plaisir

Cuisine, amour et sensualité

Dans notre société de surabondance, les invitations à consommer, le succès des sites ou guides spécialisés dans la cuisine ou les restaurants jouxtent parallèlement des discours de plus en plus axés sur l’alimentation du point de vue de la santé que du point de vue du plaisir. A l’ère où l’obésité est devenue un phénomène d’ampleur internationale et bien que la restauration soit un des seuls secteurs qui ne connaisse pas la crise, éradiquer les mauvaises habitudes, traquer les mauvaises graisses, partir en quête de méthodes pour manger plus équilibré sont les comportements à adopter pour montrer qu’on est responsable, ou donner une apparence raisonnable à ses problèmes alimentaires tels que l’orthorexie, cette obsession contemporaine de manger le plus sainement possible sans prendre en considération les autres paramètres.

A force de vouloir protéger la population, le discours ambiant associe de moins en moins la cuisine et le fait de s’alimenter au plaisir mais de plus en plus à la santé ( prévention du surpoids, de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires…), à la prudence, à la peur, même, et donc de plus en plus à un devoir. Se nourrir est une nécessité, le faire correctement est un chemin sur lequel doit s’engager toute personne responsable.

Et le plaisir dans tout ça ?

Les Grecs anciens qui se savaient mortels et qui n’avaient aucun espoir de contrôle sur cette réalité associaient bien souvent dans leurs poésies le festin, le vin et l’amour, le désir, Dionysos et Aphrodite, qu’ils entendaient bien célébrer tant qu’ils étaient vivants. Dans nos sociétés où la science a révélé que nous pouvions avoir un contrôle pas absolu mais non négligeable sur notre espérance de vie par le biais de notre alimentation, et où l’excès est devenu un risque plus grand que le manque, on associe de moins en moins les plaisirs de la table aux plaisirs de l’amour.

Et pourtant, dès notre naissance, la nourriture est associée au plaisir. Le contentement, le calme manifesté par le bébé qu’on a nourri se lisent sur son visage incapable de dissimulation. Dans toutes les sociétés, la nourriture est au coeur des coutumes religieuses où chaque fête est associée à des aliments traditionnels à partager : l’agneau de Pâques, le mouton de l’Aïd, les crêpes de la Chandeleur, les mets sucrés de Roch Hachana, le pain de Lughnasadh, la dinde de Thanksgiving, les sucreries de Divalî, etc…Il n’y a pas de fêtes traditionnelles sans nourriture car il n’y a pas de vie sans nourriture. Et lorsqu’elle est réalisée, cuisinée, travaillée, la nourriture est un don, un don de civilisation et de culture car chaque pays, chaque région, même, a la sienne.

La cuisine, c’est aussi un don d’amour. Cuisiner pour l’être qu’on aime, sa famille, ses enfants, passent pour les meilleures preuves d’amour. Car faire la cuisine pour quelqu’un, y prendre un soin et une attention méticuleux, hors d’un cadre où toute reconnaissance en est attendue, est le même geste que celui de la mère qui nourrit son enfant parce qu’elle l’aime et veut le voir grandir. Nourrir, c’est transmettre la vie, offrir une de ses conditions essentielles.

Mais la cuisine que l’on mange est aussi en lien avec la sexualité. Manger, c’est laisser quelque chose entrer dans son corps. Beaucoup de personnes pour qui le lien avec la sexualité est un problème pour maintes raisons souffrent de troubles alimentaires, principalement l’anorexie et la boulimie mais aussi des troubles plus complexes d’intolérances à certains aliments en lien avec leur histoire personnelle et symbolique relative à la sexualité.

Justement, dans une histoire d’amour naissant, une invitation à dîner sera une délicate introduction à la sensualité. Les premiers repas, partagés, ce sont des pré-préliminaires évoquant symboliquement d’autres plaisirs à venir par leur déploiement multi-sensoriel. Car un plat, c’est une odeur, un aspect visuel, des couleurs, des textures, un goût, enfin, un ensemble d’éléments qui pénètrent en soi. De ce fait, partager un repas, c’est aussi l’occasion de deviner les qualités et défauts d’un partenaire sexuel. Une obsession de la ligne pourra augurer d’une volonté de trop grand contrôle pour un abandon naturel et facile au plaisir, une goinfrerie annoncera souvent un manque de finesse et de sensibilité, une trop grande exigence sera généralement la marque d’un ego dominateur, etc. Toutes ces choses qui se manifestent à table se manifesteront souvent au lit…

En revanche, un des signes que la relation est en bonne voie est cette forme d’abandon à l’instant présent, au plaisir d’être avec l’autre, en goûtant ses plats et lui faisant goûter les siens dans un partage et une union qui laisse présager favorablement celle à venir entre les draps et dans la vie à deux.

Alors oui, il ne faut pas manger trop gras, trop sucré, trop salé, mais dans une assiette comme dans un lit, qui a envie de manger sans goût ? Pas Aphrodite, en tous cas…

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Pourquoi notre sexualité est-elle compliquée ?

Depuis que les hormones se sont manifestées et peut-être même avant, nous percevons que la sexualité est l’une des plus grandes aventures humaines qu’il y ait à expérimenter dès lors que la vie nous a été donnée.

