Beauté et société

Dangers d’Aphrodite : erreurs et préjugés

C’est l’histoire d’une femme, une ravissante idiote qu’on a élevée dans un couvent et dont la tête a plus été farcie de littérature sentimentale que de connaissances. En même temps, à l’époque, qu’on lise des romans ou non, l’éducation des filles dans les couvents s’arrêtait à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, d’un peu de calcul, de beaucoup de religion – mais uniquement la morale, jamais la théologie ! – et de travaux domestiques.

Cette histoire, c’est celle de madame Bovary, femme éternellement insatisfaite qui se suicidera, tuant du même coup l’homme qui l’aimait vraiment et condamnant leur petite fille à être orpheline et misérable. Dans le temps de sa vie, elle n’aura été que l’objet de ceux, amants ou marchands de mode, qui avaient enclenché la machine à rêves intégrée dans son psychisme. L’abrutie ! La sombre idiote destructrice de famille et de vies !

Voilà bientôt deux cents ans qu’en France, on prévient du danger de la littérature sentimentale aux lycéens. Et heureusement ! D’ailleurs, tout le monde le sait, la littérature sentimentale est liée à l’imbécillité et l’ignorance les plus profondes. Le message était si bien passé qu’il y a encore quelques années, lorsque les éditions Harlequin étaient présents sur le Salon du Livre, leur stand était désespérément vide alors qu’il était le premier vendeur de livres de l’Hexagone. Un étrange paradoxe, non  ? Ce phénomène s’incarnait aussi chez les particuliers : il y avait la bibliothèque « officielle » que chaque personne pouvait voir dès l’entrée ou dans les pièces accessibles, et qui contenait les « indispensables classiques » – dont madame Bovary, parfois – tandis que la bibliothèque « officieuse », dans la chambre, cachait les ouvrages honteux mais réellement appréciés au nombre desquels, souvent, les fameux Harlequin.

La méfiance associée à la lecture des livres sentimentaux n’est pas liée à un réel danger, et le bovarysme qu’on a reconnu plus tard comme une réalité psychologique ne touche pas forcément celles qui ont trop rêvé d’amours idéales mais toute personne insatisfaite, ce qui en fait plutôt qu’un phénomène de société, une caractéristique de la nature humaine évoquée des millénaires auparavant par le Bouddha lui-même. Le surendettement quant à lui, n’a jamais attendu la littérature sentimentale et touche des gens qui n’en ont jamais lu.

Le problème n’est pas dans la littérature sentimentale mais dans la façon dont on éduquait les filles et dont on craignait pour leur vertu. Guy Bechtel explique :« La première moitié du XIX ème siècle, bien avant l’école réaliste puis naturaliste, de G. Flaubert et E. Zola, condamnait déjà les lectures romanesques sans ménagement. (…) En 1846, un abbé précisait le grief (…) »Jamais fille chaste n’a lu de romans ou, en les lisant, elle n’a cessé de l’être. »

C’était une vieille peur, un vieux préjugé…Hélas, Flaubert en a fait un chef-d’oeuvre et donc une vérité incontestée.

A l’inverse de ce phénomène, dans un monde misogyne depuis l’Antiquité hantée par le mythe de la virilité, la pornographie, banalisée, valorisée et dont la consommation est moins cachée que celle des Harlequin,  50 % des enfants de 11 ans ont vu un porno http://www.pornodependance.com/D%E9finitionPornoDependance.htm. Car depuis les années 60-70, où on a rejeté massivement le discours de l’Eglise pour gérer nos vies, et encore plus nos vies sexuelles, et qu’on a le sentiment d’être « libérés », des rudiments de psychanalyse associés à des sortes d’idées philosophiques mêlant liberté sexuelle et liberté d’expression nous font croire que rien de ce qui est sexuel ne peut être tabou ou dangereux, comme certains fondamentalistes du bio oublient que les rhododendrons, le laurier rose et les huiles essentielles sont aussi naturels qu’ils sont de redoutables poisons.

Pourtant, certaines médecins et psychiatres commencent à parler des conséquences néfastes du porno sur le cerveau et de son risque réel de conduire à l’addiction – plus réel que celui qui nous a fait jeter des tonnes d’aliments pour une date de péremption avancée pour nous conduire à consommer plus. Cette fascination pathologique pour les travaux d’Aphrodite, une fois installée, conduit à la masturbation compulsive, à la baisse de la libido, l’impuissance, le repli, la procrastination et la perte du sens de la réalité jusqu’à des niveaux graves.

Et pour le coup, ça, c’est prouvé ! Même si tout le monde ayant eu accès ou consommant du porno n’est pas touché, depuis l’accès à internet, une véritable épidémie de porno-dépendance affecte certains couples, familles, des constructions identitaires, la vision de l’autre sexe, la sexualité, les relations homme-femme et l’idée même d’amour. Mais ça, qui voudra le voir ?

Sur le net, néanmoins, les propos de médecins, neurologues et psychiatres sur cette question se multiplient, mais ils passent après ceux des groupes religieux qui condamnent au nom de valeurs démodées. Et pendant que le propos est décrédibilisé par ce phénomène, des familles et des vies se délitent pour quelques scènes de cul filmées, et les préjugés et idées reçues positifs qu’on y associe. Ce phénomène nous choque en politique, dans le social, mais dans nos vies privées, nous ne le voyons pas.

A quand le grand génie masculin – sinon, pas sûr qu’on l’écoute – pour parler de ce problème, réel, lui, dans un chef-d’oeuvre ?

Quand on pense que Flaubert avait créé un dictionnaire des idées reçues…

( Cette analyse est offerte par l’authentique épouse d’un porno-dépendant dont le problème à été transmis en héritage par son père. )

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Les objets de la beauté

Ils nous fascinent, nous attirent, nous font peur, et surtout, nous font des promesses de beauté plus ou moins tenues : ce sont les objets de la beauté. Ils accompagnent notre désir d’accomplissement esthétique, condition première au bonheur dans la destinée féminine. Au moins dans l’imaginaire collectif. Car la beauté ne fait pas nécessairement le bonheur, et l’absence de beauté n’y fait pas forcément obstacle.

