magie d’amour

Pommes magiques d’amour et de haine

Comme les deux versants d’Aphrodite révèlent une déesse amoureuse autant que vengeresse, la magie traditionnelle et occidentale utilisant la pomme peut aussi bien être bénéfique que nuisible, gardant malgré tout toujours un lien avec le domaine d’Aphrodite.

La magie utilisant les pommes est très ancienne puisqu’elle se faisait déjà à Babylone quand elles étaient des fruits consacrés à Ishtar. L’utilisation d’un fruit ou d’autres éléments trouvables facilement dans son environnement est la marque d’une magie très primitive puisqu’elle est simple; la discipline, en effet, s’est complexifiée avec le temps. Ou tout à l’inverse, ça peut être la marque d’une magie très contemporaine employant des éléments faciles d’accès devenus indispensables à un monde de plus en plus urbanisé et complexe dans lequel trouver du temps pour un rituel peut devenir un défi, une nécessité de plus dans un agenda surchargé.

Heureusement, les rituels anciens avec des pommes, savent être simples, surtout ceux qui concernent la divination amoureuse :

  • Pour savoir si on est aimé d’une personne

« Prendre une pomme, la couper en 2 avec un couteau bien aiguisé; si l’on peut faire cela sans couper un pépin, le désir de ton coeur sera accompli, mais si tu coupes par hasard un pépin, tu n’auras pas gagné l’amour de la personne. »

  • Pour rêver à l’homme que tu dois épouser

« Mets-toi à la fenêtre la veille de la Saint-André et prends une pomme de la fenêtre sans remercier la personne qui te l’offrira. Coupe le fruit en deux; manges-en la moitié avant minuit et la moitié après minuit; dors ensuite; tu verras dans le sommeil ton futur mari. »

Alexandre Legran : Les vrais secrets de la magie noire.

Les rituels destinés à provoquer l’amour, plus difficiles et plus longs à réaliser, ont gagné en complexité depuis l’époque babylonienne, nécessitant des étapes précises comme le jour de Vénus, et d’autres éléments personnels et intimes comme du sang, des cheveux, une intention claire et écrite, les noms des protagonistes, témoin cette recette issue du Petit Albert :

  • La pomme d’amour

« Vous irez un vendredi matin avant le soleil levé dans un verger fruitier et cueillerez sur un arbre la plus belle pomme que vous pourrez. Puis vous écrirez avec votre sang sur un petit morceau de papier blanc votre nom et surnom et, en une autre ligne suivante, le nom et le surnom de la personne dont vous voulez être aimé et vous tâcherez d’avoir trois de ses cheveux, que vous joindrez avec trois des vôtres, qui vous serviront à lier le petit billet que vous aurez écrit avec un autre, sur lequel il n’y aura que le mot Scheva, aussi écrit de votre sang, puis vous fendrez la pomme en deux, vous en ôterez les pépins et, en leur place, vous y mettrez vos billets liés par les cheveux et, avec deux petites brochettes pointues de branches de myrte vert, vous rejoindrez proprement les deux moitiés  de pomme et la ferez bien sécher au four, en sorte qu’elle devienne dure et sans humidité, comme les pommes sèches de carême. Vous l’envelopperez ensuite dans des feuilles de laurier et tâcherez de la mettre sous le chevet du lit où couche la personne aimée, sans qu’elle s’en aperçoive et, peu de temps après, elle vous donnera des marques de son amour. »

Mais le plus étonnant des rites de magie avec des pommes est celui de la « pomme endormante », révélé par Giambatista Porta qui, fasciné par le merveilleux, voulut faire de la magie naturelle une discipline savante. Dans son livre De la magie naturelle de 1538, il révèle comment créer une pomme empoisonnée pour endormir celui qui la sentira.

