Beauté et symboles

Physiologie symbolique du coeur

Quand on évoque le coeur, viendra à l’esprit immédiatement un univers différent selon qu’on évolue dans un environnement où les problèmes cardiaques – qu’ils soient de santé ou de profession – sont une préoccupation quotidienne ou non. Pour tous les autres cas, où l’organe n’est pas un sujet de préoccupation, dans l’imaginaire collectif comme dans le langage, le coeur continue d’avoir majoritairement le sens de siège des émotions.

« Calme-toi, mon coeur », dit Ulysse se parlant à lui-même, espérant gérer ses émotions dans le texte d’Homère. Précieux coeur de l’Antiquité dont la médecine ancienne n’a pas encore compris la fonction et qu’elle croit le siège des émotions, des décisions, du courage, de l’amour, et même de la mémoire, ce dont l’expression « apprendre par coeur » conserve le passage dans le langage de cette croyance dans nos mentalités.

Deux coeurs unis par des alliances depuis l’Antiquité à partir de l’annulaire, parce que c’est le doigt dont l’artère va jusqu’au coeur, qui unit amour et vie.

En Egypte ancienne, le coeur, précieux organe du courage, des émotions et des décisions, est le seul qu’on remette à sa place dans la momie après son embaumement. On juge que dans sa nouvelle vie, le mort en aura encore besoin pour les décisions qu’il aura à prendre. dans les représentations du jugement de l’âme, qui va décider du droit du défunt à la vie éternelle, c’est justement le coeur qui est pesé.

Des expressions comme « mon coeur », « mon petit coeur », « coeur d’artichaut », « coeur de beurre », témoignent du lien qu’on fait toujours entre l’organe et l’affection, tout comme des expressions plus directement imagées et localisées comme « peine de coeur », « mon coeur saigne », les célèbres vers de Verlaine : « Il pleut sur la ville comme il pleure sur mon coeur », « Dis-le avec le coeur », etc.

La langue française continue de véhiculer, de faire perdurer dans le langage l’antique croyance en la fonction émotionnelle du coeur que la médecine sait depuis de nombreux siècles n’avoir jamais eu. Le succès de cette image était tel que le regain de religiosité en France se fit au XIX ème siècle sous la forme émotionnelle du « Sacré Coeur de Jésus », qu’on se mit à représenter un peu partout et auquel on bâtit une basilique.

Pourtant, avec ses deux valves, le coeur ne fait qu’assurer, et c’est déjà beaucoup, la circulation sanguine dans tout le corps. Une fonction certes vitale, et au débit aléatoire en fonction des besoins, événements, adaptations de l’organisme, mais de laquelle sont exclues toute fonction cognitive, émotionnelle, sentimentale – qui n’y ont jamais été localisées -, tandis qu’elles continuent d’y séjourner dans l’univers mental, symbolique, poétique, philosophique et langagier.

Pourquoi une telle longévité ?

Peut-être par l’effet de ce qu’on nomme un symbole, plus solide, à la transmission plus durable qu’une découverte scientifique – qui met plus de temps à se propager par de longues chaînes de raisonnements et d’explications – et peut-être parce, issus d’une culture pleine d’histoires et de mythes, nous sommes plus épris de métaphores que d’explications rationnelles qui semblent limiter le monde.

De fait, quand on regarde la place qu’est censé prendre le coeur dans notre physiologie imaginaire, elle est disproportionnée par rapport à celle qu’il prend dans notre physiologie réelle, occupant la place du cerveau, et du coeur lui-même – car les manifestations du stress de répercutent dans le rythme cardiaque et affectent les battements du coeur, ce qui explique sans doute qu’on lui ait attribué ce rôle dans les émotions qu’il n’avait pas. La zone s’étend encore si on considère qu’on parle d’avoir mal au coeur pour le fait d’avoir la nausée, que la gentillesse et la générosité, sens moraux, sont également des qualités localisées encore une fois dans le coeur : « avoir le coeur sur la main », « avoir bon coeur », « un coeur généreux ».

Mais on parle de coeur pour désigner aussi le courage : « y aller de bon coeur », « y mettre tout son coeur », « mettre du coeur à l’ouvrage », ainsi que le centre : « coeur de ville » pour le centre historique, « coeur coulant » pour les pâtisseries mi-cuites, « coeur du réacteur » de la centrale nucléaire, « coeur de la forêt », « coeur de l’événement », même, désignant alors un centre symbolique plus temporel que géographique. Un centre étrange, qui sur l’espace d’un corps humain aurait bien du mal à se déterminer comme milieu. A moins de considérer, comme les hommes du passé, que seul le haut du corps était digne d’intérêt car partie spirituelle, la partie basse étant partie matérielle et donc vulgaire.

Finalement, l’espace physiologique réel du coeur demeure une partie à la fois bien plus petite et a une fonction bien plus limitée que ce que le langage et l’imaginaire ont bien voulu lui conserver durablement au fil des millénaires comme place et fonction dans l’inconscient collectif et – oserai-je dire – dans le coeur des hommes et des femmes.

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Nouvel article Labo de Cléopâtre : J’ai croqué une olive

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Le fil de l’amour et du destin

Dans la tradition japonaise, une ancienne légende dit qu’un fil rouge unirait chaque personne à l’amour de sa vie. Les êtres unis par ce fil, pour autant invisible, sont destinés tôt ou tard, à se rencontrer au cours de leur vie. Cette ancienne croyance, très romantique, est rendue très vivace par la culture populaire contemporaine tels que les dramas, les mangas et autres programmes destinés à la jeunesse, dont les préoccupations oscillent entre l’incertitude quant à son avenir amoureux et ses rêves normaux du grand amour.

Le fil est rouge comme le sang, l’amour, le feu, la couleur du mariage en Asie. En Occident, on passe l’alliance à l’annulaire dont l’artère est reliée au coeur. Oui, on parle bien d’alliance, du verbe lier, tout comme le fil rouge unit une personne à son grand amour. D’une culture à une autre, la différence est-elle si grande ?

Pour unir les êtres, on n’a pas trouvé meilleure métaphore que celle des liens, les fils nés du travail du textile. Et on a souvent tendance à oublier combien l’homme a pu, à travers ses propres découvertes ou ses propres inventions, accéder à des compréhensions, expressions, représentations plus fines de ce qu’il vivait, faisait, éprouvait ou même comprenait du monde.

Le travail du textile, le simple fait de transformer de la fibre chaotique en une unité pouvant déboucher sur une magnifique pièce de tissu a été pour les Hommes une source d’admiration, d’imagination, et de réflexion métaphorique.

