Beauté et symboles

Chair et symbolisme

Il est des mots, comme ça, qu’on emploie depuis toujours mais dont on ne connaît pas la signification exacte tant elle est recouverte par un emploi à sens presque unique et obsessionnel. Le mot chair fait partie de ceux-là. Dans le dictionnaire, la chair est définie comme le tissu conjonctif du corps que recouvre la peau. Autrement dit, la zone qui va du squelette à la peau tout en les excluant, c’est la chair. C’est une chose que nous comprenons tout à fait lorsque nous mangeons de la viande, de la chair, en bon carnivore – littéralement, mangeur de chair.

En revanche, lorsqu’il s’agit du corps humain, les choses deviennent plus floues parce que culturellement, dans un monde qui fut très chrétien, le sens moral a pris le pas sur le sens premier et la signification du mot chair, connoté négativement, désigne surtout ce qui est bas, vil, faillible et médiocre dans le vivant. Dans une société héritière du christianisme, la chair est le plus souvent associée à  la sexualité : « plaisir charnel » : au péché « le péché de la chair », et la pulsion irrésistible et condamnable : « la chair est faible ». Le tissu conjonctif comprenant muscles, vaisseaux, veines, artères, nerfs, tendons, organes, etc. et associé à de multiples fonctions allant du maintien de la vie aux diverses actions les plus complexes et variées concernant le miracle et la mécanique du vivant se trouve ainsi réduit par le langage aux actions les plus viles au premier rang desquelles la sexualité la plus dévoyée, celle qui se perd entre la volonté de plaisir et la pulsion incontrôlable.

Son étymologie déjà, impose au mot sa bassesse, car chair vient de « cadere », tomber, que l’on perçoit plus clairement dans le verbe choir auquel le mot chair ressemble tant.

Derrière cette chute se devine toute une idéologie que possèdent la plupart des religions qui opposent l’esprit, pur, spirituel et apte à rejoindre les sphères du Salut, et la chair, vivante, et donc entraînée par les plaisirs mais soumise à la souffrance, et finalement mortelle, si mortelle et si basse qu’elle finira en terre. Dans cette configuration, l’Homme est comme un moyen terme entre le plus haut et infaillible, Dieu, désigné souvent comme le Ciel, et le plus bas et faillible, l’animal, attaché à la Terre. Pris entre l’étau de ses contradictions, son esprit qui, rendu pur, peut le faire devenir semblable à Dieu, et sa chair qui l’entraîne vers le bas, l’Homme a toute une vie d’actions pour révéler dans quel plateau, pur ou impur, de la balance il va pencher.

Mais la chute, c’est aussi celle d’Adam et Eve, déchus – encore un dérivé du verbe choir – du Paradis, tombés du Ciel à la Terre pour avoir découvert leur nudité après avoir croqué la pomme de l’arbre de connaissance du Bien et du Mal. Dans le judaïsme, Dieu donne un ordre à Adam et Eve qui, ne le respectant pas, sont punis tandis que lui-même jamais ne déchoit. Dans le christianisme, en revanche, Dieu accepte de déchoir, de s’incarner, autrement dit, d’être dans une chair, pour vivre une vie d’homme par amour pour le genre humain.

Cette sensualité du christianisme, sa relation particulière à la chair se manifeste pour le croyant dans l’Eucharistie, consommation symbolique de la chair et du sang de Dieu incarné ainsi que dans le culte des reliques dont, outre des squelettes et des bouts d’os, on peut exposer à l’adoration des fidèles des momies entières dont les chairs, si elles n’ont pas pourri, sont néanmoins mortes. C’est paradoxalement avec la partie charnelle des saints que peut s’établir une connexion spirituelle qui élève l’âme.

Ce rapport ambigu à la chair, entre lieu de l’incarnation de Dieu en une figure historique nommée Jésus pour les chrétiens d’une part, et lieu de tous les péchés d’autre part, est peut-être ce qui entraîne la culture occidentale sur la voie de l’obsession maladroite pour le corps et la sexualité en même temps que leur condamnation inconsciente et donc la souffrance irrémédiable provoquée par cette contradiction qui le pousse justement à avilir tout ce qui est sexuel quand il faudrait au contraire l’embellir et l’élever.

Car dans les traditions hindoues et bouddhistes, si la chair, vile et mortelle, s’oppose également à l’esprit, de nature divine, la solution à ce dilemme se trouve dans l’intégration plutôt que dans la dissociation ou le déni. L’Homme étant corps et esprit, il est possible de se purifier, rejoindre Dieu et dépasser son état mortel et charnel par les disciplines corporelles telles que le Hâtha Yoga ou, à l’extrême et dans un cadre strict, ritualiste et rigoureux, le Tantrisme de la main gauche consistant à manger de la chair, boire de l’alcool et à pratiquer la sexualité là où les autres pratiques ascétiques l’interdisent. La voie privilégiée de ce dernier Salut étant justement la femme et son corps, manifestation de la Grande Déesse, pure énergie dont procède le monde.

Entre temps, en Occident, la religion étant devenue la consommation, on vend des cours de soi-disant Tantrisme, qui bien sûr et heureusement n’en est pas, à des couples blasés en mal d’exotisme sexuel, et pour comble d’absurdité, quand les magazines ont envie de voir augmenter leurs ventes, ils annoncent un article sur le sujet, débarrassé de toute considération spirituelle qui n’intéressent personne, avec parfois, ce slogan évocateur : « Tantrisme, croquez la pomme ! ».

L’élévation spirituelle par la chair, ce n’est pas pour tout de suite, apparemment…

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Cheveux : symbolisme et séduction

Depuis l’Antiquité et certainement avant, les cheveux font l’objet d’une attention et d’un soin particuliers dans toutes cultures ayant donné à leur couleur ou leur longueur une signification particulière.  » Don de Dieu » qu’on ne doit pas couper, symbole de force ou indice de beauté, de santé ou de séduction, la manière de les entretenir occupe les savants de toute époque, de la Cléopâtre du Kosmetikon à Hans Schwarzkopf, et leur apporte la fortune.