Pour faire une pomme endormante

« Et est constituée en cette manière. On prend du jus de pavot, de mandragore, de jus de ciguë, de semence de jusquiame, et de lie de vin, et ajoute-t-on du musc (…). Cela fait, formez-en des pelotes, ou globes aussi grosses comme on les pourrait empoigner avec le poing, car en flairant souventes fois cette pomme, ou l’allumant elle provoquera le sommeil. »

Bien qu’il ne s’agisse probablement ici que de sentir un produit ayant la forme pratique et symbolique d’une pomme faite avec des produits soporifiques, narcotiques et toxiques, on y reconnaît des poisons naturels employés depuis l’Antiquité associés au parfum irrésistible et animal connu pour ses vertus aphrodisiaques : le musc. Ce procédé de pomme empoisonnée en même temps que particulièrement irrésistible – puisque des 3 objets proposés par la sorcière, la pomme est le seul auquel elle ne peut pas résister – se retrouve dans le conte de Blanche-Neige, mis pas écrit par les frères Grimm mais forcément plus ancien. Or, si nous savons que les contes ont une dimension symbolique, il est également avéré qu’ils décrivent des situations ayant réellement existé afin d’informer et instruire ceux qui les entendaient. Ces récits constituaient autant un enseignement qu’un moyen de protection contre les menaces de tous types – le loup, la marâtre, par exemple – et d’autres sentiments conduisant un individu à l’échec comme l’impatience et découragement, puisqu’à la fin les contes, finissent bien.

Etrangement, dans l’histoire de Blanche-Neige comme dans le rite de « la pomme endormante », on peut revenir du sommeil provoqué par la pomme empoisonnée. Dans le texte de Grimm, le morceau de pomme coincé dans la gorge de la belle endormie est expulsé quand le prince qui la portait bute sur une racine. Chez Disney, le baiser du prince réveille la princesse. Dans le cas d’un sommeil provoqué par « la pomme endormante », du sel dissous dans du vinaigre suffit à réveiller l’empoisonné à condition d’en frotter le nez, les tempes et ..les « génitoires », autrement appelées les testicules ! Dans tous les cas, on peut dire que le réveil est provoqué par un « échauffement » selon le sens qu’il prenait autrefois; un choc physique direct dans le cas de la racine sur laquelle on bute, hormonal dans le cas d’un baiser ou d’un attouchement des « génitoires ».

Finalement, avec les pommes, quelles qu’elles soient, tout semble vouloir tourner autour de la sexualité, même quand on ne le dirait pas.

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Fruits d’Aphrodite

Dans la mythologie, il existe deux fruits d’amour bien connus associés à des déesses de l’Amour, ce sont la grenade et la pomme, toutes deux consacrées à Ishtar d’abord, grande déesse babylonienne, et à Aphrodite ensuite, sa version hellénisée. Dans les rituels de magie anciens destinés à provoquer l’amour, on retrouve Ishtar associée à la grenade ou la pomme.

La grenade, en effet, avec ses multiples grains rouges, charnus, pleins de jus, symbolise à merveille la fécondité. La couleur rouge de son jus rappelle le sang dont le corps est constitué, qui coule quand la femme est prête à engendrer, qui coule encore quand elle connaît son premier acte sexuel. Ses grains, quant à eux, foisonnant et se dispersant quand on ouvre le fruit, semblent révéler le mystère de vie auquel les Anciens ont eu accès intuitivement par ce symbole : le multiple dont toute unité est faite dans le vivant. Les biologistes l’appellent la division cellulaire.

Ishtar, Tanit, Aphrodite, déesses de l’Amour et de la fécondité et donc de la vie ont toutes été associées à la grenade aussi fortement que Perséphone, femme d’Hadès et déesse des Enfers comme il en était le dieu. Lorsqu’elle fut enlevée par celui-ci et que la dépression de Cérès, sa mère, aurait pu lui valoir sa libération, elle mange 7 grains de grenade qui lui valent d’être associée pour toujours au Royaume des Morts, nous rappelant ainsi que la loi du multiple et donc de la vie est aussi ce qui nous enchaîne à notre destin de Mortels. L’amour, la sexualité, la multiplicité au coeur de l’unité, la fécondité, la vie, la nourriture, toutes ces promesses caractéristiques des lois d’Aphrodite sont autant de promesses de lien futur avec le royaume de l’Hadès où tout ce qui a vécu un jour se retrouvera pour l’éternité.

La grenade est ainsi un fruit initiatique qui, par sa construction surprenante et unique délivre aux Mortels les secrets de leur destinée entre l’amour et la sexualité qui les a fait naître et la mort potentielle contenue dans le vivant. Mais c’est aussi un fruit qui raconte une histoire spirituelle où chaque grain représente les choix multiples s’offrant à chacun pour devenir soi-même, mais aussi le multiple nécessaire pour faire un monde – la grenade représentant aussi bien le multiple au sein d’un seul être vivant que la Terre, constituée de multiples êtres vivants.

