Beauté et histoire

Dans Le labo de Cléopâtre

Aujourd’hui, je vous fais entrer dans le Labo de Cléopâtre, pour vous en faire découvrir tous les aspects, car si la démarche est claire pour moi, il est possible qu’elle soit un peu nébuleuse pour vous.

Le Labo de Cléopâtre, c’est d’abord un blog, que vous suivez parfois, que vous découvrez par hasard d’autres fois. Son nom n’est pas un hasard, car il est né après que j’aie reproduit un cosmétique de la grande reine d’Egypte à partir d’une recette des fragments restants du Kosmètikon, le livre de cosmétiques perdus de Cléopâtre. Je décidai à ce moment-là d’étudier les recettes de beauté de la dernière reine d’Egypte. Mais, soyons honnête, beaucoup sont répugnantes, impossibles à réaliser ou bien contiennent des produits toxiques. Les recettes de Cléopâtre qui nous restent sont trop peu nombreuses et ne sont pas parlantes si elles ne sont pas contextualisées.

  • La base du Labo, c’est donc la recherche. Les livres, les auteurs anciens des genres les plus variés -histoire, botanique, poésie, médecine, compilation, histoire naturelle- sont à la base de toute mon enquête et ma démarche de reconstitution de parfums et cosmétiques antiques. Chez moi, pas de spectromètre de masse, pas de chimie pour analyser le contenu d’un flacon retrouvé. Formée à la recherche en littérature, c’est par le biais des auteurs antiques et des chercheurs modernes sur le sujet que je travaille, dont une grande partie est numérisée dans les bibliothèques spécialisées.Recherche cosmétiques antiques
  • Le Labo, c’est aussi une sorte de bibliothèque-musée : celle des matières premières utilisées dans l’Antiquité, quand elles sont encore trouvables. On trouve ainsi toutes sortes de résines, de racines, de fleurs, d’épices, d’écorces qu’on trouvait autrefois pour créer des produits parfumés. On trouve aussi des huiles spécifiquement utilisées dans l’Antiquité, pour faire les parfums huileux. C’est presque un petit musée, et comme dans un musée, en tant que conservatrice, je rêve de quelque pièce rare que je pourrais récupérer et pense à celles que je possède et qui ne sont pas exactement identiques à celles de l’Antiquité. Et comme dans un musée, le préjugé qui fait des lieux de conservation des lieux morts est faux : la bibliothèque-musée du Labo, ce sont des acquisitions et donc un passé, et beaucoup de désirs et projets, donc un avenir.

Par contre, comme ce n’est pas un musée accessible au public mais fermé comme une bibliothèque privée, c’est un gros bazar dans lequel moi seule me retrouve et où je n’ai pas pris le temps de mettre une seule étiquette sur les bocaux et où beaucoup de choses sont dans leur emballage d’origine. J’aime penser et créer plus que ranger, j’avoue.IMG_5568

  • Mais le Labo de Cléopâtre, c’est surtout un labo, c’est donc un lieu où sont réalisés et testés toutes sortes de cosmétiques et parfums, ceux que je peux proposer à la vente et ceux que je ne peux pas proposer mais que je réalise malgré tout dans le but de recherches et d’acquisition des savoir-faire. En effet, la transmission des gestes n’étant plus possible, c’est en faisant, refaisant, réfléchissant sur ce qui se passe et pourquoi ça se passe que la compréhension est possible. Car il ne faut pas oublier que dans les choix de certaines techniques, il y a toute une histoire de possibilités et d’impossibilités qui se raconte en creux mais qui n’ont jamais été écrits dans les livres. IMG_5152

C’est pour cela que chez moi, il y a des parfums huileux dont la technique a été donnée dans l’Antiquité et que j’ai réalisés patiemment pour la connaissance mais qui sont trop coûteux et fastidieux à réaliser par rapport à l’utilisation des huiles essentielles qui a été une révolution dans l’histoire de la parfumerie. Sauf que, rigoureusement, l’utilisation de la distillation n’est pas historique. J’ai ainsi un parfum antique dont la recette a été suivie à la lettre et dont le parfum de roses est le meilleur que j’aie jamais senti (au premier plan).

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Malheureusement, un blog ne véhicule pas d’odeurs, donc vous n’en saurez pas plus.

  • Enfin, le Labo de Cléopâtre, c’est aussi une boutique Etsy où je vous propose des parfums qui existaient dans l’Antiquité mais d’une forme moins connue que ceux que nous connaissons actuellement et qui, pour certains, ont même été oubliés, comme c’est le cas des parfums en poudre dont je retrouve encore l’évocation dans les livres du XIX ème siècle mais qui ont progressivement disparu des ouvrages sur les parfums antiques. Un parfum sous forme de poudre de végétaux, un encens, ça ne laisse pas de trace au niveau archéologique : résines et plantes, issues de la nature, retournent à la nature une fois en terre, et y disparaissent sans un bruit, sans une preuve de leur passage.

A quoi ressemble la réalisation d’un parfum antique ?

A de la cuisine : je travaille au couteau, au mortier, à la cuillère, à l’huile, au sel, aux aromates, et une fois que le tout est fini, j’ai beaucoup de vaisselle ! Et comme en cuisine, le travail manuel peut parfois être très long !IMG_5102

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J’utilise quand même le mixeur pour les cas les plus compliqués comme le Détergent de Cléopâtre.

Je travaille masquée pour que les particules n’attaquent pas mon système respiratoire à l’usage, et aussi parce que j’ai un terrain allergique -les choses sont vraiment mal faites-!

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Bonne découverte de mon projet, de mon atelier-de « ma tour », comme dit Sophie-.

Pour découvrir les produits de ma boutique

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Hymne national à la Vénus de Milo

Comme d’autres statues classiques d’Aphrodite, la Vénus de Milo tient le rôle d’ambassadrice du pays qui l’a recueillie. De fait, le Louvre, notre musée national, lui doit une grande part de sa fréquentation puisque avec la Joconde, elle est l’oeuvre d’art la plus admirée et pour laquelle on vient du monde entier. Ce pouvoir, comme les autres statues d’Aphrodite, elle le doit à sa beauté, à son corps nu, à son érotisme qui irradie et permet à l’admiration qu’on éprouve pour elle de se transférer au reste du pays auquel son image est associée.

