Mois: juillet 2015

La leçon de beauté des Aphrodites

Vous les avez déjà vues aux musées, et leurs formes statiques et graves vous ont plus touchés par leur sérieux, leur classicisme, leur aspect artistique que par l’idée que vous vous faisiez souvent de la Beauté. Peut-être même que vous les trouvez ennuyeuses et vous pensez qu’appartenant au passé, elles n’ont plus rien à vous apporter ni à vous apprendre sur la beauté.

Et bien détrompez-vous.

Si nous partons du principe qu’Aphrodite est la déesse de la beauté et que chacun des sculpteurs qui en a conçu une a projeté dans sa sculpture un idéal de la beauté accepté par tous, alors, ces statues ont forcément quelque chose à nous dire sur la Beauté.

Alors oubliez dates, noms d’artistes, périodes artistiques et techniques, et écoutez les vérités que les déesses du Louvre ont à nous apprendre sur la beauté.

– La beauté ne concerne pas que la jeunesse

Parmi les différentes représentations de la déesse de l’Amour et de la Beauté figurent des femmes qui font assez juvéniles, comme la Vénus d’Arles, dont le corps et le visage sont lisses. C’est vrai aussi de l’Aphrodite de Cnide, dont il ne nous reste de la statue que l’intervalle entre le cou et les genoux. En revanche, les autres corps nus comme celui de l’Aphrodite « aux cheveux lâchés » , l’Aphrodite pudique et la Vénus de Milo présentent des femmes aux corps et aux visages plus matures, aux traits plus durs et aux corps marqués, où le muscle a pris forme au fil des ans.

– La beauté n’implique pas nécessairement la nudité

La Vénus de Cnide fut la première statue d’Aphrodite nue, et c’est ce qui fit sa célébrité. Mais de la Vénus de Milo à la Vénus d’Arles en passant par la Vénus Genitrix, on voit que la beauté se conçoit dans toutes les étapes du dévoilement du corps féminin, d’un sein à la totalité de ce corps. Mais la beauté se conçoit aussi dans un corps habillé comme celui de l’Aphrodite au pilier, où le vêtement, fait de multiples drapés, participe à cette beauté, et même, la construit peut-être.

– La beauté, c’est la fermeté

En revanche, si le corps peut être plantureux, généreux à certains endroits, comme le ventre de la Vénus de Milo dont Rodin disait qu’il était « splendide, large comme la mer« , il ne peut être relâché. Comme aujourd’hui, le relâchement signe du délabrement, est incompatible avec l’idée qu’on se fait, de la beauté. La confirmation de cette identification entre beauté et fermeté se vérifie dans le galbe des seins de ces déesses, et atteint son paroxysme dans le bras tendu de la Vénus d’Arles. Car si ce bras tendu et cette main parfaite démontrent surtout le talent du sculpteur, n’importe quelle femme attentive sait que très tôt, le relâchement se manifeste à l’arrière du bras, chez la femme.

Pas sûr que la magnifique tenue du bras de la déesse ne soit qu’un détail insignifiant.

– La beauté est aussi soumise à  la mode

Pour vérifier ce fait, il n’y a qu’à regarder l’affreuse coiffure de l’Aphrodite pudique qu’aucune femme ne porterait aujourd’hui en se trouvant belle et qu’aucun homme ne regarderait en la trouvant autrement que ridicule. Par ailleurs, si on regarde les coiffures de toutes les statues, elles sont toutes bouclées, même si les coiffures sont toutes différentes.

Enfin, il faut bien reconnaître que ces statues de corps féminins ont presque toujours, comme l’ont fait remarquer beaucoup d’historiens de l’art, des corps plutôt masculins. Et le fait est que dans la poésie comme dans la philosophie de cette époque-là, et pour la seule fois de l’histoire, c’est la beauté masculine qui est préférée.

