Couleurs de robes et symbolisme

Les vérités universelles sont très rares. Elles ne concernent que ce qui fait l’espèce humaine au sens primordial du terme. Et tout le reste sera culturel et donc relatif. Mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt des voyages, des échanges, des découvertes et de l’art.

La robe elle-même, considérée dans nos sociétés comme un vêtement exclusivement féminin, est le symbole de la féminité depuis la Renaissance, alors qu’elle peut être portée par des hommes dans d’autres sociétés et qu’elle fut d’ailleurs portée par eux avant cette période. Les couleurs, de même que leur simple emploi, la beauté également, sont tous relatifs et fluctuent d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre.

Que racontent nos robes et leurs couleurs dans la culture occidentale ?

En blanc, nos robes parlent de mariage, mais seulement depuis celui de la reine Victoria, nous rapportent les sites d’histoire de la mode. Autrefois, on a pu se marier dans d’autres couleurs, mais la grande reine a définitivement imposé sa couleur et ce d’autant plus facilement que l’Eglise a entériné l’emploi du blanc dans le mariage car il symbolisait la pureté.

Au-delà des valeurs religieuses, le succès populaire que connaît le blanc lors du mariage est peut-être dû à sa charge symbolique. Pour Victoria, d’abord, qui a pu connaître cette couleur comme symbole de deuil. Porter du blanc lors de son mariage a pu signifier pour elle le deuil de son ancienne vie, comme l’exprime actuellement le rituel de l’enterrement de la vie de jeune fille. Par ailleurs, le blanc symbolise aussi, d’une manière peut-être plus obscure et inconsciente, le drap blanc immaculé d’une fille, d’une femme encore non déflorée.

Sur sa robe de mariée, Victoria s’affirmait pure et vierge alors que la coutume ne l’exigeait pas, ce qui fait aussi du blanc la couleur du caractère, de l’orgueil de Victoria qui, épousant un homme, s’affirme reine par dessus tout en affichant des choix aussi politiques que moraux dans sa simple façon de choisir une robe allant à l’encontre de ce qui a pu être fait auparavant.

Et si la robe de mariée blanche imposée par Victoria perdure, ce n’est pas parce qu’elle symbolise la virginité, valeur complètement démodée dans nos sociétés, mais parce qu’elle porte en elle l’essence du caractère royal de Victoria. Le jour de son mariage, l’épousée est considérée comme la reine du jour, celle dont la beauté et l’élégance ne doivent être éclipsées par aucune invitée. La longue robe, la traîne, la coiffe de la mariée vêtue de façon traditionnelle ne ressemblent à rien d’autre qu’au vêtement d’apparat d’une reine qui vient de se faire couronner. Le blanc symbolise le rêve de toute nouvelle épousée d’être pour son foyer comme Victoria, une reine puissante, emblématique, au règne prospère, long et inoubliable.

Les couleurs, quant à elles, si elles n’ont pas de signification fixe et universelle, leur emploi dans les robes de soirée a malgré tout un sens. Ainsi, dans Les ambassadeurs de Tanna, émissions où des polynésiens vont en Angleterre pour y rencontrer le Prince Philippe, le lord qui les habille en smoking pour la première fois de leur vie leur explique que si chez les canards et autres animaux, ce sont les mâles qui portent les couleurs et les femelles qui sont ternes, dans la société européenne, on a fait l’inverse. Il a raison. Et c’est pour les mêmes raisons que ces positions sont inversées. Dans le règne animal, le mâle doit séduire la femelle par ses belles couleurs pour qu’elle l’agrée puisqu’elle a l’embarras du choix. Dans la société occidentale, en revanche, c’est à la femme de multiplier les techniques de séductions passives basées sur l’apparence, pour des raisons culturelles d’abord, mais aussi parce que, même actuellement, son célibat et son instabilité amoureuse sont plus condamnés que ceux des hommes.

Enfin, la petite dernière par l’ordre d’apparition dans la vie civile et laïque des femmes, mais première par ordre de popularité, »la petite robe noire », grand classique de la garde-robe de la femme sobre et élégante mais bien insérée dans la société. Dans le code couleur de la mode, le noir a d’abord été utilisé par les anglais pour s’imposer complètement au XIX ème siècle, particulièrement dans les affaires. Le choix n’est pas anodin, il provient d’une volonté d’imiter le costume ecclésiastique qui, par son austérité, véhicule des valeurs de sérieux, de discrétion, d’efficacité, et de ce fait inspire confiance. Les hommes d’affaire en avaient bien besoin ! La mode s’est si bien répandue que ces valeurs continuent d’avoir cours en Occident au point que c’est généralement la couleur que nous employons le plus dans notre habillement.

Et la robe noire ?

Elle associe la couleur noire du costume masculin à la forme exclusivement féminine de la robe. Le message semble être celui d’un sérieux, d’une efficacité, d’une capacité de travail et d’adaptation exclusivement féminins. De fait, c’est le vêtement qui se porte au travail comme en soirée avec autant d’aisance, et qui suscite toujours l’admiration. La robe noire a sa place partout, peut s’acquérir à tous les prix. C’est même un classique indémodable revisité sans cesse par tous les créateurs de mode sans risque d’échec. Car la robe noire raconte une histoire. C’est celle d’une femme qui réussit alors qu’elle a tout demandé à la vie : les qualités et avantages que les hommes ont depuis des millénaires dans une incarnation et un mode de vie exclusivement féminins.

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