Statues de la déesse de la Beauté, la Vénus d’Arles, l’Aphrodite de Cnide, la Vénus du Capitole suivent toutes des destinées semblables dans lesquelles, telles des Miss avant l’heure, elles sont les meilleures représentantes éternelles d’un lieu, leur plus prestigieuse publicité.

Pouvoir de l’oeuvre d’art, me direz-vous. Et pourtant, dans les autres oeuvres d’art, pour peu qu’elles ne représentent pas une déesse de la beauté nue ou à demi-nue, ce « pouvoir de l’art » ne se manifeste pas à un tel degré ou n’a pas les mêmes conséquences.

Au XIX ème siècle, le nationalisme – né de modernes conceptions scientifiques, malgré ce qu’on voudrait nous faire un peu oublier – s’étalait sans complexes car vierge encore des atrocités commises pour sa cause au milieu du XX ème siècle et depuis lors. Il n’hésitait pas alors à employer l’art et la beauté pour servir son propos et diffuser innocemment ses idées de supériorité, comme le faisait l’architecte Prosper Morey en 1867 dans son hymne à la Vénus de Milo dans un petit ouvrage consacré à la célèbre statue.

Hymne à la Vénus de Milo

Déesse plus admirable aux yeux des hommes que Vénus ne le fut jamais au regard des dieux, qui donc es-tu ? Quel artiste a pu te faire si noble et si belle ? Es-tu Vénus Victrix? Vénus Anadyomène ? Une Muse ? Ou la compagne du dieu de la guerre, l’entourant de tes bras amoureux ?…

Tu es tout cela à la fois, et plus encore; car, si j’en crois mon âme, tu es la Grèce antique, la Grèce d’Homère, de Phidias et d’Appele, traçant sur une table d’airain ta merveilleuse histoire. Tu es l’emblème de la grâce, de la poésie et des beaux-arts, le palladium sacré sous l’égide duquel fleurissent les nations; ta patrie est désormais la France, cette fille bien-aimée de la Grèce immortelle : la France seule est digne de te posséder, ô déesse, et de brûler à tes pieds l’encens dû à ton adorable beauté !

On ne le fait plus aujourd’hui. Regardez, on le faisait hier, et on le fera peut-être demain. N’oubliez pas, alors, de conserver votre sens critique.

(Photo à la Une : Charlie Chaplin. Scène du Dictateur)

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Cléopâtre sentait-elle le bitume ?

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Beauté et enjeux politiques

Par delà les questions de programmes politiques, les campagnes houleuses, les scandales financiers qui agitent les personnalités politiques en cette ère de changement, la beauté – qui pourtant ne fait pas de bruit et sait se faire oublier – s’invite plus que jamais dans les enjeux.

Certes, depuis longtemps déjà, beauté et pouvoir politique sont indissociables, les premiers accessoires destinés à embellir – plumes, bijoux, vêtements ornés, etc – ont d’abord été réservés aux gens de pouvoir qu’ils permettaient de singulariser. En France, Louis XIV avait inscrit dans le train de vie de sa cour, ses costumes, sa façon d’apparaître et de se comporter, une exigence de représentation dans laquelle seule la beauté, l’excellence avaient leur place. Bien sûr, cela existait avant lui, même si cela atteignit des sommets avec ce monarque.

Les grandes maîtresses royales, choisies avant tout pour leur beauté, ont fait les grandes heures de l’histoire de la peinture et ont été les meilleures publicités des souverains de leur vivant, mais aussi bien au-delà. Dans l’oeil du grand public, d’ailleurs, la mémoire des souverains reste bien plus vivement attachée à leurs belles maîtresses qu’aux grands actes et décisions de leur règne. Les émissions de vulgarisation historique de grande écoute ne s’y trompent pas quand elles décident d’insister sur ces femmes qui n’ont eu d’influence avant tout que par leur beauté et leur attrait sexuel sur le souverain. Beaucoup ont été des instruments politiques, comme la Pompadour, instrument du retour en grâce de quelques proches auprès de Louis XV, ou Maria Walewska qui fut la maîtresse de Napoléon Bonaparte avec l’accord de son mari et surtout le devoir de « sauver la Pologne ».

Un peu plus près de nous dans le temps, la beauté de Grace Kelly a permis de donner un rayonnement international à une principauté dont le centre politique tient uniquement sur un rocher : Monaco.

Que les hommes les plus riches et les plus influents épousent les plus belles et s’en fassent un ornement n’étonne personne. Nicolas Sarkozy n’est, par exemple, pas peu fier d’avoir épousé un des mannequins les plus célèbres de sa génération, Carla Bruni, dont la liste des amants fait aujourd’hui le régal des journaux à scandales. Certains témoins assurent cependant que l’obsession de l’ancien chef de l’Etat pour la beauté ne s’arrête pas à celle de son épouse mais s’incarne aussi dans l’angoisse inverse : celle de la laideur de ses concurrents en politique qu’il a tendance à exagérer, tant nécessité de représentation et pouvoir sont indissociablement liés.

Un souci qui atteint son paroxysme en la personne de Donald Trump dont le désir de représentation et de beauté ne craint pas les contradictions – refusant les étrangers mais ayant épousé plusieurs mannequins d’Europe de l’Est, là où les femmes sont réputées être justement les plus belles. Un article de Vanity Fair commente non sans ironie cette contradiction : « S’il s’inquiète autant qu’il le dit de « tous ces gens qui viennent de partout et qui sont des meurtriers et des violeurs et qui envahissent ce pays », il ferait mieux d’envisager de construire un mur autour de son slip. »

Pour autant, ce même article épingle une autre bizarrerie du code américain de l’immigration qui n’a pas attendu Trump pour manquer de partialité dans le choix de ses étrangers : « Une clause bizarre dans le code d’immigration américain permet aux mannequins, dont la moitié n’a pas l’équivalent du bac, de bénéficier d’un visa H-1B, le même que les scientifiques de haut niveau ou les programmateurs informatiques qui eux, doivent produire  leurs diplômes. »

La beauté serait donc un enjeu politique de dimension nationale ?

