culture

Les tours du monde web. 2.0 de la Beauté

La Beauté, objet fascinant et fantasmatique de désir depuis la nuit des temps, semble s’offrir depuis quelques temps un coup de jeune et un coup de buzz grâce au web 2.0 qui permet la communication des idées dans une ouverture au monde passant par la collaboration. Les projets beauté deplus en plus intéressants s’offrent ainsi une visibilité extraordinaire grâce à la participation du plus grand nombre de personnes relayant les projets via les sites et les différents réseaux sociaux.

De quels projets s’agit-il ?

– Le projet d’Esther Honig : cette jeune journaliste et blogueuse américaine de 24 ans a diffusé sa photo et demandé à des graphistes de la rendre simplement plus belle. Elle diffuse les résultats sur son blog, ici : http://www.estherhonig.com/#!viral-/cax1

– Le projet de Priscilla Yuki Wilson : cette américaine de 27 ans ne propose pas autre chose aux internautes que ce qu’a fait Esther Honig. En revanche, les défis sont plus grands pour ceux qui veulent la rendre belle car Priscilla est à la fois plus ronde – peu apprécié en termes de beauté – et métis japonaise et noire américaine – cas trop rare pour pouvoir faire l’objet de normes. Le résultat, c’est ici : http://priscillaywilson.wix.com/priscillayukiwilson#!blank/c1de8

– Le projet de Mihaela Noroc : photographe roumaine de 30 ans, elle décide de faire un atlas de la Beauté qui consiste à photographier la beauté des femmes de tous les pays du monde. Elle demande aux internautes d’y contribuer en lui donnant l’argent nécessaire pour poursuivre son voyage et donc son projet, dont on voit beaucoup de photos ici : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/photos/l%E2%80%99atlas-de-la-beaut%C3%A9/ss-BBhSEdx

Que peut-on en penser ?

Ce sont de bonnes initiatives qui font rêver et réfléchir avant toute chose et leur médiatisation nous fait accourir.

Dans le projet d’Esther Honig, on peut voir le poids de la culture dans le traitement des photographies selon certains pays. C’est surtout vrai pour le Maroc, culturellement marqué par la mode musulmane visible à l’habillement complet et au voile, et les Etats-unis où la sophistication, notamment sur les cheveux, rappellent ce qu’on sait de la culture des cheveux féminins qui sont sur-travaillés. Même chose dans le traitement des photos de Priscillia dont le projet n’est pas différent : l’une des photos venue des USA la transforme en afro-américaine perruquée typique, la vietnamienne la fait considérablement maigrir et dans les pays où on est plutôt blanc, on éclaircit souvent sa peau.

Chez Mihaela Noroc, pas de doute : les photos sont magnifiques, les femmes choisies sont souvent très belles, et le choix du cadre dans lequel les photos ont été faites est toujours judicieux. C’est un tour du monde idéal et qui fait rêver la toile, c’est certain.

Fait-on vraiment le tour du monde ?

On fait le tour d’un monde, en tous cas, car des interrogations subsistent une fois qu’on s’est laissé bercer par le caractère inédit de ces expériences, de l’originalité de la démarche et la diversité des réponses.

En effet, quand Esther Honig et Priscillia Yuki Wilson donnent leurs photos à retravailler par les internautes pour les rendre belles, ceux qui les transforment le font selon plusieurs critères qui ne sont pas mentionnés et qui peuvent comprendre : leurs critères de beauté personnels et non culturels, leurs obsessions personnelles et leur rapport à la technologie qu’ils utilisent, c’est-à-dire quelles techniques ils préfèrent utiliser pour la retouche photo en dehors de toute considération pour les canons esthétiques en vigueur. La question se pose par exemple pour les photos où le fond a plus été travaillé que le modèle lui-même. Par ailleurs, que sait-on réellement des critères de Beauté de la Macédoine ou des Philippines, par exemple ? Sans une connaissance des canons esthétiques en vigueur dans les pays représentés, difficile d’évaluer si ce sont les critères collectifs ou individuels qui ont primé dans la retouche des photos.

Comment penser que des photos retouchées sans explications des intentions peuvent refléter de façon certaine des critères de Beauté censés être culturels quand les individus ne sont pas faits que de culture ?

Le travail de Mihaela Noroc est magnifique, mais une fois passé l’émerveillement, un constat s’impose que vous pouvez sans aucun problème faire vous-même : de photo en photo, à très peu de choses près, on croirait voir le même modèle. Car si la couleur de peau ou de cheveux change, de même que le type ethnique et l’habillement, nous avons le même type de femme récurrent : corps souvent mince, visage régulier, yeux en amandes, regard intense, bouche toujours légèrement charnue, et majoritairement les cheveux longs. Une photo diffère et on se dit qu’il y a finalement plus de diversité qu’on ne le croyait. Erreur ! C’est l’auto-portrait de la photographe.

