Beauté et société

Puissance d’illusion de l’Amour

La poésie antique a beaucoup parlé de ce que l’Amour faisait faire, surtout en terme de tragédie. Médée ou Ariane trahissant leur famille pour le beau héros qui allait ensuite à leur tour les trahir pour une autre n’en sont que quelques malheureux exemples parmi tant d’autres. Mais sur le mode de la comparaison ou de la métaphore, elle a aussi pu parler de ce qu’elle faisait voir d’extraordinaire, c’est-à-dire l’être aimé pareil à un dieu ou l’éclipsant : « Lorsque Théron paraît, tout le reste s’efface, et sitôt qu’il s’en va, qu’importe tout le reste ? » . « Que dis-tu ? Enlevée ? Ah ! Quel monstre sauvage ? Enlève-t-on l’Amour ? Elle est l’Amour fait femme. » Méléagre de Gadara. Anth. Pal.

Une illusion qu’on retrouve beaucoup en littérature et qu’on a tous vécue un jour : celle de projeter un regard si émerveillé sur la personne aimée qu’on croit à son objectivité, son universalité, et s’apercevoir avec stupéfaction que les autres ne voient pas la même chose. Dans A la recherche du temps perdu, le regard subjectif de l’amoureux se confrontant au regard de celui qui ne l’est pas se fait en croisement. L’ami du héros est en adoration devant sa maîtresse, actrice, que le héros a connue comme pensionnaire d’un bordel bas de gamme. Parallèlement, ce même héros raconte ses déboires avec une merveilleuse jeune fille qui, lorsqu’il la montre en photo à son ami, ne lui inspire que cette expression stupéfaite : « C’est ça, la jeune fille que tu aimes ? »

Une expression brutale et inoubliable, bien que littéraire, pour dire tout le caractère subjectif du sentiment amoureux en même temps que l’universalité de l’illusion qu’il provoque. Nous avons tout d’abord crû que sa beauté, son rayonnement, son pouvoir d’attraction émanait de la personne aimée et s’exerçait sur tous ceux qui posaient leur regard sur elle. Puis, nous avons découvert que ce n’était pas le cas. Pire encore, l’apprendre ne fait pas disparaître l’illusion. Ce sont les autres que nous croyons victimes d’aveuglement.

L’expression le dit d’ailleurs très justement :  » L’amour rend aveugle. » Aveugle à qui ? A quoi ? Quand il s’agit de ne pas se rendre compte des imperfections physiques ou de petits travers de caractère, les conséquences ne vont pas bien loin et ne sont pas très graves. Dans le meilleur des cas, une âme de poète ou un artiste le transforme en littérature. Mais en réalité, cette illusion construit nos destins, nos forces et fragilités affectives de base car nous héritons des illusions du couple parental qui a permis à la famille de se constituer. Plus qu’en hériter, nous en faisons le socle sur lequel nous renforçons, consolidons ou construisons en contre nos illusions et désillusions amoureuses sans même en avoir conscience et sans avoir de prise réelle sur elles.

Un schéma psychologique qui construit un destin et qui fait dire aux gens de notre entourage : « Tu tombes toujours sur des…« , « Tu tombes toujours amoureuse de gens qui…« , comme si nous subissions une programmation. Et pourtant, une fois l’illusion retombée, la magie chimique ayant cessé de faire son effet, nous apparaissent soudain tous les petits signes, tous les indices que nous avions sous les yeux et qui nous rappellent à quel point les éléments de compréhension étaient là, sous nos yeux, qu’on ne pouvait pas les manquer, et que dans un autre cas que celui de l’amour, on aurait sans doute analysé comme un danger. On se rappelle de tous ces amis aussi, qui, non aveuglés et voulant notre bien, tentaient de nous prévenir.

Les Anciens ne se trompaient pas d’impression quand ils avaient l’image d’une flèche percée au coeur par le dieu Eros qui nous distillait inexorablement son poison. Un poison créateur qui fonde des familles, change des destinées, unit des êtres et des dynasties que tout semblait au départ vouloir opposer.

Mais dans le pire des cas, c’est un poison destructeur. Dépassant les fractures familiales de base car nourris de mal-être plus grand encore, nourrissant les faits divers et emplissant les cours de justice, ces illusions étranges appuyées sur des fractures personnelles et anciennes aveuglent sur des personnalités et comportements qui conduisent parfois jusqu’à à la violence et au crime.

 » Ca ne m’arriverait jamais à moi ! », jure-t-ton. Mais qui peut vraiment savoir comment ça arrive ? Et celles et ceux à qui ça arrive auraient-ils pu croire ça possible pour eux-même ? La tragédie n’est pas seulement l’histoire des autres. C’est pourquoi elle avait une place si importante autrefois.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : La complexe histoire du baume

Cet article et cette photo sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Publicités

Aphrodite a-t-elle des porcs à balancer ?

Mon petit blog qui réfléchit la beauté, la séduction et les rapports hommes-femmes pouvait-il faire l’impasse sur les mouvements de société ? D’une manière ou d’une autre, il ne s’est jamais privé, même basé sur la culture classique, de réfléchir sur les faits de société. Il n’est pas une seule histoire, un seul mouvement culturel ancien qui dure sans un message d’actualité.

Quand on regarde la déesse Aphrodite et ce qu’elle représente, personne ne ressent l’incongruité, l’exagération, la fausseté d’un personnage mais, sans croire forcément à la déesse, chacun au contraire, reconnaît la force et la pertinence de cet archétype dans sa propre culture. Notre attirance et notre déférence viennent de là, et il y a de l’Aphrodite en certaines d’entre nous plus qu’en certaines autres.

L’affaire Weinstein – qui a éclaté à l’instigation du fils de Woody Allen – scandalisé par son père qui avait trompé sa mère avec sa fille adoptive encore mineure – a éclairé plus que jamais la violence  sexuelle persistante entre hommes et femmes dans le monde apparent d’égalité de l’Etat de droits. Les chiffres officiels oscillant d’1 femme sur 2 à 1 sur 3 ayant subi des violences sexuelles raconte plus une histoire de droits bafoués que respectés.