Voilà bien une réalité qui a choqué bien des commentateurs quand, à l’époque nazie, Leni Riefensthal exhibait dans Olympia, son film sur les JO de 1936, les corps parfaits censés faire de la beauté classique et vigoureuse le corps idéal que le peuple politisé à l’exclusion du reste devait atteindre. Et certes, Donald Trump qui parle de sa femme et de sa fille presque exclusivement pour leurs qualités physiques – n’hésitant pas à dire d’Ivenka que si elle n’avait pas été sa fille, il serait sorti avec elle – nous choque aussi.

Mais il n’est pas besoin d’attendre les partis d’orientation nationaliste  pour constater qu’un état désire toujours que ce soient les plus belles femmes qui représentent le pouvoir et la nation. Et ainsi, après Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Laëtitia Casta, en accédant au statut de Miss Univers, Iris Mittenaere fait rêver d’elle en future Marianne, allégorie de la République Française.

On se demande bien pourquoi…

Nouvel article Labo de Cléopâtre

(Photo à la Une : Olympia de Leni Riefensthal)

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La boutique du Labo de Cléopâtre

Ceux qui me suivent depuis quelques temps connaissent mon parcours de mon premier blog, Echodecythere, consacré à la beauté à mon second, le Labo de Cléopâtre, consacré aux cosmétiques antiques, et notamment ceux de Cléopâtre.

Maintenant, le Labo de Cléopâtre, c’est aussi une boutique sur Etsy en lien avec toutes mes recherches et les sujets évoqués sur mes blogs.

Alors, devinez ce que je vends dans ma boutique ?

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  • Oui, je vends une version du Détergent de Cléopâtre, le parfum de la dernière reine d’Egypte d’après le Kosmètikon.
  • Non, on ne peut pas être sûr que c’était de façon certaine le parfum de Cléopâtre, et même, c’est certain que ce n’était pas exactement lui puisqu’on ne peut le reproduire fidèlement aujourd’hui. Mais plus de 6 ingrédients sur 10 utilisés dans la recette originale y sont présents dans des proportions et selon des modalités qui étaient exigées – du moins quand c’était possible. En bref, c’est un produit qui doit ressembler au niveau de sa texture et de son odeur au produit de beauté de Cléopâtre.

Mais on n’ouvre pas une boutique avec un seul produit…

Ce que je vous propose dans ma boutique, ce sont des senteurs de l’Antiquité, c’est-à-dire plusieurs authentiques parfums historiques dont aucun n’a été inventé. Chacun, en effet, est né soit d’une recette historique précise, soit d’une description ou d’un texte littéraire évoquant des parfums. Parfois, certains ingrédients n’existent plus, ne sont plus disponibles ou ne peuvent être utilisés en l’état. Dans ce cas, il a pu m’arriver de remplacer un ingrédient avec un autre qui lui était proche.

Que trouve-t-on concrètement dans ma boutique ?

  • Des mélanges d’encens correspondant à de vraies senteurs de l’Antiquité, comme l’encens d’Aphrodite.img_7279
  • Des mélanges de plantes ou de résines plus ou moins en poudre qui servaient de parfums secs, qu’on appelait diapasmas et qui servent aujourd’hui à parfumer l’atmosphère d’un lieu, un petit espace, etc.img_7214
  • Attention : Chacun des parfums du Labo de Cléopâtre est un produit de senteur mais non un cosmétique. Ils ne sont pas destinés à entrer en contact avec la peau.
  • Les matières premières sont les résines odorantes, quelques écorces, feuilles, racines, épices qu’on employait dans les parfums antiques et qu’on utilise toujours dans les parfums orientaux. Par contre, inutile d’y chercher un produit chimique moderne, une plante découverte sur le sol américain ou utilisée seulement à partir du Moyen-Age car vous n’en trouverez pas.
  • Mes produits ne contiennent pas non plus d’ajouts d’huiles essentielles pour renforcer l’odeur; le parfum est conforme à ce qui était possible et ce qui se faisait dans l’Antiquité. La tradition n’est d’ailleurs pas perdue puisque nous la connaissons depuis toujours à travers le simple sachet de lavande. L’Orient par contre, la connaît au travers des coussins remplis d’herbes et de fleurs séchées qu’on met un peu partout dans les chambres et les vêtements pour les parfumer.

Ce sont toutes ces traditions que je veux faire redécouvrir dans ma boutique en même temps que les senteurs qu’aimaient les Anciens. Ce sont des parfums à la fois simples et historiques que les gens goûtaient à travers les encens et donc la fumée – « per fume »- lors des rituels, fêtes ou commémorations, ou dans la vie quotidienne où les diapasmas étaient polyvalents et servaient autant de parfum que de cosmétique aux usages aussi complexes que ceux d’aujourd’hui.

Alors si les parfums et les cosmétiques antiques vous passionnent, venez visiter ma boutique où vous attendent ces parfums historiques dont la collection s’enrichira bientôt d’autres senteurs authentiques ressuscitées de l’Antiquité. Vous pourrez ainsi découvrir ce qu’on sentait et aimait sentir à l’époque où on vénérait Aphrodite et où la séduction de Cléopâtre faisait plus trembler que rêver les belles Romaines. Quoique…img_7306

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Sourcils, mode et beauté

Depuis quelques temps et sans qu’on s’y soit attendu, les sourcils épais et fournis sont revenus à la mode. Cela semble un détail sans importance, mais il faut être une femme pour savoir combien les sourcils peuvent compter dans la construction de la beauté de chaque visage, et surtout du sien. On le sait presque intuitivement, en étant séduit, marqué par un modèle féminin dont la construction du regard ou du visage semble avoir pour pilier l’arc de ses sourcils. Sont-ils fins, épais, blonds, noirs, presque inexistants ?

Certes, cela semble beaucoup une question personnelle, un style qu’on désire adopter et qui passe avant tout par l’admiration d’un modèle. C’est cette admiration, cette volonté de lui ressembler qui nous fait un jour acheter une pince à épiler et décider que l’arc qui surmonte nos yeux ne sera plus une construction due au hasard de la nature.

