apparence

« A la plus belle »

Il y a longtemps que je n’ai pas repris la parole ici, certainement d’abord parce que les réflexions autour de ce thème se sont tues tant j’étais concentrée sur le projet du Labo de Cléopâtre.

Mais pour être honnête, mes croyances sont proches de celles des Anciens : la voix s’élève, la voix s’éteint, c’est la volonté de la Muse. Dans le cours de notre destin, nous sommes amenés à naître, et puis à mourir alternativement, au propre comme au figuré, subissant au passage de multiples changements.

Aphrodite le veut donc : « Chante, Déesse, à travers ce blog, les réflexions autour de l’Amour et de la Beauté. » Et ce d’autant plus que la société a changé, rebattant les cartes des tendances et des influences, rappelant d’autres épisodes de l’histoire ancienne et des trésors qu’elle nous a laissés pour penser le monde.

Tout a recommencé, je crois, avec un pic à cheveux acheté au marché de l’histoire, et dont j’ai a nouveau croisé le symbole lors de ma dernière visite au Louvre. C’est la main d’Aphrodite, tenant du bout du pouce et de l’index une petite pomme toute ronde, bien plus petite que celle dont nous avons l’habitude avec nos pommes cultivées et calibrées pour la consommation dans notre société industrielle.

Quelque soit le raison réelle de sa taille, les recherches pour le Labo de Cléopâtre m’ont appris la valeur des plantes sauvages pour les anciens grecs dont les ouvrages de médecine et de botanique se font l’écho et que la Grèce moderne a conservée.

Contrairement à la France où la plante sauvage est regardée avec méfiance tandis que la plante cultivée rassure, la Grèce estimait que la plante sauvage avait plus de valeur que la plante cultivée. Encore aujourd’hui, la consommation de légumes de fruits ou d’aromates se fait volontiers là-bas sur la base de cueillettes sauvages, un peu nécessaires quand un pays est composé de 70 % de montagnes dans un beau pays ensoleillé.

Les espèces sauvages donnent le plus souvent des fruits et des légumes plus petits.

Mais puisque dans ce domaine-là aussi, ce n’est pas la taille qui compte, délaissons cette question à propos de la pomme pour parler des autres caractéristiques de ce fruit qu’Aphrodite exhibe fièrement. C’est une pomme en or, et elle a été sciemment préparée par Erin, la déesse de la Discorde, afin de provoquer le trouble parmi les Olympiennes grâce à ces simples mots d’attribution : « A la plus belle ».

Et c’est là que tout semble devenir absurde : Héra, la déesse prétend au titre, dans un étrange accès de coquetterie, mais pire encore, Athéna, déesse vierge et un poil virile, qui reste en dehors de toute affaire amoureuse ou de séduction, se met soudain à vouloir prétendre également au titre.

Enfin, non des moindres, Aphrodite, qui par essence et par divinité devrait prétendre à ce titre sans même avoir à concourir, semble soudain douter d’elle-même et avoir besoin d’une confirmation !

Dans cette histoire, rien n’est plus à sa place, même l’ordre divin ! Le fait de devoir être décrétée la plus belle l’emporte sur toute notion de sagesse ou d’intelligence.

Et de fait, enfant déjà, quand on est une fille, la pression sur ce à quoi on ressemble et on ressemblera l’emporte sur toute autre considération, dans les familles elles-mêmes. Garçons et filles vont à l’école et reçoivent la même éducation, et pourtant, l’absence de beauté chez une fille est vu comme un handicap plus grave qu’un manque d’éducation, pour la suite de son destin. Et son intelligence, même constatée, est encore souvent ignorée par les familles elles-mêmes. Le fameux « Sois belle et tais-toi »…

On peut être femme, on peut être déesse, on se doit d’être belle, voire la plus belle, et tant pis si c’est un fardeau, car tout au tard, pense-t-on, ce sera toujours une planche de salut. La beauté est le seul devoir que les sociétés semblent unanimement imposer au féminin et malheur à celles qui ne le sont pas…ou l’inverse, peut-être.

Aujourd’hui encore, les jalousies entre femmes portent bien plus sur leur physique que n’importe quoi d’autre, et les femmes craignant la concurrence d’une autre dans les yeux de celui qu’elles aiment se fait le plus souvent sur la base des avantages physiques. Et régimes et chirurgie esthétique ont encore de belles fortunes à construire autour de cette aliénation pluri millénaire qui s’attache au destin féminin.

Il peut arriver qu’un homme vous explique qu’il fait plus facilement confiance à un autre homme plutôt qu’à une femme, car celles-ci sont sont capables entre elles de plus de jalousie, de bassesses et de trahison que les hommes qui, entre eux, ont des rapports plus sains et plus francs. Peut-être…

Mais dites-moi, que nous avez-vous laissé comme seul pouvoir incontesté que vous nous reconnaissiez depuis des millénaires, à part celui-ci ? Et oui, aucun autre que celui de devoir vous plaire pour avoir l’illusion fugace de sortir de l’ombre de l’insignifiance.