Bien que particulière et unique, la grenade a souvent été confondue avec la pomme, l’une pouvant se substituer à l’autre dans les rituels de magie d’amour ou sur les représentations divines. Il faut dire que pour les Anciens, la pomme pouvait signifier beaucoup de fruits, comme c’était le cas dans l’Antiquité avec beaucoup de végétaux, voire d’animaux. Cette latitude devait bien arranger les populations d’Europe du Nord qui ont hérité de la culture méditerranéenne mais pas de son agriculture, son climat étant trop froid. La grenade, incapable de pousser sur ces terres inhospitalières, cède le pas symbolique et culturel à la pomme.

Ainsi, qu’elle prenne appui sur les anciens symboles païens ou qu’elle soit christianisée, la magie d’amour utilise très souvent une pomme à envoûter et à faire croquer à l’être aimé comme ça se faisait déjà dans l’Antiquité. Disney a su le mettre en scène de façon saisissante dans son adaptation de Blanche-Neige des frères Grimm où une fois encore, désir, amour et mort se mêlent au moyen d’une pomme, charnelle, attirante mais ensorcelée, offerte cette fois à l’être détesté, mais procédant selon la même logique que dans les sorts d’amour les plus traditionnels.

Ces symboles de désir, de vie, de mort, communs à la grenade et à la pomme, s’ajoutent à celui, puissant, de la tentation, qu’on retrouve dans le Jugement de Pâris où pour gagner la pomme d’or offerte par la déesse de la discorde « à la plus belle », Athéna, Héra et surtout Aphrodite, sèment le trouble et embrasent l’histoire, offrant à l’Europe son premier récit, sa tragédie fondatrice. La déesse de l’Amour, gagnant le prix de beauté, en paiera le prix en provoquant l’amour et le désir d’un homme et d’une femme, et finalement avec la Guerre de Troie, la mort de presque tous ceux entraînés dans ce conflit.

Enfin, dans l’imaginaire collectif, la pomme, c’est surtout la pomme d’Adam et Eve, représentant pour tous l’acte sexuel sans qu’aucune fois la Genèse n’ait mentionné ni le fruit ni la sexualité, parlant juste du fruit d’un arbre présent au Paradis dont la consommation entraînait la fin de l’innocence par la compréhension de notions de Bien et de Mal et donc la honte de leur propre nudité. Mais comment envisager la sexualité d’Adam et Eve comme un mal quand Dieu exige lui-même de se créatures de « croître et multiplier » après les avoir créés « mâles et femelles » ? Et que viennent faire la pomme et la sexualité absents du texte mais évidents pour tous ?

Entraînés certainement par leur connaissance des symboles du fruit d’Aphrodite qui pouvait si bien perdre les hommes comme les femmes, les peuples récemment christianisés n’ont certainement pas eu de mal à retrouver dans cette nouvelle histoire étrangère à leur culture des liens à tisser avec leur culture ancienne où il y avait des mythes dans lesquels une pomme entraînait hommes et femmes dans une danse de l’Amour, du désir et du malheur irrémédiable.

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Principes de magie d’amour

Quiconque connaît un peu la magie et toute la culture qui s’y rapporte peut constater plusieurs choses : d’abord, la magie est universelle, et il est donc possible de trouver des recettes, des formules dans toutes les civilisations. Ensuite, la magie possède des règles, des formules particulières qu’il faut toujours respecter scrupuleusement car elles correspondent à une symbolique très précise censée contraindre l’univers à se mettre en marche pour exaucer le désir de celui qui l’a utilisée.

Un autre point particulier à l’univers de la magie est son caractère éparpillé. Ainsi, il peut être facile de trouver des livres de magie assez anciens et publiés s’ils sont assez célèbres, on peut aussi trouver des livres d’historiens très sérieux ayant étudié le phénomène et donc relevé certaines formules et pratiques, mais globalement, la magie relève plutôt d’une culture du privé, du secret, de choix personnels, voilà pourquoi un livre de magie même célèbre peut consister en des mélanges sans cohérence de formules venues de partout dans le temps et dans l’espace en fonction de ce qui aura plu à celui qui les aura retranscrites.