Et pourtant, malgré des styles différents que l’on peut rencontrer et qui donnent l’impression de goût et choix personnels, il existe des tendances qui décident silencieusement des tracés en vigueur sur les visages féminins. Ce petit film résume de façon claire et ludique 100 ans de mode sourcilière, ce qui s’avère utile quand on sait que les modes passent assez vite pour qu’on ait le temps d’oublier qui les a lancées et quelles pouvaient en être les raisons.

Car si aujourd’hui, le sourcil épais revient à la mode au point de faire émerger des crayons de maquillage du brun au noir pour les combler, les épaissir et les foncer, et de nouvelles pratiques esthétiques, il est clair que pendant des décennies, ce fut loin d’être le cas. De fait, l’accessoire indispensable du sourcil a longtemps été la pince à épiler pour les affiner et non pas les crayons combleurs pour les étoffer.

Ces tendances viennent toujours d’un modèle qui semble incarner son époque. Si actuellement, le style à la fois naturel presque androgyne et féminin de Cara Delevingne paraît incarner à la perfection la jeune femme d’aujourd’hui, il est évident que ce sont d’autres modèles, actrices principalement – avant que les mannequins n’émergent à la fin du XX ème siècle et influencent aussi la mode – qui ont suscité désirs de beauté et rêves d’amour à la base de toute pratique esthétique.

Dans les années 20, à l’époque où émerge cette révolution que constitue le cinéma muet, les sourcils des femmes se font particulièrement fins et dessinés comme jamais ils ne le furent. Quinze ans auparavant, rien ne semblait le laisser présager : dans l’Art d’être jolie, un magazine d’août 1904 consacré à la beauté, on décrit ainsi les jolis sourcils :

« Pour être jolis, ils doivent être suffisamment garnis de poils, médiocrement épais mais sans se rejoindre. La courbe en sera gracieuse; ils formeront une ligne convexe, en manière d’arc, et dont la cavité fera une petite voûte. La « tête », partie proche du nez, en sera plus garnie que la queue. Les poils courts, sans interruption, seront couchés de dedans en dehors. Entre les deux sourcils, il doit y avoir l’intervalle d’un bon travers de doigt. »

La suite de l’article évoque le langage des sourcils qui permet de dresser le profil psychologique d’une femme à partir de la forme de l’arc surplombant ses yeux; une pratique courante à une époque où la physiognomonie était en vogue et imprégnait encore les croyances de la société.

Chez l’actrice, la forme qu’ils devaient avoir différait d’ailleurs selon qu’elle devait jouer la tragédie – nécessitant des sourcils droits et convergents – ou la comédie – nécessitant des sourcils arqués et divergents vers la racine du nez -. Ces formes caractéristiques devaient donner à la première un air grave et affecté, et à la seconde un air malicieux et enjoué.

Mais passé sur grand écran, le visage de la femme nécessite un surcroît d’expression, car en perdant sa voix et ses couleurs, c’est tout un tas d’informations sur son jeu et sur la narration qui se perdent. Car malheureusement, l’image peu contrastée des premiers films en noir et blanc fait apparaître l’arc des sourcils comme une ombre qui ternit, retranche et vieillit le regard, ce qui est parfait pour les rôles de personnages tourmentés mais qui ne correspond pas à l’image des jeunes héros, hommes et femmes confondus. En épilant beaucoup les sourcils et les noircissant pour les faire ressortir, la lumière revient dans la zone du regard et en créant des contrastes, l’équilibre entre ce que le cinéma veut suggérer et ce qu’il montre effectivement est trouvé.

Pour rajeunir le regard, la lumière est d’ailleurs toujours le moyen le plus efficace. Reste qu’aujourd’hui, on la crée aussi en épaississant le sourcil quand autrefois on diminuait et assombrissait la zone sombre pour intensifier la zone claire.

Et oui, dans la mode des sourcils, c’est le côté obscur qui vient juste gagner. Mais la guerre n’est peut-être pas finie…

Labo de Cléopâtre : Tous les parfums de l’Arabie

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Modèles cinématographiques et beauté

Si la beauté physique concerne l’ensemble de la personne, l’aptitude humaine à créer des catégories, y trouver des repères de compréhension, de nomination mais aussi de limites isole pourtant depuis longtemps la beauté du corps et la beauté du visage en établissant de plus entre eux des jugements de valeur.

Pendant longtemps, et surtout avant le XX ème siècle, où les femmes commencent à montrer leur corps, la beauté du visage est naturellement primordiale dans une construction de sa propre image d’où est souvent exclue une grande partie du corps, qu’on dissimule longtemps du cou jusqu’aux chevilles. Notre conscience de l’esthétique s’en souvient inconsciemment et ne peut y échapper lorsqu’on s’étonne devant les dieux et athlètes nus de l’Antiquité et les peintures des grandes maîtresses royales, vite rhabillées néanmoins. Le corps nu du XIX ème siècle, triste, parfois décharné et qu’on expose pourtant beaucoup, est le corps de la prostituée, de la cocotte, de la dévoyée, jamais celui de la dame digne et vertueuse. Comme aujourd’hui au Moyen-Orient, c’est celui de l’Européenne qui pratique, à moitié nue, la danse orientale, s’agite en petite tenue et a une sexualité facile et déshumanisée dans les films indiens.

La beauté digne, la beauté évidente, ordinaire et sur laquelle des jugements s’exercent, c’est celle du visage. Le reste, mal connu et tabou, s’arrêtant à la taille, aux épaules et au décolleté, ne connut que tardivement de sévères critères pour être déclaré beau.

Et pourtant…

Certes, les visages des grandes dames peints sur les portraits peuvent rayonner de beauté pendant que le reste est noyé sous les crinolines, les romanciers peuvent s’attarder sur la description du visage d’un de leurs personnages féminins, il n’en reste pas moins que les critères de beauté du corps et du visage suivent un même destin, celui de l’image et de la conscience de celle-ci.

