Mois: décembre 2015

La Vénus de Milo vous souhaite de bonnes fêtes

Venue faire un cadeau de Noël à la boutique du Louvre, quelle n’a pas été ma surprise de voir que pour cette occasion, la Vénus de Milo avait revêtu ses habits d’or et d’argent, couleurs traditionnelles de Noël, du retour de la lumière amenée par le solstice. Pour la première fois, les jours rallongent; l’or et l’argent symbolisent l’espoir que représente cette victoire du soleil contre les ténèbres qui doit amener bientôt le retour du printemps.

Lors de ma précédente visite, la gigantesque Vénus rouge trônait déjà au milieu du magasin, mais aujourd’hui, elle s’associe discrètement à de joyeux lustres de même couleur ajoutés pour les fêtes. Ma déesse préférée revêtait aussi aléatoirement les couleurs du pop art dans une volonté de modernisation et de banalisation induite par cette transformation d’une oeuvre d’art unique en produit manufacturé en série et rendu contemporain par les couleurs criardes de la bande dessinée.

Je la retrouve aujourd’hui avec les mêmes couleurs, mais l’aléatoire a disparu. En disposant les Vénus colorées dans cet ordre plutôt qu’au hasard, le symbole peut évoquer selon les valeurs de chacun, le spectre de l’arc-en-ciel, les symboles des chakras ou celui de la fierté gay. Flexible dans les symboles qu’elle incarne, la Vénus de Milo s’adapte pour parler à chacun le langage de ses valeurs, de ce à quoi il tient ou de ce dont son imaginaire se nourrit.

Et comme le monde contemporain, c’est aussi la consommation, l’achat des cadeaux en ces fêtes de fin d’année, les Vénus de Milo argentée et dorée en série limitée trônent parmi d’autres objets dans ces couleurs, de simples ornements de fêtes qui disparaîtront certainement après elles, aux bijoux permanents de la boutique. De façon très appropriée également, une Vénus de Milo violette vient renforcer le prestige et la beauté des bijoux en améthyste.

Ces derniers arrangements rappellent ceux qu’on a fait dans les grands magasins pour nous séduire avec des thématiques colorées et des mises en scène appropriées qu’Emile Zola a immortalisées dans son livre Au bonheur des Dames. Ces valeurs, où la beauté se met au service des industries, du commerce et de la consommation, sont les nôtres depuis le XIX ème siècle. Elles ont commencé à bercer nos grands-parents et nos parents, et envahissent plus que jamais notre monde contemporain.

Quand on sait que la Vénus de Milo a plus de 2000 ans, on s’étonne quand même de voir un symbole aussi ancien avoir traversé les âges en commençant  comme divinité, puis comme idôle à faire tomber, en poursuivant sa route en symbole artistique de la beauté à admirer, puis à détourner pour finir intégrée à la modernité, accompagnant nos valeurs et notre vie contemporaine, comme une vieille amie plutôt que comme une divinité lointaine ou comme une oeuvre d’art un peu austère.

Et parce que mon rapport à l’écriture passe d’abord par la sensualité du papier et que je ne sais pas écrire sur ordinateur sans avoir d’abord écrit au crayon, je n’ai pu, malgré son prix, résister à ce carnet pourvu de lignes, agrémenté de la déesse et faisant discrètement office de miroir, avec d’un côté écrit « Beauté » et de l’autre « Beauty ». Je ne pouvais pas rêver plus approprié pour les articles de mon blog.IMG_4900.JPG

Bonnes fêtes de fin d’année à tous ceux qui ont la Beauté et l’Amour pour valeurs. Pleins de voeux de bonheur pour l’année à venir.

Cet article et ces photos sont la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

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Miss France, la déesse vierge et la Madone

En ce mois de décembre, comme chaque année depuis 1920, a eu lieu l’élection de Miss France, rendue plus populaire encore par l’arrivée de la télévision dans les foyers. Dans ce célèbre concours de beauté national – qui existe aussi à l’échelle internationale -, ce sont les téléspectateurs qui élisent leur miss préférée.

Dans son livre, L’histoire de la beauté, Georges Vigarello explique le lien qui existe entre l’élévation du niveau de vie, l’essor de l’industrie de la mode, de l’image, de la publicité et des critères de beauté de plus en plus élevés. Ce sont ces valeurs qui mènent aux premiers concours de beauté au début du XX ème siècle.