Pourtant, dès le début de l’humanité, dès que des mains habiles ont été capables de ramasser des plumes, concevoir des perles ou employer une plante tinctoriale, la beauté a cessé d’être une faveur uniquement génétique pour devenir la marque d’une distinction sociale. Car en effet, malgré la démocratisation des nombreux accessoires de beauté qui ont été inventés et ont jalonné l’histoire de l’esthétique, l’accès aux améliorateurs d’apparence a toujours été le privilège d’une élite avant de devenir le privilège de tous et surtout celui des industriels et parfois des artisans dont ça a fait la fortune.

Si on les rassemblait quelque part, les objets de la beauté formeraient un immense bric-à-brac fascinant où on trouverait de tout et pour modifier toute partie du corps ou du visage : des ciseaux pour tailler cheveux, ongles, pièces de cuir et de vêtements, des pinces pour extirper les poils anarchiques ou pour fermer un collier. On trouverait également de nombreux produits utilisant la couleur : teintures pour vêtements, pour cheveux, couleurs des fards, des crèmes, des correcteurs, des embellisseurs, des autobronzants, des vernis, des tatouages. Il y aurait encore des objets pour trouer : le vêtement pour le coudre, la peau pour la percer, la tatouer ou la réparer chirurgicalement,

Il y aurait également les objets qui redressent, redessinent, améliorent la silhouette – voire le visage – en serrant, compressant comme les gaines, les ceintures, les corsets, les culottes ventre-plat, les collants amincissants, les soutien-gorge minimisant ou au contraire rembourrant, gonflant la poitrine, les pantalons remontant les fesses, affinant les cuisses, mais aussi les chaussures à talons nous rehaussant, nous faisant gagner une taille et prendre de la hauteur.

Ces objets peuvent avoir toutes matières : métal, huile, plastique, gel, poudre, liquide, laine, satin, soie, viscose, et toutes textures : souple, rigide, mou, dur, froid, soyeux, gélatineux, granuleux, aérien…Ils nous lavent, nous parfument, assouplissent notre peau, font luire les cheveux, les éclaircissent, luttent contre le relâchement cutané, la grisaille de la peau, donnant l’illusion du maintien, de la beauté, de la jeunesse, nous font « perdre une taille » ou juste cassent l’austérité d’un vêtement par une touche de fantaisie.

A l’avant-dernier stade de l’utilisation des objets de la beauté, nous trouvons les outils médicaux utilisés dans la chirurgie plastique et les technologies de pointe comme des ultra-sons, des lasers, des appareils de cryogénisation dans l’amincissement ciblé, et autres procédés « brevetés » et « uniques ».

Rien de tout cela n’est nouveau, pourtant. Mettre son inventivité au service de la beauté, l’Homme le fait depuis qu’il fabrique des objets. Lui donner une dimension technologique, en revanche, il le fait depuis le triomphe conjugué de la science, de l’industrie et de l’économie de marché, c’est-à-dire le début du XX ème siècle.

Le dernier stade de l’utilisation des objets de la beauté est celui du XXI ème siècle, où la technologie, avançant à pas de géant, court plus vite que son concepteur, ne lui permettant pas de se projeter lui-même de façon cohérente dans l’avenir qu’il est en train de créer. Et les objets qui, autrefois dans le domaine de la beauté, servaient à se rendre plus beau qu’on ne l’était auparavant, à devenir un être humain en mieux, peuvent désormais incarner par eux-mêmes l’idéal de beauté à atteindre, prouvant que dans tous domaines, esthétique y compris, la créature a dépassé le créateur.

Et dans cette aventure contemporaine du mythe de Pygmalion, les gourous étranges d’un nouveau type de beauté – Valeria Lukyanova, Justin Jedlica – nous montrent la voie d’un idéal en plastique, originellement de 29 centimètres, né en 1959 dans les usines Mattel.

http://orleansactu.fr/valeria-lukyanova-et-justin-jedlica-alias-barbie-et-ken/

Un phénomène qui, au-delà du ridicule apparent, nous interroge fortement…

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Photo à la Une : masques et appareillages anti-rides de l’institut Anglais de Beauté de Mary Earle, vers 1900.

Forces et subtilités du maquillage noir

Depuis l’Egypte antique, les yeux cerclés de noir sont une pratique courante, constituant le maquillage le plus basique et donc le plus simple. Et pourtant, la subtilité de ses emplois et de ses effets sont incontestables, à condition d’y regarder de plus près.

C’est le maquillage le plus simple, le plus basique, oui, mais c’est d’abord le plus mal connoté car c’est celui qui met le plus en valeur les yeux et donc attire le plus le regard. Or, chez les chrétiens, le maquillage a toujours été mal vu car assimilé à la séduction qui s’oppose à la vertu, il a l’art d’attirer le regard. D’après la logique des théologiens, après le regard viendra le désir, après le désir viendra la faute et après la fauté le péché. Et de fait, le maquillage noir, qui peut être sur-représenté sur les podiums et au cinéma, est en réalité sous-représenté dans la vie ordinaire car très fortement sexualisé. Et c’est vrai que les femmes qui le portent et chez qui on le remarque fortement ont quelque chose à voir avec un esprit frondeur : goths, punks, adeptes du rock et du métal, ou juste des femmes puissantes qui assument tous les aspects de leur personnalité.

Cette caractéristique culturelle a surtout cours en Occident. Chez les femmes du Maghreb ou de l’Orient en général, le khôl en fard gras ou en poudre, ordinaire, local et très ancien d’emploi, est connoté positivement aussi comme un symbole d’identité. Une femme du Maghreb dont les yeux sont maquillés en noir ne choque personne et aucun jugement sévère n’est apposé sur elle du seul fait qu’elle se maquille ainsi. Mais n’est-ce qu’un phénomène culturel ?

A bien y réfléchir, un maquillage noir sur une peau brune, entourant des yeux sombres et des cheveux noirs, n’a rien de choquant. Cela constitue une harmonie dans laquelle le noir du fard n’est qu’un rappel du noir des cheveux, des sourcils, cils et yeux. Mais sur une Occidentale, l’effet n’est pas le même. Sa peau, ses cheveux, ses yeux sont souvent clairs. Pour peu que les cils et les sourcils soient également blonds, le contraste avec des yeux cerclés de noir sera beaucoup plus saisissant, voire agressif et choquant.