Les liens entre les gens, « les liens sacrés du mariage », tout cela renvoie aux cordes, aux fils, ce qui va nouer. Les gens qui s’aiment sont liés – tout comme les gens d’une même famille -. Pour attirer quelqu’un, et particulièrement dans la magie amoureuse, on utilise le lien, le noeud. Lien de ruban, lien de cheveu, fil pour unir symboliquement une personne à celle qui la désire ardemment et qui fait le rituel pour cette raison.

« Le premier vendredi de lune, achetez sans marchander ruban rouge de 1/2 aune au nom de la personne aimée. Faites un noeud en lacs d’amour et ne le serrez pas, mais dites Pater jusqu’à li tentatiorem, remplacez seb libera nos a malo par lude aludei ludeo, et serrez en même temps le noeud. Augmenter d’un Pater chaque jour jusqu’à 9, faisant chaque fois un noeud. Mettez le ruban au bras gauche contre la chair. Touchez la personne. »

Papus. Traité méthodique de magie pratique

Le fil, le lien, le noeud ne sont pas que gage de l’union mais aussi de l’efficacité. Ce qui fonctionne dans la magie amoureuse est censé fonctionner également dans la magie de vengeance où nouer l’aiguillette, qui se fait également à base de lien, de noeud, empêche à un mariage d’être consommé, une union de se faire, un projet d’aboutir, etc. Le noeud, le lien, le geste réalisé réellement pour s’incarner symboliquement dans le réel, vaut alors pour signe du destin.

Et pour cause : dans le fil, le fil de la conversation, le fil de la vie, le fil du destin, on voit bien le lien entre la maîtrise du textile et l’idée de cohérence. Tout comme les pelotes anarchiques de fibres deviennent fils puis vêtements une fois entrecroisés, atteignant leur pleine beauté et leur pleine utilité, la série apparemment incohérente de petits événements qui font l’histoire d’un individu peuvent, si on les fait s’entrecroiser et se correspondre, sembler avoir du sens sous l’image de la destinée, qui passe aussi, bien évidemment, par la relation amoureuse.

D’ailleurs, est-ce vraiment un hasard si Pénélope promet de se marier avec l’un des prétendants à la fin d’une tapisserie qu’elle fait chaque jour pour mieux défaire chaque nuit afin de ne pas avoir à lier son destin à celui d’un autre qu’Ulysse ?

Ce faisant, un peu comme son mari qui décide d’assumer sa destinée humaine, Pénélope s’affranchit de son destin en remplaçant symboliquement l’action des Moires, déesses de la mythologie qui normalement y président : Clothos en tisse le fil, Lachésis le déroule et Atropos le coupe. Pénélope, tout en feignant l’obéissance dans un travail typiquement féminin, n’est-elle pas en train de décider – en frondeuse contre les déesses qui doivent y présider et qu’elle remplace – de son propre destin ?

D’ailleurs, avez-vous remarqué comme étrangement, c’est préférablement sur des tapisseries que se sont racontées les premières histoires en images ? Tapisserie de Bayeux, tapisseries de la Dame à la Licorne – où semble se mêler amour et histoire aristocratique et symbolique – autres tapisseries symboliques et surtout narratives, au musée de Cluny, au musée du Sacre, à Reims, voire, dans la mythologie, évocation des scènes représentées par Athéna et Arachné lors de leur combat de tapisserie, etc.., tout ce qui semble vouloir raconter une histoire et des liens semble avoir voulu le faire avec des fils.

Hasard, vous croyez ? IMG_3075

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Déodorants de l’Antiquité

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Le sens de l’élégance

 

 

L’élégance est une notion assez indéfinissable et subtile. Cela consiste, globalement, à s’habiller, se présenter, se représenter avec goût et recherche. Mais le goût, notion culturelle et donc très relative, ne se définit pas de façon universelle. L’élégance se juge par comparaison avec un ensemble de personnes qui, pour leur mise, commune, vont mettre en évidence celle qui s’habille de façon plus recherchée.

L’élégance n’induit pas un prix ou une marque obligatoire, un vêtement très cher peut très bien ne pas nous aller et être d’une grande vulgarité parce que la mode le veut, le créateur a voulu faire de la provocation, a manqué d’inspiration ou a voulu délivrer un message. Dans le choix du vêtement se partagent en effet deux visions qui se rencontrent sur le corps de la personne qui l’adopte : le choix du concepteur pour la création de sa pièce, ses couleurs, ses formes, agencements, et l’adhésion de celle qui la porte. On choisit un vêtement pour de nombreux critères et de nombreuses raisons, : prix, confort, valeurs de la classe sociale, goûts personnels, etc. Quand, malgré tout, c’est l’impression de beauté et d’admiration qui prévalent, on atteint l’élégance.

Cette élégance est un signe, de l’ordre du manifesté. On sait qu’elle est là, on la reconnaît, mais son sens est multiple. Pour autant, il y en a toujours un car se distinguer a toujours une raison, même si celle-ci ne paraît pas toujours très claire.

Se distinguer, par des vêtements, des bijoux, des accessoires spéciaux, c’est depuis toujours l’apanage de l’élite qu’on doit pouvoir reconnaître de loin comme telle, de la coiffe de plumes des chefs amérindiens, aux sceptres et couronnes, symboles du pouvoir royal, les bijoux des maharadjahs, et même le costume du patron contre le tee-shirt de l’ouvrier ou le pull du simple employé.

Dans les oeuvres d’art anciennes, les plus beaux vêtements étaient soit pour l’élite royale ou seigneuriale avant de s’étendre à la bourgeoisie, soit pour les figures mythologiques ou religieuses. L’expression d’une oeuvre picturale, réduite à la seule vision, se devait d’être très symbolique pour que le message fût clair. Au cinéma, c’est pareil : les personnages principaux, pour peu que ce soient des héros, se doivent d’être distingués par leur façon de s’habiller, leur mise élégante et surtout d’une façon qui les mette en valeur afin qu’on ne voie qu’eux. C’est encore plus vrai pour les actrices, dont la richesse des tenues et des accessoires permis – infinis par rapport à ce que les hommes peuvent porter – ont distingué au point de les immortaliser, elles – et les films dans lesquels elles jouaient – dans des tenues qu’elles n’auraient pu supporter dans la vie quotidienne.

