Auteur : mke06

Diplômée BAC+ 5 en littérature, j'ai longtemps été prof de lettres en école d'esthétique et en école religieuse. Aujourd'hui, je poursuis mes recherches sur l'amour, la beauté, les relations et les cosmétiques anciens. Bref, le domaine d'Aphrodite.

La femme, civilisatrice par l’Amour

Bien que son rôle ait été minoré – notamment par ce mythe de l’Ancien Testament où, créée pour seconder l’homme, elle sort de sa côte – la femme joue dans d’autres mythes le rôle de civilisatrice, de celle qui va discipliner l’homme et le rendre apte à vivre en société.

Dans l’épopée de Gilgamesh, c’est Enkidu qui connaîtra cette transformation. Homme sauvage envoyé pour combattre Gilgamesh, il deviendra son fidèle allié après avoir aimé, désiré et s’être uni à Shamat, une courtisane sacrée envoyée pour le rendre à son humanité. Enkidu, qui jusque là vivait avec les bêtes, les voit se détourner de lui après son initiation amoureuse et sexuelle en même temps qu’il se voit doté de l’intelligence. Il n’a plus qu’à suivre Shamat, qui lui ouvre les portes de la civilisation, de la ville d’Uruk et l’introduit à son destin d’être humain. C’est ainsi qu’il découvre l’amitié en la personne de Gilgamesh. Il est alors prêt à entrer dans l’histoire en tant que héros de la première épopée connue de l’humanité.

D’autres récits anciens évoquent cette dualité en l’homme entre son origine sauvage et la civilisation qu’il a créée et établie. C’est le cas des romans du Moyen-Age où les personnages passent souvent un moment de leur histoire à vivre dans la forêt, qui, à cette époque, était un lieu hostile et craint car considéré comme le lieu des bêtes sauvages et des démons. Un lieu qui s’opposait effectivement à la civilisation.

L’idée est loin d’être fausse puisque l’abattage des arbres qui couvraient normalement l’Europe, permit le développement de l’agriculture et l’édification de nouvelles villes prospères. Cela se passait justement à l’époque des récits arthuriens. Dans ces récits, comme dans Yvain, le chevalier au lion, la folie sauvage du héros prend fin grâce à l’intervention d’une femme. Le chevalier, auparavant nu et fou, se comportant comme une bête et ayant perdu l’usage du langage, reprend alors ses vêtements et s’apprête à retrouver sa place dans la civilisation.

Ce schéma, bien connu des récits d’amour courtois, répondait à une réalité de la société féodale. En effet, une certaine tolérance du seigneur envers ses jeunes vassaux courtisant sa femme avait cours pour maintenir un certain ordre dans le système féodal. Ceux-ci étaient de jeunes célibataires, cadets de familles nobles dont ils n’hériteraient pas car seul l’aîné le pouvait, obligés de courir les aventures pour se distinguer et trouver leur place. Leur agressivité et leur culture guerrière menaçait sans cesse l’ordre social et notamment la paix des paysans dont ils séduisaient et abandonnaient les filles, pillaient les maigres ressources. Les laisser aimer leur Dame de loin permettait de les brider grâce à leur amour pour elle et leur volonté de lui plaire.

Ce thème de la femme civilisatrice est universel et concerne même les dieux.

il en est ainsi de Shiva, dieu solitaire, sauvage et inquiétant, vêtu de peaux de bêtes, accompagné d’une armée de morts et de fantômes. Cet aspect hideux rebuta son futur beau-père qui le rejeta. Sâti, celle qui devait devenir son épouse, se jeta alors dans le feu, rendant Shiva inconsolable. Retourné à la solitude de ses montagnes, sa mission en tant que dieu n’était plus assurée. Par sa grande détermination, la force de son amour et son ascétisme, Parvati – qui était la réincarnation de Sâti – parvint à ouvrir son coeur, le rendit apte à l’amour et ouvert à ses nouveaux devoirs de mari, de père. Il redevint membre éminent de la triade divine hindoue, bien qu’il soit en réalité le premier d’entre tous, comme sa nature sauvage le dit bien. Mais c’est une nature qu’il a perdue. Les représentations modernes de Shiva le montrent désormais en méditation pacifique plutôt qu’en chef des armées de morts. On raconte même que pour son mariage, Shiva fit un effort et s’habilla magnifiquement, comme un être civilisé.

Pour les hindous, qui y voient souvent plus clair que nous, le féminin est principe actif sans lequel le masculin, principe passif, ne peut agir. C’est bien la femme qui fait agir, bouger, changer l’homme.

Des histoires tout ça, comme d’habitude !

Et bien non. L’image collective de ce rôle civilisateur que la femme joue pour l’homme se retrouve dans l’expression : « passer la corde au cou » qui exprime non que l’homme est prêt à se pendre car il vient de se mettre en couple, mais que de bête sauvage, il est devenu un animal domestiqué, bon pour le travail, que la femme tient par la bride pour le diriger.

Et de fait, dans les grandes histoires d’amour qui commencent, il n’est pas rare d’apprendre que le fiancé ou le futur conjoint n’a jamais été aussi discipliné, sérieux et fiable qu’il l’est depuis qu’il a rencontré celle qu’il aime. Et c’est souvent sa mère, peut-être par solidarité féminine, qui raconte à sa belle-fille combien avant elle, son fils a pu être aux limites du présentable, du vivable, désordonné, ignorant convenances, équilibre et hygiène de vie élémentaires.

Ca ne vous rappelle rien ? Je suis sûre que cette histoire vous rappelle quelque chose.

Alors, c’est vrai, l’histoire officielle ne met pas vraiment l’accent sur le rôle civilisateur de la femme dans l’histoire de l’humanité, mais il est désormais avéré que dans les premiers temps, par une répartition logique des tâches, l’homme allait chasser, la femme, à l’origine de l’artisanat, réalisait les objets du quotidien. Nul doute également qu’elle soit à l’initiative des premiers gestes de civilisation puisqu’elle passait le plus clair de son temps au campement.

Et tandis qu’il chassait pour que le monde puisse manger et survivre, première condition de l’existence, elle concevait peut-être un objet pour que la viande ne traîne pas par terre, commençant doucement leur ascension vers l’idée de civilisation.