Bien entendu, ce sont les cheveux de la femme qui occupent le plus à la fois les commerçants, les artisans du cheveu et ceux qui jugent des moeurs. Car si les hommes ont pu porter les cheveux longs dans beaucoup de cultures comme le démontre l’histoire de Samson dans l’Ancien Testament, l’Europe moderne reste héritière des valeurs romaines donnant aux hommes cheveux courts et visage rasé, et aux femmes les cheveux longs propres aux jeunes femmes et aux matrones. A celles-ci, destinées à une vie oisive de gynécée plutôt qu’à une vie active, il était possible et permis de prendre du temps pour leur physique, d’autant plus que leur rôle auprès de l’homme était essentiellement de lui plaire, dans les limites imposées par la société. On doit plaire à celui à qui on est destinée et non aux autres.

Ils sont également une manière de se cacher par leur longueur dissimulant d’autres charmes. Pourtant, progressivement, de voile que les cheveux étaient, selon l’Epître aux Corinthiens, les cheveux deviennent aussi de plus en plus souvent ce qui doit être voilé.

La réputation sulfureuse des cheveux est telle qu’avec le sang et le sperme, ils sont un ingrédient privilégié des philtres magiques destinés à séduire. Ce statut particulier a de quoi étonner quand on sait que ce n’est pas un caractère sexuel secondaire et qu’à priori, il n’y a pas vraiment de quoi s’exciter.

Pourtant, leur pouvoir de séduction est bien réel, mais loin d’être immédiat, il est moins brut et déploie une finesse étonnante car il vient à la fois de l’espèce et de la culture dont dépendent des codes de société.

Ainsi, une chevelure, c’est quelque chose de préhistorique, le souvenir impudique d’une intimité oubliée puisqu’elle est la somme des poils de l’ensemble du corps qui l’ont déserté pour se concentrer sur le haut de la tête suite à des pratiques proprement humaines les rendant inutiles telles que la bipédie et l’habillement. Mais en même temps, c’est une matière transfigurée par l’intelligence et la créativité où peuvent s’exercer toutes sortes d’arts liés à l’une des premières techniques découvertes par l’humanité: le tissage. Dans la chevelure, le naturel imposé par l’espèce s’est fait ornement, vecteur de culture et de civilisation tout en prenant racine dans un corps humain, mortel et imparfait. Un paradoxe qu’on retrouve dans cette image de l’épouillage, présente encore au début du XX ème siècle, quand l’hygiénisme n’avait pas encore édicté de nouvelles règles sanitaires et que la recherche du parasite tenait lieu de constructeur positif de lien social moins critiqué que Facebook…

Les cheveux sont d’ailleurs des révélateurs aux limites des mondes naturel et culturel : par leur matière et couleur, ils laissent deviner une origine ethnique, un patrimoine génétique et sa mystérieuse loterie qui décide de qui de l’ascendance du père ou de la mère sera la plus évidente, la santé et le soin de la personne par leur propreté, leur coupe, un âge par leur couleur intense ou non, grisonnante, blanche ou systématiquement colorés pour que ça n’arrive pas, par une façon de se coiffer aussi, marquée par le temps, la mode de ce  » à mon époque » où on a parfois posé ses valises esthétiques. Enfin, les cheveux trahissent aussi un budget qu’on y a consacré, ainsi qu’un caractère, une psychologie par le choix qu’une femme fait de couleurs, coiffures excentriques ou originales qui pourront témoigner d’une personnalité extravertie, obsessionnelle ou créative, une absence totale de soin pourra être le signe d’une détresse psychologique ou d’un choix plus philosophique de détachement, des cheveux toujours attachés de la même manière un certain goût pour l’ordre, une psychorigidité ou un désintérêt, une indifférence pour des pratiques esthétiques qu’on peut aussi juger vaines ou superficielles.

Ca, c’est la séduction universelle de la chevelure mais qu’en est-il de la séduction interpersonnelle ?

Par ses cheveux, vous avez déjà une foule d’informations sur la femme qui vous intéresse. Mais ce n’est pas tout. La séduction de la chevelure d’une femme est au maximum lorsqu’elle lâche ses cheveux car selon la loi inconsciente des symboles, des cheveux qu’on lâche annoncent des moeurs que l’on relâche. Et de fait, une femme qui voudra séduire ne le dira jamais mieux qu’en jouant avec une de ses mèches de cheveux lâchés, un de ces gestes qui trahissent l’intérêt même si, le raisonnement poussé à l’extrême tourne à la dictature dans les sociétés craignant la femme et voulant entraver ses libertés.

Car lâcher ses cheveux, cela signifie d’abord se sentir libre, sans entraves, de même nature que le vent qui les fait s’envoler et qui se fout de savoir si un oeil masculin les regarde ou non et si Dieu, qui les a, paraît-il, créés, est d’accord avec ça.

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Couleurs de robes et symbolisme

Les vérités universelles sont très rares. Elles ne concernent que ce qui fait l’espèce humaine au sens primordial du terme. Et tout le reste sera culturel et donc relatif. Mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt des voyages, des échanges, des découvertes et de l’art.

La robe elle-même, considérée dans nos sociétés comme un vêtement exclusivement féminin, est le symbole de la féminité depuis la Renaissance, alors qu’elle peut être portée par des hommes dans d’autres sociétés et qu’elle fut d’ailleurs portée par eux avant cette période. Les couleurs, de même que leur simple emploi, la beauté également, sont tous relatifs et fluctuent d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre.