Néanmoins, si les concours de beauté s’expriment avec des moyens contemporains – grand gala, retransmission télévisuelle avec tous les moyens techniques que cela demande, sponsors et accessoires de beauté à la mode – les valeurs qu’il transmet, très anciennes, nous ramènent à des temps presque mythologiques où une dame, une déesse, une sainte, étaient le symbole d’un pays, d’une région, d’une ville  grâce à diverses qualités au premier rang desquelles figurait obligatoirement la beauté.

Tout au long de l’émission, en effet, on est déconnecté du réel, on est en pleine mythologie que les candidates expriment souvent de cette manière naïve : « Miss France, c’est le rêve. ». On ne peut pas mieux définir la situation. Dans un décor plein de strass, de lumières, de représentations idéalisées grâce aux magnifiques robes hautement symboliques évoquant l’enfance et surtout les contes de fées, de belles jeunes filles toujours souriantes et aux cheveux toujours longs s’exhibent et se dévoilent suffisamment pour éblouir mais jamais vraiment assez pour exciter, et ce malgré le très attendu passage des maillots de bain.

Et le rêve n’est pas fini. Car malgré les apparences qui semblent élever ces filles au rang de personnes réelles, les mises en scène dans lesquelles on les voit représentées n’ont rien d’ordinaire, qu’on les voie seules en maillot baignant – comme des nymphes et des déesses vierges – dans de magnifiques cascades et autres milieux évoquant la nature, ou en groupe pratiquant des activités étonnantes pour de jeunes citoyennes faisant des études et se préparant à exercer un métier comme le tressage de couronnes de fleurs, la découverte des senteurs, l’apprentissage de la danse.

Ces activités, ce sont celles qu’on retrouve dans la littérature antique mettant en scène des groupes de jeunes filles allant cueillir des fleurs comme dans le mythe de Perséphone ou tous ceux se soldant par l’enlèvement de l’une d’elles par un dieu. On peut évoquer également des groupes de déesses vierges comme les Muses s’adonnant à des activités artistiques, mais aussi les Olympiennes donnant un spectacle d’art quelconque.

L’élection de Miss France, c’est la mise en scène d’un cercle de vierges comme celui qu’éduquait la poétesse Sappho en vue de leur mariage dans le milieu aristocratique. Et bien que ça paraisse étrange de le demander dans nos sociétés contemporaines, l’idéal à atteindre est bien d’être représenté par un être quasi-surnaturel, une sainte aux aspirations élevées puisqu’il faut défendre des causes et donc incarner, comme le dit bien l’association de bonnes oeuvres qu’elles ont créée « les bonnes fées« .

Et surtout, il faut se rapprocher le plus possible de la vierge. Le règlement précise ainsi que pour devenir Miss France, il faut être une jeune femme de 18 à 24 ans, posséder un casier judiciaire vierge, ne pas être mariée, divorcée, veuve et ne pas avoir d’enfant. Il ne faut pas non plus avoir posé partiellement ou totalement dénudée.

Bien entendu, on ne peut demander à une jeune fille à partir de 18 ans de ne pas avoir de vie sexuelle alors que la loi lui en a donné le droit à 15 ans, mais les apparences doivent rester sauves pour qu’elle ait le droit d’incarner pendant l’espace d’un an la Madone de la Nation, une icône à la virginité étrangement aussi ambiguë que celle de la mère du Christ. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle gagnera le droit de porter, comme elle, la couronne et l’écharpe qui a la particularité de former le même genre de boucle que celle qu’on voit se former sur le manteau des statues de Vierges sur les cathédrales.

On comprend alors mieux pourquoi la fondatrice du concours tient autant à la réputation et la moralité de ses protégées. Car toute femme doit et peut être une citoyenne. Mais contre toute attente et malgré un règlement apparemment établi au XX ème siècle, être la Madone de la Nation, sa déesse tutélaire, c’est obéir à des règles vieilles d’il y a plusieurs millénaires. Des règles strictes mais nécessaires, dont le non-respect ferait forcément chuter l’événement et la candidate consacrée dans l’ordinaire, dans le profane où la femme, au lieu d’être une déesse, ne serait que le deuxième être sexué de son espèce, une créature incapable d’inspirer, comme elle sut le faire autrefois, des Phidias, Homère, et tous ceux qui l’ont si divinement représentée et célébrée.

