Beauté et histoire

Modèles cinématographiques et beauté

Si la beauté physique concerne l’ensemble de la personne, l’aptitude humaine à créer des catégories, y trouver des repères de compréhension, de nomination mais aussi de limites isole pourtant depuis longtemps la beauté du corps et la beauté du visage en établissant de plus entre eux des jugements de valeur.

Pendant longtemps, et surtout avant le XX ème siècle, où les femmes commencent à montrer leur corps, la beauté du visage est naturellement primordiale dans une construction de sa propre image d’où est souvent exclue une grande partie du corps, qu’on dissimule longtemps du cou jusqu’aux chevilles. Notre conscience de l’esthétique s’en souvient inconsciemment et ne peut y échapper lorsqu’on s’étonne devant les dieux et athlètes nus de l’Antiquité et les peintures des grandes maîtresses royales, vite rhabillées néanmoins. Le corps nu du XIX ème siècle, triste, parfois décharné et qu’on expose pourtant beaucoup, est le corps de la prostituée, de la cocotte, de la dévoyée, jamais celui de la dame digne et vertueuse. Comme aujourd’hui au Moyen-Orient, c’est celui de l’Européenne qui pratique, à moitié nue, la danse orientale, s’agite en petite tenue et a une sexualité facile et déshumanisée dans les films indiens.

La beauté digne, la beauté évidente, ordinaire et sur laquelle des jugements s’exercent, c’est celle du visage. Le reste, mal connu et tabou, s’arrêtant à la taille, aux épaules et au décolleté, ne connut que tardivement de sévères critères pour être déclaré beau.

Et pourtant…

Certes, les visages des grandes dames peints sur les portraits peuvent rayonner de beauté pendant que le reste est noyé sous les crinolines, les romanciers peuvent s’attarder sur la description du visage d’un de leurs personnages féminins, il n’en reste pas moins que les critères de beauté du corps et du visage suivent un même destin, celui de l’image et de la conscience de celle-ci.

Au XIX ème siècle, avant l’apparition de la photographie et surtout du cinéma, la mode existe et possède une influence, mais il n’existe rien de précis pour définir ou imposer un canon de beauté, un critère strict d’élection. Dès que la photographie accouche du cinéma, diffusant largement une image exportable, la mode peut exercer sur la femme son influence au-delà de celle des vêtements et de la coiffure, sur la posture du corps, le rythme, la démarche et dans ce qui n’était encore pratiqué auparavant que par les actrices de théâtre, la  construction méticuleuse du visage, notamment par le maquillage.

En se montrant, le corps se banalise. Les premiers critères de beauté apparaissent, et avec eux, les métiers qui permettent de s’y soumettre. La haute-couture explose, le maquillage atteint toutes les couches de la population, le corps se montre en maillot à la plage et les premiers concours de beauté apparaissent. A l’époque, on est au début du XX ème siècle; le cinéma muet vient presque de naître et de tendre, mieux que n’importe quel média ne l’avait fait auparavant, un miroir normatif mais surtout presque exclusif de ce que doit être la beauté.

Si les portraits élitistes des grands peintres et des photographes ne diffusaient pas d’image figée de la beauté féminine, l’alliance de la technologie et de la diffusion de masse entame beaucoup plus la diversité et le naturel dans la façon d’apparaître des femmes par une seule proposition fantasmée qui n’était souvent, au départ qu’une contrainte technique. C’est par exemple le cas du maquillage, destiné à renforcer l’expression des yeux – qu’on voyait mal sur une image en noir et blanc peu nuancés – et dont on devait surtout accentuer l’expressivité avec un média qui n’était pas encore parlant et où l’image devait donc seule faire passer le sens.

Héritiers de cette culture centenaire, il n’est pas rare que nous cédions au désir de copier un modèle de cinéma dans une façon de s’habiller, de bouger, de se maquiller, considérant qu’elle incarne la beauté et toutes les qualités qu’on ne croit pas posséder et qu’on voudrait acquérir en lui ressemblant. Ce désir peut nous conditionner au point de stéréotyper nos gestes, nos mouvements du corps et notre façon de parler dans une imitation stérile qui manque son but, nous faisant ressembler à quelqu’un de caricatural et non à la beauté qui nous a inspirés.

Et si vous allez vous promener du côté de la Tour Eiffel, vous serez surpris de voir toutes ces jeunes filles en fleur,  perchées sur des talons et posant comme des stars dans des attitudes qu’elles ont vues sur des actrices ou des mannequins, exhibant fièrement sur leur corps le nom des marques des couturiers français dont elles rêvent peut-être d’être une des égéries qu’on voit dans les spots publicitaires pleins de paillettes et de corps longilignes marchant au ralenti dans un décor de rêve qu’on devine être un Paris plus fantasmé que réel.

( Photo à la Une : Paris Hilton en version Marylin pour la sortie de son parfum.)