La magie, c’est aussi, malgré ses règles strictes, un ensemble de pratiques où peut entrer une part de créativité parce que chaque demandeur est unique, mais où la loi principale, inchangée depuis les débuts de la magie, considère que ce qui est en bas est comme ce qui en haut et que, mimer son désir ou le mettre en scène de façon symbolique en donnant son nom, en invoquant les bonnes divinités ou juste en faisant les bons gestes avec les bons objets forcera l’univers à l’exaucer. La magie rend actif le désir qui ne fait pas que consumer celui qui l’éprouve mais le rend créatif et injonctif pour que ce désir soit contagieux.

Rituel d’amour de l’Egypte antique

« Quand tu désires qu’une femme aime un homme, 

Tu prends la sève d’un arbre-her;

Tu prononces leur nom exact devant eux.

Tu la mets dans une coupe de vin ou de bière;

Tu la donnes à la femme pour qu’elle la boive. »

( Charme issu d’un papyrus du III ème siècle dans Chants d’amour de l’Egypte antique )

La magie, c’est aussi de la mythologie qui se rejoue symboliquement par certains actes, une imitation de la vie des dieux dont l’efficacité doit pouvoir reposer sur la similitude. Puisque les dieux ont créé l’univers et le manifesté, en faisant des choses semblables à ce qu’ils ont fait, le désir devrait logiquement se réaliser car comment le dieu pourrait-il être insensible à un tel hommage ? Une formule magique, c’est donc toujours l’expression d’un ordre, mais aussi parfois, l’évocation, l’hommage, ou l’imitation de l’acte d’un dieu. Et dans la magie d’amour s’y ajoute très souvent de l’organique, du fluide, du vivant.

Rituel d’amour sumérien ancien

« Je te frappe sur la tête, perturbant ton esprit

Que ma volonté soit ta volonté

Que ma décision soit ta décision

Je te possède comme Ishtar a possédé Dumuzi

Comme la bière attache celui qui la boit

Je t’ai attaché avec ma bouche chevelue

Avec mon vagin ruisselant de liquide séminal

Avec ma bouche qui salive

Avec mon vagin ruisselant de liquide séminal

Aucune rivale ne se mettra entre nous. »

(1974-1954 av. J-C. V. Grandpierre. Sexe et amour, de Sumer à Babylone)

Si on fait appel à une divinité, il est très courant de manifester son intention, son nom, le nom de la personne désirée, utiliser des parfums, représentations ou symboles qui lui sont associés.

Rituel Babylonnien ancien

Prenez une grenade ou une pomme, belle et appétissante, isolez-vous dans une pièce sans lumière et sans témoins, et dites :

« La plus belle des femmes a inventé l’amour ! Ishtar, qui se délecte des pommes et des grenades, a créé le désir. Monte et descends, pierre d’amour, entre en action à mon avantage. C’est Ishtar qui doit présider à notre accouplement. »

Réciter trois fois sur le fruit consacré à la divinité et faire croquer à la personne désirée.

( Jean Botéro. Amour et sexualité à Babylonne )

Et parce que c’est une culture à part, intemporelle et marginale, les livres de magie, ça peut aussi nous offrir la surprise de voir conservé le fragment d’un livre célèbre qu’on a toujours évoqué sans jamais prouver qu’il existait vraiment et qui a donc plus l’air d’un mythe que d’une réalité. La recette mystérieuse, la voici :

« Il est écrit dans le livre de Cléopâtre qu’une femme qui n’est pas contente de son mari comme elle souhaiterait n’a qu’à prendre la moelle du pied gauche d’un loup et la porter sur elle, il est certain qu’elle en sera satisfaite et qu’elle sera la seule qu’il aimera. »

( Alexandre Legran.Les vrais secrets de la magie noire : applications.)

Dans le labo de Cléopâtre : Cléopâtre et son célèbre bain au lait d’ânesse

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Reflet de Cythère (5)

Dans Reflet de Cythère, une poésie, invocation, ou texte permettant de mieux connaître Aphrodite et son culte est choisi.

Aujourd’hui, ce sera le poète Léonidas de Tarente qui s’y collera.

Il s’était attaché à décrire avec tendresse la vie des petites gens et s’était fait une spécialité des ex-voto réels ou fictifs. Il a été choisi pour illustrer un poète et non une poétesse vénérant la déesse de l’Amour et de la Beauté.

Car le domaine d’Aphrodite intéresse aussi bien les hommes que les femmes, et malgré mon étonnement constant face à cette réalité et la grande discrétion de la majorité d’entre eux, les hommes sont nombreux à suivre ce blog, bien plus nombreux que ce que j’aurais pu m’imaginer.

