Comment une femme devient-elle une déesse ?

Cette question peut se prendre dans les 2 sens. Dans son sens premier d’une part. A partir de l’existence des femmes et de ce qui leur manquait pour qu’elles soient parfaites, on a pu projeter le concept de déesse. Une déesse est une femme sublimée, éternisée, pleine éternellement de toutes ces qualités qui ne peuvent être chez elle que fugaces. Une déesse est l’idée d’une femme dotée de tous ses pouvoirs et fossilisée intellectuellement par ceux qui en conçoivent la représentation. Après avoir assis son pouvoir sur L’Olympe, le règne de Zeus est censé être celui d’une paix éternelle. Les Hommes peuvent alors avoir projeté dans leurs dieux ce que l’esprit pouvait intellectualiser et désirer mais que la vie humaine et mortelle ne permet jamais d’atteindre.

On doit vivre la mort mais on peut concevoir l’inverse absolu. On peut vivre la vieillesse mais on a toujours la possibilité d’imaginer l’opposé.

Pareillement, les dieux sont les représentants de valeurs absolues. Ainsi, au-delà de ses incohérences dues à la transmission orale des mythes, variés selon les régions et les versions, un dieu sera toujours plus logique qu’un mortel dont l’esprit est soumis aux dieux.

En effet, dans l’Antiquité, les actions des Hommes étaient considérées comme conditionnées par les dieux. C’est Athéna qui rend fou Ajax, c’est Arès qui pousse à la fureur guerrière, c’est Héra qui est responsable des comportements des femmes mariées, etc. Si les dieux sont l’inconscient des Hommes, qui peut être l’inconscient des dieux ?

Dans son sens second, la femme peut être qualifiée de déesse, et cette fois, ce sont les caractéristiques de l’être divin qui vont permettre d’établir la comparaison, d’opérer le rapprochement entre l’une et l’autre.

Que faut-il à la femme pour être une déesse ?

La beauté ? La jeunesse ? La minceur ? Un Je-ne-sais-quoi ?

En premier lieu, il faut quelqu’un pour l’évaluer. Il n’est pas de dieu sans Hommes comme il ne fut pas, jadis, d’Hommes sans dieu.

La femme-déesse est donc subjectivement vue comme une déesse : pour elle, pas d’absolu en dehors des yeux de celui qui voit ce qu’elle a de divin. Elle est alors son absolu à lui.

Que faut-il pour que ce soit son absolu ? Platon dirait qu’elle est la moitié qui lui permettrait de former leur totalité, celle grâce à qui il serait enfin complet, son âme soeur. Plus prosaïquement pourtant, elle est l’absolu d’un instant, ce dont il a infiniment besoin à cet instant précis et qu’inconsciemment, en la voyant, il a reconnu. Elle est celle qui fera le destin vers lequel il veut ou doit aller, quelles qu’en soient les conséquences.

Mais pour qu’une femme reste une déesse, il faut qu’elle ne se commette pas dans les affaires de femme ordinaire et qu’elle corresponde absolument à l’idéal qu’elle semble incarner. Pas d’haleine fétide le matin, pas de ces jurons qui virilisent une voix et un être, pas de poil qui dépasse si celui qui la vénère ne l’admet pas dans sa conception du divin féminin.

Pas de colère non plus qui se solderait par de l’impuissance. Si une déesse est en colère, elle se venge. Si elle est impuissante, ce n’est pas une déesse. Mais elle peut conserver un calme olympien et s’en sortir honorablement. Autant dire que c’est dur !

On est d’autant plus une déesse qu’on n’est pas accessible, il n’y a qu’à voir toutes les femmes idéalisées, divinisées dans les oeuvres à l’époque du romantisme ! La déesse est le modèle sublime capté et figé dans une apparition, une photo, une video, le souvenir d’une rencontre, ces instants qui rendent une femme immortelle et parfaite dans la mémoire. Un absolu fossilisé. La déesse, c’est aussi la diva, la grâce féminine dans une voix magnifique qu’on peut aussi se repasser en boucle. La déesse n’existe qu’autant que le travail pour parvenir à sa perfection d’un instant est ignoré.