Le labo de Cléopâtre : Etuis à khôl de l’Antiquité

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Le mystère de la reine de Saba

La reine de Saba est le seul personnage féminin de la tradition hébraïque à posséder une influence dans toutes les religions monothéistes qui en dérivent, et même au-delà. La première question qu’on peut peut-être se poser à son propos est : était-elle belle ? L’histoire et les contes de fées sont unanimes : si un personnage est une reine, c’est qu’elle était belle. Un roi peut ne pas faire parler de sa beauté voire, il peut très bien avoir été laid, mais une reine ne le peut pas. Et si elle n’était pas belle, les règles de prééminence sociale et la tradition se chargeaient d’arranger ça. Donc, elle était forcément belle. La tradition d’ailleurs le dit : elle était belle malgré ses jambes poilues.

Les personnages de la Torah ou l’Ancien Testament sont des références pour les autres religions, et les figures de Salomon, David, Jacob, Abraham, etc. courent d’un récit à l’autre des traditions juives, chrétiennes et musulmanes. C’est logique quand on sait que le monothéisme des Hébreux a constitué une révolution politique et religieuse telle que la grande aventure des civilisations semble y être intrinsèquement liée – même si c’est faux – et aujourd’hui plus que jamais. Ces figures sont toujours celles d’hommes qui ont fait directement alliance avec Dieu. Seule la reine de Saba, libre, a trouvé le moyen d’être une femme de pouvoir, païenne, sans époux connu,  et de venir éprouver la sagesse de Salomon comme peuvent le faire les sages, toujours masculins, bien entendu.

Ce statut exceptionnel – à l’inverse de toutes les figures féminines de l’époque et même postérieures – joue en faveur de son existence réelle, tout comme cette précision qu’elle était chargée d’encens destiné au roi, dont l’arbre, rare, ne poussait pas partout. Mais à part ça ?

A part ça, la seule information commune à toutes les traditions est que la reine de Saba est venue rendre visite au roi Salomon. Mais que faire de cette païenne qui gouverne alors qu’elle est une femme, qui ne semble pas avoir de mari pour la dominer, qui possède des richesses et qui se permet de se faire juge de la sagesse du roi qui a fait alliance avec le dieu unique ? Toutes les autres informations différent au point que chacun possède en réalité sa reine de Saba.

  • La Torah en fait une simple souveraine en visite qui repart chez elle chargée de cadeaux, convaincue de la sagesse du grand roi d’Israël. La tradition hébraïque plus tardive la ridiculise en lui attribuant du poil aux jambes – façon peut-être la plus probable de mettre l’accent sur son caractère non civilisé – qui fera sa particularité autant que son étrangeté. Une relation entre Salomon et la reine n’est pas évoquée.
  • Dans la tradition chrétienne, la reine de Saba, figure elle-même inattendue de la sagesse, prophétise la venue du Christ.
  • Dans la tradition musulmane, Balqîs, la reine de Saba, se fait épiler avant d’intégrer  le harem de Salomon par amour pour lui et de sa propre volonté en se convertissant à la religion d’Allah.

Un seul récit prend en compte les aspects marginaux de la situation de la reine, femme dans un monde patriarcal : celui de la tradition éthiopienne. Pour les Ethiopiens, en effet, la reine de Saba a une grande importance, car c’est de ce pays, où pousse l’arbre à encens, que cette reine mythique semble venir, après avoir sûrement émigré du Yémen – pays dans lequel le souvenir de la reine est également important.

Dans l’histoire de Bilqîs, Maneka, comme on l’appelle en Ethiopie, Salomon tend un piège à la reine pour coucher avec elle alors qu’elle s’était refusée à lui. De leur union naît un fils qu’elle élève seule en Ethiopie et qui y diffuse la religion de son père, celle du dieu unique. Ce roi, c’est Ménélik I er, fils illégitime d’un roi promis à la plus grande gloire, au nom et aux actions immortels, et d’une reine au nom tout aussi immortel mais au statut aussi glorieux et sacrifié que celui de l’Ethiopie dont le nom est lui aussi connu dans la mythologie grecque, qui fut un lieu spirituel très important de toutes les religions et qui est pourtant désormais ignoré. Son étonnante population juive à la peau noire – les Béta Israël – s’est vue tardivement reconnaître sa judéité malgré son judaïsme archaïque mais incontestable dont les traditions, presque primitives, remontent à l’Ancien Testament. D’après la tradition éthiopienne, c’est par la reine de Saba qu’a été transmise la religion de Moïse.

Si la reine de Saba n’était pas Ethiopienne, il est pourtant troublant de voir le destin et le prestige de ce pays ressembler à celui d’une femme, fût-elle reine : il a beau être ancien, prestigieux, beau, important historiquement et spirituellement, il semble ne valoir que par sa dépendance à de plus puissants et il a beau déployer toutes ses qualités, il reste majoritairement méconnu.

Une situation qui ressemble en effet à celle de cette reine mythique dont on sait qu’elle était prestigieuse mais dont on ignore pourquoi sauf au fait qu’elle paraisse dans les textes religieux des grands monothéismes.