Mais l’affaire Weinstein, c’est aussi la culture populaire, les films que vous connaissez depuis toujours, les actrices que vous avez aimées et le prix qu’elles ont payé pour avoir ce droit-là. De fait, c’est l’histoire de chaque femme, parce qu’on ne va pas vous faire croire que les inégalités hommes-femmes et les violences se sont mises à apparaître soudainement. Et pourtant, tout d’un coup, une prise de conscience qui éclate comme un coup de tonnerre déchaîne les angoisses d’une purge comme à l’époque de la Révolution culturelle, de part et d’autre des camps représentés. Car si Joey Star craint que cela dérive en purge d’après guerre, une mère de famille anglaise refuse qu’on enseigne à son enfant la Belle au bois dormant parce que le baiser n’est pas consenti.

La mythologie tout entière est pleine des viols des dieux sur les déesses, les nymphes et surtout les mortelles. Partout, les bâtards de Zeus, nommés des Héros, ont fondé de nouvelles dynasties sur le viol de leurs mères, Io, Europe, Sémélé, etc. On pourrait se dire qu’on ne connaissait pas d’autre méthode à l’époque…Pourtant, Homère raconte comment Héra a revêtu la ceinture d’Aphrodite et séduit Zeus pour l’éloigner du combat qui se jouait entre Troyens et Achéens. Le père des dieux leur fait apparaître alors un nid d’amour. Aphrodite, allant séduire Anchise dont elle est amoureuse, s’organise une belle nuit d’amour, tout comme Athéna l’offre à Ulysse et Pénéloppe en faisant prolonger la nuit lors du retour du héros après vingt ans d’absence.

Aphrodite, déesse de l’Amour et des rapports sexuels, a elle a aussi été outragée, et bien qu’on l’ait souvent représentée nue, l’a d’abord été dans des postures pudiques et a plutôt été connue habillée pour les Anciens. Déesse à la sexualité facile, elle n’en était pas pour autant une déesse objet mais était seule, parmi toutes les autres, à abandonner son corps au gré de sa passion et de ses inclinations. En somme, Aphrodite ressemble trait pour trait à la femme contemporaine car elle seule avait, par droit exclusif et divin, la liberté amoureuse et sexuelle.

Les violences sexuelles faites aux femmes s’inscrivent dans l’histoire de toutes les autres inégalités, celles faites aux enfants, de la loi du plus fort sur le plus faible et qu’on retrouve depuis la nuit des temps et à tous les stades de la société. Ce sont des violences qui fonctionnent aussi grâce à un réseau de complicités aux raisons variées : habitude, peur, loi du silence, intérêt quelconque et personnel à protéger le coupable, misogynie revancharde. Il n’est pas étonnant que ce soit un homme déjà traumatisé par une situation semblable dans son histoire personnelle qui ait fait éclater l’affaire plutôt qu’une femme qu’on se serait soudain mis à écouter.

Car quand on est un peu honnête : j’ai un porc à balancer, moi, ma mère, ma fille, des femmes dont j’ai entendu parler, parfois au sein de leur propre famille, plusieurs amies. Remontez les histoires de femmes que vous connaissez ; est-ce que vous n’arrivez pas à peu près au même nombre ? Et si on comptait les femmes, enlevées et violées dans la mythologie, combien en trouverait-on ?

Si un problème de société n’a pas changé depuis l’apparition de la littérature, il y a bientôt trois millénaires, c’est que les conditions de sa longévité sont dans la culture elle-même. Et c’est par la culture qu’il va falloir désormais les affronter et cesser de leur donner une place négligeable, un motif parmi tant d’autres car faisant partie de notre fond culturel. Certaines choses faisant partie de notre fond culturel font partie de notre passé : si on parvient à imposer les conditions de la laïcité au point que les enfants ne connaissent plus les noms des saints, des anges, les symboles chrétiens, comment ne pas être à même d’imposer les conditions du respect et de l’égalité dans les rapports entre les sexes ?

Ayant étudié la littérature, que dois-je vous dire de la place qu’y occupaient les femmes, à part celle que leur donnait la société ajoutée à celle que leur donnait l’écrivain qui, ayant le pouvoir des mots qui vont compter, a le pouvoir sur la mémoire d’une langue ? Ce mélange d’évolution lente et de hasard est la matière même de l’Histoire, avec sa grande hache. Une histoire à laquelle tout le monde a participé. On sort maintenant, après l’avoir interdit, une édition commentée de Mein Kampf pour que son poison ne se répande pas dans les consciences, par le biais d’un sage recul et de l’intervention de savants.

C’est Aphrodite qui vous le dit : Oui, la langue et la culture sont les reflets d’une histoire, d’une époque, les éradiquer, censurer ou travestir est ridicule, tyrannique et mensonger. Mais quand ça vous a arrangé, vous avez su faire des choix pour vous donner les moyens du changement. Un jour, vous devrez aussi vous pencher sur l’image que la culture a renvoyée de nous, les femmes, et devrez faire de ce problème une vraie discipline ou un vrai sujet de sciences humaines, si vous voulez avoir l’air d’instaurer l’égalité à laquelle vous semblez prétendre. Sinon, quelqu’un risque de vous en demander des comptes, et comme souvent quand il est un peu tard, ça ne se fera pas forcément de façon paisible et raisonnable pour tous.

Soyez sourde à toute récupération politique, si vous avez une histoire personnelle lourde que vous voulez partager pour vous enlever un fardeau et ne pas vous sentir seule, allez ici : Balance ton porc

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Brûle-parfum de l’Antiquité

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Beauté et résistance

Beaucoup d’analyses et de critiques existent expliquant l’aliénation de la beauté, le caractère obligatoire de celle-ci pour paraître à l’écran, dans les magazines de mode, dans la séduction amoureuse elle-même. On ne peut pas en effet contester cet aspect inégalitaire qui s’est encore accru en même temps qu’a explosé l’art de l’image comme moyen d’expression ou de pression dans les médias. C’est pourtant loin d’être le seul dans l’histoire humaine, qui oscille souvent entre volonté d’égalité et désir d’élitisme, et dont les religions sont les manifestations principales et constantes à l’échelle de l’humanité.

Pour autant, il serait réducteur de n’y voir que ça. Dans une époque où on ne laissait pas la parole aux femmes et où des siècles de convention culturelle leur attribuait la beauté et la séduction jusqu’à la nuisance, c’était leur seul atout en même temps que leur prison. Or, dans chaque analyse humaine, tout n’est qu’affaire d’interprétation et tout peut toujours s’argumenter de la manière qu’on veut ou qu’on peut.

