psychologie des relations

Comment devenir une déesse du sexe ?

Le projet d’un blog pouvant être clairement défini à nos yeux, il est toujours surprenant de constater que ce que les gens viennent y chercher est à mille lieues de ce qu’on imaginait. Ainsi, une recherche google mentionnant les termes  » devenir une déesse du sexe » a mené quelqu’un jusqu’ici. Si sur le coup, cela peut paraître surprenant, en définitive, ce n’est pas incohérent pour un blog parlant de beauté et d’amour.

Et si d’abord, on parlait de vous ? Votre question montre :

– que vous êtes une femme.

– que vous voulez exercer votre pouvoir par la sexualité.

– que vous ne vous sentez pas à la hauteur, que ce que vous donnez déjà ne vous semble pas suffisant.

Dans la culture occidentale, il n’y a pas de déesse du sexe. Il y a une déesse de l’Amour et de la Beauté. Ses moeurs sont légères et elle est connue pour avoir eu de multiples relations sexuelles mais celles-ci ne sont que des conséquences de l’amour et l’attirance éprouvés. La mythologie ne nous dit rien de ses performances car elle se concentre sur la psychologie et les liens de cause à effet entre les actions.

L’expression « déesse du sexe » semble plus appartenir au monde de la pornographie qui met en scène et catégorise de façon artificielle une infinité de désirs quand celui-ci se résume souvent, si tout va bien, à quelque chose de très simple et qui n’a pas besoin de choses compliquées pour s’exprimer. Cette machine à créer des désirs et surtout de l’argent finit par devenir la mesure de la sexualité des sociétés de consommation et relayés par les médias, les diktats qu’elle nous impose deviennent un mode de vie.

Néanmoins, la part essentielle et profonde des hommes et des femmes n’est pas celle qui est téléguidée, c’est celle, naturelle et primordiale, de l’amour, de la confiance et du respect, seules valeurs dont nous ayons réellement besoin pour nous épanouir dans tous les domaines. Une relation basée sur l’amour et la confiance mènera un couple jusqu’aux cieux, du premier jusqu’au septième.

Demander à être une déesse du sexe implique déjà que d’une manière ou d’une autre, on en est plutôt l’esclave. Esclave de qui ? de quoi ? D’un petit ami, d’un homme à qui ça plairait et qui l’a demandé ouvertement ou non, soi-même parce qu’on s’est créé des complexes ou on nous en a créés ? La première étape pour être une déesse de quoi que ce soit est d’être libre, de faire soi-même les lois. Et pour être libre, il faut comprendre de quoi on est esclave.

Pour déterminer ce qui était vraiment de l’ordre de ses idées, Descartes s’est interrogé sur elles en se demandant honnêtement de qui il les tenait : de telle personne, de telle autre ? Ce qu’il ne pouvait attribuer à personne d’autre qu’à lui-même, il savait que cela lui appartenait. Il pouvait dire qu’il  » était  » car il savait penser. Un monde de surinformation nous influence trop pour ne pas manquer de faire de nous autre chose que des machines. Savoir qui on est est la première étape pour être vraiment et faire des choix.

Aphrodite n’est une déesse de l’Amour pour personne. Etre une déesse, c’est un absolu qui se projette sans objet et sans objectif, c’est une nature essentielle. Nous ne sommes une déesse que lorsque les choses sont devenues naturelles, que ce qu’on incarne est si intégré à notre personnalité que l’association entre soi et la chose est évidente. Une déesse du sexe a toujours un autre pour objectif, et c’est ce qui l’empêche d’être libre.

Dans la culture grecque qui a fait naître notre civilisation au niveau des concepts et de la psychologie, la sexualité est sacrée et est le fait de deux dieux, Eros et Aphrodite. Elle est libre et peut aller où elle veut mais elle ne se projette pas car elle est en soi, elle ne se convoite pas, c’est un don des dieux. Son pouvoir n’est pas désiré pour s’exprimer sur autrui.

Enfin, demander à être une déesse du sexe, c’est peut-être surtout demander à retenir l’être aimé grâce à une sexualité débordante et addictive, celle qui ne vous est pas accessible aujourd’hui, soit parce qu’elle n’a pas eu le temps de se développer, soit parce que ce qui est offert à l’autre ne semble pas suffire, à cause de complexes qui n’ont peut-être pas lieu d’être ou à cause de la surenchère performative banalisée par la pornographie et les magazines qui donnent l’impression qu’il y a mieux à obtenir. En fait, il n’y a rien de mieux à obtenir ni pour la relation ni pour l’image de soi.

