cuisine

Recette aphrodisiaque : omelette du Roi-Soleil

Dans son livre Cinq mille ans de cuisine aphrodisiaque, Pino Correnti, restaurateur sicilien spécialisé dans la cuisine aphrodisiaque, propose des recettes galantes de l’histoire.

Il donne notamment celle d’une omelette sucrée que Louis XIV faisait dans son cabinet particulier quand il était en galante compagnie. Il l’accompagnait, précise-t-il, de champagne.

Comme souvent avec Pino Correnti, on a des recettes dites authentiques mais on a rarement les références. Cela correspond bien à la nature de la recette aphrodisiaque, qui se doit d’être confidentielle, mais c’est toujours un peu gênant, car se pose alors la question de la transmission.

J’ai voulu mener l’enquête avant de vous la proposer, mais en même temps, où trouver la recette ?

Dans les livres de cuisine de l’époque ? J’ai bien tenté, mais elle n’est pas assez raffinée pour une cuisine de cour royale, même si elle l’est trop pour une simple omelette.

Dans les mémoires des proches de Louis XIV ? Les écrits sont nombreux et interminables à cette époque, de Saint Simon à Condé en passant par la Princesse Palatine, mais qui aurait révélé une recette intime ? Et Louis XIV pouvait-il vraiment cuisiner dans son cabinet particulier ?

Les ingrédients pourraient peut-être nous éclairer. Un anachronisme révélerait de façon certaine une supercherie. Mais les marrons glacés et les amaretti de la recette étaient connus de Louis XIV, les amaretti ayant été servi à son mariage. Et les marrons glacés, même si c’est sans certitude, sont réputés avoir été inventés sous son règne.

Il n’y avait plus qu’une chose à faire : s’y mettre.

Omelette du Roi-Soleil, selon Pino Correnti

Pour 2 personnes

  • 6 oeufs
  • 50 gr. de sucre vanillé
  • 4 marrons glacés
  • 50 gr. de beurre
  • 1 bâtonnet de cannelle ( j’ai préféré de la poudre )
  • sel
  • poivre

Séparer les blancs des jaunes, battre les blancs en neige ferme. 

Piler les amaretti et les marrons glacés, les mêler aux jaunes auxquels on ajoutera 40 gr. de sucre glace. Ajouter une pincée de sel, une pincée de poivre et mélanger. Mêler délicatement cette préparation de jaunes aux blancs battus en neige. 

Faire fondre le beurre et quand il mousse, verser la préparation. Faire cuire à feu doux jusqu’à ce que l’omelette soit bien dorée. 

Verser dans le plat de service, saupoudrer de cannelle et du reste de sucre glace. 

Résultats :

  • C’est long ! La préparation, très mousseuse, n’a rien d’une omelette ordinaire parce qu’elle est remplie d’air. Le temps de cuisson est donc au minimum triplé, et ce d’autant plus que la préparation doit cuire à feu doux. Soyez patient. Je ne saurais trop conseiller de mettre un couvercle pour que la cuisson atteigne le haut de la préparation.
  • C’est dense ! C’est censé être une recette pour 2 personnes, on s’est mis à 4 dessus et on était rassasié ! Si vous prévoyez de la faire en amoureux, 3 ou 4 oeufs et  2 ou 3 amaretti et marrons glacés seront suffisants si vous avez d’autres objectifs à 2 qu’une laborieuse digestion en commun ! Sauf, bien sûr si votre motivation est la curiosité historique, auquel cas je vous conseille de respecter la recette originale.
  • C’est très sucré ! Ayant goûté la préparation à tous les stades de la réalisation, je me suis passée des 10 grammes restant de sucre glace, et c’était encore très sucré. Vous pouvez donc retirer un peu de sucre de la recette sans que cela nuise au résultat, sauf si vous voulez la goûter telle qu’elle était réellement.
  • C’est rassurant ! Cette recette correspond bien à ce qu’on savait de Louis XIV : il mangeait comme 4 et, le sucre étant un ingrédient rare, réservé à la noblesse, seul le roi possédait les clés de la réserve. De fait, selon les critères de l’époque, cette recette est trop sucrée pour être roturière ! Enfin, c’est une omelette, le plat préféré des hommes qui ne savent pas cuisiner mais qui ont quand même envie de faire quelque chose. Dans tous les cas, cela ressemble bien à une préparation intime.
  • C’est délicieux ! Je n’aime pas les marrons glacés, je n’aime pas les omelettes sucrées, mais je me suis régalée ! Le goût, la texture trouvent le moyen d’être à la fois classiques et originaux.
  • C’est classe ! Une recette qui est à la fois galante, historique, simple, curieuse et délicieuse, c’est un atout séduction incontestable pour éblouir l’être aimé avec de la cuisine sans passer 5 heures aux fourneaux.

Je ne vous demanderai qu’une chose : si vous la faites, donnez m’en des nouvelles !

Cet article – sauf la recette – est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Oui, le jury de Top Chef dirait qu'il n'y a pas de présentation et que l'assiette est moche, mais c'est vraiment délicieux et les saveurs vont très bien ensemble !