Dans la réalité des faits, la beauté est une possibilité du vivant. Et tout ce qui offre une possibilité au vivant va s’incarner de manière très créative et de toutes les façons possibles en fonction des libertés. A l’échelle du vivant, le meilleur exemple est la fleur, dont les multiplicités de formes, couleurs, senteurs, sont autant de moyens pour attirer l’insecte pollinisateur. Une technique qui a réussi au-delà de sa cible puisqu’elle est parvenue à séduire également l’espèce apte à développer ses capacités de longévité, de résistance aux maladies et de diversité qu’elle n’aurait sans elle jamais atteint : l’espèce jardinière, appelée humaine.

A l’échelle des sociétés humaines, c’est le même mécanisme : la beauté se développe en fonction de l’histoire, la géographie, l’inventivité, le développement des sciences et des techniques, la culture et la religion, le tout avec des particularités inattendues qui vont par exemple faire disparaître le péplos mais conserver le sari 5000 ans après.

La beauté est une manière de conjurer le sort de la médiocrité du réel lorsqu’elle consiste en un embellissement de soi, de sa maison, de son jardin, de sa vie, de son langage. C’est une forme d’élévation dans le refus de la nature aliénante qui nous a défavorisée ou qui se rappelle à nous par celle du temps qui passe et de la gravité. Tout effort contre une paupière, un sein tombants, un oeil trop petit, une couleur de cheveu terne ou blanchi, tout combat contre une ride est un acte de résistance contre la fatalité, le destin et la mort qui sont le propre de ce qui est mortel et la quête du genre humain depuis qu’il est en mesure d’y réfléchir.

Dans les procédés de momification de l’Ancienne Egypte, on a beaucoup insisté sur les techniques chirurgicales et les connaissances en chimie permettant la conservation du corps par son assèchement après en avoir retiré les organes. En revanche, on a peut-être moins insisté sur le fait que toutes ces techniques pour conserver l’intégrité du corps afin de se donner l’illusion de l’immortalité passaient par la beauté : beauté du corps qui reste intact, de l’or, des bijoux, des ornements, des vêtements, mais aussi des peintures, des couleurs, des dorures.

Lutter contre la laideur, en Egypte ancienne, c’était déjà lutter contre la mort. Ramsès avait les cheveux teints au henné plutôt que blancs. Et dans leur mythologie, Horus retrouvait la beauté de son oeil perdu en se maquillant, rendant au ciel la lune qui venait de disparaître, lune dont chacun admire instinctivement la beauté qu’on attribue rarement au soleil, impossible à regarder pleinement par la brûlure qu’il inflige aux yeux.

Dans la nature, la diversité des formes, couleurs, senteurs va faire l’attrait pour les fleurs; dans les sociétés humaines, des milliers de paramètres vont permettre de créer de la beauté plus seulement pour perpétuer la vie mais aussi pour transmettre de l’art, de la culture, des idéaux, des manières d’être plus libres, plus heureux, de rêver à rendre le monde meilleur.

Oui, quitte à être prisonnier de ce leurre, comme lorsque vous passez trente ans de votre vie à être malheureuse de ne pas ressembler naturellement à un mannequin qui ne peut être que retouché par photoshop et dont vous ne pouvez voir les douleurs que lui ont coûtées cette séance de 2 heures sur des talons de 15 centimètres.

Car au bout des années, et on le voit sur la plupart des silhouettes, la beauté qu’il faut travailler pour en obtenir quelque chose, c’est parfois tellement d’efforts pour peu de résultats que la vraie résistance, c’est finalement de parvenir à imposer au monde ses propres critères, sa propre beauté.

Nouvel article Labo de Cleopâtre : Les senteurs de la terre

Cet article et ces photos sont la propriété du site Le labo de Cléopâtre. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Sexualité : représentation et inégalités

Il y a peu, la lecture d’un article en ligne des Inrockuptibles répondait à une question triviale qu’on a pourtant beaucoup entendu poser : « Pourquoi les hommes nus représentés sur les statues gréco-romaines ont-ils de si petits sexes ? » C’est peut-être d’autant plus sensible que les hommes représentés ont une musculature puissante et que les statues gréco-romaines restent inégalées dans leur perfection.

L’article expliquait que pour la civilisation gréco-romaine, un grand sexe était la marque d’un homme bestial, non civilisé et peu spirituel. Dans notre société, à l’inverse, la taille est une obsession ou un complexe contre lequel il faut toujours lutter. Et face aux représentations de la pornographie industrielle et comparées aux fantasmes occidentaux, les petites bites des oeuvres d’art antiques prêtent à sourire.

Pourtant, beaucoup de représentations artistiques gréco-romaines montrent facilement des hommes à sexes dressés et proéminents. Personnages ithyphalliques, amphores aux phallus dressés, représentations de faunes et de satyres, les images montrent des sexes propres à nous faire rougir comme nous le souhaitions.

Pourtant, c’est vrai que ce sont des images qui n’ont pas grand-chose à voir avec la dignité olympienne et les représentations de l’élite sociale. On ne trouvera pas de héros ou de dieu en érection ou en plein acte sexuel. C’est réservé à des divinités inférieures, liées à la Nature, au culte de la Fertilité, ces histoires où les Satyres passent leur temps à violer les Nymphes. Chez les Hommes, même chose : il nous reste de nombreuses représentations antiques de scènes pornographiques dans lesquelles peuvent se mêler fantasmes et violence et où la vulgarité prévaut.

Héritiers de cette culture, nous avons nous aussi une scission entre la vie sociale ordinaire où les représentations dignes et vertueuses sont la norme tandis que la représentation de la sexualité, violente, bestiale, et sur-fantasmée où l’autre doit être traité en objet pour mieux en jouir se sur-consomme en secret de façon massive et banalisée.

Dans l’Antiquité, justement, on distinguait, comme la religion l’a fait de façon beaucoup plus stricte, le sexe pour se reproduire et le sexe pour le plaisir. L’article citait même le cas d’un Romain condamné pour avoir trop aimé le corps de sa femme ! Faire l’amour à sa femme autrement que pour lui faire des enfants, précisait l’article, c’était la considérer comme une esclave. En soi, le sexe pour le plaisir était déjà considéré comme dégradant pour la femme libre, la citoyenne qui n’avait pas à subir la lubricité -considérée malgré tout comme naturelle – de son mari.