Malgré cela, vous voulez tenter de devenir une déesse du sexe ?

Accordez-vous du temps. Pour maîtriser et s’épanouir dans sa sexualité, il faut du temps et de la confiance en soi et en l’autre. Respectez-vous aussi, les choses que vous voulez et ne voulez pas, vos besoins réels. Enfin, s’ils vous ont mal influencés, dites non tous les deux aux médias qui vous en donnent une fausse image pour redécouvrir tout cela sans influence aucune, sans stress, et une fois au lit, laissez-vous guider par ce que la déesse vous inspire. Cela risque de vous étonner.

Mais rassurez-vous , si les réponses ne vous satisfont pas, d’autres sites vous expliquent comment mettre de la musique, faire un strip tease et utiliser les gadgets qui vous seront bien entendu, indispensables…

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Le concours de beauté des déesses

A l’origine de la guerre de Troie, on trouve le Jugement de Pâris lors du concours de beauté entre Athéna, Héra et Aphrodite, destiné à déterminer laquelle des trois mérite la Pomme d’Or lancée au mariage de Thétis et Pelée par Eris, la Discorde. Sur cette pomme était gravée cette embarrassante formule :  » A la plus belle ».On pourrait remarquer d’abord ce fait qu’à l’origine des grands maux mythologiques, il y a souvent une pomme. Or, ce n’est pas ce qui frappe le plus.

Ce qui est frappant là-dedans, c’est que lorsqu’il s’agit de la Beauté, les lois divines ne s’appliquent plus. En effet, puisqu’il est admis qu’Aphrodite est la déesse de la Beauté, dans l’Olympe comme sur Terre, comment se fait-il qu’Athéna et Héra puissent oublier cet état de fait et prétendent mériter cette Pomme d’or ? Et comment se fait-il que Zeus n’y mette pas le holà mais nomme plutôt le berger Pâris arbitre de cette discorde ?

Peut-être d’abord parce que s’il n’y a qu’une seule déesse de la Beauté chez les Olympiens, seules les belles déesses peuvent être des Olympiennes là où il n’est pas nécessaire d’être un beau dieu pour être un Olympien. La dictature est la même chez les Hommes : il n’est pas nécessaire d’être bel homme pour être influent et avoir des conquêtes, mais il est indispensable d’être une belle femme pour, au minimum, ne pas être moquée et méprisée. La femme est d’abord jugée sur des critères esthétiques, après quoi peut-être aura-t-elle la chance d’être entendue. La Beauté est donc l’élément minimum et primordial indispensable au pouvoir lorsqu’on est de sexe féminin.

La conclusion de ce mythe est tout aussi étonnante. A aucun moment en effet, Pâris n’a dû être juge de la beauté de l’une ou de l’autre des déesses puisque chacune, corruptrice, a proposé un don en échange du prix : le pouvoir pour Héra, la victoire à la guerre pour Athéna et la plus belle femme du monde pour Aphrodite. Les déesses ne sont absolument pas soucieuses d’être jugées sur de réels critères de beauté. La corruption décomplexée dont elles sont capables est d’ailleurs l’indice de leur pouvoir, qui seul les intéresse. Entre elles, c’est moins un concours de beauté qu’un concours d’influence. D’ailleurs, dans la religion athénienne et dans les oeuvres grecques anciennes, les auteurs affirment que les Hommes sont indispensables aux dieux par les cultes qui leur rendent et dont ils ont besoin. Le lien qu’ils ont avec les Hommes est donc un lien de dépendance. Dans l’Iliade, on voit d’ailleurs que les dieux ne sont pas occupés à autre chose qu’au conflit qui oppose les Achéens aux Troyens.

En définitive, Pâris choisit Aphrodite et ce choix plonge le monde dans la guerre. Mais à y regarder de plus près, il ne choisit pas Aphrodite, il choisit la récompense promise par Aphrodite, à savoir la belle Hélène, et c’est par l’obtention de cette récompense qu’il décide de la Beauté de celle qui l’avait déjà par loi divine. Paradoxal, non ?

