Nous ne sommes pas tous et toutes à égalité devant les pratiques esthétiques. Certains y sont très sensibles et d’autres pas du tout, certains peuvent avoir conscience des causes profondes qui leur donnent envie de se rendre plus beaux et d’autres l’ignorent totalement. Pour les hommes et les femmes, les problèmes ne sont pas les mêmes, et aujourd’hui, il ne sera question que de l’embellissement au féminin.
La pratique n’est pas taboue, elle est même extrêmement répandue mais il plane toujours sur elle une forme de culpabilité gênante et sourde qui nous vient du regard inquiet des parents sur le corps des jeunes filles devenant femmes et surtout de notre sévère culture du Livre qu’interroge toujours plus la rencontre avec quelque femme voilée : la mauvaise conscience féminine de vouloir plaire…
Mais qui sait à qui on veut plaire et pourquoi on veut plaire ?
Pour certaines, c’est avant tout à soi-même. En visitant la plupart des blogs de mode et de beauté où les filles jouent les mannequins, on ne voit que des personnes qui testent, s’amusent de vêtements, coiffures, maquillages et explorent par ce biais, tout en partageant leurs découvertes avec les copines, les différents styles possibles qui sont autant de créations de soi-même.
» Tu te fais belle donc tu cherches à séduire. », disent les jaloux, les possessifs, les insécures et les soit-disant religieux.
Que voit-on dans les choses, les actes, les gens hormis les choses que l’on redoute ou que l’on désire ? Car peurs et désirs, constituant des obsessions, ont ce pouvoir d’envahir tout l’espace de la conscience. Comment alors ne pas les projeter sur le monde entier et surtout sur le corps et l’esprit de la femme ?
Pour autant, on peut effectivement vouloir s’embellir pour séduire, bien entendu, et c’est normal. Mais on peut aussi vouloir s’embellir pour sacraliser le jour – se faire belle lors d’un mariage, une fête, etc -, pour donner une bonne image de soi en entreprise, d’un produit qu’on crée ou représente. On peut aussi vouloir s’embellir parce qu’on sait le faire : les esthéticiennes, maquilleuses, stylistes, coiffeuses, etc. sont souvent soignées comme personne parce qu’elles en ont le savoir-faire devenu comme une seconde nature. On peut aussi vouloir s’embellir pour corriger un défaut qui a pris une place énorme dans la vie de celle qu’il empoisonne, qui le grossit mais qui ne peut s’en empêcher et qui en souffre. Maquiller, masquer une brûlure, une cicatrice, porter une perruque ou un foulard plutôt qu’un crâne rasé, ce sont des formes d’embellissement.
Or, dans les cultures religieuses hébraïques et musulmanes, porter foulard ou perruque pour une femme est symbole de vertu puisqu’elle cache ses cheveux. Mais si les cheveux de la femme n’ont rien d’attrayant et ne font rien pour sa beauté, n’est-ce pas un embellissement que de les couvrir ? Le prêt-à-juger, dans son absolu, peine à toucher du doigt la vérité, plus souvent multiple qu’unique…
Hormis pour tous ces cas particuliers, pourquoi veut-on s’embellir ?
On veut s’embellir parce que nous vivons en société, parce que la société décide de ce qui est beau ou non, de qui est beau ou non, parce que pour vivre en société, il faut être adapté, intégré, parce que vieillir est mal vu, parce que grossir est mal vu, s’habiller comme si ou comme ça est mal vu, bref, parce qu’il y a toujours quelqu’un pour regarder et juger comme un dictateur, sans s’occuper de finesse et d’objectivité ni accepter la liberté de l’autre. Une liberté qu’on peut considérer comme relative parce qu’elle est toujours conditionnée par un contexte social, mais c’est quand même un sentiment de liberté.
Et fondamentalement, pourquoi a-t-on toujours cherché à s’embellir ?
S’embellir, c’est tenter d’échapper aux contingences de ce que la nature nous impose pour nous créer un physique idéal, proche autrefois de ce que l’art avait fait naître dans les statues des déesses ou des photos retouchées des actrices et des mannequins d’aujourd’hui posant dans des tenues parfaites, sur lesquelles les hommes fantasment et que les femmes tentent d’imiter, faisant grimper les ventes de soutien-gorges push up et les crèmes décolorantes.
Oui, parce que s’embellir, c’est surtout ça : sauter très haut pour toucher Dieu et les étoiles et retomber très bas au sous-sol d’un centre commercial…
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belle approche et analyse, je suis d’accord avec ton approche. Ce qui me fait sourire est de voir que les standards de « beauté » que la société impose évoluent avec le temps, les standards d’hier ne sont pas obligatoirement ceux d’aujourd’hui, certains essayent de suivre cette course effrénée au look et à l’apparence, d’autres au bout d’un moment s’assument ou s’affirment dans leur propre style. Chacun y réagit très différement . Culturellement par contre pour les « occasions » tel les fêtes mariages, les rencontres en famille , les sortie en soirée, généralement la majorité des gens font un effort d’apparence et du coté vestimentaire. C’est l’éducation qui nous pousse à cela ( quoi que ça se perde un peu).
Très bon sujet comme d’habitude 😉
Oui, cette relativité des comportements nous oblige à réfléchir et crée finalement une grande richesse culturelle qui va des styles les plus étranges parfois. Se retrouver en train d’admirer des styles dont nous n’avons pas l’habitude ou que nous n’aurions pas cru pouvoir aimer est toujours une belle surprise.
Personnellement, dès que je sors, je fais plus qu’un effort, mais c’est vrai que je suis un peu old school…A l’enterrement de mon grand-père, j’étais la seule à être en noir. Ça m’a déçue…Merci beaucoup, en tous cas.
ne t’inquiètes pas je suis un peu old school la dessus. PAr contre je dois avouer que je reste quand même moins formel j’observe moins les gens sur leur look en détail. Du moment que tu n’es pas habillé en sac poubelle, ça ne me choque pas trop en général 🙂
Belle analyse effectivement ! Je trouve aussi que s’embellir est une forme de respect de soi et des autres…personnellement j’apprécie autant de me sentir « embellie » que de voir une personne qui a fait cet « effort »…en revanche, je trouve aussi que tout est une question de dosage dans l’embellissement…certaines personnes pensent embellir avec la chirurgie esthétique, je trouve que l’effet est malheureusement parfois inverse…savoir s’embellir tout en semblant « naturelle », vaste défi !
Quand on n’a pas l’argent pour la chirurgie, la question ne se pose pas. Mais le problème est vaste, car on ignore combien on a besoin que de gens autour de nous soient liftés pour commencer à l’envisager à son tour. Je pense aux Coréennes et même aux Coréens, aux Libanaises aussi qui sont 2 fois plus nombreuses que les hommes à cause de la guerre, doivent surenchérir en matière de séduction, et je pense à Ionesco, dans Rhinocéros. L’animal social, en nous, peut nous conduire bien plus loin que ce qu’on voulait…