Le sexe pour le plaisir est donc déjà l’apanage de l’homme, la violence qu’il fait subir à la femme, raison pour laquelle il doit aller voir les prostituées qui, non libres, n’avaient pas à mériter le respect. A cette époque où il était courant de mourir en couches, éviter les rapports sexuels à répétition pouvait en effet augmenter l’espérance de vie.

Et les autres femmes, ne méritaient-elles pas de rester en vie ? A l’arrivée du Christianisme, religion d’esclaves, la question ne se pose plus. C’est d’autant plus vrai que les saints des premiers siècles étaient souvent mariés tout en vivant chastement une fois devenus chrétiens, les gens spirituels et tournés vers Dieu n’ayant pas à être préoccupés de sexualité.

Dans la spiritualité asiatique, c’est la même problématique : le sexe enchaîne à la terre, rabaisse et ne permet pas de s’élever. Dans le film indien Fire, qui traite de l’homosexualité féminine des épouses délaissées, une des femmes subit depuis 13 ans la chasteté égoïste d’un mari dont l’ambition est l’élévation spirituelle, avant de trouver l’amour auprès d’une autre épouse délaissée.

Car d’une culture à l’autre, c’est souvent la même histoire : les femmes subissent depuis des millénaires, des schémas culturels desquels elle est plutôt exclue et d’où forcément, elle a du mal à s’épanouir, demander, être exigeante et prendre place dans sa propre sexualité, au point qu’on considère que 40 ans est l’âge auquel une femme parvient enfin à l’épanouissement sexuel.

Un problème d’inégalité que les Occidentaux pensent parfois équilibrer avec des pratiques sexuelles issues du Tantrisme de la main gauche dans lesquelles l’homme donne du plaisir à la femme sans s’abandonner au sien pour devenir immortel. Dans la tradition des yogi, on estime en effet que l’émission du sperme rend mortel et conduit à la mort. Les femmes, bien entendu, sont encore et toujours absentes du véritable objectif convoité – l’immortalité – tout en en étant le moyen.

Avec de telles inégalités dans les manières de concevoir la relation à l’autre dans les différentes cultures, comment s’étonner que le chemin de l’épanouissement sexuel soit parfois si long pour une femme et doive souvent passer par l’avilissement ou au contraire une agressivité qui n’est pas plus souhaitable.

Tant qu’il s’agira toujours, dans la sexualité comme dans la relation, de prendre quelque chose à l’autre, il sera vain d’espérer l’égalité à une échelle plus large.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Phénix et parfums

Cet article et photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

La coquetterie du juste milieu

Comme beaucoup de sujets héritiers d’une tradition d’abord occidentale puis étendue à la plupart des civilisations, la coquetterie des femmes est traitée de façon ambivalente dans la société. D’un côté, elle est considérée comme nécessaire dans la séduction, au moins parce que plus de souci de son apparence peut être perçu comme une volonté de plaire et donc une disponibilité sexuelle; de l’autre, elle doit tendre à s’éclipser pour les femmes mariées, les filles, les mères, toutes celles dont on craint la sexualité ou qu’on ne veut surtout pas voir séduire ni être séduite.

Le souci, c’est que la coquetterie n’est pas forcément une volonté de plaire à l’autre, mais une volonté de se plaire à soi-même, qui peut passer par des représentations inspirées du monde du spectacle, cinéma ou musique où une coquetterie exagérée, à la limite du vulgaire est nécessaire comme marque de fabrique pour se distinguer et susciter le désir de consommation. On a plusieurs fois montré, pour mettre en valeur ce phénomène, l’apparence de Lady Gaga avant qu’elle ne devienne une grande star internationale. Et on a toujours un peu de quoi être surpris quand on revoit des images d’Amy Winehouse, tatouages, perruque-choucroute et gros trait d’eye-liner tout droit sortis d’un film sur les jeunes désoeuvrés de l’époque du rockabilly.

A l’âge où on se cherche, vouloir ressembler aux stars qu’on aime est normal, mais les parents qui font une différence entre monde du spectacle et monde du travail où leur fille doit s’insérer s’inquiètent d’autant plus qu’ils sont sortis de ce moment de l’être où l’apparence constitue la phase de test de l’identité. C’est d’autant plus vrai qu’ayant déjà traversé cette période et s’en rappellant le prix, le parent a bien du mal à se souvenir que pour effrayante qu’elle puisse paraître avec le recul, elle n’en est pas moins le passage obligé pour la construction de son identité sexuée et l’apprentissage des relations.

Dans une société de l’image, des millions d’images possibles passent sur notre rétine, nous donnant des idées de modèles et de contre-modèles, pour le meilleur et pour le pire. Dans sa coquetterie, une femme peut tout être, femme voilée dehors et lingerie résille dans la chambre à coucher ou tatouée, maquillée, décolletée, les jambes exhibées, le sexe épilé comme dans les films porno, les seins sur-élevés par un soutien-gorge pigeonnant, la taille affinée par des gadgets gainants ou des talons de plus de 10 centimètres, la chevelure d’une autre couleur que celle donnée par la nature, etc.

Le plus souvent, ces tests tournent bien et permettent de savoir une bonne fois pour toutes ce qu’on veut et ce dont on ne veut pas. Mais quelquefois, comme c’est arrivé, on se retrouve avec un physique qu’on ne reconnaît pas, qu’on n’assume pas, prisonnier d’une apparence qui nous aliène et qu’on veut conserver parce qu’elle plaît à un homme dont le fantasme n’est manifestement pas nous. Des faits divers nous apprennent quelquefois jusqu’où cela peut aller : décès à la suite d’une énième chirurgie plastique, auto-mutilation après une intervention pour grossir les seins, etc.

Comment garder l’équilibre entre une coquetterie d’aliénation et coquetterie constructive ?