Alors, la femme ordinaire peut-elle devenir une déesse ? Subjectivement, oui, pour un instant seulement, sauf si elle constitue une exception inoubliable, si, d’une manière ou d’une autre, aucune autre femme, dans l’expérience subjective de celui ou ceux qui l’admirent, ne la dépasse.

Et la vieillesse ? La mortalité ? Tous les autres défauts ?

Oui, ils fragilisent, oui, ils éloignent la femme de la divinité, mais ils ne suffisent pas, comme le montre Marylin Monroe, par exemple. La femme-déesse n’a même pas besoin d’être belle pour être une déesse, elle a juste besoin d’être une exception. La cantatrice peut être grasse et âgée, mais si sur scène elle parvient à être la Traviata, alors elle est une déesse et des pluies de roses et d’admiration s’abattent sur elle.

On est une déesse si on est une rareté, un morceau d’absolu, ce qui est l’essence du divin, mais ça ne se choisit ni ne se contrôle. Sauf dans un seul cas. Une rareté qu’on connaît trop devient une banalité. Pour que l’exception reste divine, il faut qu’elle puisse s’évader. La déesse est celle qui, à un moment ou à un autre, est prête à tout quitter pour se préserver, rejoindre un lieu, un sanctuaire comme Paphos, Chypre ou Cythère, des lieux sacrés intérieurs ou extérieurs, inviolés et purs qui sont son véritable monde.

La déesse n’est pas de ce monde, ce n’est que pour un temps que parfois, elle s’y manifeste. De même, la femme peut acquérir de son essence divine si, après avoir habilement soigné ses apparitions, elle sait disparaître au bon moment…

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4 commentaires

  1. Une femme ne sera jamais une déesse pour elle-même. Elle ne le deviendra que par le désir et les yeux d’un autre qui aura éprouvé un besoin irrépressible de la sublimer et de l’idolâtrer mais ce faisant, il l’aura en même temps transformé en être idéal lointain et désincarné l’excluant ainsi du monde réel et la projetant si loin dans l’idéalité qu’elle aura perdu son état de femme de chair et de sang et ne sera devenue qu’une idée, une essence (nous sommes en plein platonicisme) aussi inaccessible qu’une statue éblouissante et aveuglante auprès de laquelle, tel un insecte attiré par la lumière, l’adorateur ne pourra que se brûler et se consumer. Cet adorateur n’aura que le mot amour à la bouche mais sera incapable d’assumer un amour réel et vrai avec la femme que cache la déesse, se complaisant dans son malheur et transformant ses frustrations et la haine de soi qui en résulte en un pauvre bonheur narcissique et illusoire. on a les bonheur qu’on peut…. Certes, il pourra être un poète sublime et transporté par son amour se croira alors mener le char de Platon au plus haut des cieux et se rapprocher ainsi des dieux mais il ne sera en tout état de cause qu’un amant absent, au mieux misérable… Goethe disait : « j’appelle J’appelle classique ce qui est sain, romantique ce qui est malade. » Voilà à quoi il voulait faire allusion : à ce divorce entre la vision romantique des choses qui constitue une fuite en avant et une complaisance dans une illusion, et la vie réelle. Il a aussi dit : « Grise est toute théorie, mais vert et florissant l’arbre doré de la vie ». Donc, il faut briser les idoles et s’attacher à rencontrer l’être vrai derrière la statue (Mais on prend alors le risque d’être profondément déçu…)

    Un romantique défroqué…

    1. Mais justement. A-t-on pensé la femme comme ça au-delà du XIX è siècle ? Encore qu’avec la part d’imaginaire créée avec les relations sur internet…

      1. Pour répondre à votre question, je reviens sur votre article » Comment une femme devient-elle une déesse ? « . Il est entendu que l’espèce humaine a éprouvé le besoin très tôt, dés l’émergence du phénomène de la pensée, de la conscience et de l’imagination qui l’a singularisé du reste des êtres vivants, d’expliquer le monde dans lequel elle évoluait selon le principe de causalité : chaque phénomène naturel devait avoir une explication logique et être causé par une force ou une volonté. Comment les hommes compte tenu de leur précarité de vie dans les premiers âges auraient-ils pu supporter les notions de hasard, d’indétermination et d’irréversibilité de la mort. Cette acceptation aurait constitué pour eux la reconnaissance de leur vulnérabilité et de leur impuissance face aux agressions du monde. Pour pouvoir justifier l’incompréhensible et l’injustifiable, ils ont inventé les esprits et les dieux, ces puissances occultes qui avaient tout pouvoir d’agir sur leurs vies et ils les ont évidemment imaginés à leur image…

        Alors la femme dans tout cela ?

