philtre d’amour

Comment se faire aimer ?

Non, lecteur, lectrice, ceci n’est pas une vaine promesse faite par l’article d’un obscur blog d’une obscure blogueuse destinée à s’attirer du monde.

Comment se faire aimer n’est pas un rêve inaccessible, un désir destiné à ne pas se réaliser, mais une question de méthode, de lieu et de moment, d’après ce que nous apprend l’ethnopsychiatre Tobie Nathan dans son ouvrage Philtre d’amour. Son sous-titre : « Comment le rendre amoureux ? Comment la rendre amoureuse ? » en dit assez long sur son contenu qui prend appui aussi bien sur les mythes que les témoignages contemporains ou les analyses de rituels traditionnels de magie amoureuse de toutes cultures. C’est de cette diversité que l’auteur, ethnopsychiatre, spécialiste de la psychanalyse et enseignant en psychiatrie à l’université, va tirer une synthèse incroyablement pertinente de ce qui permet de fonder le sentiment amoureux.

Pour laisser le plaisir de la découverte de ce livre intact à qui serait intéressé, ne seront choisis, expliqués et précisés que certains éléments qui ne suffisent pas à créer la formule entière de l’amour mais vous dévoileront en tous cas certains de ses mécanismes. Les mots , la façon de s’exprimer, la façon d’ordonner, sauf mention contraire, ne viendront pas non plus tous de l’auteur, qui est avant tout notre guide et la caution intellectuelle de l’article.

– L’amour n’est pas une question de beauté

C’est peut-être la meilleure nouvelle pour ceux qui ne se sont jamais considérés comme beaux ou belles. L’amour vient de l’âme et c’est donc l’âme qu’il faut toucher. Certes, la beauté pourra être un élément de l’accroche de cette âme, mais en définitive, même si celle-ci n’est pas là, l’âme comble les vides et supplée à ce qu’elle croit lui manquer. La phrase de Proust : « Laissons les belles femmes aux hommes sans imagination. », illustre complètement cette vérité. Nous trouvons beau ce que nous acceptons comme tel, et n’importe quelle nouvelle ouverture au monde, n’importe quelle vision qui comble nos attentes peuvent être vues comme de la beauté. Ce qui compte, c’est de sembler apporter à celui ou celle qu’on aime et dont on veut se faire aimer, la chose que cette personne désire profondément ( plus de bonheur, de rêve, l’oubli des soucis, etc.).

– Choisir le moment

Tomber amoureux est aussi une question de moment. Comment un moment peut-il être favorable pour être aimé ?

Si la personne est déjà en couple et heureuse de l’être, il ne faut pas compter dessus et c’est normal. En revanche, c’est possible après une déception, dans une période de doute, de flottement, de tristesse ou de fatigue, aussi, mais également de grande joie nouvelle, inattendue et créatrice qui va permettre à la personne d’être plus ouverte, nous explique Tobie Nathan. L’idée de l’auteur, empruntée aux conceptions animistes, est celle d’une « âme qu’on doit saisir au moment où elle sort de son enveloppe ».

Cela rappelle certaines croyances anciennes, qui perdurent parfois, et qui exigent notamment qu’on ne réveille jamais brutalement quelqu’un qui dort car l’âme, sortie du corps, ne pourrait retrouver son chemin à temps. Qui a vu une personne se réveiller brutalement et ne plus savoir où elle est ni à quel moment elle se trouve, peut-être même qui elle est, comprendra de quoi il est question.

De la même manière, chaque moment particulier de vie nous met sur un chemin ( la grossesse vers la voie de la parentalité, par exemple ) ou à la croisée des chemins, où le moi doit se réinventer ( deuil, divorce, licenciement font basculer l’âme vers l’inconnu d’où émergeront de nouveaux choix ).

– Choisir le lieu

Tobie Nathan nous explique que les couples appellent les couples, et dans un monde où il n’y a plus de temples dédiés à l’amour, le bon lieu pourrait être un mariage. Dans le film 4 mariages et un enterrement, on nous répète justement que 50 % des gens ont rencontré leur conjoint à un mariage. Les lieux où on célèbre des mariages ( mairie, église, synagogue…) sont donc également propices.

Mais si nous n’avons plus de temples, nous avons encore d’autres lieux culturels associés à l’amour que nous pouvons ajouter à la liste : Paris ( pour ceux qui ne sont pas parisiens, surtout ), Venise ( à réserver à ceux qui ne connaissent pas son histoire ), le Taj Mahal, tombeau représentant un des plus puissants symboles d’amour ayant jamais existé. Plus curieusement mais aussi plus simplement, nous trouvons les ponts, qui ont la capacité d’embellir une personne sans qu’on sache trop pourquoi, et les cimetières où on peut rencontrer, en France, par exemple, la tombe d’Héloïse et d’Abélard et dont on doit trouver des équivalents dans d’autres pays, des pierres tombales exaltant l’amour d’une vie et la tristesse de l’avoir perdu, ou bien encore, comme vu chez les incinérés du Père Lachaise, cette simple plaque mentionnant « toi et moi », rappelant que des gens peuvent vouloir s’unir pour l’éternité dans une confusion de cendres et d’identités d’où ne reste que l’idée de deux personnes qui se sont aimées.

Voilà, cher lecteur, chère lectrice, la suite t’appartient. Tobie Nathan ajoute comme mise en garde qu’il est difficile de se débarrasser ensuite d’une âme qu’on a captivée. On pourrait se demander aussi si une relation basée sur une telle construction ne risque pas de manquer d’équilibre, car manifester son pouvoir pour rendre amoureux rend l’amour bien mécanique et peut-être aussi un peu triste.

A toi de voir.