– La beauté, c’est la dignité

Les attitudes des déesses représentant l’Amour, la Beauté, la Sexualité, sont paradoxalement prudes ou fières, jamais lascives. Etrangement, seule l’Aphrodite au pilier, dont la posture paraît un peu vulgaire, a changé de destin et est devenue Muse, semblant nous donner ce conseil avisé et toujours valable : »Si tout espoir de beauté est mort pour toi, exerce un art où tu excelles pour t’en donner un peu. »

Et c’est vrai que beaucoup d’artistes qu’on n’a pas toujours trouvé beaux ou belles ont su séduire par leur talent et projeter vers l’extérieur leur beauté intérieure.

Et si on écoutait un peu les déesses ? On constaterait certainement que l’idée qu’on se fait de la beauté en Occident reste inchangée depuis les Aphrodites.

Cet article et ces photos – sauf celle de la Venus Genitrix qui appartient au site http://www.theio.com – sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

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Reflet de Cythère (5)

Dans Reflet de Cythère, une poésie, invocation, ou texte permettant de mieux connaître Aphrodite et son culte est choisi.

Aujourd’hui, ce sera le poète Léonidas de Tarente qui s’y collera.

Il s’était attaché à décrire avec tendresse la vie des petites gens et s’était fait une spécialité des ex-voto réels ou fictifs. Il a été choisi pour illustrer un poète et non une poétesse vénérant la déesse de l’Amour et de la Beauté.

Car le domaine d’Aphrodite intéresse aussi bien les hommes que les femmes, et malgré mon étonnement constant face à cette réalité et la grande discrétion de la majorité d’entre eux, les hommes sont nombreux à suivre ce blog, bien plus nombreux que ce que j’aurais pu m’imaginer.

C’est à leur intention et en pensant d’abord à eux que ce poème a été choisi, bien qu’il s’adresse à tout le monde.

Hymne à Aphrodite

« Je vais chanter Cythérée, née à Chypre. Elle fait aux mortels de doux présents; son aimable visage toujours sourit et elle porte la gracieuse fleur de la beauté. 

Je te salue, déesse, reine de Salamine et de Chypre; accorde-moi des chants qui excitent les désirs; je me souviendrai de toi et des autres chants. »

Léonidas de Tarente. III ème siècle av. J-C

Dans cette poésie, on portera notre attention sur la notion de chant. Aujourd’hui, le chant est quelque chose de laïc, banal et récréatif, mais à la base, c’est une pratique religieuse et magique ( en latin, le chant, c’est carmen, qui signifie le charme, la formule magique ) et pouvait donc inspirer des désirs en convoquant les dieux.

La parole inspirée et le chant n’ont pas perdu de leur pouvoir sous prétexte que les dieux grecs ne sont plus vénérés. Il y a toujours quelque chose d’Orphée dans la parole inspirée de celui qui aime.

Toi aussi, quand tu auras été inspiré par l’Amour au point que tes paroles et tes chants suscitent le désir, souviens-toi d’Aphrodite l’espace d’un instant.

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Forces et subtilités du maquillage noir

Depuis l’Egypte antique, les yeux cerclés de noir sont une pratique courante, constituant le maquillage le plus basique et donc le plus simple. Et pourtant, la subtilité de ses emplois et de ses effets sont incontestables, à condition d’y regarder de plus près.

C’est le maquillage le plus simple, le plus basique, oui, mais c’est d’abord le plus mal connoté car c’est celui qui met le plus en valeur les yeux et donc attire le plus le regard. Or, chez les chrétiens, le maquillage a toujours été mal vu car assimilé à la séduction qui s’oppose à la vertu, il a l’art d’attirer le regard. D’après la logique des théologiens, après le regard viendra le désir, après le désir viendra la faute et après la fauté le péché. Et de fait, le maquillage noir, qui peut être sur-représenté sur les podiums et au cinéma, est en réalité sous-représenté dans la vie ordinaire car très fortement sexualisé. Et c’est vrai que les femmes qui le portent et chez qui on le remarque fortement ont quelque chose à voir avec un esprit frondeur : goths, punks, adeptes du rock et du métal, ou juste des femmes puissantes qui assument tous les aspects de leur personnalité.