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Critères de beauté en poésie : les blasons

Au XVI ème siècle, la beauté féminine triomphe comme jamais car en effet, le Moyen-Age l’évoquait peu, et l’Antiquité semblait s’intéresser autant, sinon plus, à la beauté masculine. La femme devient objet d’admiration – et le mot objet est ici tout approprié – figeant sa forme dans des représentations, certes plus variées qu’autrefois, mais malgré tout rigides. Pourtant, les critères esthétiques, loin d’être vécus comme aliénants, inspirent toute la poésie de la Renaissance en prenant la forme de poèmes et de jeux littéraires appelés blasons dans lesquels seule une partie de la femme est célébrée.

Bien qu’il soit très connu, pour continuer sur le thème du sein à la Renaissance, et aussi parce qu’il est bon de se rappeler qu’avant d’avoir été mise en boîte par des académies, la littérature a d’abord été le lieu de l’expression du désir et de la frivolité un peu vulgaire – bref, de la vraie vie ! -, c’est le blason du Beau tétin de Clément Marot, datant de 1535, qui a été choisi.

Le Beau Tetin

Tetin refaict, plus blanc qu’un oeuf,
Tetin de satin blanc tout neuf,
Tetin qui fait honte à la rose,
Tetin plus beau que nulle chose ;
Tetin dur, non pas Tetin, voyre,
Mais petite boule d’Ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une fraize ou une cerise,
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gaige qu’il est ainsi.
Tetin donc au petit bout rouge
Tetin quijamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller.
Tetin gauche, tetin mignon,
Tousjours loing de son compaignon,
Tetin qui porte temoignaige
Du demourant du personnage.
Quand on te voit il vient à mainctz
Une envie dedans les mains
De te taster, de te tenir ;
Mais il se faut bien contenir
D’en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendroit une aultre envie.
O tetin ni grand ni petit,
Tetin meur, tetin d’appetit,
Tetin qui nuict et jour criez
Mariez moy tost, mariez !
Tetin qui t’enfles, et repoulses
Ton gorgerin de deux bons poulses,
A bon droict heureux on dira
Celluy qui de laict t’emplira,
Faisant d’un tetin de pucelle
Tetin de femme entière et belle.

La même année, l’auteur s’est ensuite amusé à écrire le contre-blason de son Beau tétin, celui du laid tétin, qui n’est pas moins connu. Ici, c’est tout le manichéisme d’une société qui a su concevoir, sans autre alternative, Dieu d’un côté et le Diable de l’autre. En somme, tout ce qui n’est pas Dieu est Diable.

Et sur la beauté, quelles conséquences ?

A la Renaissance, la belle femme est célébrée, oeuvre angélique et divine. Mais malheur à celle qui est laide !

L’épanouissement intellectuel, culturel et artistique de cette époque masque bien, à cause de notre pensée manichéenne, justement, que ce n’est pas le Moyen-Age qui a vraiment brûlé les sorcières, mais bien la Renaissance, et que contre l’avis de Michelet, c’était surtout la vieille femme, la femme âgée d’où toute beauté est partie et à qui Dieu semble avoir retiré sa grâce qui était persécutée.

Les entendez-vous, ces menaces discrètes : « Cueillez, cueillez votre jeunesse ! », « Comme à cette fleur la vieillesse, fera ternir votre beauté » et « Quand vous serez bien vieille, Hélène…Ronsard me célébrait, du temps que j’étais belle » ?

Du Laid Tétin

Tetin, qui n’as rien, que la peau,
Tetin flac, tetin de drapeau,
Grand’ Tetine, longue Tetasse,
Tetin, doy-je dire bezasse ?
Tetin au grand vilain bout noir,
Comme celuy d’un entonnoir,
Tetin, qui brimballe à tous coups
Sans estre esbranlé, ne secoux,
Bien se peult vanter, qui te taste
D’avoir mys la main à la paste.

Tetin grillé, Tetin pendant,
Tetin flestry, Tetin rendant
Vilaine bourbe au lieu de laict,
Le Diable te feit bien si laid :
Tetin pour trippe reputé,
Tetin, ce cuydé-je, emprunté,
Ou desrobé en quelcque sorte
De quelque vieille Chievre morte.

Tetin propre pour en Enfer
Nourrir l’enfant de Lucifer :
Tetin boyau long d’une gaule,
Tetasse à jeter sur l’epaule
Pour faire (tout bien compassé)
Ung chapperon du temps passé ;
Quand on te voyt, il vient à maints
Une envye dedans les mains
De te prendre avec des gants doubles
Pour en donner cinq ou six couples
De soufflets sur le nez de celle
Qui te cache sous son aisselle.
Va, grand vilain Tetin puant,
Tu fourniroys bien en suant
De civettes et de parfums
Pour faire cent mille deffunctz.
Tetin de laydeur despiteuse,
Tetin, dont Nature est honteuse,
Tetin des vilains le plus brave,
Tetin, dont le bout tousjours bave,
Tetin faict de poix et de glus :
Bren ma plume, n’en parlez plus,
Laissez-le là, veintre sainct George,
Vous me feriez rendre ma gorge.

Dans cette image de sein de vieille femme, les voyez-vous, ces métaphores démoniaques et caractéristiques de tout ce que pense une société de ses femmes âgées : « le Diable te fait bien si laid », «  »tétin propre pour en Enfer, Nourrir l’enfant de Lucifer. »?

N’oublions jamais qu’il n’y a pas de critères de beauté qui s’établisse sans les critères opposés, ceux de la laideur.

N’oublions pas non plus que plus les critères définissant la beauté sont précis, plus celle-ci est rare, et plus la laideur devient répandue.

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Seins et Renaissance : le retour de Vénus

Dans une anatomie comme dans la société, les seins font office de précurseurs, voire de révolutionnaires à l’avant-garde de la sexualité d’une femme comme des changements de mentalités.

C’est visible à la Renaissance où la femme prend de la valeur, où « le deuxième sexe se transforme en beau sexe », selon l’expression de Georges Vigarello. La femme, admirable et majoritairement représentée n’est plus la Vierge Marie mais Vénus, l’Aphrodite des Romains. La femme, devenue belle et digne d’être admirée pour ça, devient une déesse. Elle est alors chantée notamment par les poètes de la Pléiade, ceux-là même dont on nous a appris tant de poèmes épicuriens sur l’amour et le temps qui passe et dont on nous a tu les poèmes érotiques aux propos de nature à incendier l’âme des lycées qui les ont vus au programme sans en avoir trop su grand-chose.