C’est à leur intention et en pensant d’abord à eux que ce poème a été choisi, bien qu’il s’adresse à tout le monde.

Hymne à Aphrodite

« Je vais chanter Cythérée, née à Chypre. Elle fait aux mortels de doux présents; son aimable visage toujours sourit et elle porte la gracieuse fleur de la beauté. 

Je te salue, déesse, reine de Salamine et de Chypre; accorde-moi des chants qui excitent les désirs; je me souviendrai de toi et des autres chants. »

Léonidas de Tarente. III ème siècle av. J-C

Dans cette poésie, on portera notre attention sur la notion de chant. Aujourd’hui, le chant est quelque chose de laïc, banal et récréatif, mais à la base, c’est une pratique religieuse et magique ( en latin, le chant, c’est carmen, qui signifie le charme, la formule magique ) et pouvait donc inspirer des désirs en convoquant les dieux.

La parole inspirée et le chant n’ont pas perdu de leur pouvoir sous prétexte que les dieux grecs ne sont plus vénérés. Il y a toujours quelque chose d’Orphée dans la parole inspirée de celui qui aime.

Toi aussi, quand tu auras été inspiré par l’Amour au point que tes paroles et tes chants suscitent le désir, souviens-toi d’Aphrodite l’espace d’un instant.

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Couleurs des sentiments et symbolisme

Dans toutes les cultures du monde, les couleurs symbolisent des sentiments et des valeurs qui donnent un  surplus de sens au monde que l’on perçoit par les yeux. Ce surplus constitue l’essence de ce qui fait les oeuvres d’art picturales où le choix des couleurs et leur place dans l’espace sont des éléments fondamentaux choisis par l’artiste pour délivrer son message ou créer de la beauté.

Ces valeurs se retrouvent dans les oeuvres d’art mais aussi dans nos vies quotidiennes où chaque couleur, si elle n’est porteuse d’un sens absolu, est au moins porteuse d’une émotion dont le sens n’est pas forcément universel et est également choisie selon une émotion, celle-là forcément personnelle.

En Occident, les différentes nuances des sentiments amoureux s’expriment dans la gamme des rouges, du plus intense au plus léger, qu’on appelle le rose.

– Le sentiment exprimé par le rouge, c’est d’abord physiologiquement l’émotion brute et soudaine : on rougit de honte ou de plaisir par exemple. Ensuite, plus symboliquement, c’est la passion qu’il exprime, l’amour teinté de sexualité et de dangerosité. Dans sa version musicale ou littéraire, l’histoire de Carmen est universellement connue comme le  mythe moderne de la femme libre, insoumise, inspirant la passion jusqu’à la mort des deux amants. Dans la nouvelle de Mérimée, le lien entre les sentiments qu’inspire la belle gitane et sa dangerosité s’expriment au premier regard, dans la couleur de ses vêtements : « Elle avait un jupon rouge fort court qui laissait voir des bas de soie blancs avec plus d’un trou, et des souliers mignons de maroquin rouge attachés avec des rubans couleur de feu.« Cette rencontre s’est faite un vendredi, jour de Vénus évidemment…

L’héroïne porte ainsi fièrement la couleur du sang, celui qu’elle fera couler, que ce soit celui de son précédent mari, le sien ou celui de son amant. Mais le rouge évoque aussi le sang spécifiquement féminin des menstrues qui effraie l’homme depuis la nuit des temps, sang frappé d’interdit dans la plupart des religions et auquel on associe superstitions, malédictions et sorcellerie puisqu’il sert également à fabriquer philtres d’amour et autres potions. La conjonction du rouge, du féminin et du vendredi, l’allusion à Vénus , évoquent d’ailleurs la magie d’amour qui nécessite tous ces éléments.

Du sang qui s’écoule uniquement du sexe féminin, on n’a alors pas de mal à associer sa couleur à la sexualité spécifiquement féminine et plus particulièrement libre et stérile. En effet, au XIX ème siècle, la sexualité de bonnes moeurs est conçue dans le mariage, dans le but de donner des fruits. La seule sexualité valorisée est celle de la femme mariée devenant rapidement mère. Carmen, femme licencieuse, scandaleuse et sans moralité a une sexualité hors mariage chrétien, qui ne la rend jamais mère et qui l’associe implicitement au démon, dont la couleur est également le rouge et qui, dans les traités de démonologie, était censé imposer des relations sexuelles dégradantes mais stériles aux sorciers et sorcières qui se vouaient à lui.