Cette caractéristique culturelle a surtout cours en Occident. Chez les femmes du Maghreb ou de l’Orient en général, le khôl en fard gras ou en poudre, ordinaire, local et très ancien d’emploi, est connoté positivement aussi comme un symbole d’identité. Une femme du Maghreb dont les yeux sont maquillés en noir ne choque personne et aucun jugement sévère n’est apposé sur elle du seul fait qu’elle se maquille ainsi. Mais n’est-ce qu’un phénomène culturel ?

A bien y réfléchir, un maquillage noir sur une peau brune, entourant des yeux sombres et des cheveux noirs, n’a rien de choquant. Cela constitue une harmonie dans laquelle le noir du fard n’est qu’un rappel du noir des cheveux, des sourcils, cils et yeux. Mais sur une Occidentale, l’effet n’est pas le même. Sa peau, ses cheveux, ses yeux sont souvent clairs. Pour peu que les cils et les sourcils soient également blonds, le contraste avec des yeux cerclés de noir sera beaucoup plus saisissant, voire agressif et choquant.

Cette mise en valeur particulière des yeux, si elle paraît provocante dans la vie ordinaire, s’avère indispensable au théâtre ou à l’opéra où la faible distance suffit à faire disparaître les yeux des acteurs et actrices et du même coup les émotions qu’ils doivent transmettre au regard du spectateur. Le regard rehaussé de noir et très maquillé a alors le pouvoir de refaire le lien avec le public, provoquer son  empathie et donc réaliser la catharsis. Les émotions, enfin accessibles au spectateur grâce à l’utilisation du fard le plus puissant, vont favoriser la purgation et par là, la purification de l’âme. Du même coup, les personnages sont sublimés et les acteurs, embellis, ont cette sorte d’aura particulière qu’on attribue aux souverains depuis l’Egypte antique et qui a le pouvoir de changer une personne ordinaire en une divinité.

Une de ses autres forces est de pouvoir rajeunir l’oeil vieillissant. Un très léger trait de crayon sombre, tracé finement au ras des cils – tout en éclaircissant les zones alentour – a le pouvoir de compenser visuellement la perte de volume et donc de faire paraître plus jeune en ouvrant le regard, comme Horus retrouvait sa beauté et compensait la perte de son oeil gauche par le maquillage. Rappelez-vous le scandale autour de la photo d’Uma Thurman : ses yeux, mis en valeur par des couleurs claires sans qu’un trait de crayon ne vienne compenser la perte de volume obligatoire avec l’âge, se sont mis à trahir leur âge réel.

Paradoxalement pour le fard à la couleur la plus puissante, il est possible de mettre en valeur le regard de façon extrêmement subtile avec du maquillage noir, à condition d’utiliser un vrai khôl sous forme de bâton gras. Pour un effet presque invisible qui a le pouvoir de blanchir le blanc de l’oeil et souligner naturellement comme avec une plus grande épaisseur de cils, faites comme les femmes du Magreb qui se mettent du khôl avant de se coucher pour profiter de ses effets légers mais incontestables le lendemain. Pour en renforcer l’effet, vous pouvez mettre une goutte de jus de citron dans chaque oeil si vous êtes courageuse. Le blanc de l’oeil, assaini, fera d’autant plus ressortir votre iris, mettant l’accent sur la beauté de votre regard. L’effet est magnifique !

Enfin, le dernier point, comme à l’époque des Pharaons, et à condition de l’acheter dans des boutiques indiennes, vous pouvez trouver des bâtons de khôls camphrés qui rafraîchissent l’oeil et surtout le protègent de certaines affections courantes, même s’il est difficile d’en parler dans nos sociétés modernes. Pourtant, devinez avec quoi je fais cesser mes démangeaisons aux yeux consécutives aux rhinites allergiques, sans jamais avoir besoin de gouttes et autres produits de pharmacie ? Bien sûr, cela reste entre nous. La plupart des gens vous diraient que ce n’est pas possible, voire, au pire, que c’est dangereux. L’ambivalence du khôl, il est vrai, a longtemps été dans son équilibre entre son efficacité et sa toxicité.