Car à cette époque, dans les poèmes, on parle autant d’amour que de sexe, et chez Marot comme chez Du Bellay, c’est surtout de « tétin » qu’il est question. D’ailleurs, Guy Bechtel le confirme dans son essai Les quatre femmes de Dieu : « Le 16 ème siècle avait vu quelques excès dans le déshabillage mammaire. » On parlait de seins parce qu’on les voyait, et on les voyait parce qu’on les montrait. En bref, les seins devinrent presque une obsession, offrant une première idée moderne d’un érotisme qui commençait par le haut.

Pourquoi par le haut ? Justement parce que malgré l’influence renaissante des idées de l’Antiquité sur la beauté, le siècle reste pénétré de christianisme et spiritualise ainsi la silhouette : réside en haut ce qui relève du divin et en bas ce qui est bassement terrestre. Dans ce découpage idéologique, les seins, appartenant à la partie haute du corps féminin, sont jugés dignes d’être admirés.

Pourtant, aux siècles précédents, ils n’étaient pas moins jugés dignes d’intérêt. La peinture religieuse du Moyen-Age n’a pas manqué de représenter des Vierges à l’enfant, poitrine nue et allaitante devant laquelle on était en admiration. Mais pour la première fois depuis l’Antiquité, les peintres représentent le sein féminin pour lui-même, sans qu’ils se sentent obligés de s’appuyer sur la religion et sur la figure mariale en particulier. Et pour cause, les seins qu’ils montrent, ce sont ceux de la femme désirable, de celle qu’on pourrait aimer, voire qu’on aime déjà.

Ainsi, à la fin du XV ème, Agnès Sorel, maîtresse de Louis VII et première maîtresse officielle de l’histoire de France, apparaît sur les tableaux de Jean Fouquet avec un sein dénudé dans une représentation de Vierge à l’enfant mais aussi dans un simple portrait, dans l’esprit du Quattrocento.

A sa suite, des tableaux de François Clouet à ceux de l’école de Fontainebleau, des portraits de femmes aux seins dénudés se multiplient. Mais le plus étonnant, c’est qu’y sont représentées des maîtresses royales, des femmes dont les monarques se sont épris d’abord pour leur beauté. De Diane de Poitiers, favorite d’Henri II à Gabrielle d’Estrées, aimée d’Henri IV, les maîtresses aimées s’exposent et dévoilent leur poitrine sans pudeur dans un monde chrétien et pudibond.

Contre les valeurs chrétiennes justement, dans la scène du tableau de François Clouet de la dame au bain et que le tableau de l’école de Fontainbleau reprendra avec Gabrielle d’Estrées, se lit l’aveu des changements de fonctions attribuées aux seins. La belle femme, aimée du monarque expose sa poitrine au regard pour le plus grand plaisir de son royal amant qui l’aime, la désire, la possède et l’expose avec fierté aux yeux de tous, tandis qu’au second plan, la nourrice expose aussi son sein pour allaiter l’enfant illégitime né de leurs amours. Car les grandes dames ne se chargent pas de l’allaitement qui les rabaisserait au rang de bête. C’est donc toujours une nourrice qui s’en charge.

Si ce n’est pas la première fois que les seins d’une favorite royale sont exposés uniquement pour l’agrément, pour le plaisir de la vue, l’opposition entre la fonction nutritive reléguée au second plan et la fonction érotique et sensuelle au premier plan témoigne d’une société qui vient de changer de valeurs et qui fait passer la beauté devant les fonctions reproductives auxquelles l’Eglise voulait limiter les relations entre hommes et femmes.

C’est le triomphe de la femme par le moyen de sa beauté qui caractérise le début de la modernité. C’est paradoxalement à la fois son émancipation possible et son aliénation certaine. C’est aussi un paradoxe dont nous sommes les héritiers et dont nous ne sommes pas complètement sortis.

Et tout ça avec juste une paire de seins !

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Recette aphrodisiaque : omelette du Roi-Soleil

Dans son livre Cinq mille ans de cuisine aphrodisiaque, Pino Correnti, restaurateur sicilien spécialisé dans la cuisine aphrodisiaque, propose des recettes galantes de l’histoire.

Il donne notamment celle d’une omelette sucrée que Louis XIV faisait dans son cabinet particulier quand il était en galante compagnie. Il l’accompagnait, précise-t-il, de champagne.

Comme souvent avec Pino Correnti, on a des recettes dites authentiques mais on a rarement les références. Cela correspond bien à la nature de la recette aphrodisiaque, qui se doit d’être confidentielle, mais c’est toujours un peu gênant, car se pose alors la question de la transmission.

J’ai voulu mener l’enquête avant de vous la proposer, mais en même temps, où trouver la recette ?

Dans les livres de cuisine de l’époque ? J’ai bien tenté, mais elle n’est pas assez raffinée pour une cuisine de cour royale, même si elle l’est trop pour une simple omelette.

Dans les mémoires des proches de Louis XIV ? Les écrits sont nombreux et interminables à cette époque, de Saint Simon à Condé en passant par la Princesse Palatine, mais qui aurait révélé une recette intime ? Et Louis XIV pouvait-il vraiment cuisiner dans son cabinet particulier ?

Les ingrédients pourraient peut-être nous éclairer. Un anachronisme révélerait de façon certaine une supercherie. Mais les marrons glacés et les amaretti de la recette étaient connus de Louis XIV, les amaretti ayant été servi à son mariage. Et les marrons glacés, même si c’est sans certitude, sont réputés avoir été inventés sous son règne.

Il n’y avait plus qu’une chose à faire : s’y mettre.

Omelette du Roi-Soleil, selon Pino Correnti

Pour 2 personnes

  • 6 oeufs
  • 50 gr. de sucre vanillé
  • 4 marrons glacés
  • 50 gr. de beurre
  • 1 bâtonnet de cannelle ( j’ai préféré de la poudre )
  • sel
  • poivre

Séparer les blancs des jaunes, battre les blancs en neige ferme. 

Piler les amaretti et les marrons glacés, les mêler aux jaunes auxquels on ajoutera 40 gr. de sucre glace. Ajouter une pincée de sel, une pincée de poivre et mélanger. Mêler délicatement cette préparation de jaunes aux blancs battus en neige. 

Faire fondre le beurre et quand il mousse, verser la préparation. Faire cuire à feu doux jusqu’à ce que l’omelette soit bien dorée. 