L’élégance, en effet, sacralise, fait entrer du miracle dans un événement, un moment, un instant exceptionnel tout symbolique qui ne se verrait pas sans cela : un mariage, où tout le monde se doit d’être bien habillé, un enterrement, une réunion de famille, un événement particulier et bien sûr, un rendez-vous amoureux. Pris à n’importe quel moment hors cérémonie ou événement, rien ne distingue cet instant pour son importance sans la belle tenue choisie pour l’occasion. La beauté d’une tenue signale l’instant sacré : on sort ses beaux habits pour la messe, pour aller à la mosquée, pour le shabbat; aux Antilles, les femmes des anciennes générations portent encore les perruques lisses qu’elles mettaient autrefois pour entrer dans la maison de Dieu.

Mais parfois, l’élégance est quelque chose qu’on reçoit en héritage, comme les Sapeurs du Congo qui, depuis le XIX ème siècle, ont choisi le vêtement pour exister dans la sphère sociale et introduire du merveilleux dans les quartiers de Kinshasa. Mais plus qu’un choix, c’est une culture, un héritage avec une histoire, des codes, des règles et même une reconnaissance dans le milieu de la mode. Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, les Sapeurs font du dandysme un événement, un show sous forme de compétitions et de rencontres de fans de marques différentes se faisant face lors de combats uniquement symboliques autour du beau vêtement et de sa valeur.

Mais on peut aussi être une personne élégante par goût, personnalité, culture. Dans ces cas-là, une seule personne suffit à faire entrer de la magie dans le quotidien, à travers un comportement qui semble dire : « C’est mon existence, c’est l’ici et maintenant qui sont sacrés. » Un militantisme silencieux mais voyant qui, depuis l’ère des dandys, s’exprime dans la sphère individuelle, révélant des étoiles filantes de l’esthétique dans la galaxie informe de l’habillement par nécessité.

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Sourcils, émotions et symbolisme

Au-delà de la mode qui conditionne la forme qu’ils doivent avoir à une époque donnée, les sourcils tiennent une grande importance dans le visage. Ce visage lui-même, primordial dans la représentation d’une personne, localise 4 organes de sens sur 5 ( odorat, ouïe, vue, goût), les fonctions cognitives, réflexives, décisionnelles, langagières et sociales.

Dans un roman initiatique et sensuel, Loin de Chandigarh, l’auteur indien Tarub J. Tejpal fait dire à son personnage qu’il vaut mieux que la plus belle zone d’une femme soit son visage car c’est lui qu’on voit quand on lui fait l’amour. Une réalité à laquelle on pense peu mais qui démontre le rôle primordial du visage au coeur même de la relation sexuelle et qu’on aurait pourtant sûrement peu fait participer à l’acte.

Dans cette perspective, il est néanmoins difficile de comprendre la place du sourcil dans l’organisation du visage autrement que dans un sens ornemental malgré sa fonction première de gouttière servant à protéger les yeux de l’eau qui viendrait d’en haut, quand les cils les protègent dans toutes les autres circonstances. Sa forme d’arc nous rappelle pourtant d’autres éléments très importants de l’architecture servant à créer portes, fenêtres, ouvertures diverses, passages, mais aussi structures de soutien d’une cathédrale, notamment, les arcs-boutants.

Exactement comme en architecture, où l’arc sert à la fois d’ouverture, de structure de soutien et d’ornement, le sourcil est aussi bien fonctionnel par son rôle protecteur naturel de l’oeil qu’esthétique parce qu’il semble surmonter l’oeil de façon à l’embellir. En réalité, le sourcil est une ouverture vers la pensée, les émotions et l’âme.

L’expression qui veut que les yeux soient le miroir de l’âme est en effet bien réductrice, car si on limite le regard aux seuls yeux, on se retrouve plutôt en présence de globes mobiles mais inexpressifs en soi et qui ont besoin de tous les muscles les entourant pour participer à l’expression et se faire les miroirs de l’âme.

Mais dans un monde où l’image fixe, immobile, idéale et semblant ainsi éternelle conditionne notre désir esthétique, et où la communication est portée à son comble par de nouveaux médias, on oublie trop souvent le rôle joué par les sourcils dans l’expression et les micro-expressions qui nous renseignent sur les sentiments profonds qu’une personne ressent sans les exprimer comme la peur, le dégoût, le mépris, la colère, ou au contraire la joie, l’accueil, l’ouverture.

Si cet aspect peut paraître dérisoire à une époque où les relations se nouent plus facilement qu’autrefois et que les tabous pèsent beaucoup moins sur la sexualité des femmes, il ne faut pas oublier que la plus grande partie du jeu de la séduction passe par la communication non verbale, qui représente en réalité une part plus importante que la communication verbale dans toutes les interactions humaines.

Le blason du sourcil – qui date de la Renaissance comme tous les blasons – exprime poétiquement et de façon très juste tout ce que révèle le sourcil :

« (…)Sourcil qui fait l’air clair, obscur soudain, 

Quand il fronçit par ire ou par desdain

Et puis le rend serain, clair et joyeux,

Quand il est doux, plaisant et gracieux.

Sourcil qui chasse et provoque les nuës, 

Selon que sont les archées tenuës,

Sourcil assis en lieu hault pour enseigne, 

Nous descouvrant sa profonde pensée,

Ou soit de paix ou de guerre offencée(…) »

Ainsi, le sourcil est l’arc révélateur, porteur des expressions et mouvements de l’âme – colère ou apaisement – auquel sa couleur foncée donne, par contraste avec la peau, la force du surligneur et renseigne discrètement un homme aimé sur les sentiments et les désirs que sa dame ne peut exprimer ouvertement.

Cette qualité des sourcils est fort utile au jeu d’acteur et surtout d’actrice, offrant une possibilité d’expression non verbale sans ambiguïté, permettant à Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent et Aishwarya Raï dans Devdas d’incarner de façon crédible des femmes dures que leur détermination, plus forte que toute autre valeur, conduisent à l’échec.

Une transparence émotionnelle qu’elles ne partagent pas avec la célèbre Mona Lisa, personnage du tableau le plus célèbre du monde dont on remarquera avec surprise qu’il est celui d’une femme sans sourcils, dont Léonard de Vinci n’a étrangement jamais réussi à se séparer, conscient peut-être, qu’il lui manquait quelque chose..

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Parfumer ses vêtements comme dans l’Antiquité

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Epilation et symbolisme

Parmi les soins esthétiques associés à la femme, l’épilation occupe incontestablement la première place, surtout en terme d’érotisme. Première cause des rendez-vous chez l’esthéticienne, sujet trivial mais courant des conversations féminines décomplexées, sujet toujours actualisé des magazines et des blogs beauté, l’épilation trouve le moyen d’être une pratique à la fois plusieurs fois millénaires et suffisamment d’actualité pour continuer d’être soumise à la mode.