Cette mise en valeur particulière des yeux, si elle paraît provocante dans la vie ordinaire, s’avère indispensable au théâtre ou à l’opéra où la faible distance suffit à faire disparaître les yeux des acteurs et actrices et du même coup les émotions qu’ils doivent transmettre au regard du spectateur. Le regard rehaussé de noir et très maquillé a alors le pouvoir de refaire le lien avec le public, provoquer son  empathie et donc réaliser la catharsis. Les émotions, enfin accessibles au spectateur grâce à l’utilisation du fard le plus puissant, vont favoriser la purgation et par là, la purification de l’âme. Du même coup, les personnages sont sublimés et les acteurs, embellis, ont cette sorte d’aura particulière qu’on attribue aux souverains depuis l’Egypte antique et qui a le pouvoir de changer une personne ordinaire en une divinité.

Une de ses autres forces est de pouvoir rajeunir l’oeil vieillissant. Un très léger trait de crayon sombre, tracé finement au ras des cils – tout en éclaircissant les zones alentour – a le pouvoir de compenser visuellement la perte de volume et donc de faire paraître plus jeune en ouvrant le regard, comme Horus retrouvait sa beauté et compensait la perte de son oeil gauche par le maquillage. Rappelez-vous le scandale autour de la photo d’Uma Thurman : ses yeux, mis en valeur par des couleurs claires sans qu’un trait de crayon ne vienne compenser la perte de volume obligatoire avec l’âge, se sont mis à trahir leur âge réel.

Paradoxalement pour le fard à la couleur la plus puissante, il est possible de mettre en valeur le regard de façon extrêmement subtile avec du maquillage noir, à condition d’utiliser un vrai khôl sous forme de bâton gras. Pour un effet presque invisible qui a le pouvoir de blanchir le blanc de l’oeil et souligner naturellement comme avec une plus grande épaisseur de cils, faites comme les femmes du Magreb qui se mettent du khôl avant de se coucher pour profiter de ses effets légers mais incontestables le lendemain. Pour en renforcer l’effet, vous pouvez mettre une goutte de jus de citron dans chaque oeil si vous êtes courageuse. Le blanc de l’oeil, assaini, fera d’autant plus ressortir votre iris, mettant l’accent sur la beauté de votre regard. L’effet est magnifique !

Enfin, le dernier point, comme à l’époque des Pharaons, et à condition de l’acheter dans des boutiques indiennes, vous pouvez trouver des bâtons de khôls camphrés qui rafraîchissent l’oeil et surtout le protègent de certaines affections courantes, même s’il est difficile d’en parler dans nos sociétés modernes. Pourtant, devinez avec quoi je fais cesser mes démangeaisons aux yeux consécutives aux rhinites allergiques, sans jamais avoir besoin de gouttes et autres produits de pharmacie ? Bien sûr, cela reste entre nous. La plupart des gens vous diraient que ce n’est pas possible, voire, au pire, que c’est dangereux. L’ambivalence du khôl, il est vrai, a longtemps été dans son équilibre entre son efficacité et sa toxicité.

Depuis l’époque des pharaons, les subtils et différents pouvoirs du khôl n’ont pas cessé.  Si nous ne le voyons pas toujours, c’est que nous ne lui accordons ni place ni importance.

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Comment se faire aimer ?

Non, lecteur, lectrice, ceci n’est pas une vaine promesse faite par l’article d’un obscur blog d’une obscure blogueuse destinée à s’attirer du monde.

Comment se faire aimer n’est pas un rêve inaccessible, un désir destiné à ne pas se réaliser, mais une question de méthode, de lieu et de moment, d’après ce que nous apprend l’ethnopsychiatre Tobie Nathan dans son ouvrage Philtre d’amour. Son sous-titre : « Comment le rendre amoureux ? Comment la rendre amoureuse ? » en dit assez long sur son contenu qui prend appui aussi bien sur les mythes que les témoignages contemporains ou les analyses de rituels traditionnels de magie amoureuse de toutes cultures. C’est de cette diversité que l’auteur, ethnopsychiatre, spécialiste de la psychanalyse et enseignant en psychiatrie à l’université, va tirer une synthèse incroyablement pertinente de ce qui permet de fonder le sentiment amoureux.

Pour laisser le plaisir de la découverte de ce livre intact à qui serait intéressé, ne seront choisis, expliqués et précisés que certains éléments qui ne suffisent pas à créer la formule entière de l’amour mais vous dévoileront en tous cas certains de ses mécanismes. Les mots , la façon de s’exprimer, la façon d’ordonner, sauf mention contraire, ne viendront pas non plus tous de l’auteur, qui est avant tout notre guide et la caution intellectuelle de l’article.

– L’amour n’est pas une question de beauté

C’est peut-être la meilleure nouvelle pour ceux qui ne se sont jamais considérés comme beaux ou belles. L’amour vient de l’âme et c’est donc l’âme qu’il faut toucher. Certes, la beauté pourra être un élément de l’accroche de cette âme, mais en définitive, même si celle-ci n’est pas là, l’âme comble les vides et supplée à ce qu’elle croit lui manquer. La phrase de Proust : « Laissons les belles femmes aux hommes sans imagination. », illustre complètement cette vérité. Nous trouvons beau ce que nous acceptons comme tel, et n’importe quelle nouvelle ouverture au monde, n’importe quelle vision qui comble nos attentes peuvent être vues comme de la beauté. Ce qui compte, c’est de sembler apporter à celui ou celle qu’on aime et dont on veut se faire aimer, la chose que cette personne désire profondément ( plus de bonheur, de rêve, l’oubli des soucis, etc.).

– Choisir le moment

Tomber amoureux est aussi une question de moment. Comment un moment peut-il être favorable pour être aimé ?

Si la personne est déjà en couple et heureuse de l’être, il ne faut pas compter dessus et c’est normal. En revanche, c’est possible après une déception, dans une période de doute, de flottement, de tristesse ou de fatigue, aussi, mais également de grande joie nouvelle, inattendue et créatrice qui va permettre à la personne d’être plus ouverte, nous explique Tobie Nathan. L’idée de l’auteur, empruntée aux conceptions animistes, est celle d’une « âme qu’on doit saisir au moment où elle sort de son enveloppe ».

Cela rappelle certaines croyances anciennes, qui perdurent parfois, et qui exigent notamment qu’on ne réveille jamais brutalement quelqu’un qui dort car l’âme, sortie du corps, ne pourrait retrouver son chemin à temps. Qui a vu une personne se réveiller brutalement et ne plus savoir où elle est ni à quel moment elle se trouve, peut-être même qui elle est, comprendra de quoi il est question.