        Pour les hommes des premiers âges, la femme est avant tout différente et pleine de mystère, elle possède le pouvoir extraordinaire de créer la vie (sans qu’ils aient imaginé qu’ils y étaient pour quelque chose) et le perpétuer l’existence du clan, elle est en prise directe avec les cycles naturels et cosmiques et entretien un rapport particulier avec le sang. De plus elle est ou a été une mère qui a permis au petit être chétif et inabouti qu’est l’enfant humain (à l’inverse des animaux qui sont pour la plupart autonomes très tôt) de survivre grâce à un relation basée sur l’affection et la tendresse dont ils seront nostalgiques toute leur vie. Toutes ces particularités font qu’elle est un être « à part » qui touche au primordial, à l’indicible et au sacré. Il n’en fallait pas plus pour que son image soit assimilé à celle des puissances occultes et qu’elles puissent devenir des déesses parfois même redoutables par leur pouvoirs. On sait aujourd’hui que la déesse primordiale a régné sur les premières sociétés humaines, on sait aussi qu’un renversement des croyances s’est produit au moment du passage de la société des chasseurs-cueilleurs (représenté par Enkidou) au néolithique (représenté par Gilgamesh). L’avènement à cette occasion d’une aristocratie guerrière a renversé le système des valeurs et promu l’avènement de dieux mâles. Mais les déesses ont survécues sur le plan archétypal même si elles ont été reléguées au second plan.

        La femme au delà du XXe siècle ?

        Je pense que les raisons qui ont fait que dans la conscience des hommes les femmes ont été considérées comme des êtres à part, empreints de mystère et entretenant des relations spéciales avec la nature et le cosmos se perpétuent encore aujourd’hui et pas seulement sur le plan archétypal. Le problème se pose de savoir si cette vision se réduit à n’être qu’une relique archaïques des croyances passées et doit dans ce cas être rejetée dans les poubelles de l’histoire où si elle s’appuie sur des éléments objectifs. Pour ma part, j’ai tendance à penser que oui, la femme est pour les raisons évoquées ci-dessus, différente de l’homme et que c’est cette différence est riche de potentialités pour les deux sexes en leur permettant de se compléter et en ouvrant toute grandes les portes à l’imaginaire… Alors oui je sais que pour certain(e)s, il n’existe pas de « nature » féminine et que la femme ne nait pas femme mais qu’elle le devient… Mais qu’apporte à l’espèce humaine et à la femme en particulier cette négation des différences et cette obsession de vouloir les réduire à tout prix ?
        Le problème vient, qu’après avoir constaté cette différence, les hommes s’appuient indument sur elle pour développer leurs fantasmes maladifs (la déesse romantique) ou justifier leur domination et leur exploitation des femmes (sociétés patriarcales et machistes), mais cela est une toute autre histoire qui se situe sur un tout autre plan, celui des relations économiques et sociales et des rapports de force, tout à fait différent de celui sur lequel je me situe. Il ne faut donc pas confondre la réalité du phénomène de différenciation entre les sexes et l’utilisation idéologique qui en est fait par l’un d’entre eux au détriment de l’autre.

      2. Et bien ! Certes.Le lien entre Enkidu et la déesse primordiale et les autres évocations, cela me fait penser au livre de Françoise Gange : Avant les dieux, la Mère universelle. Je me souviens bien avoir moi aussi étudié tout ça. Ceci dit, comme c’était mon article, ce n’était pas la voie que j’avais choisi autrement qu’en survol.
        Je vous souhaite de nombreux et victorieux combats.

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