Verser dans le plat de service, saupoudrer de cannelle et du reste de sucre glace. 

Résultats :

  • C’est long ! La préparation, très mousseuse, n’a rien d’une omelette ordinaire parce qu’elle est remplie d’air. Le temps de cuisson est donc au minimum triplé, et ce d’autant plus que la préparation doit cuire à feu doux. Soyez patient. Je ne saurais trop conseiller de mettre un couvercle pour que la cuisson atteigne le haut de la préparation.
  • C’est dense ! C’est censé être une recette pour 2 personnes, on s’est mis à 4 dessus et on était rassasié ! Si vous prévoyez de la faire en amoureux, 3 ou 4 oeufs et  2 ou 3 amaretti et marrons glacés seront suffisants si vous avez d’autres objectifs à 2 qu’une laborieuse digestion en commun ! Sauf, bien sûr si votre motivation est la curiosité historique, auquel cas je vous conseille de respecter la recette originale.
  • C’est très sucré ! Ayant goûté la préparation à tous les stades de la réalisation, je me suis passée des 10 grammes restant de sucre glace, et c’était encore très sucré. Vous pouvez donc retirer un peu de sucre de la recette sans que cela nuise au résultat, sauf si vous voulez la goûter telle qu’elle était réellement.
  • C’est rassurant ! Cette recette correspond bien à ce qu’on savait de Louis XIV : il mangeait comme 4 et, le sucre étant un ingrédient rare, réservé à la noblesse, seul le roi possédait les clés de la réserve. De fait, selon les critères de l’époque, cette recette est trop sucrée pour être roturière ! Enfin, c’est une omelette, le plat préféré des hommes qui ne savent pas cuisiner mais qui ont quand même envie de faire quelque chose. Dans tous les cas, cela ressemble bien à une préparation intime.
  • C’est délicieux ! Je n’aime pas les marrons glacés, je n’aime pas les omelettes sucrées, mais je me suis régalée ! Le goût, la texture trouvent le moyen d’être à la fois classiques et originaux.
  • C’est classe ! Une recette qui est à la fois galante, historique, simple, curieuse et délicieuse, c’est un atout séduction incontestable pour éblouir l’être aimé avec de la cuisine sans passer 5 heures aux fourneaux.

Je ne vous demanderai qu’une chose : si vous la faites, donnez m’en des nouvelles !

Cet article – sauf la recette – est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Oui, le jury de Top Chef dirait qu'il n'y a pas de présentation et que l'assiette est moche, mais c'est vraiment délicieux et les saveurs vont très bien ensemble !

Oui, le jury de Top Chef dirait qu’il n’y a pas de présentation et que l’assiette est moche. C’est vrai, on ne l’aurait pas servi à Versailles sous cette forme-là. Mais c’est vraiment délicieux et les saveurs vont très bien ensemble ! Une vraie recette pour emballer…

La leçon de beauté des Aphrodites

Vous les avez déjà vues aux musées, et leurs formes statiques et graves vous ont plus touchés par leur sérieux, leur classicisme, leur aspect artistique que par l’idée que vous vous faisiez souvent de la Beauté. Peut-être même que vous les trouvez ennuyeuses et vous pensez qu’appartenant au passé, elles n’ont plus rien à vous apporter ni à vous apprendre sur la beauté.

Et bien détrompez-vous.

Si nous partons du principe qu’Aphrodite est la déesse de la beauté et que chacun des sculpteurs qui en a conçu une a projeté dans sa sculpture un idéal de la beauté accepté par tous, alors, ces statues ont forcément quelque chose à nous dire sur la Beauté.

Alors oubliez dates, noms d’artistes, périodes artistiques et techniques, et écoutez les vérités que les déesses du Louvre ont à nous apprendre sur la beauté.

– La beauté ne concerne pas que la jeunesse

Parmi les différentes représentations de la déesse de l’Amour et de la Beauté figurent des femmes qui font assez juvéniles, comme la Vénus d’Arles, dont le corps et le visage sont lisses. C’est vrai aussi de l’Aphrodite de Cnide, dont il ne nous reste de la statue que l’intervalle entre le cou et les genoux. En revanche, les autres corps nus comme celui de l’Aphrodite « aux cheveux lâchés » , l’Aphrodite pudique et la Vénus de Milo présentent des femmes aux corps et aux visages plus matures, aux traits plus durs et aux corps marqués, où le muscle a pris forme au fil des ans.

– La beauté n’implique pas nécessairement la nudité

La Vénus de Cnide fut la première statue d’Aphrodite nue, et c’est ce qui fit sa célébrité. Mais de la Vénus de Milo à la Vénus d’Arles en passant par la Vénus Genitrix, on voit que la beauté se conçoit dans toutes les étapes du dévoilement du corps féminin, d’un sein à la totalité de ce corps. Mais la beauté se conçoit aussi dans un corps habillé comme celui de l’Aphrodite au pilier, où le vêtement, fait de multiples drapés, participe à cette beauté, et même, la construit peut-être.

– La beauté, c’est la fermeté

En revanche, si le corps peut être plantureux, généreux à certains endroits, comme le ventre de la Vénus de Milo dont Rodin disait qu’il était « splendide, large comme la mer« , il ne peut être relâché. Comme aujourd’hui, le relâchement signe du délabrement, est incompatible avec l’idée qu’on se fait, de la beauté. La confirmation de cette identification entre beauté et fermeté se vérifie dans le galbe des seins de ces déesses, et atteint son paroxysme dans le bras tendu de la Vénus d’Arles. Car si ce bras tendu et cette main parfaite démontrent surtout le talent du sculpteur, n’importe quelle femme attentive sait que très tôt, le relâchement se manifeste à l’arrière du bras, chez la femme.

Pas sûr que la magnifique tenue du bras de la déesse ne soit qu’un détail insignifiant.

– La beauté est aussi soumise à  la mode

Pour vérifier ce fait, il n’y a qu’à regarder l’affreuse coiffure de l’Aphrodite pudique qu’aucune femme ne porterait aujourd’hui en se trouvant belle et qu’aucun homme ne regarderait en la trouvant autrement que ridicule. Par ailleurs, si on regarde les coiffures de toutes les statues, elles sont toutes bouclées, même si les coiffures sont toutes différentes.

