, un vêtement, qui leur est réservé pour pouvoir les dresser, les sangler et les contraindre à plus d’obéissance et de discrétion !

Mais ce ne sont pas les seuls problèmes qu’ils génèrent, car apparaissant à un âge où les idées de séduction, de désir et d’identité, commencent à émerger, ils ont le pouvoir d’occasionner bien des complexes selon qu’une jeune fille se voit dotée bien malgré elle d’une poitrine conforme à ce que les autres désirent ou non. Trop petite, on se moquera d’elle, trop grosse, on se moquera également d’elle et elle attirera bien souvent des comportements grossiers d’une violence d’autant moins certaine qu’elle se prétendra souvent involontaire. Un sein frôlé, n’est-ce pas un petit plaisir que certains s’offrent hypocritement, à peu de frais, se retranchant derrière l’accident ?

Ainsi, en plus d’être des parasites, les seins sont les éclaireurs à  l’avant-poste de la vie sexuelle, laissant deviner sa part violente et pulsionnelle qu’il faudra cerner et maîtriser avant de pouvoir la vivre sereinement. Car les seins, de par leur position comme de leur fonction initiale destinée à nourrir l’être à qui on a donné la vie, nous projettent hors de nous-mêmes, dans cette arène désirante que constitue le monde.

Et dans ce monde d’hommes où la femme est l’objet du désir, les seins ont la première place, créant des inégalités entre celles qui en ont et celles qui n’en ont pas, celles qui en ont de gros, celles qui en ont de petits, celles qui sont inhibées, celles qui ne le sont pas, tournant la roue du destin dans un sens inattendu, révélant à certaines leur pouvoir, à d’autres qu’elles n’en ont pas, et donnent l’idée aux plus ambitieuses et limitées à leur enveloppe physique, d’en acquérir de plus gros. Comment s’en étonner quand certaines publicités pour la lingerie, entre autres, cachant le visage du mannequin et se focalisant sur la poitrine pour une meilleure identification, symbolisent à merveille le rapport que la société entretient vis-à-vis des femmes, c’est-à-dire avec leur corps plutôt qu’avec leur esprit, ce corps muet sur lequel projeter tous ses désirs ?

Cette réduction, assez courante pour finir par devenir inaperçue est donc logiquement autant ce qui aliène la femme au désir que ce par quoi elle va pouvoir manifester son pouvoir, sa colère et sa contestation dans la langue où on a le plus envie de l’entendre, c’est-à-dire l’exposition de son corps. En mai 68, les femmes brûlaient leur soutien-gorge dans un rituel destiné à brûler également toute entrave faisant de la femme un être aliéné. Dans les années 70, une femme se promenait dans les rues de Paris, les seins enfermés dans une boîte, proposant à des hommes inconnus de les caresser, montrant combien le corps de la femme était un objet. Seuls nos seins vous intéressent ? Et bien, c’est désormais eux qui parleront, semblent dire au monde les Femen, féministes activistes dont les seins sont les pancartes sur lesquelles elles inscrivent leurs revendications.

Ainsi, les seins, lieu de notre faiblesse et de notre aliénation, savent aussi devenir lieu de notre pouvoir et de notre révolte.

Ce pouvoir, c’est aussi celui de participer à la nature quand une femme décide d’allaiter ou de revendiquer sa liberté quand elle choisit à l’inverse de ne pas le faire, mais aussi de le faire en public, comme la nature le lui permet et comme la société ne l’accepte plus. Car à force de les avoir érotisés, exposés dans un but d’excitation purement sexuel depuis que la Renaissance a adopté le point de vue hédoniste des Grecs de l’Antiquité, les seins dénudés ne signifient plus désormais, dans nos vies où ils sont à vendre, ce don de l’amour et de la vie offerts à un nouvel être tel que le Moyen-Age en avait l’habitude dans les représentations de Vierge à l’enfant.

Logique alors qu’ils soient le lieu de tous les paradoxes, clivages, oppositions et révoltes. Les seins sont donc les contestataires qui remplissent nos soutien-gorge, des bombes sociales qui ne se désamorcent que dans la maturité de la relation apaisée d’une femme avec elle-même, dans toutes ses dimensions physiques et spirituelles – qu’elle peut découvrir parfois à la suite d’une ablation – mais aussi avec le monde, quand celui-ci accepte qu’elle soit aussi autre chose qu’une belle femme : une belle personne.

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Hystérie des genres et de la beauté

Si nous posons les questions du type :  » Qu’est-ce qu’un homme ? » ou  » Qu’est-ce qu’une femme ? », nous pouvons être surpris par les réponses pouvant être données, car elles excèdent facilement la réalité prosaïque du dictionnaire qui désigne l’homme comme un être humain de sexe masculin et la femme comme un être humain de sexe féminin pour atteindre fantasmes et abstractions, croyances parfaitement subjectives.

