Mois: Mai 2026

« A la plus belle »

Il y a longtemps que je n’ai pas repris la parole ici, certainement d’abord parce que les réflexions autour de ce thème se sont tues tant j’étais concentrée sur le projet du Labo de Cléopâtre.

Mais pour être honnête, mes croyances sont proches de celles des Anciens : la voix s’élève, la voix s’éteint, c’est la volonté de la Muse. Dans le cours de notre destin, nous sommes amenés à naître, et puis à mourir alternativement, au propre comme au figuré, subissant au passage de multiples changements.

Aphrodite le veut donc : « Chante, Déesse, à travers ce blog, les réflexions autour de l’Amour et de la Beauté. » Et ce d’autant plus que la société a changé, rebattant les cartes des tendances et des influences, rappelant d’autres épisodes de l’histoire ancienne et des trésors qu’elle nous a laissés pour penser le monde.

Tout a recommencé, je crois, avec un pic à cheveux acheté au marché de l’histoire, et dont j’ai a nouveau croisé le symbole lors de ma dernière visite au Louvre. C’est la main d’Aphrodite, tenant du bout du pouce et de l’index une petite pomme toute ronde, bien plus petite que celle dont nous avons l’habitude avec nos pommes cultivées et calibrées pour la consommation dans notre société industrielle.

Quelque soit le raison réelle de sa taille, les recherches pour le Labo de Cléopâtre m’ont appris la valeur des plantes sauvages pour les anciens grecs dont les ouvrages de médecine et de botanique se font l’écho et que la Grèce moderne a conservée.

Contrairement à la France où la plante sauvage est regardée avec méfiance tandis que la plante cultivée rassure, la Grèce estimait que la plante sauvage avait plus de valeur que la plante cultivée. Encore aujourd’hui, la consommation de légumes de fruits ou d’aromates se fait volontiers là-bas sur la base de cueillettes sauvages, un peu nécessaires quand un pays est composé de 70 % de montagnes dans un beau pays ensoleillé.

Les espèces sauvages donnent le plus souvent des fruits et des légumes plus petits.

Mais puisque dans ce domaine-là aussi, ce n’est pas la taille qui compte, délaissons cette question à propos de la pomme pour parler des autres caractéristiques de ce fruit qu’Aphrodite exhibe fièrement. C’est une pomme en or, et elle a été sciemment préparée par Erin, la déesse de la Discorde, afin de provoquer le trouble parmi les Olympiennes grâce à ces simples mots d’attribution : « A la plus belle ».

Et c’est là que tout semble devenir absurde : Héra, la déesse prétend au titre, dans un étrange accès de coquetterie, mais pire encore, Athéna, déesse vierge et un poil virile, qui reste en dehors de toute affaire amoureuse ou de séduction, se met soudain à vouloir prétendre également au titre.

Enfin, non des moindres, Aphrodite, qui par essence et par divinité devrait prétendre à ce titre sans même avoir à concourir, semble soudain douter d’elle-même et avoir besoin d’une confirmation !

Dans cette histoire, rien n’est plus à sa place, même l’ordre divin ! Le fait de devoir être décrétée la plus belle l’emporte sur toute notion de sagesse ou d’intelligence.

Et de fait, enfant déjà, quand on est une fille, la pression sur ce à quoi on ressemble et on ressemblera l’emporte sur toute autre considération, dans les familles elles-mêmes. Garçons et filles vont à l’école et reçoivent la même éducation, et pourtant, l’absence de beauté chez une fille est vu comme un handicap plus grave qu’un manque d’éducation, pour la suite de son destin. Et son intelligence, même constatée, est encore souvent ignorée par les familles elles-mêmes. Le fameux « Sois belle et tais-toi »…

On peut être femme, on peut être déesse, on se doit d’être belle, voire la plus belle, et tant pis si c’est un fardeau, car tout au tard, pense-t-on, ce sera toujours une planche de salut. La beauté est le seul devoir que les sociétés semblent unanimement imposer au féminin et malheur à celles qui ne le sont pas…ou l’inverse, peut-être.

Aujourd’hui encore, les jalousies entre femmes portent bien plus sur leur physique que n’importe quoi d’autre, et les femmes craignant la concurrence d’une autre dans les yeux de celui qu’elles aiment se fait le plus souvent sur la base des avantages physiques. Et régimes et chirurgie esthétique ont encore de belles fortunes à construire autour de cette aliénation pluri millénaire qui s’attache au destin féminin.

Il peut arriver qu’un homme vous explique qu’il fait plus facilement confiance à un autre homme plutôt qu’à une femme, car celles-ci sont sont capables entre elles de plus de jalousie, de bassesses et de trahison que les hommes qui, entre eux, ont des rapports plus sains et plus francs. Peut-être…

Mais dites-moi, que nous avez-vous laissé comme seul pouvoir incontesté que vous nous reconnaissiez depuis des millénaires, à part celui-ci ? Et oui, aucun autre que celui de devoir vous plaire pour avoir l’illusion fugace de sortir de l’ombre de l’insignifiance.

Une situation résumée de façon désabusée de la part d’une journaliste qui vient de porter plainte contre Patrick Bruel et qui montre que rien n’a changé malgré tous les changements : « On a beau être surdiplômée, parler plusieurs langues, on reste toujours des objets, juste bonnes à baiser. »

C’est si vrai que le concours des déesses ne se fera pas sans tentatives de corruption de la part de toutes les déesses, pourtant auprès d’un juge considéré impartial et choisi expressément par Zeus lui-même !

Et seule la déesse offrant son « alter-ego mortel » à baiser remportera la victoire.

Cet article et ces photos appartiennent au blog Echodecythere. Il est interdit de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.