Enfin, il faut bien reconnaître que ces statues de corps féminins ont presque toujours, comme l’ont fait remarquer beaucoup d’historiens de l’art, des corps plutôt masculins. Et le fait est que dans la poésie comme dans la philosophie de cette époque-là, et pour la seule fois de l’histoire, c’est la beauté masculine qui est préférée.

– La beauté, c’est la dignité

Les attitudes des déesses représentant l’Amour, la Beauté, la Sexualité, sont paradoxalement prudes ou fières, jamais lascives. Etrangement, seule l’Aphrodite au pilier, dont la posture paraît un peu vulgaire, a changé de destin et est devenue Muse, semblant nous donner ce conseil avisé et toujours valable : »Si tout espoir de beauté est mort pour toi, exerce un art où tu excelles pour t’en donner un peu. »

Et c’est vrai que beaucoup d’artistes qu’on n’a pas toujours trouvé beaux ou belles ont su séduire par leur talent et projeter vers l’extérieur leur beauté intérieure.

Et si on écoutait un peu les déesses ? On constaterait certainement que l’idée qu’on se fait de la beauté en Occident reste inchangée depuis les Aphrodites.

Cet article et ces photos – sauf celle de la Venus Genitrix qui appartient au site http://www.theio.com – sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

Reflet de Cythère (5)

Dans Reflet de Cythère, une poésie, invocation, ou texte permettant de mieux connaître Aphrodite et son culte est choisi.

Aujourd’hui, ce sera le poète Léonidas de Tarente qui s’y collera.

Il s’était attaché à décrire avec tendresse la vie des petites gens et s’était fait une spécialité des ex-voto réels ou fictifs. Il a été choisi pour illustrer un poète et non une poétesse vénérant la déesse de l’Amour et de la Beauté.

Car le domaine d’Aphrodite intéresse aussi bien les hommes que les femmes, et malgré mon étonnement constant face à cette réalité et la grande discrétion de la majorité d’entre eux, les hommes sont nombreux à suivre ce blog, bien plus nombreux que ce que j’aurais pu m’imaginer.

C’est à leur intention et en pensant d’abord à eux que ce poème a été choisi, bien qu’il s’adresse à tout le monde.

Hymne à Aphrodite

« Je vais chanter Cythérée, née à Chypre. Elle fait aux mortels de doux présents; son aimable visage toujours sourit et elle porte la gracieuse fleur de la beauté. 

Je te salue, déesse, reine de Salamine et de Chypre; accorde-moi des chants qui excitent les désirs; je me souviendrai de toi et des autres chants. »

Léonidas de Tarente. III ème siècle av. J-C

Dans cette poésie, on portera notre attention sur la notion de chant. Aujourd’hui, le chant est quelque chose de laïc, banal et récréatif, mais à la base, c’est une pratique religieuse et magique ( en latin, le chant, c’est carmen, qui signifie le charme, la formule magique ) et pouvait donc inspirer des désirs en convoquant les dieux.

La parole inspirée et le chant n’ont pas perdu de leur pouvoir sous prétexte que les dieux grecs ne sont plus vénérés. Il y a toujours quelque chose d’Orphée dans la parole inspirée de celui qui aime.

Toi aussi, quand tu auras été inspiré par l’Amour au point que tes paroles et tes chants suscitent le désir, souviens-toi d’Aphrodite l’espace d’un instant.

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Forces et subtilités du maquillage noir

Depuis l’Egypte antique, les yeux cerclés de noir sont une pratique courante, constituant le maquillage le plus basique et donc le plus simple. Et pourtant, la subtilité de ses emplois et de ses effets sont incontestables, à condition d’y regarder de plus près.

C’est le maquillage le plus simple, le plus basique, oui, mais c’est d’abord le plus mal connoté car c’est celui qui met le plus en valeur les yeux et donc attire le plus le regard. Or, chez les chrétiens, le maquillage a toujours été mal vu car assimilé à la séduction qui s’oppose à la vertu, il a l’art d’attirer le regard. D’après la logique des théologiens, après le regard viendra le désir, après le désir viendra la faute et après la fauté le péché. Et de fait, le maquillage noir, qui peut être sur-représenté sur les podiums et au cinéma, est en réalité sous-représenté dans la vie ordinaire car très fortement sexualisé. Et c’est vrai que les femmes qui le portent et chez qui on le remarque fortement ont quelque chose à voir avec un esprit frondeur : goths, punks, adeptes du rock et du métal, ou juste des femmes puissantes qui assument tous les aspects de leur personnalité.

Cette caractéristique culturelle a surtout cours en Occident. Chez les femmes du Maghreb ou de l’Orient en général, le khôl en fard gras ou en poudre, ordinaire, local et très ancien d’emploi, est connoté positivement aussi comme un symbole d’identité. Une femme du Maghreb dont les yeux sont maquillés en noir ne choque personne et aucun jugement sévère n’est apposé sur elle du seul fait qu’elle se maquille ainsi. Mais n’est-ce qu’un phénomène culturel ?

A bien y réfléchir, un maquillage noir sur une peau brune, entourant des yeux sombres et des cheveux noirs, n’a rien de choquant. Cela constitue une harmonie dans laquelle le noir du fard n’est qu’un rappel du noir des cheveux, des sourcils, cils et yeux. Mais sur une Occidentale, l’effet n’est pas le même. Sa peau, ses cheveux, ses yeux sont souvent clairs. Pour peu que les cils et les sourcils soient également blonds, le contraste avec des yeux cerclés de noir sera beaucoup plus saisissant, voire agressif et choquant.

Cette mise en valeur particulière des yeux, si elle paraît provocante dans la vie ordinaire, s’avère indispensable au théâtre ou à l’opéra où la faible distance suffit à faire disparaître les yeux des acteurs et actrices et du même coup les émotions qu’ils doivent transmettre au regard du spectateur. Le regard rehaussé de noir et très maquillé a alors le pouvoir de refaire le lien avec le public, provoquer son  empathie et donc réaliser la catharsis. Les émotions, enfin accessibles au spectateur grâce à l’utilisation du fard le plus puissant, vont favoriser la purgation et par là, la purification de l’âme. Du même coup, les personnages sont sublimés et les acteurs, embellis, ont cette sorte d’aura particulière qu’on attribue aux souverains depuis l’Egypte antique et qui a le pouvoir de changer une personne ordinaire en une divinité.