Pour autant, c’est une des seules pratiques esthétiques vécue comme une aliénation par les femmes au point que certaines stars entrent en résistance contre elle en exhibant une aisselle poilue, c’est-à-dire telle qu’elle devrait être en réalité.

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Il est vrai que depuis l’histoire de la reine de Saba et de ses jambes polues épilées avant d’entrer au harem de Salomon, l’épilation a, dans la culture, tout du symbole de l’aliénation féminine. Pourtant, elle n’a pas toujours été associée au féminin puisque les premiers à l’avoir pratiquée étaient les prêtres égyptiens de l’Antiquité pour qui les poils, considérés comme des sécrétions – comme l’explique Plutarque dans son traité d’Isis et Osiris – étaient jugés impurs. La famille du pharaon, censée descendre des dieux, était soumise elle aussi aux mêmes contingences; or, les élites constituent toujours des modèles.

En Grèce ancienne, l’épilation était pratiquée pour renforcer le fossé idéologique qui existait entre le masculin et le féminin, déjà sensible dans les droits, les modes de vie, la liberté sexuelle, et qu’on marquait aussi dans la chair avec la pilosité, si l’âge ne s’en chargeait. Pierre Brûlé l’explique dans son étude Les sens du poil : à l’homme la virilité, la force, le sombre, et donc le poil; à la femme, au pré-pubère, la chair tendre, le clair, le lisse, le mou.

Dans les monothéismes, le poil n’est pas censé être proscrit car il est un don de Dieu. Les barbes fournies des religieux de toutes confessions attestent de cette fierté de porter le signe d’élection du Créateur. Mais tout n’est pas aussi simple : porter ses poils diffère d’une communauté à l’autre de façon à pouvoir se distinguer les uns des autres et reconnaître son clan. La barbe des musulmans se porte ainsi au sacrifice de leur moustache , qui pourrait les faire confondre avec d’autres porteurs de barbes déjà existants des autres religions.

Et la femme, dans tout ça ?

Ses poils aussi doivent être logiquement la marque de l’élection de Dieu. C’est vrai qu’il n’existe pas d’interdit sur ses poils : elle n’a ni le devoir de les garder, ni le devoir de les retirer. Dans ce cas, pourquoi la pression pour que le corps de la femme soit épilé perdure-t-elle ? implicitement, les religions le justifient ainsi : l’élu de Dieu, c’est l’homme car c’est lui qui a été créé par Dieu. La femme, sortie de sa côte, en est un sous-produit assujetti à lui. Alors, si l’homme veut que la femme soit épilée parce que son corps lui semble plus désirable ainsi, cela sera, puisqu’elle a été créée à partir de lui et pour lui, d’après le texte.

Si les poils des hommes apparaissent donc comme leur fierté, la preuve de leur création par Dieu, l’épilation apparaît donc aux femmes comme leur assujettissement aux règles voulues par l’homme, et ce d’autant plus sûrement que dans l’Antiquité, même au-delà des sexes, seul le citoyen – et donc adulte – de sexe masculin, pouvait exhiber ses cheveux librement et ses poils. Tous les autres, femmes, esclaves, étaient soumis dans leur apparence par le sacrifice de leur pilosité rendue aussi absente que celle des enfants, des mineurs auxquels on les rapprochait symboliquement  autant que leur situation les rapprochait légalement.

L’épilation est également vécue comme une aliénation par la souffrance qu’elle inflige à celle qui la pratique, la souffrance s’apparentant souvent symboliquement à une punition. Si aujourd’hui les techniques d’épilation ne consistent plus, au prix de souffrances terribles, à brûler directement le poil de différentes manières – comme on voit Eros le faire à la lampe à huile dans la photo à la Une – il n’en reste pas moins que la pratique consiste toujours en une véritable agression pour la peau. Or, c’est une torture à laquelle la femme ne peut souvent pas échapper si elle veut vivre une vie sexuelle, l’image de son corps érotisé se représentant imberbe depuis des millénaires – même s’il y eut des périodes d’éclipse. La soumission de la femme à cette convention augmente d’ailleurs l’érotisme par le fait qu’elle ne peut exprimer plus clairement son envie de plaire et donc son désir.

Comment échapper à cette aliénation, alors ?

Comme on échappe à toutes les autres : soit en la repoussant fermement, par choix, soit en l’épousant complètement, en la faisant sienne. Vous aurez en effet beaucoup de mal à imposer à la société ces poils qui nous rapprochent naturellement de l’individu masculin de même espèce, même si nous savons tous qu’il en est pourtant ainsi. Le mieux à faire est peut-être d’apprendre à aimer cet état de fait en voyant dans cet héritage celui de la reine de Saba, la relique plusieurs fois millénaire d’une culture féminine que nous ne devons pas que subir, mais que nous devons d’abord choisir et construire.

Alors, certes, à l’heure des luttes pour l’égalité dont les frontières ont bien du mal à se définir, cette inégalité-là paraît bien archaïque. Mais Mao et les autres le savent bien, même s’ils le refusent : tout n’est pas politique, et surtout pas la séduction, l’amour et le désir.

( Photo centrale : Marina Razumovskaya sur le site www. lexpress.fr)

Le labo de Cléopâtre : Découvrir les encens de l’Antiquité

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Le double en amour

Dans la littérature comme dans la mythologie, un motif crée toujours le trouble : celui du double. Le double peut prendre de multiples formes : dans la mythologie grecque, ça peut être l’Immortel dissimulé sous une apparence de Mortel, telle qu’Athéna apparaissait à Ulysse ou Aphrodite à Anchise ou à la belle Hélène. Dans la mythologie hindoue, 33 millions de dieux atteignent l’unité par la croyance que quel que soit le dieu adoré, il s’agit toujours du même, Dieu étant unique, seules ses manifestations et représentations sont multiples.

Du divin à l’amour, il n’y a souvent qu’un pas symbolique, comme le démontrent les traditions théologiques de toutes confessions. Dans la tradition hindoue, toujours, les dieux ont des histoires d’amour. Sâti, première femme de Shiva, qui s’était jetée sur le bûcher le jour de son mariage parce que son père s’y opposait, revient ressuscitée sous les traits de Parvatî, avec qui le dieu vivra enfin l’histoire d’amour qu’il n’avait pu partager avec Sâti – dont le nom désigne désormais celle qui se suicide sur le bûcher funéraire de son mari.

