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Le fil de l’amour et du destin

Dans la tradition japonaise, une ancienne légende dit qu’un fil rouge unirait chaque personne à l’amour de sa vie. Les êtres unis par ce fil, pour autant invisible, sont destinés tôt ou tard, à se rencontrer au cours de leur vie. Cette ancienne croyance, très romantique, est rendue très vivace par la culture populaire contemporaine tels que les dramas, les mangas et autres programmes destinés à la jeunesse, dont les préoccupations oscillent entre l’incertitude quant à son avenir amoureux et ses rêves normaux du grand amour.

Le fil est rouge comme le sang, l’amour, le feu, la couleur du mariage en Asie. En Occident, on passe l’alliance à l’annulaire dont l’artère est reliée au coeur. Oui, on parle bien d’alliance, du verbe lier, tout comme le fil rouge unit une personne à son grand amour. D’une culture à une autre, la différence est-elle si grande ?

Pour unir les êtres, on n’a pas trouvé meilleure métaphore que celle des liens, les fils nés du travail du textile. Et on a souvent tendance à oublier combien l’homme a pu, à travers ses propres découvertes ou ses propres inventions, accéder à des compréhensions, expressions, représentations plus fines de ce qu’il vivait, faisait, éprouvait ou même comprenait du monde.

Le travail du textile, le simple fait de transformer de la fibre chaotique en une unité pouvant déboucher sur une magnifique pièce de tissu a été pour les Hommes une source d’admiration, d’imagination, et de réflexion métaphorique.

Les liens entre les gens, « les liens sacrés du mariage », tout cela renvoie aux cordes, aux fils, ce qui va nouer. Les gens qui s’aiment sont liés – tout comme les gens d’une même famille -. Pour attirer quelqu’un, et particulièrement dans la magie amoureuse, on utilise le lien, le noeud. Lien de ruban, lien de cheveu, fil pour unir symboliquement une personne à celle qui la désire ardemment et qui fait le rituel pour cette raison.

« Le premier vendredi de lune, achetez sans marchander ruban rouge de 1/2 aune au nom de la personne aimée. Faites un noeud en lacs d’amour et ne le serrez pas, mais dites Pater jusqu’à li tentatiorem, remplacez seb libera nos a malo par lude aludei ludeo, et serrez en même temps le noeud. Augmenter d’un Pater chaque jour jusqu’à 9, faisant chaque fois un noeud. Mettez le ruban au bras gauche contre la chair. Touchez la personne. »

Papus. Traité méthodique de magie pratique

Le fil, le lien, le noeud ne sont pas que gage de l’union mais aussi de l’efficacité. Ce qui fonctionne dans la magie amoureuse est censé fonctionner également dans la magie de vengeance où nouer l’aiguillette, qui se fait également à base de lien, de noeud, empêche à un mariage d’être consommé, une union de se faire, un projet d’aboutir, etc. Le noeud, le lien, le geste réalisé réellement pour s’incarner symboliquement dans le réel, vaut alors pour signe du destin.

Et pour cause : dans le fil, le fil de la conversation, le fil de la vie, le fil du destin, on voit bien le lien entre la maîtrise du textile et l’idée de cohérence. Tout comme les pelotes anarchiques de fibres deviennent fils puis vêtements une fois entrecroisés, atteignant leur pleine beauté et leur pleine utilité, la série apparemment incohérente de petits événements qui font l’histoire d’un individu peuvent, si on les fait s’entrecroiser et se correspondre, sembler avoir du sens sous l’image de la destinée, qui passe aussi, bien évidemment, par la relation amoureuse.

D’ailleurs, est-ce vraiment un hasard si Pénélope promet de se marier avec l’un des prétendants à la fin d’une tapisserie qu’elle fait chaque jour pour mieux défaire chaque nuit afin de ne pas avoir à lier son destin à celui d’un autre qu’Ulysse ?

Ce faisant, un peu comme son mari qui décide d’assumer sa destinée humaine, Pénélope s’affranchit de son destin en remplaçant symboliquement l’action des Moires, déesses de la mythologie qui normalement y président : Clothos en tisse le fil, Lachésis le déroule et Atropos le coupe. Pénélope, tout en feignant l’obéissance dans un travail typiquement féminin, n’est-elle pas en train de décider – en frondeuse contre les déesses qui doivent y présider et qu’elle remplace – de son propre destin ?

D’ailleurs, avez-vous remarqué comme étrangement, c’est préférablement sur des tapisseries que se sont racontées les premières histoires en images ? Tapisserie de Bayeux, tapisseries de la Dame à la Licorne – où semble se mêler amour et histoire aristocratique et symbolique – autres tapisseries symboliques et surtout narratives, au musée de Cluny, au musée du Sacre, à Reims, voire, dans la mythologie, évocation des scènes représentées par Athéna et Arachné lors de leur combat de tapisserie, etc.., tout ce qui semble vouloir raconter une histoire et des liens semble avoir voulu le faire avec des fils.