Une situation résumée de façon désabusée de la part d’une journaliste qui vient de porter plainte contre Patrick Bruel et qui montre que rien n’a changé malgré tous les changements : « On a beau être surdiplômée, parler plusieurs langues, on reste toujours des objets, juste bonnes à baiser. »

C’est si vrai que le concours des déesses ne se fera pas sans tentatives de corruption de la part de toutes les déesses, pourtant auprès d’un juge considéré impartial et choisi expressément par Zeus lui-même !

Et seule la déesse offrant son « alter-ego mortel » à baiser remportera la victoire.

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La coquetterie du juste milieu

Comme beaucoup de sujets héritiers d’une tradition d’abord occidentale puis étendue à la plupart des civilisations, la coquetterie des femmes est traitée de façon ambivalente dans la société. D’un côté, elle est considérée comme nécessaire dans la séduction, au moins parce que plus de souci de son apparence peut être perçu comme une volonté de plaire et donc une disponibilité sexuelle; de l’autre, elle doit tendre à s’éclipser pour les femmes mariées, les filles, les mères, toutes celles dont on craint la sexualité ou qu’on ne veut surtout pas voir séduire ni être séduite.

Le souci, c’est que la coquetterie n’est pas forcément une volonté de plaire à l’autre, mais une volonté de se plaire à soi-même, qui peut passer par des représentations inspirées du monde du spectacle, cinéma ou musique où une coquetterie exagérée, à la limite du vulgaire est nécessaire comme marque de fabrique pour se distinguer et susciter le désir de consommation. On a plusieurs fois montré, pour mettre en valeur ce phénomène, l’apparence de Lady Gaga avant qu’elle ne devienne une grande star internationale. Et on a toujours un peu de quoi être surpris quand on revoit des images d’Amy Winehouse, tatouages, perruque-choucroute et gros trait d’eye-liner tout droit sortis d’un film sur les jeunes désoeuvrés de l’époque du rockabilly.

A l’âge où on se cherche, vouloir ressembler aux stars qu’on aime est normal, mais les parents qui font une différence entre monde du spectacle et monde du travail où leur fille doit s’insérer s’inquiètent d’autant plus qu’ils sont sortis de ce moment de l’être où l’apparence constitue la phase de test de l’identité. C’est d’autant plus vrai qu’ayant déjà traversé cette période et s’en rappellant le prix, le parent a bien du mal à se souvenir que pour effrayante qu’elle puisse paraître avec le recul, elle n’en est pas moins le passage obligé pour la construction de son identité sexuée et l’apprentissage des relations.

Dans une société de l’image, des millions d’images possibles passent sur notre rétine, nous donnant des idées de modèles et de contre-modèles, pour le meilleur et pour le pire. Dans sa coquetterie, une femme peut tout être, femme voilée dehors et lingerie résille dans la chambre à coucher ou tatouée, maquillée, décolletée, les jambes exhibées, le sexe épilé comme dans les films porno, les seins sur-élevés par un soutien-gorge pigeonnant, la taille affinée par des gadgets gainants ou des talons de plus de 10 centimètres, la chevelure d’une autre couleur que celle donnée par la nature, etc.

Le plus souvent, ces tests tournent bien et permettent de savoir une bonne fois pour toutes ce qu’on veut et ce dont on ne veut pas. Mais quelquefois, comme c’est arrivé, on se retrouve avec un physique qu’on ne reconnaît pas, qu’on n’assume pas, prisonnier d’une apparence qui nous aliène et qu’on veut conserver parce qu’elle plaît à un homme dont le fantasme n’est manifestement pas nous. Des faits divers nous apprennent quelquefois jusqu’où cela peut aller : décès à la suite d’une énième chirurgie plastique, auto-mutilation après une intervention pour grossir les seins, etc.

Comment garder l’équilibre entre une coquetterie d’aliénation et coquetterie constructive ?

Normalement, le confort psychologique devrait nous renseigner, mais on voit bien que les phases où on a semblé le plus travesti à nos propres yeux cumulaient à la fois celles où on était le plus mal et où le désir était le plus grand. Car dans l’excès de séduction, il y a surtout la quête de son propre pouvoir sexuel sur autrui. Autrement dit, toute vie de femme sera parsemée de paires de chaussures immettables, de vêtements ridicules, de couleurs de cheveux qui ne nous vont pas et autres accessoires tout aussi douteux. C’est normal : ils sont là pour nous renseigner.

L’essentiel est de toujours s’écouter. Si on ressent un malaise, il faut l’écouter et essayer de savoir d’où il vient. Dans les milieux très religieux, en effet, on n’aura pas de mal à faire culpabiliser celle qui veut plaire, et si elle a grandi dans cet environnement, elle peut céder à la pression. Mais le malaise peut aussi être raisonnable : une femme habillée trop court ou trop décolleté pour ce qu’elle peut assumer se sentira mal aussi. Mais la pression sera intérieure et proviendra de l’expérience. Elle sera donc fiable.