Dans la littérature aussi, la personne aimée semble subir un dédoublement qui peut être de natures très diverses. Dans la littérature romantique, la femme aimée, souvent inaccessible ou morte, se perd dans les figures fantasmées de son double, bien vivant, lui. Dans Ligeia, nouvelle des Histoires extraordinaires d’Edgar Poe, le mort saisit le vif, et la première épouse morte hante, possède, et finalement détruit la seconde qui, d’emblée, était présentée comme ne lui arrivant pas à la cheville. Le narrateur qualifie même de folie le fait d’avoir épousé cette seconde femme, qui ressemblait si peu à la première : »Je parlerai seulement de cette chambre, maudite à jamais, où dans un moment d’aliénation mentale, je conduisis à l’autel et pris pour épouse – après l’inoubliable Ligeia !-lady Rowena Trevanion de Tremaine, à la blonde chevelure et aux yeux bleus. »

Epouser quelqu’un par défaut et qu’on aime moins que celle qui la précède, c’est forcément destructeur pour l’un ou l’autre plutôt que pour le couple puisque celui-ci n’existe pas réellement. Dans la nouvelle de Poe, c’est destructeur pour la seconde épouse, qui en meurt. Dans le roman de Tristan et Iseult, c’est l’homme qui est détruit, après avoir détruit les espoirs de sa femme.

Après avoir dû subir les épreuves, séparations et déchirements imposés à leur amour adultère – puisqu’Iseult la blonde est mariée à l’oncle de Tristan – le jeune amant se voit proposer Iseult aux Blanches Mains. Mais elle a beau s’appeler Iseult, ce n’est pas celle qu’il aime. Regrettant sa folie après le mariage, il invente un prétexte pour demeurer chaste, condition de choix pour créer le malheur dans un couple. Lorsqu’il est blessé par une lance empoisonnée, sa femme se venge de son dédain en lui faisant croire que son amante, qu’il a fait demander à son chevet, n’est pas présente dans le bateau faisant voile jusqu’à lui. Il en meurt, et la blonde Iseult, de chagrin rend alors l’âme elle aussi. Femme trompée, la seconde Iseult reste la seule en vie de ce triangle amoureux inégal.

Quelquefois, le double en amour est la marque de l’indécision, de la confusion mentale qui ramène plutôt le sujet à la perte, au deuil, à l’impossibilité d’être heureux. Dans Sylvie, de Gérard de Nerval, le narrateur est ballotté entre trois femmes : Sylvie, petite paysanne qu’il aimait dans son enfance, Adrienne, jeune aristocrate promise à la vie religieuse rencontrée furtivement telle une apparition lors d’une fête provinciale, et Aurélie, actrice parisienne en laquelle il croit voir Adrienne. De ces trois femmes, Sylvie est réelle, l’autre, Adrienne, est fantasmée et représente l’idéal inaccessible, et la dernière, Aurélie, est un double qui a tôt fait de le ramener à la réalité. Trois femmes qu’il ne rejoindra jamais : Sylvie, réaliste, a cessé de l’attendre et s’apprête à se marier avec son double – son frère de lait -, Aurélie, femme réelle, se moque de cet amour d’une religieuse projeté sur elle, Adrienne, vue certainement une seule fois, est morte depuis longtemps tandis que le narrateur la cherchait encore vainement.

Mais le double, c’est aussi celui qui semble s’incarner dans ces gens qu’on va aimer avant de trouver l’amour de toute une vie, et qui, lorsqu’on y réfléchit, semblait nous amener vers lui. Qui n’a jamais constaté ce fait – à moins d’avoir été vraiment déçu par quelqu’un et donc attiré par la suite par une personnalité qui lui est totalement opposée – des ressemblances de caractère, d’attitude ou de psychologie, semblant avoir été à l’origine de notre attirance vers eux, comme si le grand amour, en préparation, procédait par étapes ?

Car si notre désir, notre idéal peuvent se chercher et ainsi paraître un peu flottants dans un premier temps, dans l’expectative de ce qu’on pourrait désirer, les grandes tendances de notre personnalité – avec toutes les contradictions qu’elle comporte – s’expriment aussi dans nos amours, de notre recherche à nos tâtonnements, du pâle reflet de notre idéal jusqu’à son incarnation parfaite.

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Représenter les amoureux : symboles et enjeux

Mièvres, les amoureux qu’on représente ?

A partir d’un certain âge et d’un certain niveau socio-culturel, c’est beaucoup l’image qu’on en a. C’est surtout vrai en France où un certain élitisme intellectuel – que nous reprochent souvent les anglo-saxons -nous pousse à considérer que l’intelligence va de pair avec une certaine vision critique ou acerbe de l’existence que nous ont apportée nos intellectuels les plus estimés – au contraire du sentimentalisme de culture plus féminine et donc plus volontiers déconsidéré.

Une tendance bien ancrée que la loi du marché en matière de littérature n’a pas totalement réussi à dépasser puisque la meilleure littérature sentimentale jouissive et décomplexée vient le plus souvent d’Angleterre, dont la culture a accepté avec fierté et en s’y reconnaissant, l’apport d’auteures de romans sentimentaux telles que les soeurs Brontë ou Jane Austen.

Mais dans les communautés où l’amour est perçu comme une menace parce que les « lois de Dieu » se doivent de diriger le coeur des êtres plutôt que leurs sentiments, représenter l’amour ou des amoureux – même sans évoquer la sexualité – pose de nombreux problèmes. Ils ne sont certes pas les seuls, mais dans les écoles confessionnelles de garçons de familles ultra-orthodoxes destinés à épouser quelqu’un de leur communauté dans un cadre très contrôlé, on censure préventivement toute évocation de fille ou de femme qui pourrait leur permettre « d’imaginer ». Là où seul doit exister le mariage que les familles plus que le futur couple ont contribué à former, l’idée que l’amour puisse pré-exister représente un tabou et une vraie menace : menace de voir la sexualité avoir lieu avant le mariage, menace de voir un membre d’une autre communauté faire sortir un individu de la sienne et lui faire prendre conscience des libertés que le droit lui donne hors de son clan.