De la même manière, chaque moment particulier de vie nous met sur un chemin ( la grossesse vers la voie de la parentalité, par exemple ) ou à la croisée des chemins, où le moi doit se réinventer ( deuil, divorce, licenciement font basculer l’âme vers l’inconnu d’où émergeront de nouveaux choix ).

– Choisir le lieu

Tobie Nathan nous explique que les couples appellent les couples, et dans un monde où il n’y a plus de temples dédiés à l’amour, le bon lieu pourrait être un mariage. Dans le film 4 mariages et un enterrement, on nous répète justement que 50 % des gens ont rencontré leur conjoint à un mariage. Les lieux où on célèbre des mariages ( mairie, église, synagogue…) sont donc également propices.

Mais si nous n’avons plus de temples, nous avons encore d’autres lieux culturels associés à l’amour que nous pouvons ajouter à la liste : Paris ( pour ceux qui ne sont pas parisiens, surtout ), Venise ( à réserver à ceux qui ne connaissent pas son histoire ), le Taj Mahal, tombeau représentant un des plus puissants symboles d’amour ayant jamais existé. Plus curieusement mais aussi plus simplement, nous trouvons les ponts, qui ont la capacité d’embellir une personne sans qu’on sache trop pourquoi, et les cimetières où on peut rencontrer, en France, par exemple, la tombe d’Héloïse et d’Abélard et dont on doit trouver des équivalents dans d’autres pays, des pierres tombales exaltant l’amour d’une vie et la tristesse de l’avoir perdu, ou bien encore, comme vu chez les incinérés du Père Lachaise, cette simple plaque mentionnant « toi et moi », rappelant que des gens peuvent vouloir s’unir pour l’éternité dans une confusion de cendres et d’identités d’où ne reste que l’idée de deux personnes qui se sont aimées.

Voilà, cher lecteur, chère lectrice, la suite t’appartient. Tobie Nathan ajoute comme mise en garde qu’il est difficile de se débarrasser ensuite d’une âme qu’on a captivée. On pourrait se demander aussi si une relation basée sur une telle construction ne risque pas de manquer d’équilibre, car manifester son pouvoir pour rendre amoureux rend l’amour bien mécanique et peut-être aussi un peu triste.

A toi de voir.

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Le massage, rencontre avec la beauté intérieure

Le massage est une pratique médicinale très ancienne développée dans beaucoup de civilisations selon leurs propres conceptions culturelles, leur histoire et les fonctions qu’elles lui ont assignées. En Inde, par exemple, le massage est au coeur des pratiques de la médecine traditionnelle, l’Ayurvéda. En Corée et ailleurs en Asie, le massage est si courant qu’il est d’ailleurs une pratique d’enfant aimant à l’égard de ses parents. Au Maghreb, et un peu partout dans le monde musulman, il est au coeur des pratiques hygiéniques développées avec art dans le hammam. En Occident, par contre, son statut est beaucoup plus ambivalent.

Son histoire connue remonte à la Grèce antique où il faisait partie des techniques de soins prodigués notamment aux athlètes. Il a également été exercé par de prestigieux médecins sur des empereurs romains atteints de diverses maladies, comme l’était Jules César, par exemple. Mais comme aujourd’hui où de nombreux salons de « massages » dissimulent en réalité des lieux de prostitution, la pratique du massage à Rome fut rapidement dévoyée et son usage interdit dès que le Christianisme gagna l’Empire.

Devenue suspecte, la pratique dut attendre longtemps avant de refaire son apparition. Mais le massage n’est pas le réel problème, et notre connaissance en histoire de l’hygiène en Occident nous rappelle que pendant de longs siècles, se laver même était devenu presque impossible, comme nous le démontre le bain annuel de Louis XIV dont nous avons tous entendu parler. Le problème du massage en Occident est en réalité celui du corps, très déconsidéré dans les cultures judéo-chrétiennes. L’omniprésence des appareils électriques dans les cabinets de kinésithérapeutes qui, autrefois, y allaient de leurs propres mains et qui maintenant laissent faire le courant, confirment ce rapport gênant au corps qui a finalement été évacué autant que possible de la majorité des pratiques médicales.

Parallèlement pourtant, sous l’impulsion très contemporaine du « bien-être » comme valeur positive, des offres de massages de détente – interdits désormais sous cette appellation réservée au domaine médical, contre celle de modelage, à la pratique pourtant identique – inondent le marché sous des formes toujours nouvelles, exotiques, faussement anciennes ou réinventées pour créer une offre aussi diversifiée que dans un supermarché : massages ayurvédiques, thaïlandais, suédois, shiatsu, aux pierres chaudes, à la bougie, etc..

Dans ce méandre d’offres compliquées entre prostitution, pratiques médicinales mésestimées de bien-être dont les symboles multipliés, et un peu superficiels – bougies, musique de relaxation aux synthétiseurs – dérangent parfois plus qu’ils ne détendent, la vérité sur le massage se perd dans les emplois artificiels ou dévoyés qu’on en a fait.

Pourtant, le massage est une pratique qui agit à des niveaux si profonds sur la beauté qu’on a peine à le réaliser pleinement. Sur le muscle endolori, par exemple, il est désormais établi scientifiquement par le chercheur en neuro-métabolisme, Mark Tarnopolsky, que le massage n’agit pas superficiellement mais au contraire profondément sur les gênes musculaires de façon à créer un effet anti-inflammatoire. Plus qu’un léger bien-être provoqué par un agréable pétrissage, la pression se transforme en information biologique qui va activer des gênes aux effets réparateurs.

De même, cette pression exercée sur le corps a un impact sur notre façon de nous sentir être au monde. Etre massé, c’est être comme le petit enfant pour qui la caresse ou le soin de la mère est une forme d’amour, d’acceptation complète de sa personne. C’est pourquoi le massage a le pouvoir de dissiper la dépression, le dégoût de soi, le déni de son propre corps au profit de son acceptation, d’une bienveillance rarement éprouvée à son endroit, et de la conscience de sa beauté profonde, essentielle, loin de tous les canons esthétiques en vigueur.