Hasard, vous croyez ? IMG_3075

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Déodorants de l’Antiquité

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Le coquillage

Le coquillage est un symbole bien connu d’Aphrodite, celui qu’on lui associe peut-être encore plus naturellement que la rose, bien que ce symbole soit rarement mentionné dans les dictionnaires de mythologie. L’imaginaire collectif se l’est facilement approprié à partir de la très célèbre peinture de Botticelli, La naissance de Vénus. Le motif était déjà exploité bien avant, puisqu’on trouve une représentation au motif semblable dans la villa de Pompéi portant le nom de la magnifique fresque de son jardin : Vénus à la coquille, où la déesse est allongée nonchalamment dans une énorme coquille Saint-Jacques.

Les symboles associés aux dieux ne sont pas toujours dans un lien très clair avec ce qu’ils représentent, si bien qu’au fil du temps, leur compréhension par tous n’est plus possible. Par exemple, l’association d’Athéna avec la chouette n’est plus compréhensible aujourd’hui. On pense que cela a un rapport avec une religion primitive où les dieux étaient représentés sous forme d’animaux avant de devenir anthropomorphes. Bien loin donc, de ce à quoi la société est sensible.

Dans le cas du coquillage, par contre, le symbole est toujours accessible. Aphrodite étant née de l’écume de l’océan, il n’est pas illogique de la voir associée à un animal marin. Mais pourquoi le coquillage ?

Qui n’a jamais été fasciné par les coquillages qui jonchent par millions le sable des plages ? On cherche les plus beaux, on en fait des bijoux, des ornements, et surtout, on les ramène chez soi à défaut d’y ramener ce qu’on voudrait vraiment : la plage, la mer, le vent, le soleil, ce moment de détente où on est heureux, n’ayant rien d’autre à devoir penser qu’au bonheur de l’instant présent. Cet état de plénitude, c’est celui de l’enfant qui vient de naître. La mer, dans sa fonction de pourvoyeuse primordiale de vie, renvoie à la mère de chacun, qui protège l’enfant dans ses eaux avant de lui donner naissance.Le voyage près de l’océan est toujours un pèlerinage, un retour aux origines que la semi-nudité permise renforce encore un peu plus.

On remarque néanmoins qu’Aphrodite ne représente pas à proprement parler une déesse mère. En tant que déesse de la Beauté et de l’Amour, elle évoquerait plutôt la sexualité, la sensualité que la maternité. Justement, le coquillage est souvent un fascinant bi-valve dont les coques, lorsqu’elles s’entrouvrent, dévoilent légèrement un mystérieux enchevêtrement de chairs molles et vivantes. Ce mystérieux être vivant rappelle ainsi mieux qu’aucun autre le sexe féminin : deux grandes lèvres ouvrant sur un inconnu de chair dont le mystère demeurera toujours entier. En effet, il est à la fois l’origine du plaisir et de l’existence, le lieu d’où un homme vient et où il ne cesse de vouloir revenir.

Dans son ouvrage, La femme celte, Jean Markale remarque que le sexe féminin excité sécrète du trimétylamine, la même substance que celle des poissons en décomposition. L’odeur du sexe féminin est donc proche de celle des animaux marins morts, comme ces coquillages qu’on ramasse sur les plages, ces bi-valves mystérieux dont il ne reste que les coques vides par lesquelles nous sommes toujours attirés sans comprendre pourquoi.

Par ailleurs, les produits issus des coquillages, nacres et perles – dont la couleur blanchâtre irisée renvoie encore à la sexualité – sont des matières précieuses qui ne sont réservées qu’aux femmes, là où pierres semi-précieuses et métaux précieux peuvent être portés indifféremment par les deux sexes.

Enfin, comme ce qu’il représente dans notre inconscient, le coquillage orne les boîtes à secrets, les miroirs, révèle le flux de notre sang quand on y porte l’oreille. C’est donc un objet lié symboliquement à l’intimité, à l’intériorité. On le retrouve également sur les objets archaïques, ethniques ou exotiques pour les décorer et renforcer l’impression de naturel, de simplicité et surtout d’ancienneté. Dans ce cas-là, il renvoie celui qui l’admire aux origines de l’humanité comme à sa propre origine. Et la boucle est bouclée.

Le coquillage est comme une femme qu’on aime et comme la Beauté, on peut les posséder mais ne jamais percer leur mystère. C’est la caractéristique même d’Aphrodite.

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