Le fait est que dès qu’on parle de Beauté, les choses deviennent toujours un peu compliquées puisque c’est un absolu aussi individuel que mouvant, ce qui est aussi un paradoxe. Ainsi, une personne qu’on a pu trouver laide peut devenir belle à nos yeux quand se découvrent ses qualités morales, sa beauté de coeur. Le mythe de la Belle et la Bête rend d’ailleurs compte de ce phénomène.

La Beauté ne parvient donc pas à se figer dans une vérité immuable et aliénante. Elle est ailleurs, toujours à construire, toujours à découvrir.

A partir de ce mythe du concours des déesses, quelle image de la Beauté se profile ? En analysant, on s’aperçoit que si Pâris ne choisit ni la puissance ni la gloire, c’est que ces deux biens ne l’attiraient pas, mais ils auraient très bien pu. La déesse élue aurait donc été une autre. Pâris n’avait pas besoin des déesses pour révéler ses qualités et les désirs de son âme qui précédaient leur demande d’arbitrage, et Aphrodite était juste la seule à posséder ce qu’il désirait déjà.

Le mythe pourrait donc vouloir dire qu’on peut aussi bien être belle que ne l’être pas, si on possède ce que le coeur d’un homme désire, on sera l’Elue. La Beauté, c’est l’ensemble des qualités, des dons qui répondent aux désirs profonds de notre coeur, même s’ils doivent, comme c’est le cas pour Pâris, avoir pour objectif la Beauté elle-même, absolu qui se dérobe pourtant sans cesse et qui ne se laisse jamais mettre en cage.

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Comment perçoit-on le maquillage ?

Chaque message produit est comme un texte à lire, à interpréter. Dans l’analyse des textes littéraires, il y a plusieurs approches : la critique qui s’intéresse aux origines du texte, celle qui s’appuie sur la psychanalyse, celle qui s’appuie sur les symboles, la sociologie et enfin celle qui s’intéresse à la réception.

La beauté est comme un texte à lire et à comprendre, particulièrement pour la beauté construite : il y a ce qu’on a voulu construire comme image, pourquoi, et bien sûr, ce que les autres en ont compris, qui peut être bien différent de l’objectif visé.

Quand nous voyons une femme maquillée, que voyons-nous, comment l’accueillons-nous ?

Dans l’étude menée par le magazine ELLE auprès de plusieurs hommes et qui rejoint l’expérience commune, leur accueil est paradoxal.

D’un côté, ils prétendent que les femmes sont mieux au naturel, que le maquillage ne leur va pas et qu’elles trahissent leur vraie beauté avec les fards. Ils affirment donc n’apprécier le maquillage que lorsqu’il est naturel et qu’il ne se voit presque pas. Mais d’un  autre côté, ils aiment le khôl le plus noir, le rouge à lèvres et le vernis seulement quand ils sont d’un beau rouge sang.

Si on analyse leurs propos, on se rend compte qu’ils prétendent ne pas aimer le maquillage alors qu’ils adorent qu’il soit criard ! Ce qui est parfaitement incohérent.

Ce paradoxe est l’expression du sentiment éprouvé pour le féminin, entre peur et désir. La femme très maquillée comme la femme décolorée attirent l’oeil de l’homme par les signes extérieurs de leur volonté de séduire, ce à quoi il est plus que sensible. Rouges à lèvres et vernis rouges en sont les panneaux de signalisation les plus évocateurs, et il n’y a pas de pin up sans maquillage sophistiqué, rouge à lèvres rouge sang, ongles parfaitement vernis et yeux chargés. Ici, l’hyper féminité est une manière d’assumer pleinement la séduction dans son identité, d’affirmer sa sexualité sans la craindre, ce qui n’est pas une posture commune à toutes les femmes et est d’autant plus attirant.

A condition que ce soit dans un cadre bien défini, car la sexualité de la femme a toujours fait peur.

Un homme qui veut séduire une femme sera conquis par celle qui sera très maquillée parce qu’elle affichera son ouverture, son expérience, sa maîtrise et semblera promettre ce qu’il désire. Mais si c’est sa mère, sa soeur, sa fille ou toute autre femme dont l’idée de sa sexualité le dérange qui est ainsi maquillée ?