Mihaela Noroc a visiblement choisi les belles femmes du monde en fonction de ses propres critères de Beauté qui, par chance, ressemblent à ceux de tout le monde.

Ces tours du monde de la Beauté sont intéressants et il faut être franc : on adore les regarder. Mais comme dans la réalité des voyages, ils montrent leurs limites car ils ressemblent à ces séjours que les touristes font sans jamais bouger de leur hôtel, loin de toute rencontre authentique avec le pays visité, tant les plus infranchissables frontières sont culturelles.

En réalité, nous sommes bien incapables, à titre individuel ou collectif, de voir la Beauté par les yeux de l’Autre.

Voilà un des nombreux défis que la modernité se doit de poser à l’Avenir…

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

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En quoi consistait la séduction de Cléopâtre ?

Reine déjà mythique de son vivant, aucune ne fascine autant que Cléopâtre VII dont le rôle n’aurait pas été si important si elle n’avait vécu à un moment critique de l’histoire, entre l’instauration de l’empire romain et la chute de l’Egypte ptolémaïque, qui eurent lieu à sa mort.

Les textes qui parlent de Cléopâtre émanent tous d’historiens romains, pas forcément objectifs, pas forcément ses contemporains, et dont la rigueur scientifique peut être contestée puisque dans l’Antiquité, collecter des histoires pouvait sembler suffisant. Néanmoins, si plusieurs historiens et auteurs romains se sont donnés autant de peine à parler d’elle, surtout en mal, c’est qu’effectivement, elle avait marqué les esprits comme aucune femme ne l’avait fait auparavant. Et de fait, elle avait séduit César et Marc-Antoine et leur avait donné des enfants.

D’après ce que nous ont laissé les historiens romains, comment y est-elle parvenue ?

– Par sa beauté ?

Seules les monnaies offrent un profil réaliste, d’autant plus qu’elles sont les seules représentations à avoir été faites de son vivant. Oui, son nez est grand, non, elle ne paraîtrait pas belle aujourd’hui, mais que sait-on des critères de beauté de l’époque ? Beaucoup d’historiens parlent de sa beauté légendaire bien que Plutarque nuance le propos : «  Sa beauté, considérée en elle-même, n’était pas si considérable qu’elle ravit d’étonnement et d’admiration« . Plusieurs choses entrent en ligne de compte dans l’estimation de sa beauté dont son caractère et, circonstance non négligeable, son statut royal qui lui offre la meilleure alimentation, les meilleurs soins de santé, les plus beaux vêtements et soins cosmétiques du monde antique, auxquels les autres femmes n’avaient pas accès.

Par contraste, déjà, la différence devait être remarquable !

– Par son pouvoir

C’est une donnée que beaucoup oublient : le pouvoir a quelque chose d’attrayant, voire d’érotique. On s’étonne toujours de voir des chefs d’état laids comme des crapauds séduire tant de femmes. Pourtant, il est dans l’instinct des créatures sociables et qui vivent en groupe de vouloir se rapprocher du plus fort. Cléopâtre était une reine, et de surcroît avait non seulement le pouvoir mais aussi l’étoffe d’un chef d’état, n’hésitant pas à faire assassiner ceux qui l’entravaient, dont son frère et mari, séduisant le colonisateur romain dans le but de voir l’Egypte jouir d’un statut privilégié et plus durable dans l’Empire romain que sa propre existence grâce à l’héritier qu’elle lui aurait donné. Un projet que l’assassinat de César déjoua.

Une reine d’un tel niveau d’intelligence politique devait forcément fasciner les romains qui avaient réduit leurs femmes au rôle de génitrices !

– Par son pouvoir de la mise en scène

Dans la vie de César, Plutarque rapporte que Cléopâtre répondit à une de ses convocations enveloppée dans un sac à matelas pour entrer incognito dans le palais. L’historien prétend que c’est ainsi qu’elle le séduisit. Pour Marc-Antoine, elle apparut sur un navire d’apparat aux voiles pourpres, voguant au son des flûtes, des lyres et des chalumeaux. Couchée sous un pavillon brodé d’or, de l’encens brûlait. L’invitant à souper, des flambeaux attachés au sol ou à la muraille dessinaient des formes géométriques magnifiques et brillantes dans l’obscurité de la nuit. Ce spectacle fut pour lui impressionnant et inoubliable.