Au XIX ème siècle, avant l’apparition de la photographie et surtout du cinéma, la mode existe et possède une influence, mais il n’existe rien de précis pour définir ou imposer un canon de beauté, un critère strict d’élection. Dès que la photographie accouche du cinéma, diffusant largement une image exportable, la mode peut exercer sur la femme son influence au-delà de celle des vêtements et de la coiffure, sur la posture du corps, le rythme, la démarche et dans ce qui n’était encore pratiqué auparavant que par les actrices de théâtre, la  construction méticuleuse du visage, notamment par le maquillage.

En se montrant, le corps se banalise. Les premiers critères de beauté apparaissent, et avec eux, les métiers qui permettent de s’y soumettre. La haute-couture explose, le maquillage atteint toutes les couches de la population, le corps se montre en maillot à la plage et les premiers concours de beauté apparaissent. A l’époque, on est au début du XX ème siècle; le cinéma muet vient presque de naître et de tendre, mieux que n’importe quel média ne l’avait fait auparavant, un miroir normatif mais surtout presque exclusif de ce que doit être la beauté.

Si les portraits élitistes des grands peintres et des photographes ne diffusaient pas d’image figée de la beauté féminine, l’alliance de la technologie et de la diffusion de masse entame beaucoup plus la diversité et le naturel dans la façon d’apparaître des femmes par une seule proposition fantasmée qui n’était souvent, au départ qu’une contrainte technique. C’est par exemple le cas du maquillage, destiné à renforcer l’expression des yeux – qu’on voyait mal sur une image en noir et blanc peu nuancés – et dont on devait surtout accentuer l’expressivité avec un média qui n’était pas encore parlant et où l’image devait donc seule faire passer le sens.

Héritiers de cette culture centenaire, il n’est pas rare que nous cédions au désir de copier un modèle de cinéma dans une façon de s’habiller, de bouger, de se maquiller, considérant qu’elle incarne la beauté et toutes les qualités qu’on ne croit pas posséder et qu’on voudrait acquérir en lui ressemblant. Ce désir peut nous conditionner au point de stéréotyper nos gestes, nos mouvements du corps et notre façon de parler dans une imitation stérile qui manque son but, nous faisant ressembler à quelqu’un de caricatural et non à la beauté qui nous a inspirés.

Et si vous allez vous promener du côté de la Tour Eiffel, vous serez surpris de voir toutes ces jeunes filles en fleur,  perchées sur des talons et posant comme des stars dans des attitudes qu’elles ont vues sur des actrices ou des mannequins, exhibant fièrement sur leur corps le nom des marques des couturiers français dont elles rêvent peut-être d’être une des égéries qu’on voit dans les spots publicitaires pleins de paillettes et de corps longilignes marchant au ralenti dans un décor de rêve qu’on devine être un Paris plus fantasmé que réel.

( Photo à la Une : Paris Hilton en version Marylin pour la sortie de son parfum.)

Le labo de Cléopâtre : Etuis à khôl de l’Antiquité

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Le mystère de la reine de Saba

La reine de Saba est le seul personnage féminin de la tradition hébraïque à posséder une influence dans toutes les religions monothéistes qui en dérivent, et même au-delà. La première question qu’on peut peut-être se poser à son propos est : était-elle belle ? L’histoire et les contes de fées sont unanimes : si un personnage est une reine, c’est qu’elle était belle. Un roi peut ne pas faire parler de sa beauté voire, il peut très bien avoir été laid, mais une reine ne le peut pas. Et si elle n’était pas belle, les règles de prééminence sociale et la tradition se chargeaient d’arranger ça. Donc, elle était forcément belle. La tradition d’ailleurs le dit : elle était belle malgré ses jambes poilues.

Les personnages de la Torah ou l’Ancien Testament sont des références pour les autres religions, et les figures de Salomon, David, Jacob, Abraham, etc. courent d’un récit à l’autre des traditions juives, chrétiennes et musulmanes. C’est logique quand on sait que le monothéisme des Hébreux a constitué une révolution politique et religieuse telle que la grande aventure des civilisations semble y être intrinsèquement liée – même si c’est faux – et aujourd’hui plus que jamais. Ces figures sont toujours celles d’hommes qui ont fait directement alliance avec Dieu. Seule la reine de Saba, libre, a trouvé le moyen d’être une femme de pouvoir, païenne, sans époux connu,  et de venir éprouver la sagesse de Salomon comme peuvent le faire les sages, toujours masculins, bien entendu.

Ce statut exceptionnel – à l’inverse de toutes les figures féminines de l’époque et même postérieures – joue en faveur de son existence réelle, tout comme cette précision qu’elle était chargée d’encens destiné au roi, dont l’arbre, rare, ne poussait pas partout. Mais à part ça ?

A part ça, la seule information commune à toutes les traditions est que la reine de Saba est venue rendre visite au roi Salomon. Mais que faire de cette païenne qui gouverne alors qu’elle est une femme, qui ne semble pas avoir de mari pour la dominer, qui possède des richesses et qui se permet de se faire juge de la sagesse du roi qui a fait alliance avec le dieu unique ? Toutes les autres informations différent au point que chacun possède en réalité sa reine de Saba.

  • La Torah en fait une simple souveraine en visite qui repart chez elle chargée de cadeaux, convaincue de la sagesse du grand roi d’Israël. La tradition hébraïque plus tardive la ridiculise en lui attribuant du poil aux jambes – façon peut-être la plus probable de mettre l’accent sur son caractère non civilisé – qui fera sa particularité autant que son étrangeté. Une relation entre Salomon et la reine n’est pas évoquée.
  • Dans la tradition chrétienne, la reine de Saba, figure elle-même inattendue de la sagesse, prophétise la venue du Christ.
  • Dans la tradition musulmane, Balqîs, la reine de Saba, se fait épiler avant d’intégrer  le harem de Salomon par amour pour lui et de sa propre volonté en se convertissant à la religion d’Allah.

Un seul récit prend en compte les aspects marginaux de la situation de la reine, femme dans un monde patriarcal : celui de la tradition éthiopienne. Pour les Ethiopiens, en effet, la reine de Saba a une grande importance, car c’est de ce pays, où pousse l’arbre à encens, que cette reine mythique semble venir, après avoir sûrement émigré du Yémen – pays dans lequel le souvenir de la reine est également important.