Une de ses autres forces est de pouvoir rajeunir l’oeil vieillissant. Un très léger trait de crayon sombre, tracé finement au ras des cils – tout en éclaircissant les zones alentour – a le pouvoir de compenser visuellement la perte de volume et donc de faire paraître plus jeune en ouvrant le regard, comme Horus retrouvait sa beauté et compensait la perte de son oeil gauche par le maquillage. Rappelez-vous le scandale autour de la photo d’Uma Thurman : ses yeux, mis en valeur par des couleurs claires sans qu’un trait de crayon ne vienne compenser la perte de volume obligatoire avec l’âge, se sont mis à trahir leur âge réel.

Paradoxalement pour le fard à la couleur la plus puissante, il est possible de mettre en valeur le regard de façon extrêmement subtile avec du maquillage noir, à condition d’utiliser un vrai khôl sous forme de bâton gras. Pour un effet presque invisible qui a le pouvoir de blanchir le blanc de l’oeil et souligner naturellement comme avec une plus grande épaisseur de cils, faites comme les femmes du Magreb qui se mettent du khôl avant de se coucher pour profiter de ses effets légers mais incontestables le lendemain. Pour en renforcer l’effet, vous pouvez mettre une goutte de jus de citron dans chaque oeil si vous êtes courageuse. Le blanc de l’oeil, assaini, fera d’autant plus ressortir votre iris, mettant l’accent sur la beauté de votre regard. L’effet est magnifique !

Enfin, le dernier point, comme à l’époque des Pharaons, et à condition de l’acheter dans des boutiques indiennes, vous pouvez trouver des bâtons de khôls camphrés qui rafraîchissent l’oeil et surtout le protègent de certaines affections courantes, même s’il est difficile d’en parler dans nos sociétés modernes. Pourtant, devinez avec quoi je fais cesser mes démangeaisons aux yeux consécutives aux rhinites allergiques, sans jamais avoir besoin de gouttes et autres produits de pharmacie ? Bien sûr, cela reste entre nous. La plupart des gens vous diraient que ce n’est pas possible, voire, au pire, que c’est dangereux. L’ambivalence du khôl, il est vrai, a longtemps été dans son équilibre entre son efficacité et sa toxicité.

Depuis l’époque des pharaons, les subtils et différents pouvoirs du khôl n’ont pas cessé.  Si nous ne le voyons pas toujours, c’est que nous ne lui accordons ni place ni importance.

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Maquillage des yeux : mythe et symboles

Le maquillage des yeux remonte à l’Egypte antique, comme nous le savons, et comme les images d’Epinal nous en ont laissé des souvenirs de regards masculins et féminins cerclés de khôl sur les statues et bas-reliefs. Alors que le maquillage revêt d’habitude un aspect superficiel et trivial en Occident, relevant de la séduction facile voire de l’amusement, on s’étonne qu’archéologues et historiens aient donné tant d’importance à la conception des fards et à la manière dont ils se portaient dans l’Egypte ancienne.

En réalité, si les fards les intéressent tant, c’est que leur fabrication relève des premiers processus de chimie et de pharmacologie : des poudres minérales pour la couleur, des graisses pour l’adhésion à la peau, des produits actifs dont la toxicité même oeuvre paradoxalement à l’aspect médicinal et protecteur dont on avait bien besoin pour lutter contre les maladies de l’oeil, fréquentes dans la vallée du Nil.

Les égyptologues du site du CNRS l’assurent dans leur dossier sur le langage des fards en Egypte antique : retrouver des statues aux yeux pleins et cerclés de khôl dans une tombe sème le trouble car les personnages semblent vivants, et surtout, paraissent vous regarder. De fait, le maquillage noir à base de minerai de plomb, remplaçant le fard vert à base de malachite, est estimé rendre les yeux parlants et expressifs. D’autres couleurs aux symboliques différentes existèrent mais à la base, il y avait d’abord, par principe, le maquillage des yeux, inventé il y a quatre millénaires.

A la base de l’acte de se maquiller, il y a un dieu, Horus. Lors d’un combat contre son oncle Seth, il perd son oeil gauche qui s’avère être la lune, tandis que son oeil droit constitue le soleil. Pour rétablir l’équilibre cosmique menacé par la perte de l’oeil et la disparition de la lune, Horus a recours aux fards. Acte cosmogonique et créateur, le maquillage rend à Horus sa beauté et à l’univers, la lune et ses phases désormais intermittentes. En se maquillant, hommes et femmes de l’Egypte ancienne imitaient l’acte bénéfique du dieu qui se guérissait en même temps qu’il recréait l’harmonie du monde.

Pour les hommes et femmes de ce pays, de la même manière, le maquillage avait pour fonction le soin, la médecine, mais aussi la beauté, la vie et le sacré. Le fard lui-même était une émanation d’un dieu différent selon sa couleur, d’Horus pour le vert, de Ra pour le noir. Les papyrus médicaux confirment la multiplication des fonctions associées au maquillage en Egypte ancienne :

« Viens malachite ! Viens malachite ! Viens, la verte ! Viens, écoulement de l’oeil d’Horus ! Viens, rejet de l’oeil d’Atoum ! Viens, sécrétion sortie d’Osiris ! Viens à lui ( le malade ) et chasse pour lui les sérosités, le pus, le sang, la faiblesse de la vue. »

( Ebers 385 traduit par Bardinet, cités sur le site du CNRS et celui des anciens élèves et diplômés de Polytechnique )

De toutes ces croyances, en réalité, que reste-t-il aujourd’hui dans le maquillage des yeux et dans notre rapport symbolique au regard ?

Horus, est un dieu faucon. La vue des rapaces est exceptionnelle, comme l’est celle de la plupart des prédateurs. L’oeil d’Horus, celui qui a été arraché, constitue toujours un porte-bonheur, ce qui éloigne le mauvais oeil, justement. Oeil gauche représentant la lune, il est fardé de cette sorte de maquillage caractéristique qu’on retrouve dans l’art égyptien antique et dont la symbolique perdure et protège celui qui le porte.