Maintenant, si un homme préférerait vous voir blond platine alors que vous êtes châtain et que vous êtes près de céder pour le garder, répondez à cette question : « Ai-je envie d’être blond platine pour moi-même ? »Et posez-lui celle-là : « Et moi, si je te dis que j’aime les hommes ( trouvez une qualité esthétique qu’il n’a pas et pourrait tenter d’avoir), tu le feras pour moi ? »

Soit c’est vous telle que vous êtes qu’il aime, soit c’est la catastrophe annoncée. Après, on a parfois besoin de vivre la catastrophe pour mieux comprendre.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Senteurs et reconstitutions historiques

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Pourquoi cherche-t-on à s’embellir ?

Nous ne sommes pas tous et toutes à égalité devant les pratiques esthétiques. Certains y sont très sensibles et d’autres pas du tout, certains peuvent avoir conscience des causes profondes qui leur donnent envie de se rendre plus beaux et d’autres l’ignorent totalement. Pour les hommes et les femmes, les problèmes ne sont pas les mêmes, et aujourd’hui, il ne sera question que de l’embellissement au féminin.

La pratique n’est pas taboue, elle est même extrêmement répandue mais il plane toujours sur elle une forme de culpabilité gênante et sourde qui nous vient du regard inquiet des parents sur le corps des jeunes filles devenant femmes et surtout de notre sévère culture du Livre qu’interroge toujours plus la rencontre avec quelque femme voilée : la mauvaise conscience féminine de vouloir plaire…

Mais qui sait à qui on veut plaire et pourquoi on veut plaire ?

Pour certaines, c’est avant tout à soi-même. En visitant la plupart des blogs de mode et de beauté où les filles jouent les mannequins, on ne voit que des personnes qui testent, s’amusent de vêtements, coiffures, maquillages et explorent par ce biais, tout en partageant leurs découvertes avec les copines, les différents styles possibles qui sont autant de créations de soi-même.

 » Tu te fais belle donc tu cherches à séduire. », disent les jaloux, les possessifs, les insécures et les soit-disant religieux.

Que voit-on dans les choses, les actes, les gens hormis les choses que l’on redoute ou que l’on désire ? Car peurs et désirs, constituant des obsessions, ont ce pouvoir d’envahir tout l’espace de la conscience. Comment alors ne pas les projeter sur le monde entier et surtout sur le corps et l’esprit de la femme ?

Pour autant, on peut effectivement vouloir s’embellir pour séduire, bien entendu, et c’est normal. Mais on peut aussi vouloir s’embellir pour sacraliser le jour – se faire belle lors d’un mariage, une fête, etc -, pour donner une bonne image de soi en entreprise, d’un produit qu’on crée ou représente. On peut aussi vouloir s’embellir parce qu’on sait le faire : les esthéticiennes, maquilleuses, stylistes, coiffeuses, etc. sont souvent soignées comme personne parce qu’elles en ont le savoir-faire devenu comme une seconde nature. On peut aussi vouloir s’embellir pour corriger un défaut qui a pris une place énorme dans la vie de celle qu’il empoisonne, qui le grossit mais qui ne peut s’en empêcher et qui en souffre. Maquiller, masquer une brûlure, une cicatrice, porter une perruque ou un foulard plutôt qu’un crâne rasé, ce sont des formes d’embellissement.

Or, dans les cultures religieuses hébraïques et musulmanes, porter foulard ou perruque pour une femme est symbole de vertu puisqu’elle cache ses cheveux. Mais si les cheveux de la femme n’ont rien d’attrayant et ne font rien pour sa beauté, n’est-ce pas un embellissement que de les couvrir ? Le prêt-à-juger, dans son absolu, peine à toucher du doigt la vérité, plus souvent multiple qu’unique…

Hormis pour tous ces cas particuliers, pourquoi veut-on s’embellir ?

On veut s’embellir parce que nous vivons en société, parce que la société décide de ce qui est beau ou non, de qui est beau ou non, parce que pour vivre en société, il faut être adapté, intégré, parce que vieillir est mal vu, parce que grossir est mal vu, s’habiller comme si ou comme ça est mal vu, bref, parce qu’il y a toujours quelqu’un pour regarder et juger comme un dictateur, sans s’occuper de finesse et d’objectivité ni accepter la liberté de l’autre. Une liberté qu’on peut considérer comme relative parce qu’elle est toujours conditionnée par un contexte social, mais c’est quand même un sentiment de liberté.

Et fondamentalement, pourquoi a-t-on toujours cherché à s’embellir ?

S’embellir, c’est tenter d’échapper aux contingences de ce que la nature nous impose pour nous créer un physique idéal, proche autrefois de ce que l’art avait fait naître dans les statues des déesses ou des photos retouchées des actrices et des mannequins d’aujourd’hui posant dans des tenues parfaites, sur lesquelles les hommes fantasment et que les femmes tentent d’imiter, faisant grimper les ventes de soutien-gorges push up et les crèmes décolorantes.

Oui, parce que s’embellir, c’est surtout ça : sauter très haut pour toucher Dieu et les étoiles et retomber très bas au sous-sol d’un centre commercial…

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