Que racontent nos robes et leurs couleurs dans la culture occidentale ?

En blanc, nos robes parlent de mariage, mais seulement depuis celui de la reine Victoria, nous rapportent les sites d’histoire de la mode. Autrefois, on a pu se marier dans d’autres couleurs, mais la grande reine a définitivement imposé sa couleur et ce d’autant plus facilement que l’Eglise a entériné l’emploi du blanc dans le mariage car il symbolisait la pureté.

Au-delà des valeurs religieuses, le succès populaire que connaît le blanc lors du mariage est peut-être dû à sa charge symbolique. Pour Victoria, d’abord, qui a pu connaître cette couleur comme symbole de deuil. Porter du blanc lors de son mariage a pu signifier pour elle le deuil de son ancienne vie, comme l’exprime actuellement le rituel de l’enterrement de la vie de jeune fille. Par ailleurs, le blanc symbolise aussi, d’une manière peut-être plus obscure et inconsciente, le drap blanc immaculé d’une fille, d’une femme encore non déflorée.

Sur sa robe de mariée, Victoria s’affirmait pure et vierge alors que la coutume ne l’exigeait pas, ce qui fait aussi du blanc la couleur du caractère, de l’orgueil de Victoria qui, épousant un homme, s’affirme reine par dessus tout en affichant des choix aussi politiques que moraux dans sa simple façon de choisir une robe allant à l’encontre de ce qui a pu être fait auparavant.

Et si la robe de mariée blanche imposée par Victoria perdure, ce n’est pas parce qu’elle symbolise la virginité, valeur complètement démodée dans nos sociétés, mais parce qu’elle porte en elle l’essence du caractère royal de Victoria. Le jour de son mariage, l’épousée est considérée comme la reine du jour, celle dont la beauté et l’élégance ne doivent être éclipsées par aucune invitée. La longue robe, la traîne, la coiffe de la mariée vêtue de façon traditionnelle ne ressemblent à rien d’autre qu’au vêtement d’apparat d’une reine qui vient de se faire couronner. Le blanc symbolise le rêve de toute nouvelle épousée d’être pour son foyer comme Victoria, une reine puissante, emblématique, au règne prospère, long et inoubliable.

Les couleurs, quant à elles, si elles n’ont pas de signification fixe et universelle, leur emploi dans les robes de soirée a malgré tout un sens. Ainsi, dans Les ambassadeurs de Tanna, émissions où des polynésiens vont en Angleterre pour y rencontrer le Prince Philippe, le lord qui les habille en smoking pour la première fois de leur vie leur explique que si chez les canards et autres animaux, ce sont les mâles qui portent les couleurs et les femelles qui sont ternes, dans la société européenne, on a fait l’inverse. Il a raison. Et c’est pour les mêmes raisons que ces positions sont inversées. Dans le règne animal, le mâle doit séduire la femelle par ses belles couleurs pour qu’elle l’agrée puisqu’elle a l’embarras du choix. Dans la société occidentale, en revanche, c’est à la femme de multiplier les techniques de séductions passives basées sur l’apparence, pour des raisons culturelles d’abord, mais aussi parce que, même actuellement, son célibat et son instabilité amoureuse sont plus condamnés que ceux des hommes.

Enfin, la petite dernière par l’ordre d’apparition dans la vie civile et laïque des femmes, mais première par ordre de popularité, »la petite robe noire », grand classique de la garde-robe de la femme sobre et élégante mais bien insérée dans la société. Dans le code couleur de la mode, le noir a d’abord été utilisé par les anglais pour s’imposer complètement au XIX ème siècle, particulièrement dans les affaires. Le choix n’est pas anodin, il provient d’une volonté d’imiter le costume ecclésiastique qui, par son austérité, véhicule des valeurs de sérieux, de discrétion, d’efficacité, et de ce fait inspire confiance. Les hommes d’affaire en avaient bien besoin ! La mode s’est si bien répandue que ces valeurs continuent d’avoir cours en Occident au point que c’est généralement la couleur que nous employons le plus dans notre habillement.

Et la robe noire ?

Elle associe la couleur noire du costume masculin à la forme exclusivement féminine de la robe. Le message semble être celui d’un sérieux, d’une efficacité, d’une capacité de travail et d’adaptation exclusivement féminins. De fait, c’est le vêtement qui se porte au travail comme en soirée avec autant d’aisance, et qui suscite toujours l’admiration. La robe noire a sa place partout, peut s’acquérir à tous les prix. C’est même un classique indémodable revisité sans cesse par tous les créateurs de mode sans risque d’échec. Car la robe noire raconte une histoire. C’est celle d’une femme qui réussit alors qu’elle a tout demandé à la vie : les qualités et avantages que les hommes ont depuis des millénaires dans une incarnation et un mode de vie exclusivement féminins.

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Pourquoi choisissons-nous certains cosmétiques ?

D’un point de vue psychologique, on peut diviser les cosmétiques en 2 catégories : ceux de soin, liés à l’intimité et à l’enfance et dont les effets ne sont pas visibles par les autres, et les cosmétiques qui modifient visiblement l’apparence, liés au fantasme, à la séduction, et donc plutôt sexualisés.