Avec l’électricité, Madonna et Beyoncé bénéficient de meilleurs moyens techniques mais utilisent toujours les mêmes vieux trucs à l’efficacité incontestée !

– Par une culture remarquable

Plutarque rapporte que Cléopâtre était polyglote, parlant la langue  » des Ethiopiens, des Troglodytes, des Hébreux, des Arabes, des Syriens, des Mèdes, des Parthes« , et d’autres encore, ajoute-t-il. Elle a reçu la bibliothèque de Pergame donnée par Marc-Antoine et qui était constituée de 200 000 volumes. Jadis comme de nos jours, les bibliothèques ne sont pas de nature à intéresser tout le monde. Des livres de cosmétiques et de magie sont même censés avoir été écrits par elle. C’est certainement sur cette base que Plutarque peut dire que sa conversation et » son commerce », c’est-à-dire, sa fréquentation, étaient ce qui la rendait irrésistible.

Car si c’est facile d’être ébloui quelques minutes par une belle femme, c’est encore plus facile d’être ébloui durablement par une femme brillante.

– Un don pour la psychologie

De Plutarque à Pline l’Ancien en passant par Suétone, maintes anecdotes relatées par eux démontrent que la reine était une personne comprenant fort bien ce que désiraient les uns et les autres et savait au moins s’y adapter, au plus les contenter. D’après Plutarque, Antoine ayant parlé comme un soldat, elle lui avait répondu de même, avec la même brutalité. Mais surtout, elle l’accompagnait dans ses parties de chasse, exercices militaires, elle jouait et buvait avec lui, et même, l’accompagnait dans ses plaisanteries, s’habillant en servante quand lui-même s’habillait en valet. Par ailleurs, tant dans la vie de César que de Marc-Antoine, on peut lire que ces 2 hommes aimaient le luxe à des niveaux scandaleux.

Est-ce pour cela que Cléopâtre les régalait de dîners somptueux dont un en particulier au cours duquel, nous rapporte Pline l’Ancien, la reine avala une perle valant une fortune après l’avoir en partie dissoute dans du vinaigre, pour montrer à Marc-Antoine qu’on pouvait encore augmenter la magnificence de ses repas ?

La question reste posée parce que les vraies motivations de Cléopâtre restent un mystère, mais chacun de ses agissements est un petit indice de ses intentions et plus encore de ses capacités.

En résumé, vous voulez obtenir le pouvoir de séduction de la reine Cléopâtre ?

Une seule voie s’impose : d’une manière ou d’une autre, soyez exceptionnelle par des qualités qui vous mettent à la fois en dessous des autres ( elle était femme dans un monde d’hommes ), à égalité avec les autres ( elle était chef d’état et active politiquement au milieu d’hommes qui avaient le même rôle politique à Rome ) et malgré cela bien au-dessus des autres ( elle était une femme brillante et cultivée face à des soldats ).

Mais ne me demandez pas comment on arrive à un tel équilibre…

– Les citations ou affirmations de Plutarque proviennent soit de sa Vie de Marc-Antoine ( références les plus nombreuses ) soit de sa Vie de César.
– La référence à Pline l’Ancien provient de son Histoire naturelle.

En savoir plus sur Cléopâtre, c’est possible aussi sur le blog consacré à ses cosmétiques : Le labo de Cléopâtre. Pour la version de son cosmétique, vous le trouverez sur ma boutique Etsy consacrée aux parfums de l’Antiquité.

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Désir versus Sehnsucht

Au-delà de sa dimension instinctive et primordiale, le désir est aussi quelque chose de culturel et donc différent d’une société à une autre. Sa manière de se concevoir passe par la langue – forgée par les écrivains et les poètes – qui a le pouvoir de façonner la pensée.

En français, le désir vient du latin desiderare qui signifie désirer et regretter l’absence de, mais il est aussi de la même famille que sidus, l’étoile. Nous considérons donc le désir à la fois comme une tension vers un objet en même temps que son regret avec la tête et les yeux tournés vers les étoiles ou regrettant que la destinée – qui se décide dans les étoiles dans la grande tradition antique encore vivace de l’horoscope – ne soit pas plus favorable à nos amours et à nos voeux.

En Allemagne, en revanche, le désir, Sehnsucht, est comme en français marqué du sceau du désir et de la nostalgie, mais aussi de l’attente passionnée, de la langueur et de l’impatience. Sur le site de Karambolage, Bettina Wolfahrt nous précise :  » Tous ces états d’âme passionnés résonnent en allemand dans ce seul mot de Sehnsucht. » On a déjà dépassé le champ sémantique du mot désir. Néanmoins, s’y ajoute encore une émotion : la souffrance. Toujours sur le site de Karambolage, pour l’expliquer, on cite Goethe qui écrit :  » Seul qui connaît la Sehnsucht sait combien je souffre. », et on nous précise que la Sehnsucht est un état d’âme exclusivement allemand.