Depuis l’époque des pharaons, les subtils et différents pouvoirs du khôl n’ont pas cessé.  Si nous ne le voyons pas toujours, c’est que nous ne lui accordons ni place ni importance.

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Maquillage des yeux : mythe et symboles

Le maquillage des yeux remonte à l’Egypte antique, comme nous le savons, et comme les images d’Epinal nous en ont laissé des souvenirs de regards masculins et féminins cerclés de khôl sur les statues et bas-reliefs. Alors que le maquillage revêt d’habitude un aspect superficiel et trivial en Occident, relevant de la séduction facile voire de l’amusement, on s’étonne qu’archéologues et historiens aient donné tant d’importance à la conception des fards et à la manière dont ils se portaient dans l’Egypte ancienne.

En réalité, si les fards les intéressent tant, c’est que leur fabrication relève des premiers processus de chimie et de pharmacologie : des poudres minérales pour la couleur, des graisses pour l’adhésion à la peau, des produits actifs dont la toxicité même oeuvre paradoxalement à l’aspect médicinal et protecteur dont on avait bien besoin pour lutter contre les maladies de l’oeil, fréquentes dans la vallée du Nil.

Les égyptologues du site du CNRS l’assurent dans leur dossier sur le langage des fards en Egypte antique : retrouver des statues aux yeux pleins et cerclés de khôl dans une tombe sème le trouble car les personnages semblent vivants, et surtout, paraissent vous regarder. De fait, le maquillage noir à base de minerai de plomb, remplaçant le fard vert à base de malachite, est estimé rendre les yeux parlants et expressifs. D’autres couleurs aux symboliques différentes existèrent mais à la base, il y avait d’abord, par principe, le maquillage des yeux, inventé il y a quatre millénaires.

A la base de l’acte de se maquiller, il y a un dieu, Horus. Lors d’un combat contre son oncle Seth, il perd son oeil gauche qui s’avère être la lune, tandis que son oeil droit constitue le soleil. Pour rétablir l’équilibre cosmique menacé par la perte de l’oeil et la disparition de la lune, Horus a recours aux fards. Acte cosmogonique et créateur, le maquillage rend à Horus sa beauté et à l’univers, la lune et ses phases désormais intermittentes. En se maquillant, hommes et femmes de l’Egypte ancienne imitaient l’acte bénéfique du dieu qui se guérissait en même temps qu’il recréait l’harmonie du monde.

Pour les hommes et femmes de ce pays, de la même manière, le maquillage avait pour fonction le soin, la médecine, mais aussi la beauté, la vie et le sacré. Le fard lui-même était une émanation d’un dieu différent selon sa couleur, d’Horus pour le vert, de Ra pour le noir. Les papyrus médicaux confirment la multiplication des fonctions associées au maquillage en Egypte ancienne :

« Viens malachite ! Viens malachite ! Viens, la verte ! Viens, écoulement de l’oeil d’Horus ! Viens, rejet de l’oeil d’Atoum ! Viens, sécrétion sortie d’Osiris ! Viens à lui ( le malade ) et chasse pour lui les sérosités, le pus, le sang, la faiblesse de la vue. »

( Ebers 385 traduit par Bardinet, cités sur le site du CNRS et celui des anciens élèves et diplômés de Polytechnique )

De toutes ces croyances, en réalité, que reste-t-il aujourd’hui dans le maquillage des yeux et dans notre rapport symbolique au regard ?