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L’enjeu des soins de beauté

Les soins de beauté existent depuis les débuts de l’humanité, depuis sans doute qu’un premier individu s’est enduit d’ocre et, ayant ainsi modifié son apparence, son statut ou la réaction de ses congénères à son endroit se sont transformés, démontrant que changer, améliorer son physique par divers soins a une importance. Parce que c’est indéniable, même si les effets des soins esthétiques sont difficilement mesurables, leur pratique, considérée comme utile depuis toujours, n’a jamais cessé.

Dès l’Antiquité pourtant s’opère une échelle morale les distinguant : les soins destinés à modifier son apparence en vue de son embellissement – les soins de maquillage, notamment – que les médecins dédaignent, et les soins destinés à entretenir, dont les médecins les plus célèbres immortalisent les recettes.

L’avènement du christianisme et la diffusion de ses idées fait éclater ces distinctions elles-mêmes, car pour le christianisme, l’individu est scindé et le corps est son ennemi. Mortel, faillible, il nous attire vers la Terre, le péché, les vils désirs, la vanité. Et surtout, le corps s’oppose à l’âme qui, elle, a le pouvoir de rejoindre Dieu et devenir immortelle. En sur-valorisant l’âme, on dévalue le corps. Les austérités des lois monastiques et autres auto-flagellations pour expier ou prouver sa dévotion, les scènes de torture des saints abondamment décrites dans les hagiographies et érigées en exemple achèvent de nous démontrer que seuls les êtres dédaignant le corps sont parfaitement purs.

Les pratiques esthétiques reculent, chaque être susceptible de s’y adonner se voyant immédiatement soupçonné de vanité, coquetterie voire pire. Une idée qui se prolonge au-delà du Moyen-Age, de la religion et continue de perturber les liens familiaux.

Pourtant, parallèlement, la découverte des raffinements de l’Orient lors des Croisades marque les esprits et change progressivement le regard et les pratiques de société. L’Europe redécouvre les parfums, et avec eux une certaine conception de l’hygiène et de la beauté en général. La pression de l’Eglise ne parviendra à endiguer le mouvement, et avec l’exemple d’Agnès Sorel, première maîtresse royale de l’histoire de France, les fards font scandale autant qu’ils fascinent. Depuis, ils n’ont pas cessé de progresser malgré quelques éclipses idéologiques dues au conceptions politiques, comme lorsque le rouge passe de la couleur des fards des aristocrates au rouge populaire des sans-culottes.

Idéologiquement, c’est vrai, améliorer son apparence de façon visible, c’est manifester son influence sociale ou politique, ou au moins y prétendre. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que des personnages publics, hommes et femmes politiques sont de plus en plus nombreux à pratiquer la chirurgie esthétique ou au minimum des soins coûteux pour séduire et rester plus longtemps dans la course, et que plus les classes sociales sont élevées et plus les soins sont visibles.

De leur côté, les pratiques esthétiques visant les soins tels que l’envisageait l’Antiquité ont pris une dimension de plus avec l’avancée de toutes les sciences et les technologies. Car entre les moyens pour réparer la peau ou améliorer ses tissus, et une connaissance très pointue des divers processus du vieillissement, diverses inflammations et traumatismes, rêver la perfection et tendre vers elle devient de plus en plus réalisable. Et de plus en plus obligatoire. Car dans nos sociétés, à l’inverse de ce qui se passait au Moyen-Age, mieux vaut viser le corps dans lequel on s’incarne que l’âme dont on doute qu’elle nous offrira le Ciel où on pense qu’y volent plus d’avions que ne s’y rencontre Dieu.

Finalement, dans l’utilisation des soins de beauté, le véritable enjeu est notre façon d’être au monde et surtout de rêver. Mais aussi de s’aimer, de vouloir influencer le monde, d’être conforme, d’accéder aux premières places voire d’obtenir la première place. Car user de cosmétiques et autres soins, c’est encore et toujours viser la Beauté dont les effets ne sont pas entièrement mesurables, dont la formule mathématique n’a jamais été établie et dont l’idée s’incarne le mieux sous forme de déesse éternelle, intemporelle, insaisissable et dont le mystère reste entier. Tout comme s’avère incertaine l’efficacité des actions et des soins de beauté destinés pourtant à nous embellir.