Car mieux encore que la nourriture, l’accueil sincère par le corps social signe, comme peut le faire toute forme d’amour, le droit à sa santé mentale, sa reconnaissance et au prolongement de sa vie, comme le dit Bloom dans son célèbre Principe de Lucifer : » s’embrasser régulièrement fournit de l’oxygène supplémentaire et stimule la production d’anticorps. La proximité des autres peut guérir. » Cette proximité se fait de façon directe par le massage, directe et rapidement active sur de nombreux troubles mentaux. En médecine indienne traditionnelle, schizophrénie et dépression se soignent d’ailleurs par le massage.

Et cela vaut aussi pour l’auto-massage qui a l’art de nous entraîner au-delà des jugements sévères que nous nous adressons lorsque nous comparons notre enveloppe malheureuse avec celles de beautés inatteignables, pour nous faire découvrir malgré nos conditionnements les vraies limites de notre corps et de notre beauté dans son essence.

Enfin, le masseur  d’Himmler, Felix Kersten, savait si bien faire disparaître la douleur de son patient, qu’il a permis de sauver 100 000 vies dont celles de 60 000 juifs, de 1941 à 1945. Certes, ce fut la crainte de ne plus bénéficier de ses soins qui poussa Himmler à se laisser de plus en plus manipuler par les chantages de ce philanthrope qui échangeait des soins contre la vie d’être humains et qui est encore trop peu connu du grand public, mais on ne peut s’empêcher de se dire qu’il y a peut-être aussi un peu de ce pouvoir qu’a le massage de nous révéler notre beauté intérieure et notre lien profond avec le corps social, et finalement avec l’humanité tout entière…

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La beauté vient-elle de l’intérieur ?

« La beauté vient de l’intérieur » est une de ces affirmations pleines de bon sens et surtout de bonnes intentions qui a le bénéfice de paraître attacher son regard sur la profondeur d’une personnalité plutôt que sur l’apparence physique qui seule, en réalité, attire le regard. C’est d’ailleurs un type de discours qu’on entend au moment où, ayant dû vivre ou ressentir un rejet à cause de notre physique, une âme secourable tente de nous rassurer par cette sentence qui sent quand même un peu sa mauvaise foi.

Pourquoi la mauvaise foi ? Et bien tout simplement parce que les filles exposées dans les médias ne sont pas montrées pour leur beauté intérieure mais pour leur capacité à attirer le regard, qui se fiche de leur valeur personnelle. Si c’était pour leur beauté intérieure qu’on s’intéressait à elle, on ne les exposerait pas à moitié nues car on n’en aurait pas besoin. On les ferait parler d’elle et de leurs qualités morales et leur vision supérieure du monde qui suffirait à nous éclairer. En guise de vision supérieure du monde, elles posent dans leur bikini et se roulent au ralenti dans des draps cachant suffisamment leur nudité pour donner à la fois l’impression qu’on n’a rien vu et à la fois nous en montrer assez pour nous pousser à la consommation.

Il n’y a que les filles qui ne peuvent pas se considérer comme des beautés qui doivent déployer des qualités morales à défaut du reste, n’est-ce pas ? La beauté intérieure, compensation des moches et consolation pour ceux qui se mettent avec des laiderons ?

Et si on menait honnêtement l’enquête ?

La beauté est extérieure, c’est clair et elle est, surtout pour une femme, la vitrine qui va lui permettre de se faire connaître plus rapidement, à tel point que la beauté correspond à deux années d’études supplémentaires du fait des avantages sociaux qu’elle représente. Car la beauté, c’est une crédibilité accrue, des possibilités de rencontres multipliées et donc une augmentation des opportunités de travail, de confort, de vie sociale, etc. Mais c’est aussi une augmentation des convoitises pouvant déboucher sur de vrais traumatismes et un rapport aux autres où perce une méfiance devenue nécessaire au fil du temps.

C’est visible chez certaines actrices dont le corps nu a été exposé trop tôt, mais également chez des mannequins qu’on fait parler, quelquefois. Certaines manifestent des propos teintés de désillusion, de méfiance et de misanthropie alors qu’elles sont encore jeunes, d’autres exposent le choc qu’elles ont éprouvé à vivre la vie d’un mannequin : évaluation des dents, des seins, sans respect ni considération pour leur personne, comme dans une vente aux bestiaux…Car ça peut être le prix à payer pour être célèbre d’abord pour sa « belle enveloppe ». De même, souffrir de s’être entendu dire que la beauté vient de l’intérieur à un moment où on ne s’est pas sentie belle, c’est oublier que les belles femmes souffrent du problème inverse : focalisés sur leur beauté physique, beaucoup peinent à voir reconnue leur beauté intérieure.

Quant à la beauté, elle est dans l’oeil de celui qui décide de qui est belle ou non, et parfois, celui qui dit que vous êtes  laide, c’est celui qui disait que vous étiez belle avant que vous refusiez de sortir avec lui…Etre dite « belle » ou « moche », ça peut aussi d’abord être un mot qu’on emploie pour sa puissance d’évocation et sa capacité à construire ou détruire. Et parfois, c’est juste la manifestation de la relativité. C’est pourquoi même celles que nous trouvons sublimes aujourd’hui ont pu être et sont encore parfois qualifiées de laides, juste parce que pour les yeux de quelqu’un, c’est vrai.

Par ailleurs, il ne faut jamais perdre de vue que dans une société de consommation, la beauté médiatiquement exposée n’existe pas matériellement, c’est d’abord un produit, une image construite à partir d’une photo choisie parmi des centaines d’autres et qu’on a traitée à l’aide de logiciels de retouches des plus précis dans le but de provoquer le désir qui, dans le commerce, a l’art de se transformer en millions. Aucune personne réelle ne peut rivaliser avec ça.

Et finalement, la beauté vient-elle de l’intérieur ou pas ?

Oui, mais pas tout de suite. A terme, si une femme est sublime mais possède une personnalité infecte, sa beauté physique n’aura plus d’impact sur ceux qui la connaissent vraiment car notre attrait pour la beauté n’existe que parce que nous voulons propager de bons gènes ou nous flatter l’ego, mais si elle n’est pas en même temps porteuse de bonheur, qui seul sait défier le temps, alors son pouvoir d’illusion ne reste pas. La beauté extérieure n’apporte pas le bonheur à ceux qui croient la posséder si elle n’est pas renforcée par la beauté intérieure. Mais à l’inverse, la beauté intérieure se suffit à elle-même, car le potentiel de bonheur qu’elle contient dépasse les avantages de l’image sociale apportés par la beauté physique, peu durable.