Dans les pays où l’interdit religieux pèse sur toute la société, c’est l’ensemble de celle-ci qui est paralysée dans son droit à l’expression et la représentation du sentiment; avec toutes les frustrations et les violences que cela entraîne. Et là où la société est déchirée entre son attachement aux valeurs nationales et identitaires et sa volonté d’avancer, cette question peut tourner au conflit. Ainsi, en Inde, chaque Saint-Valentin est prise en otage par les ultras qui menacent la fête et tous ceux qui veulent la célébrer – le plus souvent très innocemment, pourtant. Ainsi, en 2015, ils ont menacé de marier les couples qui s’embrasseraient ce jour-là, embrasant logiquement l’espoir des homosexuels pour qui le mariage est interdit dans ce pays. En effet, s’embrasser en public en Inde est encore un tabou, et la Saint-Valentin est accusée par les ultras de corrompre les moeurs, de pousser à la sexualité avant le mariage et de menacer l’identité nationale.

Représenter l’amour et les amoureux est donc loin d’être mièvre et peut même constituer un enjeu aussi personnel que politique, en interrogeant ou militant pour le droit, la liberté et le désir de chacun au sein de sa vie individuelle, familiale et même de la société.

A titre psychologique et individuel également, la perception de l’amour et des amoureux peut être variable, comme chacun a pu le voir dans sa propre histoire. Très souvent, une déception amoureuse rend allergique aux représentations picturales, musicales et narratives d’histoires d’amour ou de figures d’amoureux quand un amour naissant ou puissant nous y rend au contraire plus réceptifs. Qu’il est facile de vibrer avec des amoureux de fiction quand on l’est soi-même et comme il est tout aussi facile de hurler contre l’aspect commercial de la Saint-Valentin et de la mièvrerie des amoureux quand on vient d’être trahi ! De la même manière, une insatisfaction nous porte facilement à regarder les amoureux, leurs représentations et les oeuvres qui en parlent avec une certaine envie, des regrets teintés de mélancolie devant le spectacle de ce que nous n’avons pas atteint.

Mais accepter ou non la représentation des amoureux est aussi l’effet du contexte historique, c’est pourquoi il est plus courant de voir célébrer l’amour et les amoureux après une guerre. Il ne faut donc pas s’étonner que le succès des Amoureux de Peynet dans les années 50 et 60 ait été mondial, au sortir de  la guerre, au point que les poupées qui faisaient jouer et rêver les petites filles françaises aient été celles de ces amoureux célèbres. Puis, l’art et l’expression plus heureux de l’époque ayant permis à la société d’équilibrer son besoin d’amour et de douceur après 6 ans de massacres et de terreur, et surtout d’oublier, les petites filles sont désormais séduites par de nouveaux désirs de consommation, beauté et richesse incarnés par la poupée Barbie.

Il y a pourtant des nations où la guerre et le massacre ont atteint de telles proportions que la représentation des amoureux en ce qu’ils incarnent ce qu’il y a de meilleur en nous -tendresse, douceur, respect de l’autre- devient si indispensable qu’il investit les lieux les plus effroyables de l’humanité. C’est certainement pour cela qu’au Mémorial de la Bombe atomique, à Hiroshima, trône une statue des célèbres amoureux environnés de colombes, que Peynet a offerte à la ville pour lui transmettre ses valeurs d’amour et de bonheur.

L’artiste de Valence continue d’ailleurs d’être adoré dans ce pays qui lui a consacré autant de musées que le sien.

Satue de Peynet

(Photos à la Une : poupées Peynet sur le site kraicheline.overblog.com; statue des amoureux de Peynet au Mémorial de la bombe atomique. Hiroshima sur le site de lagriotteanice.wordpress.com)

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L’imaginaire des aphrodisiaques

Les substances aphrodisiaques, censées provoquer le désir, sont recherchées depuis toujours, l’envie d’une sexualité optimale faisant partie des ambitions ordinaires de l’être humain, voire de l’ensemble du vivant. Or, si cette ambition naturelle est assurée facilement par le désir qui nous pousse vers l’autre, ce désir, rendu parfois défaillant par des circonstances souvent vécues comme mystérieuses, se révèle surtout incontrôlable. Ce faisant, il peut être source d’angoisse. C’est particulièrement vrai pour les hommes qui, à la fois ne peuvent dissimuler leur absence de désir et à la fois doivent culturellement, ne jamais en manquer.

Cette peur universelle qui suscite l’offre et la demande, est au coeur du marché des aphrodisiaques dont la variété et les catégories de produits proposés révèlent une histoire ancienne ainsi que la nature complexe et mobile du désir humain. Car contrairement à celui des animaux, il a aussi ses racines dans la culture, les phénomènes intellectuels et la conscience de la mort. De fait, s’il est vrai que certaines substances fonctionnent physiologiquement et donc mécaniquement sur le désir, la plupart, plus culturelles et plus proches du psychisme où le désir prend de plus en plus racine au fil des expériences et du temps, fonctionnent par effet placebo. Aimer, désirer, c’est d’abord être soutenu par la foi et la confiance.

De ce fait, l’imaginaire des aphrodisiaques est riche et peut agir de différentes manières :