Pourquoi une telle différence entre ces façons de concevoir le désir ?

La réponse se trouve peut-être dans la culture littéraire.

Les artistes révèlent en nous ce que nous possédons sans le reconnaître et définissent nos émotions, leur donnant une âme au moyen de leurs oeuvres. Ce sont des miroirs en même temps que des accoucheurs d’âme dont le nouveau-né sera le langage, la langue vivante que l’usage par le poète ou l’écrivain finira de façonner et que les utilisateurs de la langue qui viendront après lui finiront de faire grandir.

Goethe, chef de file des romantiques allemands, auteur de première importance, a marqué l’âme de son pays en exprimant la souffrance et le tragique de l’amour impossible à travers Les souffrances du jeune Werther et Les Affinités électives. C’est le Goethe des Allemands, celui qui préfère aussi une injustice à un désordre. C’était un écrivain plus contemplatif qu’engagé, avec un goût prononcé pour les sciences qui nécessitent autant d’observation que de solitude.

Or, ce Goethe-là, ce n’est pas celui des Français. Le Goethe des Français, c’est celui qui a écrit Faust. Une oeuvre qui nous a tellement plu que ce sont des Français, Gounod et Berlioz, qui en ont fait un opéra, tandis que d’autres Français l’adaptèrent au cinéma et même à la télévision. La pièce de théâtre, Faust nous a plus séduits que ces lamentations et langueurs amoureuses contenues dans les romans de son auteur. Et pour cause : c’est une oeuvre française du XV ème siècle, Le miracle de Théophile, qui l’a inspirée.

L’âme des Français, contenue dans leur littérature et que leur littérature leur a aussi permis de révéler, c’est celle de la fronde, de la rébellion. Et parmi ses romantiques, demandez-lui de choisir entre Lamartine et Baudelaire, le Français choisira Baudelaire, le ténébreux, le marginal qui n’aime les Fleurs que quand ce sont celles du Mal; demandez-lui de choisir entre Chateaubriand le dépressif et contemplatif et Victor Hugo, tout aussi dépressif mais épris de justice sociale et qui a lutté pour elle, et il choisira toujours Hugo. Les romantiques qu’il préfère sont les plus frondeurs, et la beauté des vers, la beauté de la prose doivent s’associer pour lui à un combat contre autre chose : la littérature elle-même ou les inégalités dans la société, les préjugés, etc. N’importe quoi pourvu qu’il y ait combat.

Dans notre façon française de désirer, il y a un peu de cela : une volonté de contrer le sort et d’atteindre les étoiles, d’atteindre son but. C’est une manière frondeuse de vivre l’amour et le désir qui, si elle n’exclut pas la nostalgie, lui laisse néanmoins peu de place.

Dans la manière allemande, cette façon hyper-sensible de désirer est emprunte de ce romantisme qui fut l’Age d’Or de son rayonnement littéraire à travers le monde et dont les romantiques français n’ont été finalement que de pâles imitateurs.

Et quand on fait une recherche d’images comparées, le mot désir nous proposera des images uniquement érotiques et sensuelles tandis que le mot Sehnsucht nous présentera aussi beaucoup d’images de paysages et de messages mélancoliques, bien que des photos érotiques ainsi que des messages d’amour nous soient également proposés, reflétant bien la diversité des sens de ce mot.

Néanmoins, qu’on ne s’y trompe pas. D’accord, la Sehnsucht, ça a pu être ça et d’autres choses du même style : https://www.youtube.com/watch?v=b1TIjFSR5KE.

Mais c’est aussi ça

Et soudain, on comprend à quel point ce sentiment peut être aussi puissant que subtil.

Dommage qu’il soit inaccessible aux Français.

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Pourquoi désirons-nous la Beauté ?

Il n’est pas d’époque ni de civilisation qui n’ait connu la notion de Beauté et qui ne l’ait recherchée pour soi-même, en soi ou en l’autre. Pourtant, cet idéal peut être extrêmement contraignant et pousser à des actes inquiétants : auto-mutilations, actes de chirurgie dangereux, invalidants, exposition à des substances toxiques, naturelles ou chimiques, sans parler de l’endettement auquel cette quête incessante peut conduire chez les êtres fragiles et pas assez fortunés pour répondre aux impératifs imposés discrètement par la société.