Dans l’histoire de Bilqîs, Maneka, comme on l’appelle en Ethiopie, Salomon tend un piège à la reine pour coucher avec elle alors qu’elle s’était refusée à lui. De leur union naît un fils qu’elle élève seule en Ethiopie et qui y diffuse la religion de son père, celle du dieu unique. Ce roi, c’est Ménélik I er, fils illégitime d’un roi promis à la plus grande gloire, au nom et aux actions immortels, et d’une reine au nom tout aussi immortel mais au statut aussi glorieux et sacrifié que celui de l’Ethiopie dont le nom est lui aussi connu dans la mythologie grecque, qui fut un lieu spirituel très important de toutes les religions et qui est pourtant désormais ignoré. Son étonnante population juive à la peau noire – les Béta Israël – s’est vue tardivement reconnaître sa judéité malgré son judaïsme archaïque mais incontestable dont les traditions, presque primitives, remontent à l’Ancien Testament. D’après la tradition éthiopienne, c’est par la reine de Saba qu’a été transmise la religion de Moïse.

Si la reine de Saba n’était pas Ethiopienne, il est pourtant troublant de voir le destin et le prestige de ce pays ressembler à celui d’une femme, fût-elle reine : il a beau être ancien, prestigieux, beau, important historiquement et spirituellement, il semble ne valoir que par sa dépendance à de plus puissants et il a beau déployer toutes ses qualités, il reste majoritairement méconnu.

Une situation qui ressemble en effet à celle de cette reine mythique dont on sait qu’elle était prestigieuse mais dont on ignore pourquoi sauf au fait qu’elle paraisse dans les textes religieux des grands monothéismes.

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(Photo à la Une : vitrail représentant la reine de Saba offrant des présents à Salomon. Sa couleur bleue la distingue des autres personnages. Au Moyen-Age, on la considérait déjà comme une femme noire. Musée de l’oeuvre Notre-Dame de Strasbourg. Photo de fin d’article : femmes juives originaires d’Ethiopie vivant en Israël. Ricki Rosen)

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Recettes de beauté de femmes célèbres

Le sujet des recettes de beauté n’est pas simple. Vaste et complexe, il nous amène à toujours déborder sur la question des causes d’utilisation, leur survivance, leur conservation, leur diffusion, etc.

Les causes, ça peut tout simplement être le pouvoir, car le pouvoir au féminin passe obligatoirement par la beauté, réelle ou symbolique. Pour les grandes pharaones Hatchepsout et Cléopâtre, c’est clairement une question de pouvoir.

Dans le documentaire Reines d’Egypte, diffusé sur Arte, l’égyptologue explique les conditions des échanges entre l’Egypte et le pays de Pount, au sud de la  Mer Rouge : les Egyptiens apportaient perles, bracelets et armes et les échangeaient contre la résine de myrrhe qui servait à l’embaumement mais aussi au parfum. On sait ainsi qu’Hatchepsout frottait sa peau d’huile de myrrhe parfumée « afin de briller comme les étoiles aux yeux de tout le pays.« , de l’aveu même de la souveraine.

Même chose pour Cléopâtre : les recette de beauté, les parfums, sont nécessaires à la représentation. « Les parfums eurent une place importante dans la mise en scène de la comédie amoureuse jouée par Cléopâtre allant au devant de Marc-Antoine sur le Cydnus, et par la suite dans la séduction exercée sur son ennemi par la reine d’Egypte.« , ce qui n’empêchait pas un vrai intérêt pour la question : »Pline et Galien rapportent que c’est à cette reine qu’on devait l’invention de la pommade à la graisse d’ours. » Nouveau manuel complet du parfumeur. MM. Pradad, Lepeyre, Villon. 1918.

La beauté peut donc être un souci personnel. Ainsi, la femme de Néron, la célèbre Popée semble plus avoir été motivée par une coquetterie qui la rendait ingénieuse et dont les recettes ont longtemps été utilisées à la cour des plus grands plus d’un millénaire après. C’est le cas de son célèbre bain au lait d’ânesse, copié par les grandes coquettes des temps modernes, mais aussi de son masque constitué de farine de seigle et d’huile parfumée qu’elle s’appliquait pour garder son teint frais, loin des atteintes du soleil et que les mignons d’Henri III redécouvrirent et appliquèrent également, apprend-on aussi dans le Nouveau Manuel du parfumeur.

Néanmoins, la condamnation des cosmétiques et des soins de beauté dans la tradition judéo-chrétienne aussi bien dans les textes du canon biblique que chez les prédicateurs semble avoir jeté une sorte de tabou sur leur emploi qui pouvait se faire mais dont on ne devait pas parler sans risque pour sa réputation. C’est donc tout naturellement que les secrets de beauté ont fait leur entrée dans l’aristocratie par les grandes maîtresses royales, qui avaient à la fois perdu tout sens de la vertu et dont le pouvoir ne reposait que sur leur rayonnement.

Ainsi, Agnès Sorel, maîtresse de Louis VII et première maîtresse officielle d’un roi de France, multiplie les audaces en matière de mode et de soins, avec notamment l’utilisation d’un rouge à lèvres au coquelicot, de la poudre blanche à base de farine et d’os de seiche pilés, un masque au miel pour la nuit et cette étrange crème de beauté dont Marc Lefrançois donne la composition dans Histoires insolites des Rois et reines de France : »bave d’escargot, cervelle de sanglier, fiente de chèvre, pétales d’oeillets rouges et de vers de terre vivants. »

Pour Diane de Poitiers, maîtresse d’Henri II, pas de cosmétiques mais des secrets de beauté plus occultes, plus intérieurs qui finiront d’ailleurs par la tuer : « Elle avait une très grande blancheur et sans se farder aucunement, mais on dit bien que tous les matins, elle usait de quelques bouillons composés d’or potable et autres drogues.« , révèle P. Erlanger dans Diane de Poitiers, déesse de la Renaissance. On parle bien sûr d’une époque où on n’achetait pas ses produits, l’industrie cosmétique n’existant pas encore, mais où on suivait des recettes pouvant en effet provenir de grimoires magiques ou alchimiques. Car la volonté de paraître, rester belle, passait facilement pour démoniaque dans une société où manifester une volonté sur sa propre destinée par le fait de guérir ou rajeunir paraissait être une forme de révolte contre les lois divines.