  • Par suggestion visuelle au travers des formes phalliques utilisées depuis toujours dans des représentations pour des rituels de fécondité, des pierres dressées sur lesquelles les femmes se frottaient pour tomber enceinte au gisant de Victor Noir du Père Lachaise noirci à l’entre-jambe à force de frottements et qu’on dut même entourer de barrières pour assurer sa préservation.Dans ces cas-là, le pouvoir passe par le toucher. Dans les substances aphrodisiaques, il passe par le fait d’ingérer un aliment évocateur de forme ou connoté comme le bien nommé bois bandé dont on convoite certainement les qualités de longueur et de dureté, les cornes ou les pénis d’animaux ou les huîtres et les coquillages, les testicules du taureau tué lors de la corrida, en Espagne, mais aussi les racines aux formes évocatrices comme la dangereuse mandragore ou le gingembre.
  • Par analogie symbolique, avec ce gingembre qui est une de ces substances qui « fait dresser le yang », comme a pu le définir un asiatique. Les produits aphrodisiaques naturels sont en effet culturellement marqués et appartiennent à un domaine de croyances ou de représentations, mais ils correspondent aussi à une logique universelle. Ainsi, ceux qu’on estime aphrodisiaques sont sont souvent considérées comme échauffants, de cette chaleur qu’on attribue également à l’amour, au désir, qui en effet, élèvent la température du corps et rendent indifférent à la température extérieure. Le vocabulaire en témoigne à travers des expressions populaires comme : « brûler de désir« , « avoir le feu au cul« , »être chaud« , « faire monter la température« , etc. De fait, gingembre, piment, poivre, clou de girofle et beaucoup d’autres épices qui piquent la langue sont considérées comme des aphrodisiaques au point d’être interdits aux religieux et d’inquiéter les gens prudes.
  • Par logique morbide. C’est peut-être le point le plus obscur du désir mais il est désormais incontesté qu’Eros, principe de vie, est indissociable de Thanatos, principe de mort et que la conscience de la mort peut pousser à l’instinct de reproduction. Chez nombre d’animaux, d’ailleurs, désir et reproduction sont souvent liés à la mort. C’est le cas du rut violent des cerfs, des kangourous, de la dévoration de la mante religieuse mâle par la femelle au cours du coït, ou la mort massive des saumons remontant le cours des rivières au péril de leur vie pour leur ultime voyage de reproduction. Ainsi, bien que conscients de la dangerosité de la mandragore comme des cantharides, aphrodisiaques réputés dont la consommation peut être mortelle, les hommes n’ont pourtant jamais vraiment cessé d’en consommer, sans doute à cause de cette croyance qui veut que tout ce qui ne nous tue pas nous rende plus fort. Comme les pèlerins du Moyen-Age venus dans un lieu dangereux comme le Mont Saint-Michel environné de sables mouvants se sentaient plus vivants et favorisés par Dieu s’ils survivaient aux dangers, ceux qui prennent le risque de consommer un aphrodisiaque toxique n’espèrent-ils pas ce surcroît de vie sexuelle offert à celui qui croyant mourir, se voit sauf et donc infiniment, intensément en vie ? Quand on sait que le fugu, le célèbre poisson-globe très toxique dont les japonais raffolent et que seul un spécialiste peut cuisiner est considéré comme un aphrodisiaque, il n’est pas difficile de le penser.

 

Loin d’un levier morbide et suicidaire pour stimuler ta libido, je te souhaite, cher lecteur, chère lectrice, de forts élans de vie au rang desquels l’amour et la sensualité pour soutenir tes pas vers la beauté de l’existence.

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Beautés surprises au bain

La représentation de la femme au bain est un thème qui parcourt toute l’histoire de la peinture, auquel on a déjà consacré des livres et qui a passionné les plus grands maîtres de la peinture. L’Ecole de Fontainebleau, Rembrandt, Bosnard, Stevens, Ingres, Degas, etc., tous ont représenté dans leur style de peinture particulier, une femme qu’on semble avoir surprise en train de prendre son bain.

Pour un homme, le sujet a de quoi fasciner. Mettre une femme nue quelque part, c’est toujours une manière facile et rapide de capter l’attention, de susciter l’intérêt. La représenter au bain plutôt qu’offerte sur un lit comme Olympia de Manet ou au milieu d’hommes habillés comme dans Le déjeuner sur l’herbe de Renoir, c’est s’assurer une justification sociologique en semblant faire une étude de moeurs. Bref, c’est une façon d’éviter le scandale tout en exhibant malgré tout une femme nue.

Certes, on nous a toujours répété que le nu féminin était plus esthétique que le nu masculin, voilà pourquoi il serait sur-représenté. Ce genre d’arguments pouvait encore être accepté à l’époque où les femmes n’avaient pas assez d’instruction et de droits pour pouvoir porter un regard critique sur le monde, mais depuis, outre l’instruction et les droits, elles ont vu leur corps nu exhibé maintes fois dans des médias qu’on ne peut pas prétendre artistiques. Difficile désormais de ne pas voir  dans le prétexte esthétique à la sur-représentation du corps féminin dans l’art la mauvaise foi du voyeurisme et de l’obsession qui ne veulent pas dire leur nom.

Pourtant, le thème de la femme au bain est loin de ne concerner que les représentations picturales, artistiques ou non mais parcourt au contraire notre culture de façon parfois aussi inattendue que profonde. La mythologie grecque, en premier lieu, est pleine d’histoires de déesses surprises nues dans leur bain. Il y eut Artémis par Actéon qu’elle changea en cerf pour le punir et qui fut mis en pièces par ses propres chiens, et puis Aphrodite surprise par Erymanthos, fils d’Apollon qu’elle rendit aveugle pour l’avoir vue elle aussi dans son bain

Ces histoires soulèvent d’ailleurs une interrogation : comment se fait-il que les déesses, aperçues pourtant sous leur vraie forme lorsqu’elles prenaient leur bain, n’aient pas foudroyé sur place par leur seule vision les imprudents qui les ont surprises ? Dans les autres histoires de  la mythologie mettant en scène des interactions entre Mortels et Immortels, soit les dieux rencontrent les hommes sous une autre forme, comme Athéna et Aphrodite en vieilles femmes pour parler à Ulysse ou à Hélène, soit le Mortel finit foudroyé, comme Sémélé après avoir vu son amant Zeus sous sa forme divine. .

Le thème de la femme surprise au bain parcourt aussi le folklore. Les fées de France ont su, elles aussi, faire preuve de cruauté envers ceux qui les surprenaient en train de se baigner, comme le rapporte le Guide de la France mystérieuse à propos de Mortain, une commune de la Manche :

« Les fées habitaient, autrefois, le gouffre où la Cance amasse ses eaux bouillonnantes. Un jeune homme les surprit au bain et fut changé en aiguille rocheuse; celle-ci, en forme de fuseau, est visible de la vallée; quand les orages grossissent les torrents, l’aiguille fait trois tours sur elle-même. »

Elles sévissaient également dans d’autres communes et pour punir les Mortels ordinaires, elles exerçaient  les mêmes pouvoirs que les déesses grecques.

Alors, simple voyeurisme, ce thème de la belle surprise au bain ?

Oui, cela est certain, mais quelque chose de plus profond paraît se cacher derrière cette obsession. Dans le cas des déesses, on voit par exemple que le bain semble être le moment où leur pourvoir divin disparaît, là où nue dans les bras d’Anchise, Aphrodite parvient à travestir son identité sous celui d’une Mortelle. Dans l’acte sexuel avec des Mortels, les déesses parviennent à cacher leur nature divine; au bain, cela ne semble plus possible. Pourquoi ? Et pourquoi exposer la nudité ne semble-t-elle pas suffire ?

Certainement parce que dans un monde où les clivages entre les sexes étaient si importants que chaque rencontre entre hommes et femmes avait toujours quelque chose de convenu, de socialement cloisonné où chaque réaction était étudiée, limitée par des conventions ou des préjugés, des complexes, et ce jusque dans le lit des amants où la femme pouvait être sciemment séductrice, prude, effarouchée ou n’importe quoi d’autre inspiré par la situation.

