mannequin

La Beauté, créatrice de destin

Si la beauté a beaucoup préoccupé les Grecs tout comme notre société contemporaine axée sur la consommation et le buzz, elle a aussi toujours joué un rôle important dans toutes les relations, qu’elles soient humaines ou animales. En effet, la beauté joue plusieurs rôles au sein des organisations sociales. Chez les animaux, elle permet le choix d’un partenaire en meilleure santé et donc aux gènes plus favorables pour la survie de l’espèce. Chez l’homme, bien que cette fonction de la beauté ait aussi cours, d’autres critères plus complexes vont déterminer un choix duquel la beauté peut parfois être absente au profit d’autres qualités.

Pourtant, dans une société où la beauté a été recherchée depuis toujours, elle est un enjeu social aussi insignifiant que paradoxalement primordial dans certains cas, et c’est ce qui la caractérise depuis longtemps. Elle est insignifiante car ce n’est pas elle qui établit les règles de société basées sur l’éducation, le statut social ou la richesse. Elle est pourtant importante car elle est un des attributs de l’éducation caractérisée par la connaissance des belles lettres, des beaux arts, du goût, du beau, valeurs que se doivent de connaître et posséder toutes personnes pouvant prétendre à un statut social élevé. Car c’est une autre loi sociale obligatoire quand on est riche que de démontrer son pouvoir sous forme d’objets de luxe, d’oeuvres d’art, d’une union avec quelqu’un de particulièrement beau.

Impossible en effet pour un homme puissant de se montrer au bras de ce que la presse pourrait appeler un laideron s’il veut rester crédible ! A partir d’un certain niveau de vie et d’une certaine exposition publique, ce dont un individu s’entoure doit être un prolongement dans le monde de sa représentation, de ce qu’il symbolise pour la société. Bien entendu, culturellement c’est beaucoup plus vrai pour un homme que pour une femme, mais à prestige équivalent, la tendance pourrait bien finir par toucher tout le monde pour peu que les femmes accèdent à des carrières et des niveaux d’image tels que ceux de Madonna qui met un point d’honneur à sortir avec des hommes de vingt à trente ans plus jeunes qu’elle.

Hormis cette exception et d’autres aussi rares, le phénomène est plutôt masculin, et on ne compte plus les belles jeunes femmes mariées à des acteurs ou autres personnages publics ou riches particulièrement âgés. Dans un monde d’inégalités encore flagrantes entre hommes et femmes, l’union stable avec un homme qui gagne très bien sa vie entre autres qualités a toujours de bonnes chances de se faire sur un critère minoré mais incontournable du destin : la beauté.

Bien entendu, les femmes avec un haut statut social trouvent facilement à se marier dans leur classe d’origine grâce à leurs atouts comme la fortune, des relations, de la famille haut placée et tout le prestige nécessaire au niveau de vie de sa classe sociale, mais la littérature, l’histoire et encore l’actualité nous ont donné mille preuves que les belles femmes sans fortune ou sans statut particulier pouvaient faire un bond social extraordinaire rien que par leur beauté. Aspasie, l’hétaïre qui devint la compagne de Périclès, Théodora, danseuse, prostituée, fille d’un montreur d’ours devenue impératrice de l’Empire byzantin, Jeanne-Antoinette Poisson, bourgeoise devenue la marquise de Pompadour, Nadine Lhopitalier, actrice de seconds rôles légers et dévêtus, devenue la baronne de Rotschild.

Les exemples ne manquent pas pour démontrer que la beauté peut offrir un destin exceptionnel à celles qui n’avaient ni la richesse ni le statut social. Ces histoires, suffisamment nombreuses pour qu’on croie à leur possibilité dans les destinées individuelles, sont celles répétées à l’infini dans la littérature amoureuse féminine dont l’ouvrage le plus célèbre, Orgueil et préjugés, n’en finit pas de se décliner en de multiples adaptations démontrant à la fois l’aspect indémodable et monomaniaque du rêve qu’il contient. Et à l’ère où les femmes sont libres et travaillent, la beauté peut également offrir carrière et fortune dans le métier d’actrice et plus récemment, depuis qu’on le valorise, celui de mannequin.