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(Photo à la Une : vitrail représentant la reine de Saba offrant des présents à Salomon. Sa couleur bleue la distingue des autres personnages. Au Moyen-Age, on la considérait déjà comme une femme noire. Musée de l’oeuvre Notre-Dame de Strasbourg. Photo de fin d’article : femmes juives originaires d’Ethiopie vivant en Israël. Ricki Rosen)

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Recettes de beauté de femmes célèbres

Le sujet des recettes de beauté n’est pas simple. Vaste et complexe, il nous amène à toujours déborder sur la question des causes d’utilisation, leur survivance, leur conservation, leur diffusion, etc.

Les causes, ça peut tout simplement être le pouvoir, car le pouvoir au féminin passe obligatoirement par la beauté, réelle ou symbolique. Pour les grandes pharaones Hatchepsout et Cléopâtre, c’est clairement une question de pouvoir.

Dans le documentaire Reines d’Egypte, diffusé sur Arte, l’égyptologue explique les conditions des échanges entre l’Egypte et le pays de Pount, au sud de la  Mer Rouge : les Egyptiens apportaient perles, bracelets et armes et les échangeaient contre la résine de myrrhe qui servait à l’embaumement mais aussi au parfum. On sait ainsi qu’Hatchepsout frottait sa peau d’huile de myrrhe parfumée « afin de briller comme les étoiles aux yeux de tout le pays.« , de l’aveu même de la souveraine.

Même chose pour Cléopâtre : les recette de beauté, les parfums, sont nécessaires à la représentation. « Les parfums eurent une place importante dans la mise en scène de la comédie amoureuse jouée par Cléopâtre allant au devant de Marc-Antoine sur le Cydnus, et par la suite dans la séduction exercée sur son ennemi par la reine d’Egypte.« , ce qui n’empêchait pas un vrai intérêt pour la question : »Pline et Galien rapportent que c’est à cette reine qu’on devait l’invention de la pommade à la graisse d’ours. » Nouveau manuel complet du parfumeur. MM. Pradad, Lepeyre, Villon. 1918.

La beauté peut donc être un souci personnel. Ainsi, la femme de Néron, la célèbre Popée semble plus avoir été motivée par une coquetterie qui la rendait ingénieuse et dont les recettes ont longtemps été utilisées à la cour des plus grands plus d’un millénaire après. C’est le cas de son célèbre bain au lait d’ânesse, copié par les grandes coquettes des temps modernes, mais aussi de son masque constitué de farine de seigle et d’huile parfumée qu’elle s’appliquait pour garder son teint frais, loin des atteintes du soleil et que les mignons d’Henri III redécouvrirent et appliquèrent également, apprend-on aussi dans le Nouveau Manuel du parfumeur.

Néanmoins, la condamnation des cosmétiques et des soins de beauté dans la tradition judéo-chrétienne aussi bien dans les textes du canon biblique que chez les prédicateurs semble avoir jeté une sorte de tabou sur leur emploi qui pouvait se faire mais dont on ne devait pas parler sans risque pour sa réputation. C’est donc tout naturellement que les secrets de beauté ont fait leur entrée dans l’aristocratie par les grandes maîtresses royales, qui avaient à la fois perdu tout sens de la vertu et dont le pouvoir ne reposait que sur leur rayonnement.

Ainsi, Agnès Sorel, maîtresse de Louis VII et première maîtresse officielle d’un roi de France, multiplie les audaces en matière de mode et de soins, avec notamment l’utilisation d’un rouge à lèvres au coquelicot, de la poudre blanche à base de farine et d’os de seiche pilés, un masque au miel pour la nuit et cette étrange crème de beauté dont Marc Lefrançois donne la composition dans Histoires insolites des Rois et reines de France : »bave d’escargot, cervelle de sanglier, fiente de chèvre, pétales d’oeillets rouges et de vers de terre vivants. »

Pour Diane de Poitiers, maîtresse d’Henri II, pas de cosmétiques mais des secrets de beauté plus occultes, plus intérieurs qui finiront d’ailleurs par la tuer : « Elle avait une très grande blancheur et sans se farder aucunement, mais on dit bien que tous les matins, elle usait de quelques bouillons composés d’or potable et autres drogues.« , révèle P. Erlanger dans Diane de Poitiers, déesse de la Renaissance. On parle bien sûr d’une époque où on n’achetait pas ses produits, l’industrie cosmétique n’existant pas encore, mais où on suivait des recettes pouvant en effet provenir de grimoires magiques ou alchimiques. Car la volonté de paraître, rester belle, passait facilement pour démoniaque dans une société où manifester une volonté sur sa propre destinée par le fait de guérir ou rajeunir paraissait être une forme de révolte contre les lois divines.

Dans ses mémoires de Ninon de Lenclos, Eugène de Mirecourt rapporte d’ailleurs une histoire caractéristique dans laquelle la belle courtisane rencontre un être diabolique qui lui offre la beauté éternelle qu’elle convoite, ce qui expliquerait sa séduction durable. Ce n’est bien sûr qu’une légende, mais cela reflète assez ce qu’on pensait de cette étrange aristocrate et intellectuelle française qui devint courtisane par choix, dont la beauté était encore attestée quand elle avait plus de 50 ans et qui eut des amants jusqu’à près de 80.