Oui, le jury de Top Chef dirait qu’il n’y a pas de présentation et que l’assiette est moche. C’est vrai, on ne l’aurait pas servi à Versailles sous cette forme-là. Mais c’est vraiment délicieux et les saveurs vont très bien ensemble ! Une vraie recette pour emballer…

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Cuisine, amour et sensualité

Dans notre société de surabondance, les invitations à consommer, le succès des sites ou guides spécialisés dans la cuisine ou les restaurants jouxtent parallèlement des discours de plus en plus axés sur l’alimentation du point de vue de la santé que du point de vue du plaisir. A l’ère où l’obésité est devenue un phénomène d’ampleur internationale et bien que la restauration soit un des seuls secteurs qui ne connaisse pas la crise, éradiquer les mauvaises habitudes, traquer les mauvaises graisses, partir en quête de méthodes pour manger plus équilibré sont les comportements à adopter pour montrer qu’on est responsable, ou donner une apparence raisonnable à ses problèmes alimentaires tels que l’orthorexie, cette obsession contemporaine de manger le plus sainement possible sans prendre en considération les autres paramètres.

A force de vouloir protéger la population, le discours ambiant associe de moins en moins la cuisine et le fait de s’alimenter au plaisir mais de plus en plus à la santé ( prévention du surpoids, de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires…), à la prudence, à la peur, même, et donc de plus en plus à un devoir. Se nourrir est une nécessité, le faire correctement est un chemin sur lequel doit s’engager toute personne responsable.

Et le plaisir dans tout ça ?

Les Grecs anciens qui se savaient mortels et qui n’avaient aucun espoir de contrôle sur cette réalité associaient bien souvent dans leurs poésies le festin, le vin et l’amour, le désir, Dionysos et Aphrodite, qu’ils entendaient bien célébrer tant qu’ils étaient vivants. Dans nos sociétés où la science a révélé que nous pouvions avoir un contrôle pas absolu mais non négligeable sur notre espérance de vie par le biais de notre alimentation, et où l’excès est devenu un risque plus grand que le manque, on associe de moins en moins les plaisirs de la table aux plaisirs de l’amour.

Et pourtant, dès notre naissance, la nourriture est associée au plaisir. Le contentement, le calme manifesté par le bébé qu’on a nourri se lisent sur son visage incapable de dissimulation. Dans toutes les sociétés, la nourriture est au coeur des coutumes religieuses où chaque fête est associée à des aliments traditionnels à partager : l’agneau de Pâques, le mouton de l’Aïd, les crêpes de la Chandeleur, les mets sucrés de Roch Hachana, le pain de Lughnasadh, la dinde de Thanksgiving, les sucreries de Divalî, etc…Il n’y a pas de fêtes traditionnelles sans nourriture car il n’y a pas de vie sans nourriture. Et lorsqu’elle est réalisée, cuisinée, travaillée, la nourriture est un don, un don de civilisation et de culture car chaque pays, chaque région, même, a la sienne.

La cuisine, c’est aussi un don d’amour. Cuisiner pour l’être qu’on aime, sa famille, ses enfants, passent pour les meilleures preuves d’amour. Car faire la cuisine pour quelqu’un, y prendre un soin et une attention méticuleux, hors d’un cadre où toute reconnaissance en est attendue, est le même geste que celui de la mère qui nourrit son enfant parce qu’elle l’aime et veut le voir grandir. Nourrir, c’est transmettre la vie, offrir une de ses conditions essentielles.

Mais la cuisine que l’on mange est aussi en lien avec la sexualité. Manger, c’est laisser quelque chose entrer dans son corps. Beaucoup de personnes pour qui le lien avec la sexualité est un problème pour maintes raisons souffrent de troubles alimentaires, principalement l’anorexie et la boulimie mais aussi des troubles plus complexes d’intolérances à certains aliments en lien avec leur histoire personnelle et symbolique relative à la sexualité.

Justement, dans une histoire d’amour naissant, une invitation à dîner sera une délicate introduction à la sensualité. Les premiers repas, partagés, ce sont des pré-préliminaires évoquant symboliquement d’autres plaisirs à venir par leur déploiement multi-sensoriel. Car un plat, c’est une odeur, un aspect visuel, des couleurs, des textures, un goût, enfin, un ensemble d’éléments qui pénètrent en soi. De ce fait, partager un repas, c’est aussi l’occasion de deviner les qualités et défauts d’un partenaire sexuel. Une obsession de la ligne pourra augurer d’une volonté de trop grand contrôle pour un abandon naturel et facile au plaisir, une goinfrerie annoncera souvent un manque de finesse et de sensibilité, une trop grande exigence sera généralement la marque d’un ego dominateur, etc. Toutes ces choses qui se manifestent à table se manifesteront souvent au lit…

En revanche, un des signes que la relation est en bonne voie est cette forme d’abandon à l’instant présent, au plaisir d’être avec l’autre, en goûtant ses plats et lui faisant goûter les siens dans un partage et une union qui laisse présager favorablement celle à venir entre les draps et dans la vie à deux.

Alors oui, il ne faut pas manger trop gras, trop sucré, trop salé, mais dans une assiette comme dans un lit, qui a envie de manger sans goût ? Pas Aphrodite, en tous cas…

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