Sauf que, pour ces exemples nombreux mais proportionnellement rares par rapport au nombre de femmes qu’on a pu un jour dire belles, de plus nombreux, tus dans la honte, sont des destins où la beauté exploitée n’est que le tremplin vers des rêves de réussite transformés en cauchemar social dans des carrières de prostituées, actrices porno, mannequins sans succès qui s’exposent et s’épuisent dans jamais se faire remarquer avant l’âge fatidique, actrices belles mais transparentes et donc sous-payées. Celles-là, qui se taisent par honte de leur déchéance, les auteurs les ont appelées de multiples noms littéraires qui font par contre le succès des écrivains : Nana, Mademoiselle Cléopâtre, Manon Lescaut, Marguerite Gautier…

D’autres ont évoqué des personnes réelles autrefois riches parce qu’elles étaient belles, avant de tomber en disgrâce. Elles ont croisé la route des poètes à toutes époques, les anciens grecs, Baudelaire, Dumas fils, à qui Marie Duplessis a inspiré Marguerite Gautier qui lui offrit le succès de sa Dame aux camélias.

Les dons d’Aphrodite sont nombreux et peuvent offrir parfois un destin exceptionnel. Mais la déesse est capricieuse, et à l’image de la roue de la fortune, ce qu’elle a donné peut aussi bien se retourner contre celle qui en a bénéficié que cesser d’exercer son pouvoir dans un sens favorable. Si tu as bénéficié d’un ou plusieurs de ses dons, soucie-toi de bien les placer et de tirer ta valeur d’autres qualités pour quand sa faveur aura cessé.

Si vous l’avez manqué, le dernier article du Labo de Cléopâtre

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

La beauté vient-elle de l’intérieur ?

« La beauté vient de l’intérieur » est une de ces affirmations pleines de bon sens et surtout de bonnes intentions qui a le bénéfice de paraître attacher son regard sur la profondeur d’une personnalité plutôt que sur l’apparence physique qui seule, en réalité, attire le regard. C’est d’ailleurs un type de discours qu’on entend au moment où, ayant dû vivre ou ressentir un rejet à cause de notre physique, une âme secourable tente de nous rassurer par cette sentence qui sent quand même un peu sa mauvaise foi.

Pourquoi la mauvaise foi ? Et bien tout simplement parce que les filles exposées dans les médias ne sont pas montrées pour leur beauté intérieure mais pour leur capacité à attirer le regard, qui se fiche de leur valeur personnelle. Si c’était pour leur beauté intérieure qu’on s’intéressait à elle, on ne les exposerait pas à moitié nues car on n’en aurait pas besoin. On les ferait parler d’elle et de leurs qualités morales et leur vision supérieure du monde qui suffirait à nous éclairer. En guise de vision supérieure du monde, elles posent dans leur bikini et se roulent au ralenti dans des draps cachant suffisamment leur nudité pour donner à la fois l’impression qu’on n’a rien vu et à la fois nous en montrer assez pour nous pousser à la consommation.

Il n’y a que les filles qui ne peuvent pas se considérer comme des beautés qui doivent déployer des qualités morales à défaut du reste, n’est-ce pas ? La beauté intérieure, compensation des moches et consolation pour ceux qui se mettent avec des laiderons ?

Et si on menait honnêtement l’enquête ?

La beauté est extérieure, c’est clair et elle est, surtout pour une femme, la vitrine qui va lui permettre de se faire connaître plus rapidement, à tel point que la beauté correspond à deux années d’études supplémentaires du fait des avantages sociaux qu’elle représente. Car la beauté, c’est une crédibilité accrue, des possibilités de rencontres multipliées et donc une augmentation des opportunités de travail, de confort, de vie sociale, etc. Mais c’est aussi une augmentation des convoitises pouvant déboucher sur de vrais traumatismes et un rapport aux autres où perce une méfiance devenue nécessaire au fil du temps.