Horus, est un dieu faucon. La vue des rapaces est exceptionnelle, comme l’est celle de la plupart des prédateurs. L’oeil d’Horus, celui qui a été arraché, constitue toujours un porte-bonheur, ce qui éloigne le mauvais oeil, justement. Oeil gauche représentant la lune, il est fardé de cette sorte de maquillage caractéristique qu’on retrouve dans l’art égyptien antique et dont la symbolique perdure et protège celui qui le porte.

Dans d’autres civilisations également, les symboles de protection peuvent être des visages de démons qui nous regardent mais aussi avoir toutes les caractéristiques de l’oeil, comme le miroir Pa Kua des Chinois qu’on installe à l’extérieur de sa porte d’entrée pour protéger la maison des mauvais esprits. Ce miroir a la particularité d’être convexe et de refléter ce qui passe devant lui. Beaucoup de croyances autour de la protection des maisons font appel aux miroirs pour leur pouvoir de réflexion, leur capacité à agir comme des yeux sur d’autres yeux. Les yeux, centres de l’observation, sont à l’avant-poste de l’intelligence qui s’éveillera après avoir reçu les informations issues de cette observation.

Mais les yeux, c’est aussi le siège de la vie, toujours en lien avec l’intelligence. Fermer les yeux du mort est un acte rassurant qui permet de symboliser le décès, comme si le cadavre gardant les yeux ouverts ne pouvait être complètement mort et donc toujours conscient, intelligent, apte à porter le « mauvais oeil », ce regard chargé de haine silencieuse suffisant, paraît-il, à nuire à ceux qui en sont l’objet.

Dans le maquillage du regard, il y a un peu de tout cela à la fois : un geste de construction de sa propre beauté, de sa propre harmonie, de son appartenance au monde, d’expressivité du regard accédant au langage, de mise en valeur symbolique et expressive de son intelligence, de sa conscience.

Cela rappelle ce passage de Devdas, apparemment énigmatique, où une femme conseille à Chandramukhi, courtisane, de mettre du khôl pour se protéger du mauvais oeil, à quoi Devdas, jeune homme naïf découvrant la prostitution, fait remarquer que d’autres femmes se servent de ce même khôl pour attirer le regard. Chandramukhi lui répond : « En évoquant le regard, vous avez ravi mon coeur. Je vous prenais pour une statue, et je découvre que vous avez un coeur. » Chandra, bizarrement, signifie la lune…

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Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Comment se faire aimer ?

Non, lecteur, lectrice, ceci n’est pas une vaine promesse faite par l’article d’un obscur blog d’une obscure blogueuse destinée à s’attirer du monde.

Comment se faire aimer n’est pas un rêve inaccessible, un désir destiné à ne pas se réaliser, mais une question de méthode, de lieu et de moment, d’après ce que nous apprend l’ethnopsychiatre Tobie Nathan dans son ouvrage Philtre d’amour. Son sous-titre : « Comment le rendre amoureux ? Comment la rendre amoureuse ? » en dit assez long sur son contenu qui prend appui aussi bien sur les mythes que les témoignages contemporains ou les analyses de rituels traditionnels de magie amoureuse de toutes cultures. C’est de cette diversité que l’auteur, ethnopsychiatre, spécialiste de la psychanalyse et enseignant en psychiatrie à l’université, va tirer une synthèse incroyablement pertinente de ce qui permet de fonder le sentiment amoureux.

Pour laisser le plaisir de la découverte de ce livre intact à qui serait intéressé, ne seront choisis, expliqués et précisés que certains éléments qui ne suffisent pas à créer la formule entière de l’amour mais vous dévoileront en tous cas certains de ses mécanismes. Les mots , la façon de s’exprimer, la façon d’ordonner, sauf mention contraire, ne viendront pas non plus tous de l’auteur, qui est avant tout notre guide et la caution intellectuelle de l’article.