La sexualité des mères, soeurs, filles est interdite ou taboue, et le maquillage de ces femmes est alors nommé  » vulgarité  » pour se dédouaner de cette crainte-là, pour la dissimuler derrière des arguments qui pourraient passer pour raisonnables. Le problème se pose aussi avec les femmes des hommes jaloux : peu de maquillage ou pas du tout leur donnera le sentiment de maîtriser leur sexualité, voire de la rendre inexistante aux yeux des autres. Par ailleurs, la diversité des maquillages possibles fait peur en évoquant les diverses facettes de la femme, les dérobades identitaires infinies que lui permettent les fards qui ont été conçus pour elle, qui seule peut se le permettre. Car ils ont en effet la capacité de rendre méconnaissable une femme qui peut passer, avec une simple palette de couleurs, d’une personne effacée à une reine triomphante. Et une femme soudainement très maquillée n’a aucun mal à n’être pas reconnue de ceux qui l’ont toujours vue sans fards.

Dans les rapports plus lointains, les recherches ont révélé plusieurs effets du maquillage sur les autres.

– Un teint non unifié empêche le rapport émotionnel à l’autre, et la façon d’y réagir sera alors moins empreinte d’empathie. Est-ce alors un hasard si l’homme qui prétend aimer les femmes au naturel déteste par dessus tout les fonds de teint, poudres et autres correcteurs ?

– Une femme maquillée attire plus les regards par la mise en valeur de son visage et sera préférablement choisie dans des situations aussi anodines que le fait de demander un renseignement ou son chemin.

– Enfin, d’une manière générale, loin des préjugés des philosophes antiques plutôt séduits par l’amour entre hommes, les fards ne sont pas vus comme des poisons destinés à tromper le monde mais comme des instruments d’intégration sociale. Car le maquillage est, dans l’inconscient collectif, associé à l’exception : la fête, le cinéma, l’événement officiel et chic. Par transfert, dans les rapports moins émotionnels que ceux de la relation d’un homme jaloux ou anxieux avec une femme, il transmet les valeurs positives de soin, respect d’autrui, estime de soi, bonne connaissance et respect des pratiques sociales, intégration. Ne serait-ce que parce qu’un modèle, mère, femme admirée, a donné à une autre envie de se maquiller et posé les bases de l’image sociale qu’une femme a voulu se construire, il y a déjà transmission de pratiques hautement sociales, très anciennes et positives. Se maquiller est un acte essentiel, dans la construction de soi, « une manière d’ordonner le chaos », explique Camille Saint-Jacques dans son Eloge du maquillage. 

Ordonner le Chaos, c’est la fonction occupée par Eros dans la Cosmogonie d’Hésiode.

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Fille de personne

D’après Hésiode, Aphrodite est née de l’écume fécondée par l’émasculation d’Ouranos, ce qui fait d’elle une exception, une fille de personne. Quelquefois, il est fait mention de Zeus comme père d’Aphrodite, mais plutôt comme d’un père adoptif que comme réel géniteur.

Il faut reconnaître que dans une société telle que la grecque ancienne, Zeus serait un drôle de père de laisser sa fille avoir des moeurs aussi légères. Mais justement, dans l’ordre des choses, une déesse comme Aphrodite est aussi indispensable que subversive. Or, la religion athénienne est celle d’un patriarcat bien ordonné, avec Zeus trônant, et les autres déesses ont une place bien définie par rapport à cette autorité.

D’après des poètes comme Robert Graves, des ethnologues comme James Frazer et autres, il n’en fut pas toujours ainsi. En effet, d’après eux, le monde ancien fut féminin, tant dans ses représentations religieuses et son clergé que dans la société, qui était matriarcale avant que d’autres valeurs s’imposent. Ces autres valeurs séparent les hommes des femmes, donnent tous les droits à l’homme qui étudie, réfléchit, se cultive, vote, fait la guerre, et aucun droit à la femme qu’on cache dans le gynécée pour mieux contrôler ses moeurs sexuelles. Car si celles-ci étaient dévoyées, l’ordre social pourrait être détruit en faisant hériter le fils d’une femme et d’un l’étranger de la fortune de son mari. C’est cette crainte qui est à la base de l’oppression des filles et femmes de bonne famille, à l’époque où les tests ADN n’existaient pas. Quant aux autres femmes que le malheur accablait, elles n’avaient d’autre choix que de se vendre.

Athéna, Artémis, Perséphone sont les filles d’un père autoritaire et puissant, garant de l’ordre patriarcal comme cela se passait dans la société. Aphrodite, fille de personne, est livrée à elle-même comme le sont les courtisanes dont elle est la patronne, femmes indispensables à l’ordre social dans un monde où le risque de mourir en couches étant considérable, les épouses n’étaient pas fâchées de se voir délivrées de la dangereuse besogne, comme l’explique l’Histoire des Femmes, sous la direction de Georges Duby.