Etrangement, cette femme exceptionnelle semble bien plus fasciner les anglo-saxonnes d’aujourd’hui que les femmes de son pays. Si en France on parle des bains froids qu’elle prenait en toutes saisons comme de son seul secret pour rester belle, les blogs de beauté de langue anglaise diffusent une étrange recette qu’on raconte avoir été découverte dans une brochure par une femme jadis à son service et dont voici la traduction :

Traduction de la recette de beauté de Ninon de Lenclos d’après le site thebeautytonic.com

120 grs d’amandes

90 grs de lard

30 grs de blanc de baleine

Jus d’oignon

Eau de rose

Le site donne ainsi la recette dite originale et une recette adaptée à un usage contemporain. S’il est impossible sans autre élément de savoir si cette recette est authentique ou non, on ne peut néanmoins qu’être intrigué par le pouvoir de fascination qu’exerce Ninon de Lenclos dans la conception de ce qu’est la beauté dans la blogosphère anglo-saxonne.

Nouvel article : Du détergent au parfum de Cléopâtre

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Rhodope, le secret de Cendrillon

Aphrodite peut offrir un destin fabuleux à celles qu’elle a comblées de ses dons. Des destins fabuleux qu’on retrouve en littérature au travers de contes de fées surtout, où une jeune fille qui n’avait rien et était malheureuse finit par épouser un prince, de préférence l’héritier du royaume. Nos contes les plus célèbres ont cette structure narrative , ce scénario qui a fait rêver toute fille comprenant que son avenir consistait en autre chose qu’à être pour toujours la fille chérie et choyée de ses parents.Dans cet avenir, si le métier n’est pas clairement envisagé, la nécessité de l’histoire d’amour réussie comme base du bonheur est par contre rapidement comprise.

Cendrillon, la jeune fille persécutée dont la chaussure oubliée permet au prince de l’identifier, de la sortir de son enfer et d’en faire sa princesse est un des scenarii mettant en scène le destin fabuleux d’une fille comblée par la grâce, la beauté et que ses qualités distinguent malgré son abaissement quotidien au sein de son environnement familial. C’est un destin qui continue de faire rêver. L’innocente et belle jeune fille persécutée connaissant en définitive une destinée plus heureuse et prestigieuse que celle de ses persécutrices est un désir universellement partagé.

Ce conte, en réalité plus ancien que la Renaissance italienne qui semble l’avoir fait naître, est considéré comme venant d’Egypte. La culture européenne s’en est emparée dans l’Antiquité avec des auteurs aussi prestigieux qu’Hérodote, Strabon et Elien. Dans cette histoire, Cendrillon est en réalité une courtisane grecque vivant en Egypte appelée Rhodopis ou Rhodope, traduit parfois par visage de rose ou yeux de rose. Une courtisane, la beauté, un visage assimilé à la rose : on reconnaît bien là les faveurs d’Aphrodite.

« Quelques auteurs donnent à cette même courtisane le nom de Rhodôpis et racontent à son sujet la fable ou légende que voici : un jour, comme elle était au bain, un aigle enleva une de ses chaussures des mains de sa suivante, et s’envola vers Memphis où, s’étant arrêté juste au-dessus du roi, qui rendait alors la justice en plein air dans une des cours de son palais, il laissa tomber la sandale dans les plis de sa robe. Les proportions mignonnes de la sandale et le merveilleux de l’aventure émurent le roi, il envoya aussitôt par tout le pays des agents à la recherche de la femme dont le pied pouvait chausser une chaussure pareille ; ceux-ci finirent par la trouver dans la ville de Naucratis, et l’amenèrent au roi, qui l’épousa et qui, après sa mort, lui fit élever ce magnifique tombeau. »

Strabon. Géographie. Livre XVII.

Ici s’arrête le destin de Cendrillon dans l’histoire racontée entre autres par Perrault et les frères Grimm. Rhodopis, qui a inspiré son histoire, a quant à elle connu tous les rebondissements qui font les destins exceptionnels de celles destinées à la célébrité et à la gloire dans le monde réel. Hérodote en fait l’esclave d’un certain Jadmon, maître aussi du grand fabuliste Esope qui inspira tous les autres fabulistes après lui dont notre La Fontaine. Prostituée, elle fut rachetée par Charaxe qui n’est autre que le frère de Sappho, la plus grande poétesse de Grèce ancienne, et le dépouilla. En Grèce ancienne, les courtisanes et autres prostituées étaient les seules femmes, si elles étaient libres, à pouvoir jouir de leur propre fortune. Rhodopis est une de ces courtisanes devenue aussi riche que célèbre.