Les cosmétiques censés prendre soin de nous agissent symboliquement comme nos parents lorsque nous étions enfants. Les noms qui leur sont donnés ou les mots qui leur sont associés sont assez éclairants : « lait », « doux », »douceur », »satin », »satiné », »caresse », etc. Et pour justifier la nécessité des soins de beauté, on insiste fréquemment sur le fait que la peau est « fragile », « sensible », caractéristiques du bébé et de l’enfant en bas âge.
Quand nous choisissons un soin, nous savons à peu près ce que nous voulons, car généralement, c’est un souci, un manque, un problème précis qui nous font chercher la solution dans un cosmétique. Jusque-là, tout est presque raisonnable, justifiable. La vraie question qui se pose est celle du choix.
Sur quels critères choisissons-nous et pourquoi ?
Si on regarde objectivement, on n’aura pas de mal à constater qu’à moins d’avoir fait des études de chimie, nous sommes bien incapables de choisir un soin sur de vrais critères objectifs et scientifiques.
En gros, nous sommes dépendantes des explications fournies par l’emballage, qui sont plus que confuses ( mélange de termes chimiques et scientifiques inaccessibles et de lexique sur-valorisant ) et qui sont les seules que nous ayons à disposition. Ce problème est compliqué par le fait que des milliers de marques envahissent le marché et proposent des produits très semblables les uns aux autres.
Et si nous ne choisissons pas forcément toujours des produits de même marque, il est malgré tout possible de remarquer des constantes chez une même femme, moins dans les marques elles-mêmes que dans l’image qu’elles véhiculent.
Choisir un soin, c’est comme choisir un autre parent, quelqu’un en qui on pense pouvoir avoir confiance pour nous rendre belle.
Que révèlent ces choix ?

– Je choisis une marque parce qu’elle n’est pas chère

Si vous avez vraiment des ennuis d’argent, cela se justifie. Mais si vous n’en avez pas spécialement, vous souffrez d’insécurité et la perte, le besoin ou la peur de manquer font partie des expériences qui vous ont construite. C’est encore plus vrai si vous avez tendance à accumuler les soins de petit prix pour avoir le sentiment de ne manquer de rien.

– Je choisis les marques les plus connues

Vous choisissez selon votre budget, les marques élues dans votre classe sociale et véhiculées dans les médias. Vous avez certainement grandi dans la confiance en votre famille, votre milieu social et votre société. Etre hostile ou méfiant envers ce qu’on vous propose ne fait pas partie de vos réflexes grâce à cette confiance, votre puissant socle.

– Je choisis des marques jeunes, originales, à contre-courant

Vous êtes dans une quête identitaire, vous éprouvez le besoin de vous faire entendre, de vous démarquer ou bien vous refusez les modèles établis parce qu’on n’a pas été réellement à la hauteur de vos attentes. Directement ou indirectement, le sentiment de trahison est celui qui vous a construite. C’est encore plus vrai si aucune marque ne vous satisfait jamais. Ou bien alors vous êtes en quête d’absolu dans vos relations et n’avez pas trouvé ce qu’il vous faut.

– Je choisis les marques de parapharmacie

C’est la peur de la maladie, de la saleté, la souillure, qui vous gouverne – surtout si vous choisissez les marques les plus médicales – ou bien la volonté de contrôle, de maîtrise. Si vous soignez une allergie ou autre chose, il est normal de prendre les produits adaptés. Si vous n’avez plus confiance qu’en ces produits même lorsque ça n’est pas utile, c’est que la peur et la volonté de contrôle appuyés sur votre force de caractère ont envahi votre vie.

– Je choisis les marques bio et éthiques

Vous êtes marquée par une expérience spirituelle qui vous oblige à dépasser votre point de vue personnel et vous ne pouvez envisager de prendre soin de vous au risque de nuire aux autres. Il y a de bonnes chances pour que le sentiment qui vous ait construite soit l’injustice, que vous l’ayez subie ou que vous en ayez été témoin. C’est le combat contre elle qui motive vos choix. A moins que ce soit le désir de paraître parfait aux yeux des autres pour mieux mettre une distance entre eux et vous.

– Je choisis des marques parce qu’elles sont chères

Si c’est parce que votre meilleure amie en rêve et ne peut se l’offrir, c’est bien sûr l’envie, la jalousie qui vous dominent. Dans d’autres cas, vous pouvez avoir eu une expérience de vie qui vous a fait penser que l’argent était la seule valeur en ce monde ou bien vous avez un manque de confiance en vous ou souffrez de votre origine modeste et tentez de projeter sur vous la valeur de la marque pour rehausser cette confiance et le sentiment de votre valeur.

Bien entendu, les choses ne sont pas figées, plusieurs cas sont possibles, car plusieurs expériences nous ont construits et l’analyse ne vaut que pour des habitudes installées et non pour un choix unique. D’autres cas, non mentionnés, existent également, comme le fait de choisir la même marque que maman, faire ses cosmétiques soi-même, mais est-il besoin d’expliquer ce que ça signifie ?

Cette analyse est basée uniquement sur l’observation et l’auto-observation et est l’exclusivité d’Echodecythere.

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Fleurs et Beauté

Dans l’Antiquité, Aphrodite était aussi la déesse des fleurs et des parfums. C’est que de tous temps, on a associé les fleurs à la Beauté. Entre les deux, en effet, les liens symboliques sont étroits et nombreux.

La fleur symbolise d’abord l’élan vital du désir, de la sexualité. Recevoir des fleurs et les voir depuis la plus tendre enfance nous font oublier qu’elles sont avant tout les organes de reproduction des plantes et que pour appeler l’insecte pollinisateur, la diversité de leurs beautés comme les odeurs et les couleurs, sont autant de stratégies qui peuvent rappeler celles des êtres humains dans la séduction. De fait, le bouquet de fleurs est le cadeau initial de toute séduction, celui qui doit attendrir le coeur.