Alors, c’est vrai que parfois, nous sommes comme ces gens qui se sont cassé la tête à acheter un jouet magnifique et intelligent à un enfant et qui ont de la peine à le voir ne s’intéresser qu’à l’emballage. Un jour, pourtant, la valeur de ce jouet sera reconnue. En attendant, on souffre, c’est vrai, car la compréhension de la qualité des gens au-delà des illusions ne dépend pas de notre désir et met du temps à s’apprendre.

Mais vous aussi, vous pouvez apprendre, apprendre que celui qui ne vous reconnaît pas pour ce que vous êtes ne vous mérite certainement pas, d’abord parce qu’il a d’autres objectifs ou d’autres croyances, et que son bonheur passe d’abord par son image sociale. Et vous pouvez apprendre aussi que vous obstiner pour une telle personne, c’est nuire à votre beauté intérieure, qui sera sûrement mieux placée auprès de quelqu’un qui saura l’apprécier.

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Que reste-t-il d’Aphrodite dans les magazines féminins ?

Le magazine féminin n’a pas toujours bonne presse. Accusé d’être superficiel, de pousser à la consommation, d’être blindé de pubs, de photos de mannequins à la plastique de rêve, inatteignable et génératrice de complexes, on l’entend beaucoup plus blâmer que louer. Et il faut reconnaître qu’effectivement, ses motivations peuvent paraître floues.

Des magazines féminins, il en existe des dizaines et les plus célèbres d’entre eux ont une histoire qui remonte aux années 30 et 40, époque de l’essor des grandes maisons de couture et de parfum. Certains se revendiquent féministes et intellectuels, d’autres s’adressent aux femmes par tranche d’âge, certains sont axés sur la mode, d’autres s’adressent à des femmes d’origines variées, d’autres encore s’avèrent plus populaires ou généralistes.

Comment faire alors pour s’y retrouver ? Justement, il ne faut pas s’y retrouver. Il faut s’y perdre pour qu’apparaisse quelque chose. Trouver Aphrodite est de toute façon une tâche assez difficile, quelles que soient les circonstances, alors, la trouver dans un magazine féminin peut paraître encore plus ardu. Car si on juge ce type de magazines par rapport à son contenu majoritaire et apparent, on y verra un produit dont l’objectif est de faire des femmes des acheteuses compulsives, victimes de leurs complexes et qui n’a parfois pas de scrupules pour choisir ses pubs.

Ainsi, au milieu des mille et une publicités vantant les crèmes traditionnelles, vous pouvez en trouver une affirmant que 80% des crèmes proposées sur le marché sont inefficaces, voire nocives ! Vous avez dit incohérence ? Il y en a d’autres ! Ces magazines féminins intelligents qui affirment que les femmes taillant du 34 à 38 constituent seulement 20% de la population sont aussi ceux qui font des numéros « spécial rondes » pour parler des 80% restant, qu’on devrait en bonne logique appeler au contraire des « normales » puisqu’elles constituent la norme. Non, les normales doivent être les 20%, tout comme les numéros post fêtes sont consacrés à la detox, le printemps vous propose des régimes « objectif maillot », une fois dans le maillot comme on vous l’a dit, les numéros d’été mettent l’accent sur les meilleures façons de draguer et de faire l’amour, comme si tout le monde avait attendu cette période-là pour s’y mettre.

Et pourtant…

Pourtant, dans ces pages, au milieu des pubs envahissantes, des publicités déguisées en articles, vous avez une longue tradition féminine qui se perpétue, où, Aphrodite, comme elle l’a toujours fait, aime la coquetterie, les bijoux, vêtements, parfums, cosmétiques, accessoires parfois jusqu’à l’excès, au point de nécessiter, dès l’Antiquité, des lois somptuaires pour limiter l’ostentation.

Depuis toujours aussi, c’est l’Amour que les femmes recherchent, et les questions sur l’amour et les relations sont toujours au coeur des problématiques des magazines féminins, de la drague à la conception des enfants en passant par les différentes formes d’engagement. Bien sûr, ces questions s’articulent aujourd’hui autour de préoccupations plus complexes et contemporaines telles que l’équilibre à trouver entre travail, vie de famille et vie de couple, mais rien n’a changé néanmoins dans le désir d’une union stable et épanouissante. Ces questions, traitées dans des articles enrichis de paroles expertes de juristes et professionnels de l’éducation, ont le bénéfice d’éclairer les zones d’ombre en laissant malgré tout souvent le dialogue ouvert.

Depuis toujours aussi, même teintées de tabou autrefois, les questions de sexualité sont au premier plan des interrogations des femmes malgré certains articles s’avèrant parfois dans une veine plus consumériste – avec la valorisation des gadgets et autres propositions de positions de Kâma Sûtra, par exemple – que vraiment constructive. Et la sexualité, c’est aussi la santé, une santé délicate pour les femmes, et sur cette question, le magazine féminin, c’est le conseil des Sages, des anciennes qui informent, guident et rassurent les autres femmes. Et à l’ère de l’égalité et de l’information, ce conseil est celui des expertes, des professionnelles, des médecins, gynécologues et psychologues, chercheuses, etc.

Mais le magazine féminin, c’est aussi la voix des femmes ordinaires, et parfois aussi des hommes, qui, par leurs témoignages, nous aident à élargir notre point de vue logiquement limité à notre domaine de croyances et d’expériences qui s’avère nécessairement restreint. C’est le plus souvent de leurs récits, courts et accessibles, que nous nous enrichissons, dans les magazines féminins qui ont tenu à leur laisser de la place.

On peut découvrir par exemple, à la lecture d’un témoignage sur la vie sexuelle, qu’il y a une différence entre donner son consentement à quelque chose qu’on imagine et à quelque chose qu’on connaît, car le premier procède de l’illusion et l’autre du savoir, et que la sortie du fantasme et la rencontre de la réalité peut s’appeler le traumatisme. Un traumatisme que certaines nous racontent dans l’espoir que d’autres n’aient pas à le vivre. Rien que pour cet espoir, nous pouvons avoir de la gratitude, et ce d’autant plus que le souvenir d’une lecture peut nous permettre de faire parfois un choix avisé grâce à ce savoir par procuration qu’on appelle l’expérience d’autrui.