Elle est connue aussi pour avoir offert au temple de Delphes avec 1/10 de sa fortune  des broches à boeufs. Si ce cadeau paraît un peu étrange, il faut se rappeler que les Grecs sacrifiaient des animaux dont ils consommaient la viande tandis que les dieux étaient censés en déguster les fumées. Pour une courtisane, c’est autant un acte démontrant sa piété que son influence au sein de sa communauté qui lui permet d’avoir de l’argent et d’en faire ce que bon lui semble jusqu’à participer à ce qu’il y a de plus sacré. C’est une façon très masculine de démontrer son pouvoir. Enfin, puisque les récits font d’elle une courtisane riche, célèbre, sans scrupules, devenue femme de pharaon, il ne faut pas s’étonner que Strabon lui attribue une pyramide, marque d’un immense prestige.

Par sa complexité, le personnage de Rhodope qui a donné naissance au mythe de Cendrillon illustre bien plus que cette dernière une destinée dont la réussite est basée sur les dons d’Aphrodite : de la beauté malgré l’aliénation, la prostitution, la séduction permettant l’escroquerie, son avènement par son mariage royal et son immortalisation dans une pyramide. C’est une figure plus subversive que son pourtant plus célèbre avatar de conte de fées, et de fait, il faut bien reconnaître que lorsqu’on suit son parcours tel que l’ont raconté les divers historiens, il ressemble beaucoup plus à une destinée comme en ont vécu beaucoup de favorisées d’Aphrodite historiques – de Théodora aux maîtresses des grands rois telles que Wallis Simpson et d’autres encore – dans un monde laissant si peu de pouvoir aux femmes, à savoir une réussite basée sur la beauté, la sexualité ou la prostitution, l’amour.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : l’usage du parfum dans l’Antiquité

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Le viol de l’Aphrodite de Cnide

Non, ce n’est pas un titre volontairement provocateur. C’est une histoire relatée, entre autres, par le pseudo Lucien de Samosate, qui nous a déjà fait parcourir les jardins de son temple.

Pour vous, pour moi, pour tout le monde, l’Aphrodite de Cnide est une magnifique statue sculptée par Praxitèle. Dans l’article précédent, nous avons parcouru les jardins de son temple au fil du texte Les amours, et nous avons admiré la logique de sa construction. Aujourd’hui, nous entrons dans son temple toujours avec, pour guides, le pseudo-Lucien et surtout ses personnages qui y faisaient un voyage philosophique. En effet, lors d’un voyage en mer, Lycinos retrouve des connaissances, Chariclès et Callicratidas.

Le premier ne jure que par l’amour avec les femmes, et le second, avec les hommes. Sous forme de joutes oratoires, l’un et l’autre alignent les arguments pour faire valoir leur point de vue dans une querelle destinée à être sans fin. Lycinos, le narrateur, est nommé l’arbitre de cette querelle philosophique très ordinaire à l’époque.

C’est dans ce contexte que se passe la visite au temple de l’Aphrodite de Cnide. Dans le récit, le temple a installé la statue de façon à ce que les visiteurs puissent la contempler de tous les côtés, comme les photos mises à la une, tirées du site allemand Virtuelles Antiken Museum, qui permettent de s’en faire une idée. Si Chariclès, qui aime les femmes, s’enflamme en voyant la statue, Callicratidas, étonnamment, s’émerveille lui aussi devant la splendeur de ce corps féminin.

Après quelques instants, ils se rendent compte d’une petite tache sur la cuisse de la déesse, rendue plus visible encore par la blancheur de son marbre. Ils croient à une imperfection du matériau, mais une femme chargée de l’entretien du temple les détrompe : c’est la marque du viol de la déesse par un jeune homme qui en était tombé follement amoureux. Les viols de nymphes et de mortelles par les dieux sont des histoires bien connues de la mythologie. Mais le viol des statues de déesse, on n’en a pas l’habitude !

Et pourtant, c’est une anecdote qu’on retrouve plusieurs fois dans la littérature philosophique concernant les questions sur l’amour et plus précisément celles qui opposent les amours hétérosexuelles aux amours homosexuelles. En effet, la tache se trouve à l’arrière de la cuisse de la déesse, prouvant, qu’on a souhaité la prendre par derrière, comme on le fait avec un homme, du moins pour les défenseurs des amours homosexuelles.

Le traducteur de l’édition d’Arléa écrit en note :« Le récit de cette histoire suscite une interrogation : l’impiété du jeune homme est-elle, puisqu’elle s’adresse à Aphrodite, un hommage à la puissance des amours hétérosexuelles ? Mais accomplie dans une telle posture, n’est-elle pas un témoignage contre cette Aphrodite-là ? La réponse est ambiguë. Doit-on mettre cet hommage profanatoire, cette révérence sacrilège au compte de l’amour des femmes ou celui des garçons? ».

Cette question, qui n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui, sauf peut-être pour la culture gay, cède la place pour les contemporains à une autre, plus intrigante mais plus logique pour la culture moderne : ce jeune homme a-t-il voulu faire l’amour à la déesse ou à la femme dont le corps magnifique a été sculpté par Praxitèle ?