D’autre part, la fleur est associée depuis longtemps à la femme qui lui est comparée depuis l’Antiquité au travers de poèmes qui rapprochent l’une et l’autre à  la fois pour leur beauté, leur fragilité et leur caducité, appelé vieillissement chez les humains. Dans la poésie de Ronsard, la plus connue en France pour la poésie amoureuse comparant femmes et fleurs, ce genre de rapprochement sert ses intérêts hédonistes. En montrant à la femme aimée qu’elle sera bientôt  » fanée » comme la rose qui lui ressemble tant, il espère la pousser à partager avec lui l’amour dont elle ne pourra profiter plus tard, dût-il être un vieillard et elle une adolescente :

 » Puisqu’une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir ! (…)

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté. »

Le langage imagé mais couramment employé fait d’ailleurs le rapprochement entre la femme et le végétal mais uniquement à partir de la puberté, âge de la femme où elle peut être enfin  » consommable » et où elle est une jeune fille en fleur, dont on sent le parfum et on admire la beauté mais dont on ne touche pas le fruit, encore défendu peut-être. Bien plus tard, elle finit par être qualifiée de  » femme mûre », adjectif employé principalement pour les fruits, la fleur étant le premier état de ce qui deviendra un fruit.

Mais la particularité d’une fleur peut aussi résider dans son odeur, et là aussi, il y aura une association symbolique entre la jeune fille et la fleur au parfum léger de fleurs délicates, et la femme mûre, amante expérimentée au parfum entêtant d’une fleur exotique, puissante et vénéneuse, sans parler d’autres entre-deux tout à fait possibles et à quoi semble faire écho la diversité des fleurs en général. Cette diversité des fleurs elle-même rappelle les variétés de femmes, de rencontres et de choses à vivre avec elles en amour.

A une époque plus pudibonde, les fleurs ont également pu servir à exprimer une grande variété de sentiments dans ce qu’on a appelé le langage des fleurs dont il reste aujourd’hui principalement le code couleur des roses : blanc pour l’amour chaste, rose pour l’amour jeune ou naissant, rouge pour l’amour passion et jaune pour l’amour teinté de jalousie.

Les fleurs, c’est également ce qu’on offre lors des fêtes. Là aussi, c’est leur beauté et leur diversité qui permettent d’égayer l’instant de couleurs, formes et senteurs. Mais c’est aussi le caractère caduc de la beauté des fleurs qui s’accorde bien avec les fêtes ponctuelles et les rites de passage. En effet, quelques jours plus tard, les fleurs sont fanées comme l’instant de liesse est passé et que le quotidien a repris le dessus. La beauté des fleurs, c’est comme la beauté des vies humaines dans l’aspect physique des hommes et des femmes comme dans les beaux instants qu’ils peuvent vivre : elles sont uniquement de passage. C’est pourquoi on préfère honorer les morts de fleurs plus résistantes comme les chrysanthèmes qui expriment l’attachement durable, voire éternel comme Hugo dans Demain, dès l’aube, qui choisit une fleur vivace pour orner la tombe de sa fille :

 » Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. »

Enfin, dans une chambre d’hôpital, triste et blanche, à l’espace restreint et que seule anime parfois une télé, le bouquet de fleurs – évoquant la forme ronde de la Terre dans un cercle, seule forme géométrique parfaite produite par la Nature et conçue par l’Homme également dans une belle réconciliation – égayera d’un sourire le visage d’un malade en lui rappelant que le monde existe et que, bien que ce soit facile de l’oublier quand on est enfermé, la vie est belle dans sa diversité.

Si la fleur nous rappelle souvent par sa fragilité que nous allons mourir, elle nous promet aussi que nous allons, auparavant, connaître la grande diversité des joies de l’Amour et de la Beauté.

Comment s’étonner alors qu’Aphrodite en soit la déesse ?

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L’air des bijoux

L’air des bijoux

Dans le Faust de Gounod, Marguerite, séduite par des bijoux que Faust lui a donnés sur les conseils de Méphistophélès, se voit transformée en fille de roi pour avoir mis la parure offerte.

 » Non, non, ce n’est plus toi, 

Non, non, ce n’est plus ton visage, 

C’est la fille d’un roi

Qu’on salue au passage. »

Bijou et symbolisme

Le bijou est un accessoire qui existe presque depuis le début de l’humanité. Il est apparu bien avant le vêtement puisqu’on en a retrouvé dans des sépultures de l’âge de pierre. A l’époque, il pouvait être fait d’os, de dents ou de coquillages.

L’histoire du bijou, comme toutes les histoires des objets faits par l’Homme et pour l’Homme, se confond avec celle de la technologie et des mentalités, et à chaque âge nommé en fonction de sa maîtrise des matériaux correspond des bijoux faits de ces matériaux, avant que tous soient découverts, travaillés et maîtrisés, le summum ayant été et demeurant toujours l’or.

Or, pourquoi ce métal et pourquoi est-il associé si facilement au bijou ?

Nous connaissons tous la réponse. L’or est rare, beau, cher et ductile, ce qui le rend aussi fascinant à contempler qu’à travailler, à porter qu’à conserver. Sa qualité inaltérable est aussi un symbole d’immortalité. Porter de  l’or, c’est quelque part défier la mort et la transcender dans la transmission familiale de trésors désormais associés à la qualité de la donatrice – grand-mère, grand-tante – dont il ne reste que des bijoux toujours étincelants.

Mais surtout, l’or se prête facilement à la fonction essentielle du bijou toutes civilisations confondues : établir des niveaux sociaux. Dans les sépultures de toutes époques mises au jour par les archéologues, les bijoux, leur finesse et le métal utilisé permettent d’établir le rang social du mort. A l’ère où les premiers bijoux apparaissent, leur simple présence dans une sépulture permet de comprendre que le mort était une personne importante dans le groupe social.

Etablir une hiérarchie sociale passe avant même la nécessité de se vêtir puisque les animaux vivant en groupe ont toujours un chef, garant de l’ordre. Les diverses tribus et sociétés d’Afrique, d’Amérique et d’Asie dont le mode de vie n’est pas influencé par la civilisation peuvent ne pas connaître le vêtement mais ne peuvent pas ne pas connaître le bijou, signe extérieur de puissance d’un chef ou d’un homme médecine, sur qui reposent la paix, la cohésion et la transmission des valeurs du groupe social.