Dans son Dialogue des courtisanes, le pseudo Lucien de Samosate met en scène des filles libres parlant entre elles de leurs amours, leurs espoirs, les trahisons et même leurs relations sexuelles. De leur famille, il n’est question qu’une fois, lors d’un échange entre une mère et sa fille qui commence le métier. Sa mère justifie sa motivation : devenue veuve, elle et sa fille sont désormais pauvres et sans protection. En perdant son père, l’orpheline devient fille de personne et donc apte à devenir fille d’Aphrodite.

Mais Cythérée est aussi la déesse des jeunes épousées, celles qui découvrent l’Amour et la sexualité quand Artémis est la déesse des femmes en couches et Héra la déesse des matrones, des femmes mariées et installées dont le caractère est bien représenté par la déesse irascible et aigrie qui doit endurer la douleur émotionnelle de l’adultère en échange du soulagement physique qu’elle y gagne. Les différents stades de la vie des femmes étaient représentés par différentes patronnes qui en étaient les archétypes.

Pour les jeunes épousées qui étaient filles de quelqu’un, pourquoi Aphrodite était-elle leur déesse ?

Qui a déjà vu des amoureux ou qui se rappelle l’avoir été a pu constater à quel point la personne aimée était tout pour l’autre. Dans cet état, tout est vu au travers du filtre de ce nouveau bonheur. La famille, devenue transparente, est complètement délaissée tant le coeur de l’amant est plein de ce nouvel amour. Les amoureux sont alors fils et fille de personne tout le temps que dure la passion.

De même, cet état ne peut exister que si on a la force d’être autre chose que l’enfant de quelqu’un pour créer son état d’homme, d’époux ou de femme, d’épouse. Car la famille, construction éphémère qui rêve d’autant plus d’être éternelle qu’elle est impermanente et a eu du mal à trouver son équilibre, a souvent des difficultés à accepter la « branche rapportée », l’étranger indispensable à sa survie mais qui vient lui rappeler que ses valeurs ne sont ni absolues ni éternelles et qu’il va falloir lutter pour les imposer.

Et dans les récits de nombreuses personnes qui n’ont jamais réussi à se mettre en couple, on comprend que c’est de n’avoir pu s’extraire de l’univers familial ou d’avoir cédé sous le poids des critiques faites sur l’être aimé par un parent, bien entendu bienveillant…

Aimer, c’est parfois avoir la force de briser les liens pour créer un nouvel ordre social. Et pour vivre ce que promet la Déesse, il faut avoir la force d’être comme elle, uniquement fils ou fille du ciel et de la mer.

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Aphrodite la terrible

Pour les anciens Grecs, l’Amour est vu de multiples façons, tout comme les forces du monde incarnées par les dieux sont multiples. Aphrodite, c’est aussi bien la source de la plus grande félicité que de la souffrance la plus cruelle, la déesse céleste que la déesse marine et terrestre, le symbole de l’Amour vulgaire autant que de l’Amour spirituel.

Dans un de ses rôles, Aphrodite est  » la terrible », comme la qualifie Artémis dans Hippolyte, la tragédie d’Euripide. Beaucoup de poésies en témoignent : Amour et désir sont sous le signe de la souffrance.

Nouvelle souffrance du désir

 » Pleurs ou fêtes, pourquoi me poussez-vous sans attendre que j’aie le pied hors d’un brasier, dans une autre fournaise de Cypris ? Jamais je n’en finis avec l’amour et sans cesse, de la part d’Aphrodite, le Désir, qui est sans discernement, m’apporte quelque nouvelle souffrance. »

Posipide. Anthologie de la poésie grecque antique. Les Belles Lettres. 2000.

Et ce rôle dévastateur est unanimement reconnu. dans le chant de Thyrsis, Daphnis, qui refuse l’Amour, s’adresse ainsi à la déesse :  » Redoutable Cypris, Cypris haïe, Cypris détestable aux mortels ! »

Le pouvoir de la déesse désole autant celui qui cède à son pouvoir que celui qui s’y refuse, et la poésie comme la mythologie et le théâtre antiques rendent compte du rôle dévastateur de l’Amour dans la vie des mortels, dont Pâris, Hélène, Phèdre et Narcisse sont parmi les plus grandes victimes. La déesse n’épargne jamais ceux qui refusent de l’honorer, ni ceux qui cèdent à son pouvoir et même ceux qui sont sous sa protection. Et pour se venger des uns, elle ne craint pas de sacrifier les autres.