Normalement, le confort psychologique devrait nous renseigner, mais on voit bien que les phases où on a semblé le plus travesti à nos propres yeux cumulaient à la fois celles où on était le plus mal et où le désir était le plus grand. Car dans l’excès de séduction, il y a surtout la quête de son propre pouvoir sexuel sur autrui. Autrement dit, toute vie de femme sera parsemée de paires de chaussures immettables, de vêtements ridicules, de couleurs de cheveux qui ne nous vont pas et autres accessoires tout aussi douteux. C’est normal : ils sont là pour nous renseigner.

L’essentiel est de toujours s’écouter. Si on ressent un malaise, il faut l’écouter et essayer de savoir d’où il vient. Dans les milieux très religieux, en effet, on n’aura pas de mal à faire culpabiliser celle qui veut plaire, et si elle a grandi dans cet environnement, elle peut céder à la pression. Mais le malaise peut aussi être raisonnable : une femme habillée trop court ou trop décolleté pour ce qu’elle peut assumer se sentira mal aussi. Mais la pression sera intérieure et proviendra de l’expérience. Elle sera donc fiable.

Maintenant, si un homme préférerait vous voir blond platine alors que vous êtes châtain et que vous êtes près de céder pour le garder, répondez à cette question : « Ai-je envie d’être blond platine pour moi-même ? »Et posez-lui celle-là : « Et moi, si je te dis que j’aime les hommes ( trouvez une qualité esthétique qu’il n’a pas et pourrait tenter d’avoir), tu le feras pour moi ? »

Soit c’est vous telle que vous êtes qu’il aime, soit c’est la catastrophe annoncée. Après, on a parfois besoin de vivre la catastrophe pour mieux comprendre.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Senteurs et reconstitutions historiques

Cet article et photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Séduction : conditions intérieures et extérieures

L’amour est une nécessité du vivant pour perpétuer la vie, cause de la grande importance qu’on donnait autrefois aux divinités qui le représentaient. La quête de l’amour est en effet un intérêt universel. Chacun cherche à rejoindre l’autre pour aimer – même mal – être aimé, en investissant tout ensemble son désir sexuel, sa propre croyance en l’amour, ses forces et failles psychologiques qu’on offre et impose sans même le savoir.

Mais parce qu’aimer, c’est prendre un risque, s’exposer à l’autre dans sa vérité, ça se fait souvent dans un état émotionnel qui empêche toute lucidité et capacité au recul permettant à la fois de relativiser, d’y voir plus clair et de mieux s’orienter.

Ainsi, lorsqu’on a pour objectif de séduire la personne qui nous plaît, axé sur notre objectif, seul dans notre tête qui est loin d’être froide, nous n’arrivons pas à voir certaines réalités simples ou complexes qui conditionnent une relation.

  • Critère d’évaluation

Si vous voulez séduire une personne qui vous plaît selon certains critères, elle aussi possède des critères qui lui permettent d’accepter ou de refuser votre proposition. Et si vous l’interrogez sur ces critères et croyez correspondre à ceux-ci d’après ses réponses, elle vous a pourtant peut-être rangé dans une autre catégorie que vous ne pouvez pas envisager car elle correspond à une histoire personnelle et des valeurs dont elle-même n’a pas conscience car elles ont fait son éducation, et que vous ne pouvez envisager car on vous a donné d’autres valeurs.

La question pour garder le cap : l’image qu’on a de moi correspond-elle à celle que je me fais de moi-même et est-elle à mon avantage ? 

  • Valeurs

Toute société s’établit sur des valeurs qu’on peut croire parfois communes et qui ne sont pourtant pas forcément déterminantes. On peut très bien penser être sexy et élégante en mini-jupe alors que dans une autre classe socio-culturelle, ça pourra être vu comme vulgaire et racoleur; et vice-versa. Et ces questions, loin de concerner uniquement l’apparence physique, vont aussi toucher la morale, la politique, les choix éthiques, la façon de s’exprimer, de se comporter, l’alimentation, etc.

Les questions pour garder le cap : cette personne mérite-t-elle le sacrifice de mes valeurs ou, si j’adopte ses valeurs, celles-ci ne sont-elles de nature à m’apporter quelque chose de positif ou est-ce l’inverse ?

  • Rapport à l’autre

Il peut nous arriver d’aimer quelqu’un qui n’est pas capable d’amour ou qui ne pourrait absolument pas nous aimer. Ca arrive particulièrement dans les moments où on ne s’aime pas, où on déprime, où notre image de nous-même a été affectée. Parfois, c’est un problème insoluble et on passe sa vie entière à tomber sur les mauvaises personnes par tendance à l’auto-destruction. Que se passe-t-il alors ? On tombe amoureux de quelqu’un qui n’aime que les gens du sexe différent du nôtre ou d’une personne narcissique qui ne pourra jamais nous aimer, n’aimera jamais qu’elle-même et se servira de nous pour se valoriser, ou bien on s’éprend de quelqu’un de violent physiquement ou psychologiquement.

La question à se poser pour garder le cap : cette personne est-elle réellement et sincèrement capable de m’aimer ou est-ce moi qui ai besoin de me le figurer ?

  • La réalité de l’offre

L’acceptation ou le rejet dépendent aussi parfois de l’offre, qui dépend de beaucoup de paramètres. La personne qui nous intéresse est-elle intéressante pour les autres et cela a-t-il de l’impact sur elle ? Dans les sociétés où la répartition entre hommes et femmes est inégalitaire, le rapport à la séduction est très concurrentiel. Là où les femmes sont en excès, comme dans les sociétés touchées par une guerre, elles rivalisent dans l’élégance, les gadgets érotiques ou la chirurgie esthétique, et la surenchère est obligatoire pour se distinguer. Là où les hommes sont en excès, c’est la bataille matérielle qui fait rage et ce sont plus riches qui finissent en couple. Pourtant, rien de ces conditions ne définit l’être humain dans sa beauté d’âme et dans ce qu’il a réellement à offrir à l’autre.

Les questions pour garder le cap : la bataille pour cette personne vaut-elle la peine ou ai-je mes chances par rapport à l’offre proposée et les valeurs qui sont les miennes ?

  • Mes valeurs et qualités

Les forces en présence, c’est aussi soi-même, pas seulement les valeurs que l’autre pense qu’on incarne mais ce dont on est réellement porteur. Quand on est jeune, naïve, sincère et mignonne, on aime souvent les bad boys qu’on rêve de dompter. Plus généralement, c’est nous qui nous faisons dresser en perdant au passage nos illusions et la foi en nos valeurs. Une condition importante à notre séduction est dans ce que nous pouvons apporter à la relation en tant que personnalité profonde et surtout d’en prendre conscience. Et c’est celle-là qu’il s’agit avant tout d’apprendre à aimer pour ensuite la faire aimer.