Car l’idéal de beauté physique, poussé à un niveau toujours plus élevé à mesure que se développent des technologies de plus en plus pointues, engendre aussi du mal-être par les objectifs inatteignables que proposent des modèles sur-médiatisés mais également au régime depuis 20 ans, shootées des milliers de fois pour une dizaine de photos conservées, et surtout corrigés par photoshop.
Cette dictature de la beauté, aussi contraignante qu’absurde lorsqu’on y réfléchit, est pourtant celle à laquelle sont soumis même les plus lucides des penseurs qui pourtant ne manquent pas de ressources pour prendre du recul et analyser objectivement la situation.
Alors pourquoi et comment cette dictature est-elle possible ?

D’abord parce que nous sommes une espèce de celles décrites par Darwin, soumise à l’évolution. Dans le règne animal lui-même, certaines espèces mâles rivalisent lors de concours de beauté dont l’issue leur vaudra le droit de se reproduire avec la femelle qui les aura choisis. La Beauté, brute, essentielle, étant aussi bien l’indice de la bonne santé que de la variété des gènes qui permet de l’assurer, est le premier critère pour le choix d’un partenaire sexuel avec qui se reproduire. La nature sélectionnant les gènes les plus forts dans le but de l’évolution de l’espèce, c’est de façon primordiale, inconsciente et pourtant programmée que nous désirons la Beauté.

Ensuite, en tant qu’espèce vivant en société organisée et basée sur la culture et les valeurs que nous avons créées au fil de notre histoire, nous vivons cet impératif à un autre niveau, culturel cette fois. Dans celui-ci, nous sommes soumis à d’autres codes, parfois contradictoires et nés de circonstances aussi aléatoires que complexes d’une société à une autre. Ainsi, les femmes doivent être minces ici, grasses là, minces à cette époque-ci, grasses à cette époque-là, avoir le cou allongé, la lèvre agrandie, le pied minuscule, le front épilé, la chevelure blonde, des fesses proéminentes, etc. Et tout cela pour des raisons culturelles qui n’ont rien à voir avec la volonté de se reproduire.
Or, pourquoi les suivre, ces diktats contraignants et objectivement absurdes ?
Pour le pouvoir, pour faire sa place, pour être entendu, reconnu, pour être estimé. Comme dans la loi évolutive, c’est la loi du plus fort qui se manifeste sur un autre plan, celui de la société humaine dans laquelle on s’inscrit. Dans la société occidentale, en plus d’offrir la perspective d’un riche mariage, la Beauté est un des pouvoirs permettant de faire carrière et de rendre son nom aussi connu que celui d’un prophète.
A l’inverse, ne pas obéir au diktat, ne pas rechercher la Beauté, ne pas être belle, c’est être condamnée à la solitude relationnelle et sexuelle, à une moindre estime, une moindre écoute, un moindre crédit, à moins de disposer d’une force compensatrice.
D’après Sophie Cheval, psychologue et auteure de Belle autrement. En finir avec la tyrannie de l’apparence, les gens beaux réussissent plus facilement leurs études et leur carrière, le gain en terme d’apprentissage chez les belles personnes par rapport aux autres équivalant à 2 ans d’expérience de plus.

Enfin, la Beauté, c’est aussi le meilleur moyen d’entrevoir le mystère créateur, la Beauté divine. Dans le Banquet de Platon, le discours de Socrate – rapportant les propos de Diotime, considérée comme une spécialiste de la question – explique comment la Beauté d’un seul être nous ramène à la Beauté de tous et la Beauté de tous à la Beauté en soi, la Beauté divine. C’est par la Beauté qu’on devine le divin. Ainsi, même dans la Bhagavadh Gîta, texte le plus sacré des hindous, Krishna, connu pour sa Beauté et sa sensualité et incarnation parfaite de cet aspect du divin affirme en révélant sa nature suprême :  » Tout être porteur de rayonnement, de beauté et d’énergie, sache qu’il a pour origine une parcelle de ma splendeur. »
La Beauté est une parcelle du divin, du mystère de la Création, de la splendeur originelle, et la rechercher, c’est pour certains êtres la marque d’une nature spirituelle, élevée qui, consciemment ou non, est touchée par la grâce de l’Univers.
Et qu’on le veuille ou non, d’une façon qui peut paraître paradoxale à certains, c’est ce mystère que cherchent à percer aussi bien les scientifiques que les religieux les plus sincères, tous touchés par le mystère de la Beauté de l’Univers.

La Beauté est donc une déesse à l’origine de l’Amour, du désir, des lois sociales, de la philosophie, de la religion et la science. En bref, c’est bien elle qui régit l’Univers, comme l’affirmaient les Anciens.

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.