Ainsi Hippolyte, qui chaste et pur, refuse l’amour et ne vénère qu’Artémis dont il est l’ami le plus aimé, mourra injustement accusé du viol de Phèdre, sa belle-mère tombée follement amoureuse de lui par le pouvoir d’Aphrodite et qui se suicidera pour échapper au déshonneur.  » Pour Phèdre, sa mort ne sera pas sans honneur : elle mourra pourtant, car je ne renoncerai point, par égard pour son malheur, à tirer de mon ennemi une justice capable de me satisfaire.« , explique la déesse au début de la pièce d’Euripide. De même, Pâris et Hélène – qui abandonnera mari et enfant pour se consacrer à sa nouvelle passion – protégés de la déesse, seront précipités et précipiteront les autres dans la Guerre de Troie à cause d’Aphrodite.

Ce pouvoir destructeur de la déesse, parfaitement connu des Anciens, se retrouve dans certains de ses qualificatifs :  » la tueuse d’hommes »,  » la sombre », » la Noire », » qui creuse les tombes. » Certains de ces mêmes qualificatifs, inexplicables à présent, sont utilisés pour évoquer la terrible déesse hindoue Kâli, la grande destructrice.

Que reste-t-il de tout cela aujourd’hui ?

Dans les faits, tout est resté. Les lois d’Aphrodite sont immuables. Ce qui a changé, c’est la conception de l’Amour lui-même. La pensée monothéiste moderne, d’autant plus manichéenne depuis  » l’invention du diable », comme dirait Jacques Le Goff, a mis l’Amour sous le signe du beau, du bien, du désirable, même si on admet que l’on puisse souffrir lorsque nous ne sommes pas aimés de la personne dont nous sommes épris.

En revanche, le caractère destructeur de l’Amour n’est plus accepté. Le conjoint qui abandonne femme et enfants – de même pour la conjointe – sont bien les seuls à se dire les victimes de l’Amour. L’abandonné, lui, est victime de trahison. Trahison aux promesses de fidélité, d’amour éternel mais aussi à toutes ces choses qui avaient conçu un univers : la confiance, une maison, des crédits, une image sociale, un sentiment de réussite, une certaine confiance en soi. Construire ici pour ensuite aimer ailleurs même sans quitter sa famille, c’est faire oeuvre de destruction dans son propre univers. L’Homme ayant désormais été responsabilisé, c’est l’oeuvre de la trahison et non plus l’oeuvre de la déesse.

Et lorsqu’on va sur les sites ou qu’on lit les journaux qui révèlent l’adultère des célébrités, quand on parle longuement de la pauvre épouse abandonnée avec ses enfants, va-ton se repaître du malheur de l’autre pour relativiser le sien, critiquer enfin quelqu’un sans que cela soit mal vu ou bien faire oeuvre de purgation en reconnaissant humblement le pouvoir des dieux, de la destinée et notre égalité à tous dans la triste condition humaine ?

Autres temps, autres moeurs…

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L’union des contraires

Dans la mythologie occidentale, la belle Aphrodite, comme de juste, a eu plusieurs amants, mortels et immortels. De ces unions sont nés des enfants dont certains, célèbres, ont fondé des civilisations lorsqu’ils étaient mortels, gagné leur place parmi les dieux quand ils étaient immortels. On remarque néanmoins que toutes ces unions ont eu une fin. Le seul avec qui Aphrodite semble avoir entretenu une liaison constante est Arès, dieu violent de la Guerre.

L’Amour contre la Guerre, la Beauté contre la destruction, on ne peut pas être plus opposé.

La mythologie nous fascine toujours. Ces histoires qui ont fondé l’identité européenne et qu’on reçoit aujourd’hui comme un ensemble de belles histoires, dérangent pourtant par leur cohérence interne qui empêche de les réduire totalement à cela. Chaque mythe de chaque civilisation est resté parce que les Hommes, s’y reconnaissant, ont jugé utile de continuer à les diffuser. Dans la nature comme dans la culture, le vivant ne conserve que ce dont il a besoin, ce qui explique que certains ouvrages soient toujours diffusés tandis que d’autres moisissent, fermés à jamais, dans les bibliothèques qui se doivent de les conserver.