Dans d’autres civilisations également, les symboles de protection peuvent être des visages de démons qui nous regardent mais aussi avoir toutes les caractéristiques de l’oeil, comme le miroir Pa Kua des Chinois qu’on installe à l’extérieur de sa porte d’entrée pour protéger la maison des mauvais esprits. Ce miroir a la particularité d’être convexe et de refléter ce qui passe devant lui. Beaucoup de croyances autour de la protection des maisons font appel aux miroirs pour leur pouvoir de réflexion, leur capacité à agir comme des yeux sur d’autres yeux. Les yeux, centres de l’observation, sont à l’avant-poste de l’intelligence qui s’éveillera après avoir reçu les informations issues de cette observation.

Mais les yeux, c’est aussi le siège de la vie, toujours en lien avec l’intelligence. Fermer les yeux du mort est un acte rassurant qui permet de symboliser le décès, comme si le cadavre gardant les yeux ouverts ne pouvait être complètement mort et donc toujours conscient, intelligent, apte à porter le « mauvais oeil », ce regard chargé de haine silencieuse suffisant, paraît-il, à nuire à ceux qui en sont l’objet.

Dans le maquillage du regard, il y a un peu de tout cela à la fois : un geste de construction de sa propre beauté, de sa propre harmonie, de son appartenance au monde, d’expressivité du regard accédant au langage, de mise en valeur symbolique et expressive de son intelligence, de sa conscience.

Cela rappelle ce passage de Devdas, apparemment énigmatique, où une femme conseille à Chandramukhi, courtisane, de mettre du khôl pour se protéger du mauvais oeil, à quoi Devdas, jeune homme naïf découvrant la prostitution, fait remarquer que d’autres femmes se servent de ce même khôl pour attirer le regard. Chandramukhi lui répond : « En évoquant le regard, vous avez ravi mon coeur. Je vous prenais pour une statue, et je découvre que vous avez un coeur. » Chandra, bizarrement, signifie la lune…

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Comment se faire aimer ?

Non, lecteur, lectrice, ceci n’est pas une vaine promesse faite par l’article d’un obscur blog d’une obscure blogueuse destinée à s’attirer du monde.

Comment se faire aimer n’est pas un rêve inaccessible, un désir destiné à ne pas se réaliser, mais une question de méthode, de lieu et de moment, d’après ce que nous apprend l’ethnopsychiatre Tobie Nathan dans son ouvrage Philtre d’amour. Son sous-titre : « Comment le rendre amoureux ? Comment la rendre amoureuse ? » en dit assez long sur son contenu qui prend appui aussi bien sur les mythes que les témoignages contemporains ou les analyses de rituels traditionnels de magie amoureuse de toutes cultures. C’est de cette diversité que l’auteur, ethnopsychiatre, spécialiste de la psychanalyse et enseignant en psychiatrie à l’université, va tirer une synthèse incroyablement pertinente de ce qui permet de fonder le sentiment amoureux.

Pour laisser le plaisir de la découverte de ce livre intact à qui serait intéressé, ne seront choisis, expliqués et précisés que certains éléments qui ne suffisent pas à créer la formule entière de l’amour mais vous dévoileront en tous cas certains de ses mécanismes. Les mots , la façon de s’exprimer, la façon d’ordonner, sauf mention contraire, ne viendront pas non plus tous de l’auteur, qui est avant tout notre guide et la caution intellectuelle de l’article.

– L’amour n’est pas une question de beauté

C’est peut-être la meilleure nouvelle pour ceux qui ne se sont jamais considérés comme beaux ou belles. L’amour vient de l’âme et c’est donc l’âme qu’il faut toucher. Certes, la beauté pourra être un élément de l’accroche de cette âme, mais en définitive, même si celle-ci n’est pas là, l’âme comble les vides et supplée à ce qu’elle croit lui manquer. La phrase de Proust : « Laissons les belles femmes aux hommes sans imagination. », illustre complètement cette vérité. Nous trouvons beau ce que nous acceptons comme tel, et n’importe quelle nouvelle ouverture au monde, n’importe quelle vision qui comble nos attentes peuvent être vues comme de la beauté. Ce qui compte, c’est de sembler apporter à celui ou celle qu’on aime et dont on veut se faire aimer, la chose que cette personne désire profondément ( plus de bonheur, de rêve, l’oubli des soucis, etc.).

– Choisir le moment

Tomber amoureux est aussi une question de moment. Comment un moment peut-il être favorable pour être aimé ?

Si la personne est déjà en couple et heureuse de l’être, il ne faut pas compter dessus et c’est normal. En revanche, c’est possible après une déception, dans une période de doute, de flottement, de tristesse ou de fatigue, aussi, mais également de grande joie nouvelle, inattendue et créatrice qui va permettre à la personne d’être plus ouverte, nous explique Tobie Nathan. L’idée de l’auteur, empruntée aux conceptions animistes, est celle d’une « âme qu’on doit saisir au moment où elle sort de son enveloppe ».

Cela rappelle certaines croyances anciennes, qui perdurent parfois, et qui exigent notamment qu’on ne réveille jamais brutalement quelqu’un qui dort car l’âme, sortie du corps, ne pourrait retrouver son chemin à temps. Qui a vu une personne se réveiller brutalement et ne plus savoir où elle est ni à quel moment elle se trouve, peut-être même qui elle est, comprendra de quoi il est question.

De la même manière, chaque moment particulier de vie nous met sur un chemin ( la grossesse vers la voie de la parentalité, par exemple ) ou à la croisée des chemins, où le moi doit se réinventer ( deuil, divorce, licenciement font basculer l’âme vers l’inconnu d’où émergeront de nouveaux choix ).

– Choisir le lieu

Tobie Nathan nous explique que les couples appellent les couples, et dans un monde où il n’y a plus de temples dédiés à l’amour, le bon lieu pourrait être un mariage. Dans le film 4 mariages et un enterrement, on nous répète justement que 50 % des gens ont rencontré leur conjoint à un mariage. Les lieux où on célèbre des mariages ( mairie, église, synagogue…) sont donc également propices.

Mais si nous n’avons plus de temples, nous avons encore d’autres lieux culturels associés à l’amour que nous pouvons ajouter à la liste : Paris ( pour ceux qui ne sont pas parisiens, surtout ), Venise ( à réserver à ceux qui ne connaissent pas son histoire ), le Taj Mahal, tombeau représentant un des plus puissants symboles d’amour ayant jamais existé. Plus curieusement mais aussi plus simplement, nous trouvons les ponts, qui ont la capacité d’embellir une personne sans qu’on sache trop pourquoi, et les cimetières où on peut rencontrer, en France, par exemple, la tombe d’Héloïse et d’Abélard et dont on doit trouver des équivalents dans d’autres pays, des pierres tombales exaltant l’amour d’une vie et la tristesse de l’avoir perdu, ou bien encore, comme vu chez les incinérés du Père Lachaise, cette simple plaque mentionnant « toi et moi », rappelant que des gens peuvent vouloir s’unir pour l’éternité dans une confusion de cendres et d’identités d’où ne reste que l’idée de deux personnes qui se sont aimées.