Cette nécessité peut conserver plus ou moins d’importance selon les civilisations. Ainsi, la reine d’Angleterre n’a besoin que de sa couronne officielle et de quelques bijoux discrets lors de ses déplacements un peu partout dans le monde, mais au Moyen-Orient, elle se doit de rajouter encore quelques brillants pour afficher son pouvoir. Ainsi, dans les sociétés traditionnelles, le bijou conserve tout son symbole, de façon pleinement consciente.

Qu’en est-il pour nous ?

D’une manière générale, les bijoux de prix ont toujours du prestige à nos yeux mais le symbole du pouvoir semble s’être porté ailleurs, ce qui leur donne moins d’importance que dans les sociétés traditionnelles.

Dans la séduction, en revanche, une femme est rarement indifférente à des bijoux, et ce depuis toujours. Elle peut ne pas être vénale et malgré tout s’intéresser à la valeur du bijou qu’on va lui offrir ou qu’on lui a offert et ce d’une manière qui peut sembler pour le moins étonnante. De son côté, l’homme peut ne pas être dépensier et mettre malgré tout du prix dans un bijou offert à celle qu’il aime.

C’est que les sentiments établissent une hiérarchie. Aimer quelqu’un, c’est établir une échelle de valeur entre cette personne et toutes les autres et la mettre bien au-dessus. De la même façon, le bijou est ce qu’on porte volontiers pour séduire. Dans les hymnes homériques, qu’elle tente de séduire Anchise ou sortant simplement de la mer, Aphrodite est décrite avec ses bijoux d’une façon précise : couronne, boucles d’oreilles, collier en or. Hésiode, lui, la qualifie « d’Aphrodite aux rayons d’or ».

Constants dans ce qu’ils représentent, les bijoux affirment la supériorité de celle qui les porte sur toutes les autres. Se parer pour séduire, c’est vouloir se mettre au-dessus des autres dans l’oeil de celui à qui on veut plaire. Et les bijoux créent de la beauté en ajoutant celle des ornements finement travaillés du métal et des pierres à celle de la femme, surtout s’ils sont précieux.

Actuellement pourtant, le bijou a cessé de devoir être cher et fait de matières précieuses pour séduire. On ne compte plus le nombre de boutiques proposant des bijoux fantaisie n’ayant à offrir que des accessoires attractifs par leurs formes, leurs couleurs, leur capacité à réfléchir la lumière. Le bijou fantaisie est une révolution à l’échelle symbolique car les matières précieuses n’y comptent pour rien. Le métal en est grossier, fragile, peu coûteux, la verroterie peut être du simple plastique mais qu’importe !

Le bijou fantaisie est un accessoire de beauté démocratique qui a abandonné toute ambition d’immortalité et de grandeur. Il exprime le droit fondamental à briller pour rien, pas longtemps, sans éveiller convoitise ni reconnaissance d’autrui, mais à briller quand même en éveillant une tenue, illuminant une peau, créant un contraste, réveillant un visage, ornant une chevelure, bref, en créant de la beauté. Mais surtout, ils peuvent se porter partout et tout le temps, permettant à la femme d’être une reine, une déesse – les statues des déesses portaient des bijoux offerts par les fidèles – sans se préoccuper du prix, et à chaque instant de leur vie.

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Le coquillage

Le coquillage est un symbole bien connu d’Aphrodite, celui qu’on lui associe peut-être encore plus naturellement que la rose, bien que ce symbole soit rarement mentionné dans les dictionnaires de mythologie. L’imaginaire collectif se l’est facilement approprié à partir de la très célèbre peinture de Botticelli, La naissance de Vénus. Le motif était déjà exploité bien avant, puisqu’on trouve une représentation au motif semblable dans la villa de Pompéi portant le nom de la magnifique fresque de son jardin : Vénus à la coquille, où la déesse est allongée nonchalamment dans une énorme coquille Saint-Jacques.

Les symboles associés aux dieux ne sont pas toujours dans un lien très clair avec ce qu’ils représentent, si bien qu’au fil du temps, leur compréhension par tous n’est plus possible. Par exemple, l’association d’Athéna avec la chouette n’est plus compréhensible aujourd’hui. On pense que cela a un rapport avec une religion primitive où les dieux étaient représentés sous forme d’animaux avant de devenir anthropomorphes. Bien loin donc, de ce à quoi la société est sensible.

Dans le cas du coquillage, par contre, le symbole est toujours accessible. Aphrodite étant née de l’écume de l’océan, il n’est pas illogique de la voir associée à un animal marin. Mais pourquoi le coquillage ?

Qui n’a jamais été fasciné par les coquillages qui jonchent par millions le sable des plages ? On cherche les plus beaux, on en fait des bijoux, des ornements, et surtout, on les ramène chez soi à défaut d’y ramener ce qu’on voudrait vraiment : la plage, la mer, le vent, le soleil, ce moment de détente où on est heureux, n’ayant rien d’autre à devoir penser qu’au bonheur de l’instant présent. Cet état de plénitude, c’est celui de l’enfant qui vient de naître. La mer, dans sa fonction de pourvoyeuse primordiale de vie, renvoie à la mère de chacun, qui protège l’enfant dans ses eaux avant de lui donner naissance.Le voyage près de l’océan est toujours un pèlerinage, un retour aux origines que la semi-nudité permise renforce encore un peu plus.