Le texte dit : »il devint éperdument amoureux de la déesse« , »durant tout le jour, il se tenait devant la déesse, ses regards étaient continuellement fixés sur elle; ce n’était que murmures indistincts et plaintes amoureuses formant un monologue secret », »Comme le feu de son amour était sans cesse attisé avec plus de violence, notre homme en avait gravé des témoignages sur tous les murs. L’écorce délicate de chaque arbre était ainsi devenue comme un héraut proclamant la beauté d’Aphrodite ».

Ces citations montrent que c’est bien la déesse qui est l’objet de cet amour, mais aussi, indissociablement, l’oeuvre d’art créée par un auteur: »D’ailleurs, il honorait Praxitèle à l’égal de Zeus et tout ce que sa demeure renfermait de précieux, il le donnait en offrande à la déesse. »

Là où un contemporain voit l’oeuvre d’art d’un côté et l’idée de la divinité de l’autre, un Ancien, pour peu qu’il soit croyant, ne fait pas de distinction, comme le montre le texte, parce qu’on considérait que c’était le dieu qui communiquait avec l’artiste et se montrait à lui sous la forme de l’inspiration qui précède son oeuvre. En ce sens, l’Aphrodite de Praxitèle est bien Aphrodite pour son amoureux comme pour ses contemporains, et c’est bien avec elle qu’il fait l’amour, au moins dans la conception antique.

Maintenant, la dernière question qui se pose : cette histoire a-t-elle vraiment eu lieu ?

La tradition philosophique avait pour habitude d’évoquer plusieurs types d’histoires pour aborder des questions philosophiques : des mythes et des anecdotes réelles.

A votre avis, à quelle catégorie appartient ce récit ?

Nouvel article Labo de Cléopâtre : Zoom sur le parfum de Cléopâtre

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Mon livre : Réalisez un vrai cosmétique de Cléopâtre

Dans mon blog comme dans celui des autres, il y a les articles populaires, ceux rarement consultés, et mieux que tout, il y a le numéro 1.

Mon numéro 1 s’appelle « les vraies recettes de beauté de Cléopâtre » https://echodecythere.com/2014/09/03/les-vraies-recettes-de-beaute-de-cleopatre/dans lequel, sur la base de ce que j’ai lu des recettes qui nous restent du Kosmètikon, j’analyse leur contenu, leur accessibilité et surtout nos mentalités. Car comme mes lecteurs, l’idée des recettes de beauté de la célèbre reine d’Egypte m’a toujours fait rêver.

Au printemps, alors que j’explorais de nouveau ces recettes, l’une d’entre elles – un nettoyant visage et corps riche en ingrédients et qui paraissait moins étrange que les autres – m’a donné envie d’analyser sa composition. Voyant que beaucoup d’ingrédients étaient encore trouvables, j’ai eu l’idée de créer un parfum sur cette base pour au moins avoir une idée de ce que portait Cléopâtre. J’ai acheté le matériel nécessaire et j’ai commencé à faire des tests.

Je ne vais pas vous mentir : ça a été long, cher, difficile, tous les ingrédients ne sont pas disponibles et je reste avec une dizaine d’essais sur les bras. Et surtout, la recherche m’incombait. Le problème avec la recherche, c’est qu’une nouvelle découverte, parfois tardive, peut toujours réduire à néant tout ce que vous aviez réalisé et aviez cru abouti.

Sur la base de ce parfum – en tout cas de son odeur – j’ai aussi créé un gel douche.

  • Vous voulez savoir ce que sent un  parfum adapté du « détergent » de Cléopâtre ?

Ca sent une odeur orientale à laquelle vous ne comprenez pas grand-chose.

  • Vous voulez savoir si ça sent bon ?

Au bout de 6 mois de fréquentation et d’habitude, je crois que je peux dire que oui, mais ça ne correspond à rien de connu.

J’ai commencé à rédiger mon expérience, mes recettes, mes recherches, quand l’idée de tenter de refaire à l’identique le « détergent » ne m’a plus paru si impossible que ça. J’ai acheté ( encore !) les plantes nécessaires et je l’ai réalisé avec quelques restrictions néanmoins car sur les 10 ingrédients nécessaires au détergent :

  • 6 sont toujours trouvables
  • 1 existe encore mais à moins d’être géo-botaniste, impossible à trouver
  • 2 n’existent que sous des formes proches mais pas identiques
  • 1 est l’objet d’une interprétation, d’un choix ( mais que l’Antiquité elle-même permettait)

Cette dernière recette, qui ressuscite le vrai cosmétique de Cléopâtre, est ma préférée et ma plus grande satisfaction.

J’ai rajouté cette expérience et ces recettes à mon livre et je les ai proposées à un éditeur qui m’a répondu qu’il ne voulait plus développer la thématique des cosmétiques « maison ». Il a raison, même si c’est un secteur en plein développement, il y a peu de monde que cela intéresse certainement. Sauf que…c’est quand même un authentique cosmétique de Cléopâtre ! En cherchant un autre éditeur potentiel, je me suis aperçue que les éditeurs publiaient surtout des ouvrages généralistes qui ont des chances de ratisser large, et je les comprends. Avec mon propos très spécialisé, comment pourrais-je les intéresser ?