Néanmoins, la caractéristique humaine étant de toujours tendre vers un idéal nourri de rêves qui paraissent impossibles avant de devenir une réalité, il ne faut pas s’étonner de voir cette pratique avoir non seulement toujours existé mais de plus, perdurer. Car user de soins de beauté, c’est déjà rêver l’humanité en mieux et concourir à sa transformation universelle par autant de petits actes personnels qui affirment : « J’y crois et je le veux. »

Nouvel article du Labo de Cléopâtre : livre, tarif et transparence

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Mon second blog

Ceux qui suivent ce blog le savent, je me suis intéressée de près aux vrais cosmétiques de Cléopâtre et sur la base d’un mémoire universitaire qui leur était consacré, j’en ai recréé un, normalement issu du Kosmètikon, le vrai livre de cosmétiques de Cléopâtre dont il ne reste que des fragments éparpillés chez des médecins de l’Antiquité qui ont laissé des ouvrages.

Entre deux adaptations contemporaines de la recette et une assez semblable à l’originale, j’ai découvert des choses que j’ai trouvées passionnantes. Je les ai écrites dans un livre auto-publié pour que d’autres puissent reproduire pour eux-mêmes cette recette ancienne et prestigieuse d’un nettoyant visage et corps de la dernière reine d’Egypte.

Quelquefois, la tentation est grande de consacrer quelques articles aux cosmétiques anciens et à ceux de Cléopâtre en particulier, et ce d’autant plus que mes recherches continuent.

Alors, pour ne pas détruire l’unité et la cohérence d’Echodecythere et malgré tout ne pas me priver d’un partage sur mes expériences et découvertes, mes propos sur les cosmétiques anciens et en particulier ceux de la fascinante reine d’Egypte se trouveront ici : Le labo de Cléopâtre

Le blog est tout neuf, et comme tous les blogs, il ne demande qu’à s’épanouir, donc soyez patient.

Bonne découverte.

Reflet de Cythère (6)

Dans Reflet de Cythère, une poésie, invocation, ou texte permettant de mieux connaître Aphrodite et son culte est choisi. Aujourd’hui, pour continuer sur le thème des fesses, Aphrodite se fera plus lointaine.

Dans l’Antiquité, la mythologie, les dieux restaient une référence; dans la philosophie de Socrate lui-même, ce sont des motifs très employés car leur diversité permet d’illustrer les vérités qui ont l’art d’être flexibles.

Dans la poésie amoureuse et érotique, Aphrodite et Eros sont logiquement des références sur lesquelles axer le discours. Eros est alors le petit dieu cruel et inflexible qui a l’art de rendre fou ceux qu’il tourmente, Aphrodite, aux fonctions plus polyvalentes, joue des rôles plus variés. Mais bien souvent, Cythérée est la divinité à laquelle comparer la femme aimée, à égalité ou en défaveur de la déesse de l’Amour.

Dans ce poème extrait des épigrammes érotiques de l’Anthologie Palatine – seul ouvrage où apparaît Rufin, poète dont on ne sait presque rien -, c’est le concours de Beauté d’Athéna, Aphrodite et Héra menant au Jugement de Pâris qui est pris pour référence.

« J’ai jugé des fesses de trois beautés. D’elles-mêmes m’ayant pris pour arbitre, elles me montrèrent à nu leur corps éblouissant. L’une avait les fesses d’une peau blanche et douce, et l’on y remarquait de petites fossettes comme sur les joues d’une personne qui rit. L’autre, étendant les jambes, laissa y voir une chair aussi blanche que la neige et des couleurs plus vermeilles que des roses. De la troisième la cuisse ressemblait à une mer tranquille, la peau délicate n’offrant que de légères ondulations. Si le berger Pâris eût vu ces fesses, il n’aurait plus voulu voir celles des déesses. »

Rufin. Anthologie Palatine.

Une liberté de ton qui attendit plus de mille ans pour revenir en Occident.

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