C’est visible chez certaines actrices dont le corps nu a été exposé trop tôt, mais également chez des mannequins qu’on fait parler, quelquefois. Certaines manifestent des propos teintés de désillusion, de méfiance et de misanthropie alors qu’elles sont encore jeunes, d’autres exposent le choc qu’elles ont éprouvé à vivre la vie d’un mannequin : évaluation des dents, des seins, sans respect ni considération pour leur personne, comme dans une vente aux bestiaux…Car ça peut être le prix à payer pour être célèbre d’abord pour sa « belle enveloppe ». De même, souffrir de s’être entendu dire que la beauté vient de l’intérieur à un moment où on ne s’est pas sentie belle, c’est oublier que les belles femmes souffrent du problème inverse : focalisés sur leur beauté physique, beaucoup peinent à voir reconnue leur beauté intérieure.

Quant à la beauté, elle est dans l’oeil de celui qui décide de qui est belle ou non, et parfois, celui qui dit que vous êtes  laide, c’est celui qui disait que vous étiez belle avant que vous refusiez de sortir avec lui…Etre dite « belle » ou « moche », ça peut aussi d’abord être un mot qu’on emploie pour sa puissance d’évocation et sa capacité à construire ou détruire. Et parfois, c’est juste la manifestation de la relativité. C’est pourquoi même celles que nous trouvons sublimes aujourd’hui ont pu être et sont encore parfois qualifiées de laides, juste parce que pour les yeux de quelqu’un, c’est vrai.

Par ailleurs, il ne faut jamais perdre de vue que dans une société de consommation, la beauté médiatiquement exposée n’existe pas matériellement, c’est d’abord un produit, une image construite à partir d’une photo choisie parmi des centaines d’autres et qu’on a traitée à l’aide de logiciels de retouches des plus précis dans le but de provoquer le désir qui, dans le commerce, a l’art de se transformer en millions. Aucune personne réelle ne peut rivaliser avec ça.

Et finalement, la beauté vient-elle de l’intérieur ou pas ?

Oui, mais pas tout de suite. A terme, si une femme est sublime mais possède une personnalité infecte, sa beauté physique n’aura plus d’impact sur ceux qui la connaissent vraiment car notre attrait pour la beauté n’existe que parce que nous voulons propager de bons gènes ou nous flatter l’ego, mais si elle n’est pas en même temps porteuse de bonheur, qui seul sait défier le temps, alors son pouvoir d’illusion ne reste pas. La beauté extérieure n’apporte pas le bonheur à ceux qui croient la posséder si elle n’est pas renforcée par la beauté intérieure. Mais à l’inverse, la beauté intérieure se suffit à elle-même, car le potentiel de bonheur qu’elle contient dépasse les avantages de l’image sociale apportés par la beauté physique, peu durable.

Alors, c’est vrai que parfois, nous sommes comme ces gens qui se sont cassé la tête à acheter un jouet magnifique et intelligent à un enfant et qui ont de la peine à le voir ne s’intéresser qu’à l’emballage. Un jour, pourtant, la valeur de ce jouet sera reconnue. En attendant, on souffre, c’est vrai, car la compréhension de la qualité des gens au-delà des illusions ne dépend pas de notre désir et met du temps à s’apprendre.

Mais vous aussi, vous pouvez apprendre, apprendre que celui qui ne vous reconnaît pas pour ce que vous êtes ne vous mérite certainement pas, d’abord parce qu’il a d’autres objectifs ou d’autres croyances, et que son bonheur passe d’abord par son image sociale. Et vous pouvez apprendre aussi que vous obstiner pour une telle personne, c’est nuire à votre beauté intérieure, qui sera sûrement mieux placée auprès de quelqu’un qui saura l’apprécier.

Cet article et cette photo sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.