La femme surprise au bain est forcément naturelle, spontanée, révélant toute sa nature sans crainte d’être jugée, sans pudeur, sans complexes. C’est le moment idéal pour découvrir la vérité sur cet être rendu inconnu et mystérieux par des constructions de lois sociales séparant hommes et femmes et ôtant à cette dernière son naturel devant celui qui, socialement et sexuellement, la dominait. Une domination qui s’est longtemps payée du prix de la méfiance où la femme, non confiante, n’osait pas s’abandonner, même dans l’amour.

Comme souvent, c’est l’Inde qui nous met sur la voie de la compréhension. Dans l’histoire des dieux hindous, Krishna vole les vêtements des gopis – les vachères avec qui il a grandi – alors qu’elles étaient au bain, les forçant à se montrer nues devant lui pour les récupérer. Bien sûr, c’est une histoire de voyeurisme d’adolescent, mais les Indiens y voient le symbole de l’âme obligée de se révéler complètement devant Dieu.

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Fruits d’Aphrodite

Dans la mythologie, il existe deux fruits d’amour bien connus associés à des déesses de l’Amour, ce sont la grenade et la pomme, toutes deux consacrées à Ishtar d’abord, grande déesse babylonienne, et à Aphrodite ensuite, sa version hellénisée. Dans les rituels de magie anciens destinés à provoquer l’amour, on retrouve Ishtar associée à la grenade ou la pomme.

La grenade, en effet, avec ses multiples grains rouges, charnus, pleins de jus, symbolise à merveille la fécondité. La couleur rouge de son jus rappelle le sang dont le corps est constitué, qui coule quand la femme est prête à engendrer, qui coule encore quand elle connaît son premier acte sexuel. Ses grains, quant à eux, foisonnant et se dispersant quand on ouvre le fruit, semblent révéler le mystère de vie auquel les Anciens ont eu accès intuitivement par ce symbole : le multiple dont toute unité est faite dans le vivant. Les biologistes l’appellent la division cellulaire.

Ishtar, Tanit, Aphrodite, déesses de l’Amour et de la fécondité et donc de la vie ont toutes été associées à la grenade aussi fortement que Perséphone, femme d’Hadès et déesse des Enfers comme il en était le dieu. Lorsqu’elle fut enlevée par celui-ci et que la dépression de Cérès, sa mère, aurait pu lui valoir sa libération, elle mange 7 grains de grenade qui lui valent d’être associée pour toujours au Royaume des Morts, nous rappelant ainsi que la loi du multiple et donc de la vie est aussi ce qui nous enchaîne à notre destin de Mortels. L’amour, la sexualité, la multiplicité au coeur de l’unité, la fécondité, la vie, la nourriture, toutes ces promesses caractéristiques des lois d’Aphrodite sont autant de promesses de lien futur avec le royaume de l’Hadès où tout ce qui a vécu un jour se retrouvera pour l’éternité.

La grenade est ainsi un fruit initiatique qui, par sa construction surprenante et unique délivre aux Mortels les secrets de leur destinée entre l’amour et la sexualité qui les a fait naître et la mort potentielle contenue dans le vivant. Mais c’est aussi un fruit qui raconte une histoire spirituelle où chaque grain représente les choix multiples s’offrant à chacun pour devenir soi-même, mais aussi le multiple nécessaire pour faire un monde – la grenade représentant aussi bien le multiple au sein d’un seul être vivant que la Terre, constituée de multiples êtres vivants.

Bien que particulière et unique, la grenade a souvent été confondue avec la pomme, l’une pouvant se substituer à l’autre dans les rituels de magie d’amour ou sur les représentations divines. Il faut dire que pour les Anciens, la pomme pouvait signifier beaucoup de fruits, comme c’était le cas dans l’Antiquité avec beaucoup de végétaux, voire d’animaux. Cette latitude devait bien arranger les populations d’Europe du Nord qui ont hérité de la culture méditerranéenne mais pas de son agriculture, son climat étant trop froid. La grenade, incapable de pousser sur ces terres inhospitalières, cède le pas symbolique et culturel à la pomme.

Ainsi, qu’elle prenne appui sur les anciens symboles païens ou qu’elle soit christianisée, la magie d’amour utilise très souvent une pomme à envoûter et à faire croquer à l’être aimé comme ça se faisait déjà dans l’Antiquité. Disney a su le mettre en scène de façon saisissante dans son adaptation de Blanche-Neige des frères Grimm où une fois encore, désir, amour et mort se mêlent au moyen d’une pomme, charnelle, attirante mais ensorcelée, offerte cette fois à l’être détesté, mais procédant selon la même logique que dans les sorts d’amour les plus traditionnels.

Ces symboles de désir, de vie, de mort, communs à la grenade et à la pomme, s’ajoutent à celui, puissant, de la tentation, qu’on retrouve dans le Jugement de Pâris où pour gagner la pomme d’or offerte par la déesse de la discorde « à la plus belle », Athéna, Héra et surtout Aphrodite, sèment le trouble et embrasent l’histoire, offrant à l’Europe son premier récit, sa tragédie fondatrice. La déesse de l’Amour, gagnant le prix de beauté, en paiera le prix en provoquant l’amour et le désir d’un homme et d’une femme, et finalement avec la Guerre de Troie, la mort de presque tous ceux entraînés dans ce conflit.

Enfin, dans l’imaginaire collectif, la pomme, c’est surtout la pomme d’Adam et Eve, représentant pour tous l’acte sexuel sans qu’aucune fois la Genèse n’ait mentionné ni le fruit ni la sexualité, parlant juste du fruit d’un arbre présent au Paradis dont la consommation entraînait la fin de l’innocence par la compréhension de notions de Bien et de Mal et donc la honte de leur propre nudité. Mais comment envisager la sexualité d’Adam et Eve comme un mal quand Dieu exige lui-même de se créatures de « croître et multiplier » après les avoir créés « mâles et femelles » ? Et que viennent faire la pomme et la sexualité absents du texte mais évidents pour tous ?

Entraînés certainement par leur connaissance des symboles du fruit d’Aphrodite qui pouvait si bien perdre les hommes comme les femmes, les peuples récemment christianisés n’ont certainement pas eu de mal à retrouver dans cette nouvelle histoire étrangère à leur culture des liens à tisser avec leur culture ancienne où il y avait des mythes dans lesquels une pomme entraînait hommes et femmes dans une danse de l’Amour, du désir et du malheur irrémédiable.

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