Dans ses mémoires de Ninon de Lenclos, Eugène de Mirecourt rapporte d’ailleurs une histoire caractéristique dans laquelle la belle courtisane rencontre un être diabolique qui lui offre la beauté éternelle qu’elle convoite, ce qui expliquerait sa séduction durable. Ce n’est bien sûr qu’une légende, mais cela reflète assez ce qu’on pensait de cette étrange aristocrate et intellectuelle française qui devint courtisane par choix, dont la beauté était encore attestée quand elle avait plus de 50 ans et qui eut des amants jusqu’à près de 80.

Etrangement, cette femme exceptionnelle semble bien plus fasciner les anglo-saxonnes d’aujourd’hui que les femmes de son pays. Si en France on parle des bains froids qu’elle prenait en toutes saisons comme de son seul secret pour rester belle, les blogs de beauté de langue anglaise diffusent une étrange recette qu’on raconte avoir été découverte dans une brochure par une femme jadis à son service et dont voici la traduction :

Traduction de la recette de beauté de Ninon de Lenclos d’après le site thebeautytonic.com

120 grs d’amandes

90 grs de lard

30 grs de blanc de baleine

Jus d’oignon

Eau de rose

Le site donne ainsi la recette dite originale et une recette adaptée à un usage contemporain. S’il est impossible sans autre élément de savoir si cette recette est authentique ou non, on ne peut néanmoins qu’être intrigué par le pouvoir de fascination qu’exerce Ninon de Lenclos dans la conception de ce qu’est la beauté dans la blogosphère anglo-saxonne.

Nouvel article : Du détergent au parfum de Cléopâtre

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Rhodope, le secret de Cendrillon

Aphrodite peut offrir un destin fabuleux à celles qu’elle a comblées de ses dons. Des destins fabuleux qu’on retrouve en littérature au travers de contes de fées surtout, où une jeune fille qui n’avait rien et était malheureuse finit par épouser un prince, de préférence l’héritier du royaume. Nos contes les plus célèbres ont cette structure narrative , ce scénario qui a fait rêver toute fille comprenant que son avenir consistait en autre chose qu’à être pour toujours la fille chérie et choyée de ses parents.Dans cet avenir, si le métier n’est pas clairement envisagé, la nécessité de l’histoire d’amour réussie comme base du bonheur est par contre rapidement comprise.

Cendrillon, la jeune fille persécutée dont la chaussure oubliée permet au prince de l’identifier, de la sortir de son enfer et d’en faire sa princesse est un des scenarii mettant en scène le destin fabuleux d’une fille comblée par la grâce, la beauté et que ses qualités distinguent malgré son abaissement quotidien au sein de son environnement familial. C’est un destin qui continue de faire rêver. L’innocente et belle jeune fille persécutée connaissant en définitive une destinée plus heureuse et prestigieuse que celle de ses persécutrices est un désir universellement partagé.

Ce conte, en réalité plus ancien que la Renaissance italienne qui semble l’avoir fait naître, est considéré comme venant d’Egypte. La culture européenne s’en est emparée dans l’Antiquité avec des auteurs aussi prestigieux qu’Hérodote, Strabon et Elien. Dans cette histoire, Cendrillon est en réalité une courtisane grecque vivant en Egypte appelée Rhodopis ou Rhodope, traduit parfois par visage de rose ou yeux de rose. Une courtisane, la beauté, un visage assimilé à la rose : on reconnaît bien là les faveurs d’Aphrodite.

« Quelques auteurs donnent à cette même courtisane le nom de Rhodôpis et racontent à son sujet la fable ou légende que voici : un jour, comme elle était au bain, un aigle enleva une de ses chaussures des mains de sa suivante, et s’envola vers Memphis où, s’étant arrêté juste au-dessus du roi, qui rendait alors la justice en plein air dans une des cours de son palais, il laissa tomber la sandale dans les plis de sa robe. Les proportions mignonnes de la sandale et le merveilleux de l’aventure émurent le roi, il envoya aussitôt par tout le pays des agents à la recherche de la femme dont le pied pouvait chausser une chaussure pareille ; ceux-ci finirent par la trouver dans la ville de Naucratis, et l’amenèrent au roi, qui l’épousa et qui, après sa mort, lui fit élever ce magnifique tombeau. »

Strabon. Géographie. Livre XVII.

Ici s’arrête le destin de Cendrillon dans l’histoire racontée entre autres par Perrault et les frères Grimm. Rhodopis, qui a inspiré son histoire, a quant à elle connu tous les rebondissements qui font les destins exceptionnels de celles destinées à la célébrité et à la gloire dans le monde réel. Hérodote en fait l’esclave d’un certain Jadmon, maître aussi du grand fabuliste Esope qui inspira tous les autres fabulistes après lui dont notre La Fontaine. Prostituée, elle fut rachetée par Charaxe qui n’est autre que le frère de Sappho, la plus grande poétesse de Grèce ancienne, et le dépouilla. En Grèce ancienne, les courtisanes et autres prostituées étaient les seules femmes, si elles étaient libres, à pouvoir jouir de leur propre fortune. Rhodopis est une de ces courtisanes devenue aussi riche que célèbre.

Elle est connue aussi pour avoir offert au temple de Delphes avec 1/10 de sa fortune  des broches à boeufs. Si ce cadeau paraît un peu étrange, il faut se rappeler que les Grecs sacrifiaient des animaux dont ils consommaient la viande tandis que les dieux étaient censés en déguster les fumées. Pour une courtisane, c’est autant un acte démontrant sa piété que son influence au sein de sa communauté qui lui permet d’avoir de l’argent et d’en faire ce que bon lui semble jusqu’à participer à ce qu’il y a de plus sacré. C’est une façon très masculine de démontrer son pouvoir. Enfin, puisque les récits font d’elle une courtisane riche, célèbre, sans scrupules, devenue femme de pharaon, il ne faut pas s’étonner que Strabon lui attribue une pyramide, marque d’un immense prestige.