On remarque néanmoins qu’Aphrodite ne représente pas à proprement parler une déesse mère. En tant que déesse de la Beauté et de l’Amour, elle évoquerait plutôt la sexualité, la sensualité que la maternité. Justement, le coquillage est souvent un fascinant bi-valve dont les coques, lorsqu’elles s’entrouvrent, dévoilent légèrement un mystérieux enchevêtrement de chairs molles et vivantes. Ce mystérieux être vivant rappelle ainsi mieux qu’aucun autre le sexe féminin : deux grandes lèvres ouvrant sur un inconnu de chair dont le mystère demeurera toujours entier. En effet, il est à la fois l’origine du plaisir et de l’existence, le lieu d’où un homme vient et où il ne cesse de vouloir revenir.

Dans son ouvrage, La femme celte, Jean Markale remarque que le sexe féminin excité sécrète du trimétylamine, la même substance que celle des poissons en décomposition. L’odeur du sexe féminin est donc proche de celle des animaux marins morts, comme ces coquillages qu’on ramasse sur les plages, ces bi-valves mystérieux dont il ne reste que les coques vides par lesquelles nous sommes toujours attirés sans comprendre pourquoi.

Par ailleurs, les produits issus des coquillages, nacres et perles – dont la couleur blanchâtre irisée renvoie encore à la sexualité – sont des matières précieuses qui ne sont réservées qu’aux femmes, là où pierres semi-précieuses et métaux précieux peuvent être portés indifféremment par les deux sexes.

Enfin, comme ce qu’il représente dans notre inconscient, le coquillage orne les boîtes à secrets, les miroirs, révèle le flux de notre sang quand on y porte l’oreille. C’est donc un objet lié symboliquement à l’intimité, à l’intériorité. On le retrouve également sur les objets archaïques, ethniques ou exotiques pour les décorer et renforcer l’impression de naturel, de simplicité et surtout d’ancienneté. Dans ce cas-là, il renvoie celui qui l’admire aux origines de l’humanité comme à sa propre origine. Et la boucle est bouclée.

Le coquillage est comme une femme qu’on aime et comme la Beauté, on peut les posséder mais ne jamais percer leur mystère. C’est la caractéristique même d’Aphrodite.

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Le mystère de la ceinture

Dans la mythologie, la ceinture est l’accessoire grâce auquel Aphrodite se rend irrésistible, un charme d’Amour divin auquel nul n’échappe. Mais si Zeus ne parvint pas à y échapper lors de la Guerre de Troie, quand Héra l’utilisa pour intervenir dans le conflit à l’insu de son mari, il réussissait malgré tout à résister à son pouvoir avec sa fille adoptive. Mais c’était au prix d’un très grand effort. Pour se venger de le faire vivre dans cette tension permanente, Zeus condamna Aphrodite à s’éprendre d’un mortel, Anchise.

Cette ceinture permit aussi à Aphrodite de manipuler le bel Adonis qu’elle aimait mais qu’elle devait partager avec Perséphone, la première parce qu’elle l’avait découvert, la seconde parce qu’elle l’avait caché et protégé. Dans la rivalité qui opposait les deux déesses, le tribunal des dieux avait tranché le conflit ainsi : le temps du bel Adonis devait être partagé en 3. Dans le premier, il vivrait avec Perséphone, dans le second, avec Aphrodite, le dernier, il le passerait seul. C’est le moins qu’il lui fallait pour se reposer un peu après tant de sollicitations amoureuses…

Mais la ceinture perturba ces règles : le temps qu’il devait passer seul, il le passa avec Aphrodite, et ce ne fut qu’à contrecoeur qu’il consacra le temps imparti à Perséphone, quand il le lui consacra.

Cette tricherie illustre parfaitement le pouvoir de la ceinture de la déesse de l’Amour et de la Beauté.

Comment la ceinture peut-elle être conçue comme un accessoire divin qui rend irrésistible ?

Voyons le vêtement grec antique, le péplos, comme on a pu le rencontrer sur les statues, les bas-reliefs et les poteries. Une longue masse de tissu qui drape le corps d’une seule pièce comme le fait toujours le sari, mais à partir des épaules et non de la taille. Enveloppant le corps, il drape, cachant la nudité et protégeant tout ce qui doit l’être. Mais cette pièce de tissu adopte son propre tombé, et des épaules jusqu’aux chevilles, la pièce de tissu n’a pas vraiment d’autre alternative que de former un large rectangle aux plis irréguliers dont ne doit saillir à peu près que la poitrine.

Les découvertes récentes visant à comprendre les mystères de la séduction révèlent que ce n’est pas la taille ou le poids qui importent dans l’estimation de la beauté d’un corps et son attraction, mais le rapport entre les seins, la taille et les hanches. Une taille fine et des hanches larges sont universellement reconnus comme des critères de beauté d’un corps jusqu’à un niveau si profond qu’il est inscrit au coeur de l’espèce toute entière. Car de toutes les femmes, celles qui possèdent ce corps sont celles qui seront les plus aptes à mettre au monde des enfants en bonne santé.

Ce critère-là, loin d’être basé sur l’esthétique propre à une civilisation, est répandu à l’échelle planétaire et conditionne même ceux qui ne veulent pas d’enfants ! Comment s’étonner de l’universalité d’une attirance sans lui donner un caractère divin, lorsqu’on ne fait que la constater sans la comprendre ?

Et la ceinture ?

La ceinture, qui était un accessoire du péplos et qui existe toujours, est ce qui va révéler la perfection d’une silhouette irrésistible. En ceignant la taille, la ceinture va accentuer la courbe des hanches qui reste ordinairement dissimulée sous le drapé des vêtements. La même femme, d’abord simplement drapée de ce rectangle ou de n’importe quel autre vêtement large, puis la taille sanglée de sa ceinture, passera facilement du statut d’ordinaire au statut de d’irrésistible, de divine, en révélant à tous ce dont l’homme a besoin pour s’enflammer, ce que l’espèce choisit en priorité pour se reproduire et se perpétuer.