C’est pourquoi j’ai décidé de m’auto-éditer, pour que cette aventure et les recettes sur la base du « détergent » de Cléopâtre soient malgré tout diffusées auprès de ceux qui voudraient le reproduire pour eux-mêmes à titre privé ( puisque la reproduction à but commercial est interdite et les recettes, soumises à droit d’auteur, sont bien entendu protégées ). La recette de base datant de l’Antiquité, seule une adaptation artisanale comme à l’époque s’avère conforme au cosmétique de Cléopâtre fait presque exclusivement à base de plantes.

Je précise d’ailleurs que bien que ce soit le cosmétique d’une reine, les recettes sont faciles à réaliser une fois acquis les ingrédients nécessaires qui peuvent toutefois être un peu longs à obtenir parfois, sachant que pour certains d’entre eux – 2 ou 3 – vous ne les achèterez que sur internet, n’étant pas d’un emploi très courant en Occident.

Si vous ne connaissez pas mon article sur les vraies recettes de beauté de Cléopâtre vous permettant de vérifier l’authenticité de la démarche et des recettes, c’est ici : https://echodecythere.com/2014/09/03/les-vraies-recettes-de-beaute-de-cleopatre/

Si vous rêvez de vous lancer dans la réalisation des cosmétiques issus du « détergent » de Cléopâtre – qui sont malgré tout très faciles à faire même pour un débutant – ou si vous êtes simplement curieux de cette aventure et de cette recherche, voici mon e.book qui la raconte et vous donne les vraies recettes :

Réalisez un vrai cosmétique de Cléopâtre : le e.book

ou bien, la version papier :

Réalisez un vrai cosmétique de Cléopâtre : le livre.

Mon second blog, consacré aux cosmétiques antiques et en particulier ceux de Cléopâtre se trouve ici :Le labo de Cléopâtre

 

Je tiens enfin à remercier tous ceux qui, fréquentant ce blog, ont permis à ce rêve de se concrétiser car leur présence a toujours été un encouragement suffisant à me donner envie de continuer mes explorations sur un thème trop souvent jugé superficiel.

« Détergent » de Cléopâtre réalisé d’après la recette authentique. Bonne nouvelle, ça sent bon ! ( Je vous le propose sur ma boutique Etsy consacrée aux parfums de l’Antiquité ) )

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Seins et Renaissance : le retour de Vénus

Dans une anatomie comme dans la société, les seins font office de précurseurs, voire de révolutionnaires à l’avant-garde de la sexualité d’une femme comme des changements de mentalités.

C’est visible à la Renaissance où la femme prend de la valeur, où « le deuxième sexe se transforme en beau sexe », selon l’expression de Georges Vigarello. La femme, admirable et majoritairement représentée n’est plus la Vierge Marie mais Vénus, l’Aphrodite des Romains. La femme, devenue belle et digne d’être admirée pour ça, devient une déesse. Elle est alors chantée notamment par les poètes de la Pléiade, ceux-là même dont on nous a appris tant de poèmes épicuriens sur l’amour et le temps qui passe et dont on nous a tu les poèmes érotiques aux propos de nature à incendier l’âme des lycées qui les ont vus au programme sans en avoir trop su grand-chose.

Car à cette époque, dans les poèmes, on parle autant d’amour que de sexe, et chez Marot comme chez Du Bellay, c’est surtout de « tétin » qu’il est question. D’ailleurs, Guy Bechtel le confirme dans son essai Les quatre femmes de Dieu : « Le 16 ème siècle avait vu quelques excès dans le déshabillage mammaire. » On parlait de seins parce qu’on les voyait, et on les voyait parce qu’on les montrait. En bref, les seins devinrent presque une obsession, offrant une première idée moderne d’un érotisme qui commençait par le haut.

Pourquoi par le haut ? Justement parce que malgré l’influence renaissante des idées de l’Antiquité sur la beauté, le siècle reste pénétré de christianisme et spiritualise ainsi la silhouette : réside en haut ce qui relève du divin et en bas ce qui est bassement terrestre. Dans ce découpage idéologique, les seins, appartenant à la partie haute du corps féminin, sont jugés dignes d’être admirés.

Pourtant, aux siècles précédents, ils n’étaient pas moins jugés dignes d’intérêt. La peinture religieuse du Moyen-Age n’a pas manqué de représenter des Vierges à l’enfant, poitrine nue et allaitante devant laquelle on était en admiration. Mais pour la première fois depuis l’Antiquité, les peintres représentent le sein féminin pour lui-même, sans qu’ils se sentent obligés de s’appuyer sur la religion et sur la figure mariale en particulier. Et pour cause, les seins qu’ils montrent, ce sont ceux de la femme désirable, de celle qu’on pourrait aimer, voire qu’on aime déjà.