Le couple Arès et Aphrodite nous en rappelle d’autres que nous connaissons, qui nous sont proches ou qu’on a pu croiser dans la rue, dans le train. Ca peut être aussi notre propre histoire. C’est une belle fille à l’air doux, gentil, qui semble aimer follement un butor, un garçon grossier et rustre qu’on s’imagine aisément caractériel ou pire. Et on ne comprend pas.

Notre façon d’être attiré par l’autre est toujours complexe et dépend de circonstances psychologiques que nous subissons sans les voir, tandis que ceux qui nous aiment et s’inquiètent pour nous voient clairement. Ce n’est en effet que bien des années après les événements que nous pouvons commencer à analyser les raisons de notre union, surtout si elle est achevée.

Dans l’union des contraires, plusieurs choses peuvent se jouer : l’attirance pour l’autre, en ce qu’il est si différent de nous. Dans le couple hétérosexuel, cette base physiologique des contraires est déjà à l’oeuvre, mais nous ne nous réduisons pas à notre physiologie.

Psychologiquement, dans un monde qu’on pourrait concevoir comme bipolaire, une chose et son contraire forment une unité, une complétude. Un couple où l’un a des capacités que l’autre n’a pas et vice-versa constitue à cet égard un être humain complet, réalisé, comme celui des âmes-soeurs du Banquet de Platon, peut-être.

Arès apporte à Aphrodite la dureté virile qu’elle ne peut avoir et Aphrodite apporte à Arès la douceur féminine dont il manque cruellement. Est-ce un hasard si de leur couple est née une fille justement nommée Harmonie ?

Mais peut-être ces contraires ne sont-ils qu’apparents. Car à bien y regarder, ce qui réunit Arès et Aphrodite est peut-être bien quelque chose de plus fondamental, de plus profond, c’est-à-dire leurs ressemblances.

Arès est un dieu solitaire avec qui personne ne s’entend. Querelleur, violent, Aphrodite est la seule déesse qui lui soit proche. Aphrodite, de son côté, fille de personne, n’a dans l’Olympe ni amie ni allié. A l’inverse des dieux sociaux tels que Zeus qui régit tout et autour de qui on se doit de tourner, Héra, la patronne, Athéna, forte et populaire, Aphrodite n’a de réelle relation avec les autres dieux que quand elles sont sexuelles.

D’une manière générale, on sent bien qu’Arès et Aphrodite font peur. Ils sont un mal nécessaire à l’ordre des choses selon les conceptions anciennes, mais on redoute la menace de l’un et de l’autre, la Guerre parce qu’elle détruit, provoque morts et autres calamités, l’Amour parce qu’il rend les dieux et les Hommes esclaves d’un autre être, perdant toute liberté. Ce qui est une façon tragique de voir l’Amour, même si cela est vrai. Beaucoup de poèmes grecs sur l’Amour expriment le désespoir de n’être qu’une loque servile consumée par le désir.

Chaque fois que nous voyons un couple apparemment fondé sur l’union des contraires, regardons plus profondément : nous y verrons très probablement une union des semblables.

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Comment une femme devient-elle une déesse ?

Cette question peut se prendre dans les 2 sens. Dans son sens premier d’une part. A partir de l’existence des femmes et de ce qui leur manquait pour qu’elles soient parfaites, on a pu projeter le concept de déesse. Une déesse est une femme sublimée, éternisée, pleine éternellement de toutes ces qualités qui ne peuvent être chez elle que fugaces. Une déesse est l’idée d’une femme dotée de tous ses pouvoirs et fossilisée intellectuellement par ceux qui en conçoivent la représentation. Après avoir assis son pouvoir sur L’Olympe, le règne de Zeus est censé être celui d’une paix éternelle. Les Hommes peuvent alors avoir projeté dans leurs dieux ce que l’esprit pouvait intellectualiser et désirer mais que la vie humaine et mortelle ne permet jamais d’atteindre.

On doit vivre la mort mais on peut concevoir l’inverse absolu. On peut vivre la vieillesse mais on a toujours la possibilité d’imaginer l’opposé.

Pareillement, les dieux sont les représentants de valeurs absolues. Ainsi, au-delà de ses incohérences dues à la transmission orale des mythes, variés selon les régions et les versions, un dieu sera toujours plus logique qu’un mortel dont l’esprit est soumis aux dieux.