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Magie d’amour et cheveux

A la grande honte de l’Europe très civilisée, et notamment de la France dont le cartésianisme fait la fierté, nous avons connu une longue période durant laquelle la magie fut pratiquée. Le problème est qu’elle ne fut pas pratiquée que par des ignorants, comme on veut parfois nous le faire croire, mais aussi par les plus grands savants. Et c’est surtout au pays de Descartes qu’on refuse de savoir que les plus grands scientifiques, comme Einstein ou Freud, entretenaient un rapport particulier à l’esprit et à la matière et avaient des pratiques superstitieuses et magiques. Newton, plus ancien, s’adonnait avec fièvre à l’alchimie.

Dans ces pratiques, surtout celles de la magie d’amour, Aphrodite, Vénus, ont été très présentes, mais les cheveux ont également tenu une place de choix.

Si vous passez par ici, préparez-vous à un voyage au coeur de pratiques qui se sont transmises dans tous les ouvrages spécialisés d’Europe, et qui, en délit de désuétude et d’absurdité ont fait la honte de l’Europe avant de devenir le fonds de l’imaginaire de la société de loisirs qui y puise l’inspiration pour ses romans, films et séries fantastiques, ses jeux video, etc.

Les sortilèges qui suivent viennent du livre d’Alexandre Legran ( un pseudonyme, sans doute ), Les vrais secrets de la magie noire, applications, non daté mais certainement du XIX ème siècle, et qui reprend les sorts de livres plus anciens comme ceux du Grand et Petit Albert, qui datent du Moyen-Age. On trouve cet ouvrage sur le site de la BNF, l’excellent Gallica.

Quelques pratiques divinatoires

– «  La veille de la Saint Pierre, choisir 5 clés. Faire avec ses cheveux une natte à 3 mèches dont on attache les extrémités en en faisant 9 noeuds après les avoir passés dans les têtes de 9 clés. Lier le tout ensemble au poignet gauche au moyen de la jarretière de la jambe gauche et serrer l’autre jarretière sur le front en invoquant :  » St Pierre ne vous courroucez pas. Pour essayer votre faveur, j’ai agi de la sorte. Vous êtes le seigneur des clés, exaucez-moi, je vous en prie; donnez-moi la preuve de votre pouvoir; et faites-moi voir mon amant et mon futur époux. Amen. »

Ici, les cheveux de la personne la symbolisent tout entière, elle et sa destinée. Le noeud autour du poignet gauche, région d’habitude dévalorisée, représente le lien avec la région du coeur. Saint Pierre ouvre les portes du Paradis, et donc, pourquoi pas, celles du Paradis sur Terre qu’est l’amour ? La pratique semble demander au moyen de symboles :  » Qui m’emmènera au Paradis ? »

 » La nuit de vendredi qui précède le dimanche de la Quasimodo, pars seule en secret pour un carrefour à 4 chemins dans la campagne. Arrivée là, défais ta chevelure et rejette tes cheveux en arrière, comme les portaient autrefois les prophétesses en Celtide. Tu auras pris à la maison une aiguille qui n’aura jamais servi et te piquant le petit doigt de la main gauche, tu laisseras tomber 3 gouttes de sang sur le sol en répétant à chaque fois :  » Je donne mon sang à celui que j’aime, que je vais voir et qui sera à moi. » Alors la forme de ton futur s’élèvera doucement pour s’évanouir aussitôt qu’elle sera formée. »

La suite consiste en remerciements aux esprits élémentaires et le livre précise bien qu’il ne faut en manquer aucune prescription sous risque d’accident mortel.

Il y aurait bien des choses à dire sur le rite du sang et l’installation à un carrefour, mais restons-en aux cheveux. Ici, ils ne sont qu’un cliché, le fantasme projeté de la prophétesse Celte qu’on n’a pas connue et qu’on s’imagine seulement, mais c’est pourtant ce qui permettra l’identification grâce à l’état modifié de conscience.

Quelques sortilèges

D’après Papus, célèbre mage du XIX ème siècle, le philtre d’amour se théorise. Il faut frapper l’imagination de la personne qu’on veut atteindre et fixer son fluide magnétique grâce à des substances qui les condensent comme le sang, les cheveux, etc. Si quelqu’un a compris…

– «  Pour que la personne dont vous possédez l’amour vous soit fidèle, prenez une mèche de ses cheveux, brûlez-la et répandez-en la cendre sur le bois de son lit après l’avoir frotté de miel. Elle ne rêvera que de vous. »

Ici les cheveux sont brûlés, comme si on voulait anéantir la personnalité potentiellement trop rebelle de l’être aimé. Dans la magie d’amour, les cheveux valent pour des substances aussi personnelles que sang, sperme et salive, tout ce qui nous fait accéder facilement à notre carte d’identité interne : l’ADN. On brûle sa volonté, on l’adoucit par le miel en on crée une enceinte autour de son lit pour qu’elle ne puisse s’échapper.

« Prenez 5 de vos cheveux, unissez-les à 3 de la personne que vous aimez et jetez-les dans le feu en disant :  » Ure, igne, Sanctis Spiritus, renes nestros et cor nostrum, Domine Amen. »

Cinq cheveux contre trois pour signifier peut-être une domination de la personne qui aime sur celle qui est aimée. La phrase en latin se retrouve très habituellement dans les missels et demande à ce que nos reins et coeurs soient brûlés, ce qui, tourné de façon métaphorique, évoque l’amour : « le coeur » et la sexualité : « les reins ».  En détournant la prière chrétienne pour un projet profane et amoureux, on s’assure ici du concours dérobé de la puissance divine puisque les mots sont d’habitude récités dans de pieuses intentions. Les cheveux brûlés de chacune des personnes destinées à faire un couple valent pour un acte en mimant symboliquement la chose demandée.

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