Dans certains groupes religieux fondamentalistes où les femmes ne doivent pas s’habiller en hommes et les hommes en femmes, pour ne pas déplaire à Dieu, un homme peut être perçu comme un individu en pantalon et une femme comme un individu en jupe et ce même si porter un pantalon n’empêche ni à une femme d’avoir un vagin et d’être enceinte et que porter une jupe pour un homme ne parviendra jamais à l’émasculer. Si c’était le cas, combien éviteraient l’opération et choisiraient cette méthode simpliste !

La même confusion règne lorsqu’on parle de beauté. Ce qu’on définit comme la beauté peut concerner l’harmonie des traits, des courbes d’une personne mais aussi d’un paysage, d’une oeuvre d’art, qu’elle soit architecturale, picturale, des sons pour une oeuvre musicale, etc. Ca, c’est le point de vue philosophique. Au quotidien, dans la vie en société, la beauté est aussi l’ensemble des pratiques esthétiques qui vont des soins cosmétiques à l’habillement en passant par la coiffure, la coloration, le maquillage, les bijoux, tous ces ornements réservés depuis l’Antiquité à l’univers féminin et auquel nous restons attachés, à quoi s’ajoute désormais les pratiques de chirurgie corrective.

De la reine à la caissière, la plupart des femmes affirment et revendiquent par leur coquetterie un éternel féminin qui passe par les accessoires, ornements et mises en scène que la civilisation lui a fait porter et prendre pour son apanage depuis des millénaires et dont les magazines, revues et autres défilés et exhibitions perpétuent la tradition en la renforçant toujours un peu plus.

Une femme est-elle un individu en jupe ? Oui, disent les fondamentalistes. Non, disent les occidentaux modernes, laïcs et urbanisés, elle ne porte pas forcément de jupe si elle trouve de beaux escarpins, maquillages, bijoux ou autres accessoires qui féminisent sa tenue.

Conditionnés à penser cela, nous le pensons, et c’est comme cela que nous l’aimons et c’est normal. Intégrer, accepter et se reconnaître dans les codes de société est logique, légitime et même nécessaire. Néanmoins, ça ne change rien au fait qu’objectivement et d’une manière très simple, un homme reste essentiellement un individu de sexe masculin et une femme un individu de sexe féminin et rien de plus, même si dans les psychismes, les choses savent se rendre plus compliquées.

Ces croyances et codes sont si bien ancrés que lorsqu’on veut tenter de communiquer aux extra-terrestres ce qu’est notre espèce, comme on l’a fait sur la plaque Pionner, nous avons la bonne idée de représenter un homme et une femme nus, donc dans la réalité objective de ce qu’ils sont, mais il faut d’abord qu’ils soient de type européen, que l’homme soit actif, engageant et porte les cheveux courts, la femme passive et porte les cheveux longs. La plaque conserve donc des éléments artificiels et des codes de société qui ne définissent pas l’homme et la femme au sens strict mais qui se sont agglutinés à eux, faisant presque croire à leur réalité objective dans la définition des genres !

Il est vrai qu’en société, ces différenciations culturelles, ce surjeu des genres nous semble bien plus acceptable et agréable que la réalité qui fait de la femme un être au sexe rentré, doté de seins et à la graisse localisée sur le bas du corps et de l’homme un être au sexe sorti, doté de poils sur le visage et le torse, et à la graisse localisée sur l’abdomen.

Quand nous voyons des reportages sur certaines sociétés tribales où hommes et femmes vivent nus et là se situent leurs différences, est-ce la nudité qui nous choque ou bien ce miroir sans complaisance de la réalité que nous cachons derrière nos vêtements et accessoires d’hommes et femmes civilisés ?

Et quand il nous arrive de rencontrer un travesti et que nous le scrutons avec intensité, avec ce sentiment que quelque chose cloche, est-ce vraiment par lui que nous sommes choqués ou par le miroir qu’il nous tend ? Parce que lorsqu’on y regarde bien, sauf en ce qui concerne les seins qui sont une spécificité féminine facilement imitable dans une société qui les cache derrière des vêtements, un homme ne peut se déguiser en femme que par une condition essentielle et que chacun semble avoir oubliée : c’est qu’elle est elle-même déguisée en femme. Les choses réelles et essentielles qui font la femme, tant qu’il n’en est pas doté, l’homme ne peut les imiter.

En Occident et dans les sociétés très civilisées, que nous le voulions ou non, la beauté et la féminité sont des rôles d’interprétation, un histrionisme devenu tellement normal que ne pas y céder correspond presque à perdre son sexe. Car celui-ci est bien mieux représenté par les signes extérieurs et artificiels qui pourtant le dissimulent que par sa réalité, finalement embarrassante, apanage grossier des sociétés tribales qui vivent nues et qui seules peuvent encore l’accepter comme il est.

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