En effet, bien que cela ne soit pas son métier, Carmen utilise la sexualité et son corps lorsqu’elle en a besoin. Se dessine alors un autre rouge, celui des prostituées des temps les plus reculés jusqu’à une époque moderne où c’était encore la couleur qui les distinguait jusqu’à ce que des couturiers l’anoblissent et le rendent blanchi aux femmes, des plus célèbres aux plus ordinaires, à travers le cosmétique le plus populaire et le plus médiatique de l’esthétique féminine : le rouge à lèvres.

Le rouge, enfin réhabilité, devient alors celui de la beauté. Néanmoins, quelque chose de son essence scandaleuse reste puisque le rouge est une couleur finalement délaissée par les plus discrètes et qui sert toujours, à travers les roses, à exprimer l’amour passionné.

– Le sentiment exprimé par le rose, en revanche, comme en peinture, voit la passion dangereuse du rouge neutralisée par la pureté, la puissance virginale du blanc. Ainsi, le rose exprime beaucoup plus la tendresse, les sentiments romantiques exclusivement féminins mais excluant la sexualité au moins comme valeur de premier plan. Le rose étant en effet culturellement la couleur des petites filles, des guimauves et de la barbapapa, beaucoup associent au rose des valeurs mièvres où s’expriment les bons sentiments jusqu’à la niaiserie. Une vision qui pourrait se retrouver dans une expression telle que « voir la vie en rose » qui exprime bien cette façon de vouloir voir le monde avec des yeux d’enfant naïve, uniquement concentrée sur son plaisir et ses jeux, incapable de voir la laideur du monde qu’on appelle aussi réalité.

C’est un peu ce qu’on retrouve dans l’habillement kawaï des sweet lolitas du Japon où le rose domine et où les filles imposent au monde leurs valeurs romantiques et tendres. Dans leur univers, l’amour est un doux rêve où les femmes savent parfois retrouver leur nature de petite fille égoïste et heureuse. Une valeur confirmée dans les hôpitaux psychiatriques où le rose a démontré sa capacité à apaiser les humeurs et à faire ressentir le bonheur même à ceux qui l’avaient oublié.

On résume : vous voulez allumer, réchauffer l’atmosphère, le voir s’enflammer ? Portez du rouge. Si du rouge dans une chambre n’incite pas à dormir en échauffant l’esprit et en l’énervant plutôt que l’apaisant, un petit rappel de rouge invite néanmoins la sexualité dans votre chambre.

Vous voulez calmer ses ardeurs, imposer vos valeurs tendres, romantiques en entendant les faire respecter, vous faire respecter, vous et vos rêves de princesse ? Portez du rose et voyez si la vie se transforme à la faveur de votre rêve coloré.

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Magie d’amour et cheveux

A la grande honte de l’Europe très civilisée, et notamment de la France dont le cartésianisme fait la fierté, nous avons connu une longue période durant laquelle la magie fut pratiquée. Le problème est qu’elle ne fut pas pratiquée que par des ignorants, comme on veut parfois nous le faire croire, mais aussi par les plus grands savants. Et c’est surtout au pays de Descartes qu’on refuse de savoir que les plus grands scientifiques, comme Einstein ou Freud, entretenaient un rapport particulier à l’esprit et à la matière et avaient des pratiques superstitieuses et magiques. Newton, plus ancien, s’adonnait avec fièvre à l’alchimie.

Dans ces pratiques, surtout celles de la magie d’amour, Aphrodite, Vénus, ont été très présentes, mais les cheveux ont également tenu une place de choix.

Si vous passez par ici, préparez-vous à un voyage au coeur de pratiques qui se sont transmises dans tous les ouvrages spécialisés d’Europe, et qui, en délit de désuétude et d’absurdité ont fait la honte de l’Europe avant de devenir le fonds de l’imaginaire de la société de loisirs qui y puise l’inspiration pour ses romans, films et séries fantastiques, ses jeux video, etc.

Les sortilèges qui suivent viennent du livre d’Alexandre Legran ( un pseudonyme, sans doute ), Les vrais secrets de la magie noire, applications, non daté mais certainement du XIX ème siècle, et qui reprend les sorts de livres plus anciens comme ceux du Grand et Petit Albert, qui datent du Moyen-Age. On trouve cet ouvrage sur le site de la BNF, l’excellent Gallica.