La question pour garder le cap : quelles sont mes qualités et vont-elle s’épanouir ou se flétrir avec cette personne ? 

Nouvel article labo de Cléopâtre

 

Cet article et photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

L’image du couple au sommet de l’Etat

L’élection d’un nouveau président est le moment de multiples attentes sur les plans politique, économique, social, international et bien d’autres encore. Dans le cadre de la démocratie, il y a la fois la nécessité d’avoir un chef et la responsabilité de le choisir. La nécessité de ce choix nous fait osciller entre le soulagement de la liberté et la gêne de la responsabilité. Souvent, à titre privé, des électeurs peuvent dire au cours du mandat décevant d’un président pour lequel ils ont voté : « Je m’en veux d’avoir voté pour lui. », « Quand je pense que je lui ai donné ma voix ! ».

En démocratie, le citoyen se sent donc responsable du choix de son chef – et donc de ses erreurs – et n’a aucun mal à projeter ses valeurs sur la personne présidentielle, et ce de plus en plus. Et si nos grands-parents se souviennent d’une époque où on considérait que la vie privée du chef d’Etat ne regardait que lui et n’avait pas à être divulguée dans la presse, force est de constater que c’est désormais une époque révolue.

Beaucoup disent que la cause est à chercher dans un certain voyeurisme propagé par la vulgarité des médias qui orientent l’intérêt du grand public vers l’aspect « people » des hommes politiques les plus puissants. Mais d’une manière générale, on le doit probablement plus à une exigence plus grande dans les mentalités. On le voit aujourd’hui avec la première mesure prise par le gouvernement portant sur la moralisation de la vie politique.

Certes, les mesures portent sur les questions financières, mais force est de constater que cette volonté du citoyen d’avoir un chef de l’Etat exemplaire concerne de plus en plus  d’aspects de sa personnalité. Quand l’électeur d’un pays libre choisit un chef, au minimum, il doit avoir les mêmes valeurs, mais dans l’idéal, il doit être meilleur que lui. Et si les citoyens d’autrefois, majoritairement catholiques, donnaient de la valeur à l’absolution par la confession de ses péchés à à un prêtre, dans un pays aux mentalités déchristianisées et ultra-connecté, la responsabilité personnelle est totale et est un soin de chaque instant.

Dans ce monde basculant au gré de cette modernité, un président qui se veut lui-même exemplaire et qui trompe sa compagne déguisé en livreur de pizzas, ça ne passe plus. Et quand sa compagne trahie en fait un livre plutôt que de s’enfermer dans le silence moins digne que déprimé – adopté il y a encore peu de temps par les épouses présidentielles – le public lui donne raison en achetant son livre à plus d’un million d’exemplaires quand experts et journalistes condamnent.

Le temps des compagnes de chefs d’Etat devant ronger leur frein en silence pendant que leur président de mari offre des « bâtards à la République » n’est plus celui que les citoyens cautionnent. Et Valérie Trierweiler, reconnue dans Barbès, fut elle-même surprise quand des femmes, se reconnaissant sans doute en elle, l’accueillirent avec joie là où, à une autre époque, on l’aurait peut-être regardée avec pitié.

Car ce que les chefs d’Etat de ces époques n’ont peut-être pas mesuré, c’est que dans l’image de leur couple, le public voit le modèle des relations entre hommes et femmes à l’image d’un pays tout entier. Et ces relations tendent de plus en plus vers l’égalité. A une époque ou presque plus personne ne croit sincèrement à une vie meilleure après la mort, où tout le monde est devenu conscient du rôle fondamental de l’amour et de l’harmonie dans la santé mentale de chacun, la construction du bonheur individuel est devenue un enjeu aussi important que la réussite professionnelle.

Par ailleurs, l’explosion d’intérêt pour le développement personnel témoigne d’une conscience rapide – et donc un peu anarchique parfois – de la réalité des interactions positives ou négatives entre nos actes et notre destinée, nos conceptions sur le monde et notre façon de les rendre effectives, notre façon de nous comporter avec notre partenaire et l’impact sur son épanouissement. Bref, dans ce contexte d’émergence depuis pas beaucoup plus de 10 ans, de la psychologie positive, notre capacité à aimer est devenue un des critères d’évaluation de notre personnalité morale.

La monarchie anglaise ne le sait que trop bien depuis que le peuple ne lui a pas pardonné le sacrifice de la princesse Diana à ses intérêts dynastiques. Car quand le peuple défend sa « princesse des coeurs », il dit aussi au pouvoir en place : »Vous êtes censés nous représenter, mais vous êtes en retard. Nous ne voulons plus que les rapports entre hommes et femmes soient aussi déséquilibrés que ceux-là. On couple doit être fondé sur l’amour » Et la monarchie obéit. Par Kate et William, elle montre qu’elle a bien retenu la leçon et redore du même coup son blason.

Et pour la toute première fois, en France, le nouveau chef d’Etat est en avance sur son peuple qui, sur les réseaux sociaux et ailleurs, se moque du couple inégal qu’il forme avec sa femme plus âgée que lui, comme au Moyen-Age le charivari – joyeux concert de casseroles – accueillait des mariés d’un genre qu’on trouvait trop atypique.

Ce parti-pris surprenant et assumé impose l’image d’une façon de vivre et d’aimer au-delà des apparences et en accord avec ses convictions profondes – ce qui doit être le droit et l’idéal personnels des individus – et ce malgré les obstacles et la réprobation de toute une société. Et il faut du courage, de la détermination et de l’amour infini pour être le beau-père d’enfants qui ont presque son âge et le mari d’une femme qui doit presque avoir celui de sa mère. Et avec cela, il faut tenir, aimer quand même et l’imposer au monde dans la durée.

De cela, même la déesse de l’Amour s’en étonne !