Cette silhouette à la taille affinée et aux hanches révélées, est celle qui a le plus été choisie dans l’histoire de la mode, les corsets formant à leur manière une sorte de ceinture en comprimant l’abdomen et donnant alors plus d’amplitude aux hanches et aux seins.

Cette silhouette est aussi celle des pin up des années 40 à 50, Marylin en tête, restées inoubliables, toujours enviées et désirées.

Etrangement indémodables…

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Signifier et embellir par le vêtement

Le vêtement est le plus fascinant, le plus complexe, le plus complet des créateurs de beauté sociale. Obligatoire et nécessaire dans la majorité des sociétés, il répond à des impératifs fondamentaux constructeurs de civilisation. Il répond de ce fait à plusieurs objectifs depuis des millénaires : protéger contre le froid et couvrir la nudité.

D’après Freud, et selon toute vraisemblance, la civilisation n’a pu se créer qu’à partir d’une répression des pulsions et instincts sexuels des hommes qui, déviant les intérêts collectifs de l’activité sexuelle, les ont projetés ailleurs, dans les constructions intellectuelles et artistiques qui ont fondé la civilisation. Cacher la nudité par des vêtements en est le pilier fondamental.

Culturellement, cela peut se traduire chez les Grecs par l’éviction d’Eros et la victoire d’Aphrodite comme divinité de l’Amour.

Dans la mythologie, on raconte qu’Aphrodite fut habillée par les Nymphes dès sa sortie de l’eau. Bien que représentée nue dans l’inconscient collectif, Aphrodite est bien plus souvent une déesse habillée…

Le paradoxe de l’intégration du vêtement dans la société est qu’il est basé au départ sur une contrainte, celle de cacher la nudité. C’est de cette contrainte que va se créer une sorte de page blanche, un espace de liberté, ou hors nudité, on peut tout montrer. De ce fait, le vêtement peut et sait tout exprimer !

Il peut être politique avec des tee-shirt à messages, le choix exclusif de matériaux naturels, l’absence de fourrure, les vêtements indiens de coton filés à l’instigation de Ghandi à l’époque de sa lutte pour l’indépendance, les chemises unisexes à col Mao pour les chinois qui inscrivent l’individu dans le tout politique plutôt que dans le clivage des genres, aboli aussi par les vêtements.

Il peut exprimer un état d’être psychologique avec des vêtements noirs et dissimulant toutes formes pour les gens complexés ou déprimés, des vêtements inappropriés, usés, tachés et endommagés pour ceux qui cumulent mal-être psychologique et détresse sociale.

Il peut encore exprimer plein d’autres choses : l’appartenance sociale, religieuse, l’identification à un groupe, une idéologie, le souci de plaire, d’être à la mode, la volonté d’exciter, d’affoler, mais aussi la créativité, le souci d’étaler ses richesses, la fidélité à un créateur, à une marque, une maison de couture, à son identité nationale. On peut encore célébrer un événement grâce à des habits de fête, signifier son respect par des vêtements soignés, afficher son sérieux par des habits appropriés à l’entreprise, etc..

La société entière s’exprime sur cette page blanche qu’est le vêtement !

Et la Beauté, dans tout cela ?

S’habiller en beauté n’a que deux pré-requis. Le premier est que la Beauté s’exprime selon des critères de société qui l’ont définie, et il est donc impossible de la concevoir sans l’acceptation indirecte de ces canons, dussent-ils changer selon l’époque et le lieu. Le second, c’est que créer sa Beauté en vêtements n’est possible qu’en la construisant avec le corps qu’on a et non celui qu’on voudrait ou devrait avoir. S’habiller en respectant la Beauté, c’est s’habiller en respectant sa beauté, celle dont la déesse a fait don.

A  partir de là, les règles sont très simples. Quelles que soient les coupes, les matières, les couleurs, il s’agit de mettre en avant ce qu’on possède de « beau », c’est-à-dire conforme à l’idée que s’en fait la société, et flouter, cacher ou améliorer ce qu’on possède de moins beau, le tout sans souci de mode vestimentaire, de nom, de marque, de prix, sachant néanmoins que les tissus rigides redessinent les formes en leur donnant des frontières et limitant leurs débordements, les tissus légers épousent et soulignent des formes idéales.

Ces règles étant posées, il ne faut pas oublier que cette nouvelle création de son corps ne peut être harmonieuse que si formes et couleurs s’associent de façon agréable à l’oeil, c’est-à-dire avec art, et c’est certainement ce qui sera le plus dur.

En effet, motifs et couleurs sont désormais ce qui se démode le plus vite par l’usage rare qu’on fait de certains d’entre eux – pour une « saison » ou deux, pas plus – inscrivant irrémédiablement une date sur une pièce aimée. Associer des pièces unies, à une pièce à peu de motifs, une seule pièce extravagante contre toutes les autres ultra-classiques ou encore choisir des couleurs neutres, intemporelles, des formes simples, des lignes épurées augmenteront le potentiel de Beauté éternelle d’une tenue, mais cela se fera toujours aux détriments d’une certaine originalité.

Enfin, dernier point, peut-être le plus inattendu. Il n’est rien de plus authentiquement et mystérieusement féminin qu’une belle jupe ou une belle robe longue faite de tissus légers et souples qui se soulèvent et ondulent à chaque mouvement de la femme mais qui n’en dévoilent rien. Ainsi, il n’est pas rare de voir des hommes se retourner avec admiration devant un tel archétype de la Beauté féminine : une femme marchant avec une jupe longue faite de voiles qui s’envolent gracieusement.

Car nous aimons d’abord ce que nous projetons, et il n’est rien de plus beau qu’un corps qu’on rêve parfait tant qu’on ne l’a pas vu…hormis un corps imparfait mais enfin connu. Car c’est de cela qu’est fait l’amour : de rêveries, d’attente mêlée de respect et de désirs enfin comblés.

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