Et pourtant, en la vivant, nous sommes loin d’être tous et tout le temps au Paradis. Pourquoi ?

Tour d’horizon de ce qui constitue le domaine de la belle Aphrodite et ses complexités…

– La sexualité est inscrite au coeur de l’espèce. Se reproduire est vital pour la survie de l’espèce et donc impérieux. Le désir d’avoir des enfants nous traverse tous un jour même si ça ne doit ni rester ni se concrétiser. Le premier problème qui se pose par rapport à cette nécessité, c’est que contrairement à ce qu’on voit dans les documentaires animaliers, nulle saison des amours ne vient déterminer et simplifier la sexualité, le deuxième, c’est que nous avons beau appartenir à une espèce, ce ne sont plus ses lois qui nous gouvernent majoritairement mais celles de la société. Et si par exemple, faire un enfant se conçoit selon les lois de l’espèce, accueillir un enfant se fait selon les lois sociales. Trouver l’équilibre entre ces 2 mondes et réalités peut déjà s’avérer délicat.

– La sexualité peut être le point culminant d’un désir amoureux mais aussi du désir de détruire. Cet étrange paradoxe est au coeur de toutes les questions les plus importantes, souvent secrètes et taboues, liées à la sexualité. Comment peut-elle offrir à la fois le meilleur, le plaisir et la vie, et le pire, l’humiliation et la destruction qui conduisent à la mort psychologique voire physique ? Le viol, véritable arme de guerre en temps de conflit, est aussi le spectre menaçant qui hante toutes les femmes qui en comprennent le risque dès leur enfance, et qui le vivent réellement, parfois dès leur enfance, loin de tout conflit. Dans ces moments-là, le sexe devient réellement ce à quoi il ressemble : une arme plantée dans le corps de la victime. Cette dimension de la sexualité fait également peser sur l’homme une pression : celle de devoir prouver qu’il n’est pas le monstre que la femme craint, ce qui génère aussi de la souffrance.

– La sexualité a une histoire qui pèse sur nous tous, hommes et femmes, et nous pousse inconsciemment à jouer des rôles et prendre position. Le plaisir féminin a pu y être brimé, bridé, générant des craintes et des préjugés incitant à vouloir le limiter par peur de son déchaînement et de la bâtardise. Le plaisir masculin, lui, est l’héritier des préjugés romains sur la virilité qui font également peser sur les hommes l’obligation contraignante de la performance. Mais si toutes ces notions tendent à se relativiser avec des réflexions sociologiques et psychologiques de meilleure qualité, elles sont passées dans la culture et l’éducation, et si elles ne sont pas réinterrogées, elles demeurent un socle malheureusement encore trop stable pour ne pas entraver l’épanouissement à deux.

– Notre sexualité a son histoire, celle de notre construction personnelle et psychologique relativement à elle : ce à quoi nous avons été confrontés, ce que nous avons vécu, compris, ce qui nous a traumatisés, parfois, l’image que nous nous en sommes fait. Une expérience que nous avons eue peut hanter toutes nos autres relations, ou bien encore le comportement de notre père à qui nous voulons ressembler ou non, si on est un homme, les souffrances de notre mère ou au contraire sa tendance envahissante au bonheur et au plaisir qui peut nous entraver si nous sommes une femme, etc., tout peut faire obstacle, momentanément ou non. Ou à l’inverse, nous construire.

– La sexualité est aussi conditionnée par la société dans laquelle on s’inscrit. Or, notre société est une société de consommation qui a eu la bonne idée de s’appuyer directement ou indirectement sur le sexe pour prospérer car elle sait que plus elle en parle et plus on écoute. Mais justement, là est le problème. Entre les études scientifiques qui nous expliquent combien de fois il faut le faire pour créer des anticorps, brûler des calories, avoir une espérance de vie plus longue, être une meilleure mère, un père plus zen quand la vraie motivation de ceux qui véhiculent ces informations est de booster leurs ventes, notre sexualité peut avoir tendance à virer à l’expérience médicale. D’un autre côté, les informations concernant le nombre de fois où on le fait, comment on le fait, où on le fait instituent implicitement des normes qui génèrent des angoisses inutiles et douloureuses chez ceux qui ne s’y reconnaissent pas à 100 %. Parallèlement, les films porno génèrent des complexes de taille et de performances chez les hommes, et font prendre des comportements avilissants pour des normalités à ceux et celles pour qui cela tient lieu d’éducation sexuelle.

– Enfin, et le plus important, la sexualité a une actualité dans la relation qu’entretient le couple qui la partage mais dans laquelle chacun la vit malgré tout à sa manière. Et cette actualité évolue à chaque nouvelle relation sexuelle, qu’elle se vive dans l’extase ou dans les difficultés, entraînée par la qualité du lien existant entre les deux membres du couple…ou bien l’entraînant. Car parfois, sans qu’on le sache consciemment, quelque chose vient perturber l’équilibre d’un plaisir qui se construit comme une cathédrale, certes avec le concours des autres, mais vers une unité qui a emprunté tant de chemins pour se réaliser. C’est pourquoi, comme les architectes qui les construisaient, il faut veiller à faire les réajustements nécessaires à son équilibre, à chaque fissure menaçant ce plus grand et complexe édifice de l’aventure humaine.

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