Voilà, cher lecteur, chère lectrice, la suite t’appartient. Tobie Nathan ajoute comme mise en garde qu’il est difficile de se débarrasser ensuite d’une âme qu’on a captivée. On pourrait se demander aussi si une relation basée sur une telle construction ne risque pas de manquer d’équilibre, car manifester son pouvoir pour rendre amoureux rend l’amour bien mécanique et peut-être aussi un peu triste.

A toi de voir.

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Le massage, rencontre avec la beauté intérieure

Le massage est une pratique médicinale très ancienne développée dans beaucoup de civilisations selon leurs propres conceptions culturelles, leur histoire et les fonctions qu’elles lui ont assignées. En Inde, par exemple, le massage est au coeur des pratiques de la médecine traditionnelle, l’Ayurvéda. En Corée et ailleurs en Asie, le massage est si courant qu’il est d’ailleurs une pratique d’enfant aimant à l’égard de ses parents. Au Maghreb, et un peu partout dans le monde musulman, il est au coeur des pratiques hygiéniques développées avec art dans le hammam. En Occident, par contre, son statut est beaucoup plus ambivalent.

Son histoire connue remonte à la Grèce antique où il faisait partie des techniques de soins prodigués notamment aux athlètes. Il a également été exercé par de prestigieux médecins sur des empereurs romains atteints de diverses maladies, comme l’était Jules César, par exemple. Mais comme aujourd’hui où de nombreux salons de « massages » dissimulent en réalité des lieux de prostitution, la pratique du massage à Rome fut rapidement dévoyée et son usage interdit dès que le Christianisme gagna l’Empire.

Devenue suspecte, la pratique dut attendre longtemps avant de refaire son apparition. Mais le massage n’est pas le réel problème, et notre connaissance en histoire de l’hygiène en Occident nous rappelle que pendant de longs siècles, se laver même était devenu presque impossible, comme nous le démontre le bain annuel de Louis XIV dont nous avons tous entendu parler. Le problème du massage en Occident est en réalité celui du corps, très déconsidéré dans les cultures judéo-chrétiennes. L’omniprésence des appareils électriques dans les cabinets de kinésithérapeutes qui, autrefois, y allaient de leurs propres mains et qui maintenant laissent faire le courant, confirment ce rapport gênant au corps qui a finalement été évacué autant que possible de la majorité des pratiques médicales.

Parallèlement pourtant, sous l’impulsion très contemporaine du « bien-être » comme valeur positive, des offres de massages de détente – interdits désormais sous cette appellation réservée au domaine médical, contre celle de modelage, à la pratique pourtant identique – inondent le marché sous des formes toujours nouvelles, exotiques, faussement anciennes ou réinventées pour créer une offre aussi diversifiée que dans un supermarché : massages ayurvédiques, thaïlandais, suédois, shiatsu, aux pierres chaudes, à la bougie, etc..

Dans ce méandre d’offres compliquées entre prostitution, pratiques médicinales mésestimées de bien-être dont les symboles multipliés, et un peu superficiels – bougies, musique de relaxation aux synthétiseurs – dérangent parfois plus qu’ils ne détendent, la vérité sur le massage se perd dans les emplois artificiels ou dévoyés qu’on en a fait.

Pourtant, le massage est une pratique qui agit à des niveaux si profonds sur la beauté qu’on a peine à le réaliser pleinement. Sur le muscle endolori, par exemple, il est désormais établi scientifiquement par le chercheur en neuro-métabolisme, Mark Tarnopolsky, que le massage n’agit pas superficiellement mais au contraire profondément sur les gênes musculaires de façon à créer un effet anti-inflammatoire. Plus qu’un léger bien-être provoqué par un agréable pétrissage, la pression se transforme en information biologique qui va activer des gênes aux effets réparateurs.

De même, cette pression exercée sur le corps a un impact sur notre façon de nous sentir être au monde. Etre massé, c’est être comme le petit enfant pour qui la caresse ou le soin de la mère est une forme d’amour, d’acceptation complète de sa personne. C’est pourquoi le massage a le pouvoir de dissiper la dépression, le dégoût de soi, le déni de son propre corps au profit de son acceptation, d’une bienveillance rarement éprouvée à son endroit, et de la conscience de sa beauté profonde, essentielle, loin de tous les canons esthétiques en vigueur.

Car mieux encore que la nourriture, l’accueil sincère par le corps social signe, comme peut le faire toute forme d’amour, le droit à sa santé mentale, sa reconnaissance et au prolongement de sa vie, comme le dit Bloom dans son célèbre Principe de Lucifer : » s’embrasser régulièrement fournit de l’oxygène supplémentaire et stimule la production d’anticorps. La proximité des autres peut guérir. » Cette proximité se fait de façon directe par le massage, directe et rapidement active sur de nombreux troubles mentaux. En médecine indienne traditionnelle, schizophrénie et dépression se soignent d’ailleurs par le massage.

Et cela vaut aussi pour l’auto-massage qui a l’art de nous entraîner au-delà des jugements sévères que nous nous adressons lorsque nous comparons notre enveloppe malheureuse avec celles de beautés inatteignables, pour nous faire découvrir malgré nos conditionnements les vraies limites de notre corps et de notre beauté dans son essence.

Enfin, le masseur  d’Himmler, Felix Kersten, savait si bien faire disparaître la douleur de son patient, qu’il a permis de sauver 100 000 vies dont celles de 60 000 juifs, de 1941 à 1945. Certes, ce fut la crainte de ne plus bénéficier de ses soins qui poussa Himmler à se laisser de plus en plus manipuler par les chantages de ce philanthrope qui échangeait des soins contre la vie d’être humains et qui est encore trop peu connu du grand public, mais on ne peut s’empêcher de se dire qu’il y a peut-être aussi un peu de ce pouvoir qu’a le massage de nous révéler notre beauté intérieure et notre lien profond avec le corps social, et finalement avec l’humanité tout entière…

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