Et, vous l’avez vu, ce petit rituel ancien, sans importance, qui pousse les femmes à commencer leur magazine par la fin ? C’est une vieille coutume, qui a des millénaires d’âge et qui consiste à aller regarder, même si on prétend ne pas y croire, si la conjonction des planètes nous est favorable, quitte à l’oublier aussitôt. Une tradition merveilleuse qui survit à sa propre croyance, et qui nous relie à des millénaires de rêves féminins d’amour, de bonheur, et de destinée fantastique.

Vénus est dans votre signe : Foncez !

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La Vénus de Milo version Pop Art

A la boutique du Louvre, la Réunion des Musées Nationaux a décliné certaines oeuvres emblématiques du musée telles que la Joconde et la Vénus de Milo en version Pop Art. La raison invoquée pour la Vénus de Milo est le fait que les statues et oeuvres d’art grecques antiques étaient polychromes. Bon, admettons même si elles sont ici monochromes en série ( non, ce n’est pas un nouveau profil de tueurs, seulement de moulages ).

Néanmoins, je me demande la raison qu’ils ont invoquée pour la Joconde…

Allez, reconnaissons à cette initiative la qualité de faire du neuf avec du vieux, de nous en mettre plein la vue et de nous inciter à réfléchir sur la valeur de l’oeuvre d’art et son accessibilité. De toute façon, tout le monde aime le Pop Art…

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Les tours du monde web. 2.0 de la Beauté

La Beauté, objet fascinant et fantasmatique de désir depuis la nuit des temps, semble s’offrir depuis quelques temps un coup de jeune et un coup de buzz grâce au web 2.0 qui permet la communication des idées dans une ouverture au monde passant par la collaboration. Les projets beauté deplus en plus intéressants s’offrent ainsi une visibilité extraordinaire grâce à la participation du plus grand nombre de personnes relayant les projets via les sites et les différents réseaux sociaux.

De quels projets s’agit-il ?

– Le projet d’Esther Honig : cette jeune journaliste et blogueuse américaine de 24 ans a diffusé sa photo et demandé à des graphistes de la rendre simplement plus belle. Elle diffuse les résultats sur son blog, ici : http://www.estherhonig.com/#!viral-/cax1

– Le projet de Priscilla Yuki Wilson : cette américaine de 27 ans ne propose pas autre chose aux internautes que ce qu’a fait Esther Honig. En revanche, les défis sont plus grands pour ceux qui veulent la rendre belle car Priscilla est à la fois plus ronde – peu apprécié en termes de beauté – et métis japonaise et noire américaine – cas trop rare pour pouvoir faire l’objet de normes. Le résultat, c’est ici : http://priscillaywilson.wix.com/priscillayukiwilson#!blank/c1de8

– Le projet de Mihaela Noroc : photographe roumaine de 30 ans, elle décide de faire un atlas de la Beauté qui consiste à photographier la beauté des femmes de tous les pays du monde. Elle demande aux internautes d’y contribuer en lui donnant l’argent nécessaire pour poursuivre son voyage et donc son projet, dont on voit beaucoup de photos ici : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/photos/l%E2%80%99atlas-de-la-beaut%C3%A9/ss-BBhSEdx

Que peut-on en penser ?

Ce sont de bonnes initiatives qui font rêver et réfléchir avant toute chose et leur médiatisation nous fait accourir.

Dans le projet d’Esther Honig, on peut voir le poids de la culture dans le traitement des photographies selon certains pays. C’est surtout vrai pour le Maroc, culturellement marqué par la mode musulmane visible à l’habillement complet et au voile, et les Etats-unis où la sophistication, notamment sur les cheveux, rappellent ce qu’on sait de la culture des cheveux féminins qui sont sur-travaillés. Même chose dans le traitement des photos de Priscillia dont le projet n’est pas différent : l’une des photos venue des USA la transforme en afro-américaine perruquée typique, la vietnamienne la fait considérablement maigrir et dans les pays où on est plutôt blanc, on éclaircit souvent sa peau.

Chez Mihaela Noroc, pas de doute : les photos sont magnifiques, les femmes choisies sont souvent très belles, et le choix du cadre dans lequel les photos ont été faites est toujours judicieux. C’est un tour du monde idéal et qui fait rêver la toile, c’est certain.

Fait-on vraiment le tour du monde ?

On fait le tour d’un monde, en tous cas, car des interrogations subsistent une fois qu’on s’est laissé bercer par le caractère inédit de ces expériences, de l’originalité de la démarche et la diversité des réponses.

En effet, quand Esther Honig et Priscillia Yuki Wilson donnent leurs photos à retravailler par les internautes pour les rendre belles, ceux qui les transforment le font selon plusieurs critères qui ne sont pas mentionnés et qui peuvent comprendre : leurs critères de beauté personnels et non culturels, leurs obsessions personnelles et leur rapport à la technologie qu’ils utilisent, c’est-à-dire quelles techniques ils préfèrent utiliser pour la retouche photo en dehors de toute considération pour les canons esthétiques en vigueur. La question se pose par exemple pour les photos où le fond a plus été travaillé que le modèle lui-même. Par ailleurs, que sait-on réellement des critères de Beauté de la Macédoine ou des Philippines, par exemple ? Sans une connaissance des canons esthétiques en vigueur dans les pays représentés, difficile d’évaluer si ce sont les critères collectifs ou individuels qui ont primé dans la retouche des photos.

Comment penser que des photos retouchées sans explications des intentions peuvent refléter de façon certaine des critères de Beauté censés être culturels quand les individus ne sont pas faits que de culture ?

Le travail de Mihaela Noroc est magnifique, mais une fois passé l’émerveillement, un constat s’impose que vous pouvez sans aucun problème faire vous-même : de photo en photo, à très peu de choses près, on croirait voir le même modèle. Car si la couleur de peau ou de cheveux change, de même que le type ethnique et l’habillement, nous avons le même type de femme récurrent : corps souvent mince, visage régulier, yeux en amandes, regard intense, bouche toujours légèrement charnue, et majoritairement les cheveux longs. Une photo diffère et on se dit qu’il y a finalement plus de diversité qu’on ne le croyait. Erreur ! C’est l’auto-portrait de la photographe.