Nouvel article Labo de Cléopâtre : lien video

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Hymne national à la Vénus de Milo

Comme d’autres statues classiques d’Aphrodite, la Vénus de Milo tient le rôle d’ambassadrice du pays qui l’a recueillie. De fait, le Louvre, notre musée national, lui doit une grande part de sa fréquentation puisque avec la Joconde, elle est l’oeuvre d’art la plus admirée et pour laquelle on vient du monde entier. Ce pouvoir, comme les autres statues d’Aphrodite, elle le doit à sa beauté, à son corps nu, à son érotisme qui irradie et permet à l’admiration qu’on éprouve pour elle de se transférer au reste du pays auquel son image est associée.

Statues de la déesse de la Beauté, la Vénus d’Arles, l’Aphrodite de Cnide, la Vénus du Capitole suivent toutes des destinées semblables dans lesquelles, telles des Miss avant l’heure, elles sont les meilleures représentantes éternelles d’un lieu, leur plus prestigieuse publicité.

Pouvoir de l’oeuvre d’art, me direz-vous. Et pourtant, dans les autres oeuvres d’art, pour peu qu’elles ne représentent pas une déesse de la beauté nue ou à demi-nue, ce « pouvoir de l’art » ne se manifeste pas à un tel degré ou n’a pas les mêmes conséquences.

Au XIX ème siècle, le nationalisme – né de modernes conceptions scientifiques, malgré ce qu’on voudrait nous faire un peu oublier – s’étalait sans complexes car vierge encore des atrocités commises pour sa cause au milieu du XX ème siècle et depuis lors. Il n’hésitait pas alors à employer l’art et la beauté pour servir son propos et diffuser innocemment ses idées de supériorité, comme le faisait l’architecte Prosper Morey en 1867 dans son hymne à la Vénus de Milo dans un petit ouvrage consacré à la célèbre statue.

Hymne à la Vénus de Milo

Déesse plus admirable aux yeux des hommes que Vénus ne le fut jamais au regard des dieux, qui donc es-tu ? Quel artiste a pu te faire si noble et si belle ? Es-tu Vénus Victrix? Vénus Anadyomène ? Une Muse ? Ou la compagne du dieu de la guerre, l’entourant de tes bras amoureux ?…

Tu es tout cela à la fois, et plus encore; car, si j’en crois mon âme, tu es la Grèce antique, la Grèce d’Homère, de Phidias et d’Appele, traçant sur une table d’airain ta merveilleuse histoire. Tu es l’emblème de la grâce, de la poésie et des beaux-arts, le palladium sacré sous l’égide duquel fleurissent les nations; ta patrie est désormais la France, cette fille bien-aimée de la Grèce immortelle : la France seule est digne de te posséder, ô déesse, et de brûler à tes pieds l’encens dû à ton adorable beauté !

On ne le fait plus aujourd’hui. Regardez, on le faisait hier, et on le fera peut-être demain. N’oubliez pas, alors, de conserver votre sens critique.

(Photo à la Une : Charlie Chaplin. Scène du Dictateur)

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Cléopâtre sentait-elle le bitume ?

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Beauté et enjeux politiques

Par delà les questions de programmes politiques, les campagnes houleuses, les scandales financiers qui agitent les personnalités politiques en cette ère de changement, la beauté – qui pourtant ne fait pas de bruit et sait se faire oublier – s’invite plus que jamais dans les enjeux.

Certes, depuis longtemps déjà, beauté et pouvoir politique sont indissociables, les premiers accessoires destinés à embellir – plumes, bijoux, vêtements ornés, etc – ont d’abord été réservés aux gens de pouvoir qu’ils permettaient de singulariser. En France, Louis XIV avait inscrit dans le train de vie de sa cour, ses costumes, sa façon d’apparaître et de se comporter, une exigence de représentation dans laquelle seule la beauté, l’excellence avaient leur place. Bien sûr, cela existait avant lui, même si cela atteignit des sommets avec ce monarque.

Les grandes maîtresses royales, choisies avant tout pour leur beauté, ont fait les grandes heures de l’histoire de la peinture et ont été les meilleures publicités des souverains de leur vivant, mais aussi bien au-delà. Dans l’oeil du grand public, d’ailleurs, la mémoire des souverains reste bien plus vivement attachée à leurs belles maîtresses qu’aux grands actes et décisions de leur règne. Les émissions de vulgarisation historique de grande écoute ne s’y trompent pas quand elles décident d’insister sur ces femmes qui n’ont eu d’influence avant tout que par leur beauté et leur attrait sexuel sur le souverain. Beaucoup ont été des instruments politiques, comme la Pompadour, instrument du retour en grâce de quelques proches auprès de Louis XV, ou Maria Walewska qui fut la maîtresse de Napoléon Bonaparte avec l’accord de son mari et surtout le devoir de « sauver la Pologne ».

Un peu plus près de nous dans le temps, la beauté de Grace Kelly a permis de donner un rayonnement international à une principauté dont le centre politique tient uniquement sur un rocher : Monaco.

Que les hommes les plus riches et les plus influents épousent les plus belles et s’en fassent un ornement n’étonne personne. Nicolas Sarkozy n’est, par exemple, pas peu fier d’avoir épousé un des mannequins les plus célèbres de sa génération, Carla Bruni, dont la liste des amants fait aujourd’hui le régal des journaux à scandales. Certains témoins assurent cependant que l’obsession de l’ancien chef de l’Etat pour la beauté ne s’arrête pas à celle de son épouse mais s’incarne aussi dans l’angoisse inverse : celle de la laideur de ses concurrents en politique qu’il a tendance à exagérer, tant nécessité de représentation et pouvoir sont indissociablement liés.

Un souci qui atteint son paroxysme en la personne de Donald Trump dont le désir de représentation et de beauté ne craint pas les contradictions – refusant les étrangers mais ayant épousé plusieurs mannequins d’Europe de l’Est, là où les femmes sont réputées être justement les plus belles. Un article de Vanity Fair commente non sans ironie cette contradiction : « S’il s’inquiète autant qu’il le dit de « tous ces gens qui viennent de partout et qui sont des meurtriers et des violeurs et qui envahissent ce pays », il ferait mieux d’envisager de construire un mur autour de son slip. »

Pour autant, ce même article épingle une autre bizarrerie du code américain de l’immigration qui n’a pas attendu Trump pour manquer de partialité dans le choix de ses étrangers : « Une clause bizarre dans le code d’immigration américain permet aux mannequins, dont la moitié n’a pas l’équivalent du bac, de bénéficier d’un visa H-1B, le même que les scientifiques de haut niveau ou les programmateurs informatiques qui eux, doivent produire  leurs diplômes. »

La beauté serait donc un enjeu politique de dimension nationale ?