Quelques pratiques divinatoires

– «  La veille de la Saint Pierre, choisir 5 clés. Faire avec ses cheveux une natte à 3 mèches dont on attache les extrémités en en faisant 9 noeuds après les avoir passés dans les têtes de 9 clés. Lier le tout ensemble au poignet gauche au moyen de la jarretière de la jambe gauche et serrer l’autre jarretière sur le front en invoquant :  » St Pierre ne vous courroucez pas. Pour essayer votre faveur, j’ai agi de la sorte. Vous êtes le seigneur des clés, exaucez-moi, je vous en prie; donnez-moi la preuve de votre pouvoir; et faites-moi voir mon amant et mon futur époux. Amen. »

Ici, les cheveux de la personne la symbolisent tout entière, elle et sa destinée. Le noeud autour du poignet gauche, région d’habitude dévalorisée, représente le lien avec la région du coeur. Saint Pierre ouvre les portes du Paradis, et donc, pourquoi pas, celles du Paradis sur Terre qu’est l’amour ? La pratique semble demander au moyen de symboles :  » Qui m’emmènera au Paradis ? »

 » La nuit de vendredi qui précède le dimanche de la Quasimodo, pars seule en secret pour un carrefour à 4 chemins dans la campagne. Arrivée là, défais ta chevelure et rejette tes cheveux en arrière, comme les portaient autrefois les prophétesses en Celtide. Tu auras pris à la maison une aiguille qui n’aura jamais servi et te piquant le petit doigt de la main gauche, tu laisseras tomber 3 gouttes de sang sur le sol en répétant à chaque fois :  » Je donne mon sang à celui que j’aime, que je vais voir et qui sera à moi. » Alors la forme de ton futur s’élèvera doucement pour s’évanouir aussitôt qu’elle sera formée. »

La suite consiste en remerciements aux esprits élémentaires et le livre précise bien qu’il ne faut en manquer aucune prescription sous risque d’accident mortel.

Il y aurait bien des choses à dire sur le rite du sang et l’installation à un carrefour, mais restons-en aux cheveux. Ici, ils ne sont qu’un cliché, le fantasme projeté de la prophétesse Celte qu’on n’a pas connue et qu’on s’imagine seulement, mais c’est pourtant ce qui permettra l’identification grâce à l’état modifié de conscience.

Quelques sortilèges

D’après Papus, célèbre mage du XIX ème siècle, le philtre d’amour se théorise. Il faut frapper l’imagination de la personne qu’on veut atteindre et fixer son fluide magnétique grâce à des substances qui les condensent comme le sang, les cheveux, etc. Si quelqu’un a compris…

– «  Pour que la personne dont vous possédez l’amour vous soit fidèle, prenez une mèche de ses cheveux, brûlez-la et répandez-en la cendre sur le bois de son lit après l’avoir frotté de miel. Elle ne rêvera que de vous. »

Ici les cheveux sont brûlés, comme si on voulait anéantir la personnalité potentiellement trop rebelle de l’être aimé. Dans la magie d’amour, les cheveux valent pour des substances aussi personnelles que sang, sperme et salive, tout ce qui nous fait accéder facilement à notre carte d’identité interne : l’ADN. On brûle sa volonté, on l’adoucit par le miel en on crée une enceinte autour de son lit pour qu’elle ne puisse s’échapper.

« Prenez 5 de vos cheveux, unissez-les à 3 de la personne que vous aimez et jetez-les dans le feu en disant :  » Ure, igne, Sanctis Spiritus, renes nestros et cor nostrum, Domine Amen. »

Cinq cheveux contre trois pour signifier peut-être une domination de la personne qui aime sur celle qui est aimée. La phrase en latin se retrouve très habituellement dans les missels et demande à ce que nos reins et coeurs soient brûlés, ce qui, tourné de façon métaphorique, évoque l’amour : « le coeur » et la sexualité : « les reins ».  En détournant la prière chrétienne pour un projet profane et amoureux, on s’assure ici du concours dérobé de la puissance divine puisque les mots sont d’habitude récités dans de pieuses intentions. Les cheveux brûlés de chacune des personnes destinées à faire un couple valent pour un acte en mimant symboliquement la chose demandée.

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