En effet, dans l’Antiquité, les actions des Hommes étaient considérées comme conditionnées par les dieux. C’est Athéna qui rend fou Ajax, c’est Arès qui pousse à la fureur guerrière, c’est Héra qui est responsable des comportements des femmes mariées, etc. Si les dieux sont l’inconscient des Hommes, qui peut être l’inconscient des dieux ?

Dans son sens second, la femme peut être qualifiée de déesse, et cette fois, ce sont les caractéristiques de l’être divin qui vont permettre d’établir la comparaison, d’opérer le rapprochement entre l’une et l’autre.

Que faut-il à la femme pour être une déesse ?

La beauté ? La jeunesse ? La minceur ? Un Je-ne-sais-quoi ?

En premier lieu, il faut quelqu’un pour l’évaluer. Il n’est pas de dieu sans Hommes comme il ne fut pas, jadis, d’Hommes sans dieu.

La femme-déesse est donc subjectivement vue comme une déesse : pour elle, pas d’absolu en dehors des yeux de celui qui voit ce qu’elle a de divin. Elle est alors son absolu à lui.

Que faut-il pour que ce soit son absolu ? Platon dirait qu’elle est la moitié qui lui permettrait de former leur totalité, celle grâce à qui il serait enfin complet, son âme soeur. Plus prosaïquement pourtant, elle est l’absolu d’un instant, ce dont il a infiniment besoin à cet instant précis et qu’inconsciemment, en la voyant, il a reconnu. Elle est celle qui fera le destin vers lequel il veut ou doit aller, quelles qu’en soient les conséquences.

Mais pour qu’une femme reste une déesse, il faut qu’elle ne se commette pas dans les affaires de femme ordinaire et qu’elle corresponde absolument à l’idéal qu’elle semble incarner. Pas d’haleine fétide le matin, pas de ces jurons qui virilisent une voix et un être, pas de poil qui dépasse si celui qui la vénère ne l’admet pas dans sa conception du divin féminin.

Pas de colère non plus qui se solderait par de l’impuissance. Si une déesse est en colère, elle se venge. Si elle est impuissante, ce n’est pas une déesse. Mais elle peut conserver un calme olympien et s’en sortir honorablement. Autant dire que c’est dur !

On est d’autant plus une déesse qu’on n’est pas accessible, il n’y a qu’à voir toutes les femmes idéalisées, divinisées dans les oeuvres à l’époque du romantisme ! La déesse est le modèle sublime capté et figé dans une apparition, une photo, une video, le souvenir d’une rencontre, ces instants qui rendent une femme immortelle et parfaite dans la mémoire. Un absolu fossilisé. La déesse, c’est aussi la diva, la grâce féminine dans une voix magnifique qu’on peut aussi se repasser en boucle. La déesse n’existe qu’autant que le travail pour parvenir à sa perfection d’un instant est ignoré.

Alors, la femme ordinaire peut-elle devenir une déesse ? Subjectivement, oui, pour un instant seulement, sauf si elle constitue une exception inoubliable, si, d’une manière ou d’une autre, aucune autre femme, dans l’expérience subjective de celui ou ceux qui l’admirent, ne la dépasse.

Et la vieillesse ? La mortalité ? Tous les autres défauts ?

Oui, ils fragilisent, oui, ils éloignent la femme de la divinité, mais ils ne suffisent pas, comme le montre Marylin Monroe, par exemple. La femme-déesse n’a même pas besoin d’être belle pour être une déesse, elle a juste besoin d’être une exception. La cantatrice peut être grasse et âgée, mais si sur scène elle parvient à être la Traviata, alors elle est une déesse et des pluies de roses et d’admiration s’abattent sur elle.

On est une déesse si on est une rareté, un morceau d’absolu, ce qui est l’essence du divin, mais ça ne se choisit ni ne se contrôle. Sauf dans un seul cas. Une rareté qu’on connaît trop devient une banalité. Pour que l’exception reste divine, il faut qu’elle puisse s’évader. La déesse est celle qui, à un moment ou à un autre, est prête à tout quitter pour se préserver, rejoindre un lieu, un sanctuaire comme Paphos, Chypre ou Cythère, des lieux sacrés intérieurs ou extérieurs, inviolés et purs qui sont son véritable monde.

La déesse n’est pas de ce monde, ce n’est que pour un temps que parfois, elle s’y manifeste. De même, la femme peut acquérir de son essence divine si, après avoir habilement soigné ses apparitions, elle sait disparaître au bon moment…

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