Voilà bien une réalité qui a choqué bien des commentateurs quand, à l’époque nazie, Leni Riefensthal exhibait dans Olympia, son film sur les JO de 1936, les corps parfaits censés faire de la beauté classique et vigoureuse le corps idéal que le peuple politisé à l’exclusion du reste devait atteindre. Et certes, Donald Trump qui parle de sa femme et de sa fille presque exclusivement pour leurs qualités physiques – n’hésitant pas à dire d’Ivenka que si elle n’avait pas été sa fille, il serait sorti avec elle – nous choque aussi.

Mais il n’est pas besoin d’attendre les partis d’orientation nationaliste  pour constater qu’un état désire toujours que ce soient les plus belles femmes qui représentent le pouvoir et la nation. Et ainsi, après Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et Laëtitia Casta, en accédant au statut de Miss Univers, Iris Mittenaere fait rêver d’elle en future Marianne, allégorie de la République Française.

On se demande bien pourquoi…

Nouvel article Labo de Cléopâtre

(Photo à la Une : Olympia de Leni Riefensthal)

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

 

Sourcils, mode et beauté

Depuis quelques temps et sans qu’on s’y soit attendu, les sourcils épais et fournis sont revenus à la mode. Cela semble un détail sans importance, mais il faut être une femme pour savoir combien les sourcils peuvent compter dans la construction de la beauté de chaque visage, et surtout du sien. On le sait presque intuitivement, en étant séduit, marqué par un modèle féminin dont la construction du regard ou du visage semble avoir pour pilier l’arc de ses sourcils. Sont-ils fins, épais, blonds, noirs, presque inexistants ?

Certes, cela semble beaucoup une question personnelle, un style qu’on désire adopter et qui passe avant tout par l’admiration d’un modèle. C’est cette admiration, cette volonté de lui ressembler qui nous fait un jour acheter une pince à épiler et décider que l’arc qui surmonte nos yeux ne sera plus une construction due au hasard de la nature.

Et pourtant, malgré des styles différents que l’on peut rencontrer et qui donnent l’impression de goût et choix personnels, il existe des tendances qui décident silencieusement des tracés en vigueur sur les visages féminins. Ce petit film résume de façon claire et ludique 100 ans de mode sourcilière, ce qui s’avère utile quand on sait que les modes passent assez vite pour qu’on ait le temps d’oublier qui les a lancées et quelles pouvaient en être les raisons.

Car si aujourd’hui, le sourcil épais revient à la mode au point de faire émerger des crayons de maquillage du brun au noir pour les combler, les épaissir et les foncer, et de nouvelles pratiques esthétiques, il est clair que pendant des décennies, ce fut loin d’être le cas. De fait, l’accessoire indispensable du sourcil a longtemps été la pince à épiler pour les affiner et non pas les crayons combleurs pour les étoffer.

Ces tendances viennent toujours d’un modèle qui semble incarner son époque. Si actuellement, le style à la fois naturel presque androgyne et féminin de Cara Delevingne paraît incarner à la perfection la jeune femme d’aujourd’hui, il est évident que ce sont d’autres modèles, actrices principalement – avant que les mannequins n’émergent à la fin du XX ème siècle et influencent aussi la mode – qui ont suscité désirs de beauté et rêves d’amour à la base de toute pratique esthétique.

Dans les années 20, à l’époque où émerge cette révolution que constitue le cinéma muet, les sourcils des femmes se font particulièrement fins et dessinés comme jamais ils ne le furent. Quinze ans auparavant, rien ne semblait le laisser présager : dans l’Art d’être jolie, un magazine d’août 1904 consacré à la beauté, on décrit ainsi les jolis sourcils :

« Pour être jolis, ils doivent être suffisamment garnis de poils, médiocrement épais mais sans se rejoindre. La courbe en sera gracieuse; ils formeront une ligne convexe, en manière d’arc, et dont la cavité fera une petite voûte. La « tête », partie proche du nez, en sera plus garnie que la queue. Les poils courts, sans interruption, seront couchés de dedans en dehors. Entre les deux sourcils, il doit y avoir l’intervalle d’un bon travers de doigt. »

La suite de l’article évoque le langage des sourcils qui permet de dresser le profil psychologique d’une femme à partir de la forme de l’arc surplombant ses yeux; une pratique courante à une époque où la physiognomonie était en vogue et imprégnait encore les croyances de la société.

Chez l’actrice, la forme qu’ils devaient avoir différait d’ailleurs selon qu’elle devait jouer la tragédie – nécessitant des sourcils droits et convergents – ou la comédie – nécessitant des sourcils arqués et divergents vers la racine du nez -. Ces formes caractéristiques devaient donner à la première un air grave et affecté, et à la seconde un air malicieux et enjoué.

Mais passé sur grand écran, le visage de la femme nécessite un surcroît d’expression, car en perdant sa voix et ses couleurs, c’est tout un tas d’informations sur son jeu et sur la narration qui se perdent. Car malheureusement, l’image peu contrastée des premiers films en noir et blanc fait apparaître l’arc des sourcils comme une ombre qui ternit, retranche et vieillit le regard, ce qui est parfait pour les rôles de personnages tourmentés mais qui ne correspond pas à l’image des jeunes héros, hommes et femmes confondus. En épilant beaucoup les sourcils et les noircissant pour les faire ressortir, la lumière revient dans la zone du regard et en créant des contrastes, l’équilibre entre ce que le cinéma veut suggérer et ce qu’il montre effectivement est trouvé.

Pour rajeunir le regard, la lumière est d’ailleurs toujours le moyen le plus efficace. Reste qu’aujourd’hui, on la crée aussi en épaississant le sourcil quand autrefois on diminuait et assombrissait la zone sombre pour intensifier la zone claire.

Et oui, dans la mode des sourcils, c’est le côté obscur qui vient juste gagner. Mais la guerre n’est peut-être pas finie…

Labo de Cléopâtre : Tous les parfums de l’Arabie

Cet article et cette photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.