Mihaela Noroc a visiblement choisi les belles femmes du monde en fonction de ses propres critères de Beauté qui, par chance, ressemblent à ceux de tout le monde.

Ces tours du monde de la Beauté sont intéressants et il faut être franc : on adore les regarder. Mais comme dans la réalité des voyages, ils montrent leurs limites car ils ressemblent à ces séjours que les touristes font sans jamais bouger de leur hôtel, loin de toute rencontre authentique avec le pays visité, tant les plus infranchissables frontières sont culturelles.

En réalité, nous sommes bien incapables, à titre individuel ou collectif, de voir la Beauté par les yeux de l’Autre.

Voilà un des nombreux défis que la modernité se doit de poser à l’Avenir…

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Beauté, relativité et temporalité

Dans ce qu’on appelle Beauté, il n’y a jamais d’absolu, jamais de fixité et ce qu’une époque a pu adorer, a pu trouver beau et désirable, une autre époque le trouvera méprisable et se demandera comment on a pu qualifier cela de beau. Pas seulement une époque mais aussi une culture tout entière. C’est vrai d’un point de vue esthétique : les tableaux adorés à une certaine époque peuvent être aujourd’hui complètement méprisés, oubliés, et de tous les ouvrages écrits qui parfois furent des révolutions pour leur époque, la plupart paraissent aujourd’hui vieillis, et personne ne les lit plus hormis les spécialistes. Et ce jusqu’à ce que quelqu’un d’influent les remette à la mode, les fasse redécouvrir…ou pas.

Lorsque nous regardons les vieux portraits des reines et princesses engoncées dans leur corset, cachées dans leurs froufrous, dénaturées par leurs perruques, on a bien du mal à s’imaginer ce que leurs contemporains pouvaient trouver de beau en elles.

C’est que nous rêvons la Beauté sous forme d’absolu en oubliant qu’elle n’est que la manifestation d’un temps et d’un moment, et avant tout l’objet d’un jugement. Il n’y a pas de beauté s’il n’y a pas d’oeil pour la voir ni de juge pour déterminer selon des critères très relatifs si c’en est ou ça n’en est  pas. En somme, dans chaque estimation de la Beauté, il y a une grande part de leurre, de mythologie et de conditionnement car étant intégrés à notre époque, nous ne pouvons qu’en subir les valeurs et donc involontairement, se les voir imposer plutôt que les accepter consciemment.

Nos critères esthétiques sont d’ailleurs également relatifs à notre désir d’intégration sociale par conformisme ou au contraire notre désir d’émancipation par l’exploration de voies différentes. Et effectivement, une personne en mal de reconnaissance sociale fera les choix de tout le monde et valorisera ce que la société valorise en termes d’art ou de beauté physique tandis que la personne en phase avec son identité et son individualité saura voir la beauté en dehors de tout conditionnement, là où tout le monde ne la verra pas mais où elle se niche peut-être malgré tout.

Cela veut-il dire que cette personne autonome est capable de voir la beauté de Marie-Antoinette ou d’autres souveraines telles qu’elles parurent à leur époque, à travers leurs portraits ? Même avec une formation d’historien ou d’historien de l’art, c’est une chose rigoureusement impossible. Appréhender la beauté d’une princesse ou d’une reine d’autrefois de la même manière que le faisaient ses contemporains ne peut s’esquisser qu’à partir de ce que nous ressentons devant une photo de Kate Middleton, par exemple.

Car la Beauté est une relativité de relativité et s’établit selon des critères restreints à partir desquels elle est envisageable. Si nous prenons pour base ces souveraines ou princesses auxquelles l’imaginaire a toujours donné à priori une forme de beauté de convention, on peut déjà poser un cadre théorique et plausible qui fait pencher le jugement de beauté beaucoup plus du côté de critères sociaux stricts que de critères philosophiques et éthérés. Ainsi, la beauté va se trouver plus facilement du côté de l’élite sociale qui comprend aussi les signes extérieurs tels que la minceur, les vêtements de luxe et les soins esthétiques spécialisés et difficilement accessibles, une histoire glamour qui fasse rêver, dans lequel le peuple puisse se reconnaître, des actions remarquables augmentant le capital sympathie de la personne ainsi jugée et avant tout une adéquation entre ce que nous attendons d’elle et la façon dont elle y répond. Kate Middleton en tailleurs élégants et Béyoncé en body, c’est la beauté. Mais l’inverse ne marcherait pas. Et Marlène Dietrich en bombe sexuelle d’aujourd’hui, ça ne paraît pas vraiment concevable à tout le monde.

Ainsi la Beauté, même si elle se rêve éternelle comme les philosophes la projettent et comme chacun se projette bien malgré lui, elle n’est que l’affaire d’une circonstance, d’une histoire, d’une émotion et donc d’un moment seulement. C’est ce qui fait que les vêtements, les coiffures, les silhouettes, attitudes, oeuvres et gens se démodent. Ce qui est démodé est ce dont nous nous sommes désengagés.

Oui, car la Beauté, c’est aussi une forme d’engagement, un pacte invisible entre la personne qui voit et la personne vue. Et l’oeil, le public, ce qui juge la Beauté, cruels, entendent la revoir telle qu’ils l’ont conçue à partir du moment où ils ne s’en sont pas désengagés. Mais gare à ceux qui trahissent ce pacte sans même le savoir, et ceux qui incarnent la Beauté reconnue n’ont pas intérêt à y faillir ! Ce sont les réseaux sociaux qui rendent le mieux compte de ces phénomènes : le scandale et les insultes qui ont explosé à partir de photos jugées imparfaites de Renée Zellweger, Uma Thurman et Angelina Jolie montrent à quel point la beauté, aussi désirable puisse-t-elle paraître, s’avère en réalité l’aliénante prison du relatif érigé en absolu.

Marlène Dietrich, qui était peut-être plus lucide que belle, l’avait bien compris puisqu’elle vécut sa vieillesse cloîtrée, refusant de montrer à chacun son délabrement physique pour que ne soient conservées d’elle que des images de sa beauté projetée de façon absolue. D’ailleurs, quelles beautés deviennent des icônes incontestées hormis celles fauchées en pleine gloire, avant tout démystifiant vieillissement et donc tout désengagement?

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