Par sa complexité, le personnage de Rhodope qui a donné naissance au mythe de Cendrillon illustre bien plus que cette dernière une destinée dont la réussite est basée sur les dons d’Aphrodite : de la beauté malgré l’aliénation, la prostitution, la séduction permettant l’escroquerie, son avènement par son mariage royal et son immortalisation dans une pyramide. C’est une figure plus subversive que son pourtant plus célèbre avatar de conte de fées, et de fait, il faut bien reconnaître que lorsqu’on suit son parcours tel que l’ont raconté les divers historiens, il ressemble beaucoup plus à une destinée comme en ont vécu beaucoup de favorisées d’Aphrodite historiques – de Théodora aux maîtresses des grands rois telles que Wallis Simpson et d’autres encore – dans un monde laissant si peu de pouvoir aux femmes, à savoir une réussite basée sur la beauté, la sexualité ou la prostitution, l’amour.

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Le viol de l’Aphrodite de Cnide

Non, ce n’est pas un titre volontairement provocateur. C’est une histoire relatée, entre autres, par le pseudo Lucien de Samosate, qui nous a déjà fait parcourir les jardins de son temple.

Pour vous, pour moi, pour tout le monde, l’Aphrodite de Cnide est une magnifique statue sculptée par Praxitèle. Dans l’article précédent, nous avons parcouru les jardins de son temple au fil du texte Les amours, et nous avons admiré la logique de sa construction. Aujourd’hui, nous entrons dans son temple toujours avec, pour guides, le pseudo-Lucien et surtout ses personnages qui y faisaient un voyage philosophique. En effet, lors d’un voyage en mer, Lycinos retrouve des connaissances, Chariclès et Callicratidas.

Le premier ne jure que par l’amour avec les femmes, et le second, avec les hommes. Sous forme de joutes oratoires, l’un et l’autre alignent les arguments pour faire valoir leur point de vue dans une querelle destinée à être sans fin. Lycinos, le narrateur, est nommé l’arbitre de cette querelle philosophique très ordinaire à l’époque.

C’est dans ce contexte que se passe la visite au temple de l’Aphrodite de Cnide. Dans le récit, le temple a installé la statue de façon à ce que les visiteurs puissent la contempler de tous les côtés, comme les photos mises à la une, tirées du site allemand Virtuelles Antiken Museum, qui permettent de s’en faire une idée. Si Chariclès, qui aime les femmes, s’enflamme en voyant la statue, Callicratidas, étonnamment, s’émerveille lui aussi devant la splendeur de ce corps féminin.

Après quelques instants, ils se rendent compte d’une petite tache sur la cuisse de la déesse, rendue plus visible encore par la blancheur de son marbre. Ils croient à une imperfection du matériau, mais une femme chargée de l’entretien du temple les détrompe : c’est la marque du viol de la déesse par un jeune homme qui en était tombé follement amoureux. Les viols de nymphes et de mortelles par les dieux sont des histoires bien connues de la mythologie. Mais le viol des statues de déesse, on n’en a pas l’habitude !

Et pourtant, c’est une anecdote qu’on retrouve plusieurs fois dans la littérature philosophique concernant les questions sur l’amour et plus précisément celles qui opposent les amours hétérosexuelles aux amours homosexuelles. En effet, la tache se trouve à l’arrière de la cuisse de la déesse, prouvant, qu’on a souhaité la prendre par derrière, comme on le fait avec un homme, du moins pour les défenseurs des amours homosexuelles.

Le traducteur de l’édition d’Arléa écrit en note :« Le récit de cette histoire suscite une interrogation : l’impiété du jeune homme est-elle, puisqu’elle s’adresse à Aphrodite, un hommage à la puissance des amours hétérosexuelles ? Mais accomplie dans une telle posture, n’est-elle pas un témoignage contre cette Aphrodite-là ? La réponse est ambiguë. Doit-on mettre cet hommage profanatoire, cette révérence sacrilège au compte de l’amour des femmes ou celui des garçons? ».

Cette question, qui n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui, sauf peut-être pour la culture gay, cède la place pour les contemporains à une autre, plus intrigante mais plus logique pour la culture moderne : ce jeune homme a-t-il voulu faire l’amour à la déesse ou à la femme dont le corps magnifique a été sculpté par Praxitèle ?

Le texte dit : »il devint éperdument amoureux de la déesse« , »durant tout le jour, il se tenait devant la déesse, ses regards étaient continuellement fixés sur elle; ce n’était que murmures indistincts et plaintes amoureuses formant un monologue secret », »Comme le feu de son amour était sans cesse attisé avec plus de violence, notre homme en avait gravé des témoignages sur tous les murs. L’écorce délicate de chaque arbre était ainsi devenue comme un héraut proclamant la beauté d’Aphrodite ».

Ces citations montrent que c’est bien la déesse qui est l’objet de cet amour, mais aussi, indissociablement, l’oeuvre d’art créée par un auteur: »D’ailleurs, il honorait Praxitèle à l’égal de Zeus et tout ce que sa demeure renfermait de précieux, il le donnait en offrande à la déesse. »

Là où un contemporain voit l’oeuvre d’art d’un côté et l’idée de la divinité de l’autre, un Ancien, pour peu qu’il soit croyant, ne fait pas de distinction, comme le montre le texte, parce qu’on considérait que c’était le dieu qui communiquait avec l’artiste et se montrait à lui sous la forme de l’inspiration qui précède son oeuvre. En ce sens, l’Aphrodite de Praxitèle est bien Aphrodite pour son amoureux comme pour ses contemporains, et c’est bien avec elle qu’il fait l’amour, au moins dans la conception antique.

Maintenant, la dernière question qui se pose : cette histoire a-t-elle vraiment eu lieu ?

La tradition philosophique avait pour habitude d’évoquer plusieurs types d’histoires pour aborder des questions philosophiques : des mythes et des anecdotes réelles.

A votre avis, à quelle catégorie appartient ce récit ?

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Zoom sur le parfum de Cléopâtre

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