– L’amour n’est pas une question de beauté

C’est peut-être la meilleure nouvelle pour ceux qui ne se sont jamais considérés comme beaux ou belles. L’amour vient de l’âme et c’est donc l’âme qu’il faut toucher. Certes, la beauté pourra être un élément de l’accroche de cette âme, mais en définitive, même si celle-ci n’est pas là, l’âme comble les vides et supplée à ce qu’elle croit lui manquer. La phrase de Proust : « Laissons les belles femmes aux hommes sans imagination. », illustre complètement cette vérité. Nous trouvons beau ce que nous acceptons comme tel, et n’importe quelle nouvelle ouverture au monde, n’importe quelle vision qui comble nos attentes peuvent être vues comme de la beauté. Ce qui compte, c’est de sembler apporter à celui ou celle qu’on aime et dont on veut se faire aimer, la chose que cette personne désire profondément ( plus de bonheur, de rêve, l’oubli des soucis, etc.).

– Choisir le moment

Tomber amoureux est aussi une question de moment. Comment un moment peut-il être favorable pour être aimé ?

Si la personne est déjà en couple et heureuse de l’être, il ne faut pas compter dessus et c’est normal. En revanche, c’est possible après une déception, dans une période de doute, de flottement, de tristesse ou de fatigue, aussi, mais également de grande joie nouvelle, inattendue et créatrice qui va permettre à la personne d’être plus ouverte, nous explique Tobie Nathan. L’idée de l’auteur, empruntée aux conceptions animistes, est celle d’une « âme qu’on doit saisir au moment où elle sort de son enveloppe ».

Cela rappelle certaines croyances anciennes, qui perdurent parfois, et qui exigent notamment qu’on ne réveille jamais brutalement quelqu’un qui dort car l’âme, sortie du corps, ne pourrait retrouver son chemin à temps. Qui a vu une personne se réveiller brutalement et ne plus savoir où elle est ni à quel moment elle se trouve, peut-être même qui elle est, comprendra de quoi il est question.

De la même manière, chaque moment particulier de vie nous met sur un chemin ( la grossesse vers la voie de la parentalité, par exemple ) ou à la croisée des chemins, où le moi doit se réinventer ( deuil, divorce, licenciement font basculer l’âme vers l’inconnu d’où émergeront de nouveaux choix ).

– Choisir le lieu

Tobie Nathan nous explique que les couples appellent les couples, et dans un monde où il n’y a plus de temples dédiés à l’amour, le bon lieu pourrait être un mariage. Dans le film 4 mariages et un enterrement, on nous répète justement que 50 % des gens ont rencontré leur conjoint à un mariage. Les lieux où on célèbre des mariages ( mairie, église, synagogue…) sont donc également propices.

Mais si nous n’avons plus de temples, nous avons encore d’autres lieux culturels associés à l’amour que nous pouvons ajouter à la liste : Paris ( pour ceux qui ne sont pas parisiens, surtout ), Venise ( à réserver à ceux qui ne connaissent pas son histoire ), le Taj Mahal, tombeau représentant un des plus puissants symboles d’amour ayant jamais existé. Plus curieusement mais aussi plus simplement, nous trouvons les ponts, qui ont la capacité d’embellir une personne sans qu’on sache trop pourquoi, et les cimetières où on peut rencontrer, en France, par exemple, la tombe d’Héloïse et d’Abélard et dont on doit trouver des équivalents dans d’autres pays, des pierres tombales exaltant l’amour d’une vie et la tristesse de l’avoir perdu, ou bien encore, comme vu chez les incinérés du Père Lachaise, cette simple plaque mentionnant « toi et moi », rappelant que des gens peuvent vouloir s’unir pour l’éternité dans une confusion de cendres et d’identités d’où ne reste que l’idée de deux personnes qui se sont aimées.

Voilà, cher lecteur, chère lectrice, la suite t’appartient. Tobie Nathan ajoute comme mise en garde qu’il est difficile de se débarrasser ensuite d’une âme qu’on a captivée. On pourrait se demander aussi si une relation basée sur une telle construction ne risque pas de manquer d’équilibre, car manifester son pouvoir pour rendre amoureux rend l’amour bien mécanique et peut-être aussi un peu triste.

A toi de voir.

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