Ainsi, à la fin du XV ème, Agnès Sorel, maîtresse de Louis VII et première maîtresse officielle de l’histoire de France, apparaît sur les tableaux de Jean Fouquet avec un sein dénudé dans une représentation de Vierge à l’enfant mais aussi dans un simple portrait, dans l’esprit du Quattrocento.

A sa suite, des tableaux de François Clouet à ceux de l’école de Fontainebleau, des portraits de femmes aux seins dénudés se multiplient. Mais le plus étonnant, c’est qu’y sont représentées des maîtresses royales, des femmes dont les monarques se sont épris d’abord pour leur beauté. De Diane de Poitiers, favorite d’Henri II à Gabrielle d’Estrées, aimée d’Henri IV, les maîtresses aimées s’exposent et dévoilent leur poitrine sans pudeur dans un monde chrétien et pudibond.

Contre les valeurs chrétiennes justement, dans la scène du tableau de François Clouet de la dame au bain et que le tableau de l’école de Fontainbleau reprendra avec Gabrielle d’Estrées, se lit l’aveu des changements de fonctions attribuées aux seins. La belle femme, aimée du monarque expose sa poitrine au regard pour le plus grand plaisir de son royal amant qui l’aime, la désire, la possède et l’expose avec fierté aux yeux de tous, tandis qu’au second plan, la nourrice expose aussi son sein pour allaiter l’enfant illégitime né de leurs amours. Car les grandes dames ne se chargent pas de l’allaitement qui les rabaisserait au rang de bête. C’est donc toujours une nourrice qui s’en charge.

Si ce n’est pas la première fois que les seins d’une favorite royale sont exposés uniquement pour l’agrément, pour le plaisir de la vue, l’opposition entre la fonction nutritive reléguée au second plan et la fonction érotique et sensuelle au premier plan témoigne d’une société qui vient de changer de valeurs et qui fait passer la beauté devant les fonctions reproductives auxquelles l’Eglise voulait limiter les relations entre hommes et femmes.

C’est le triomphe de la femme par le moyen de sa beauté qui caractérise le début de la modernité. C’est paradoxalement à la fois son émancipation possible et son aliénation certaine. C’est aussi un paradoxe dont nous sommes les héritiers et dont nous ne sommes pas complètement sortis.

Et tout ça avec juste une paire de seins !

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Recette aphrodisiaque : omelette du Roi-Soleil

Dans son livre Cinq mille ans de cuisine aphrodisiaque, Pino Correnti, restaurateur sicilien spécialisé dans la cuisine aphrodisiaque, propose des recettes galantes de l’histoire.

Il donne notamment celle d’une omelette sucrée que Louis XIV faisait dans son cabinet particulier quand il était en galante compagnie. Il l’accompagnait, précise-t-il, de champagne.

Comme souvent avec Pino Correnti, on a des recettes dites authentiques mais on a rarement les références. Cela correspond bien à la nature de la recette aphrodisiaque, qui se doit d’être confidentielle, mais c’est toujours un peu gênant, car se pose alors la question de la transmission.

J’ai voulu mener l’enquête avant de vous la proposer, mais en même temps, où trouver la recette ?

Dans les livres de cuisine de l’époque ? J’ai bien tenté, mais elle n’est pas assez raffinée pour une cuisine de cour royale, même si elle l’est trop pour une simple omelette.

Dans les mémoires des proches de Louis XIV ? Les écrits sont nombreux et interminables à cette époque, de Saint Simon à Condé en passant par la Princesse Palatine, mais qui aurait révélé une recette intime ? Et Louis XIV pouvait-il vraiment cuisiner dans son cabinet particulier ?

Les ingrédients pourraient peut-être nous éclairer. Un anachronisme révélerait de façon certaine une supercherie. Mais les marrons glacés et les amaretti de la recette étaient connus de Louis XIV, les amaretti ayant été servi à son mariage. Et les marrons glacés, même si c’est sans certitude, sont réputés avoir été inventés sous son règne.

Il n’y avait plus qu’une chose à faire : s’y mettre.

Omelette du Roi-Soleil, selon Pino Correnti

Pour 2 personnes

  • 6 oeufs
  • 50 gr. de sucre vanillé
  • 4 marrons glacés
  • 50 gr. de beurre
  • 1 bâtonnet de cannelle ( j’ai préféré de la poudre )
  • sel
  • poivre

Séparer les blancs des jaunes, battre les blancs en neige ferme. 

Piler les amaretti et les marrons glacés, les mêler aux jaunes auxquels on ajoutera 40 gr. de sucre glace. Ajouter une pincée de sel, une pincée de poivre et mélanger. Mêler délicatement cette préparation de jaunes aux blancs battus en neige. 

Faire fondre le beurre et quand il mousse, verser la préparation. Faire cuire à feu doux jusqu’à ce que l’omelette soit bien dorée. 

Verser dans le plat de service, saupoudrer de cannelle et du reste de sucre glace. 

Résultats :

  • C’est long ! La préparation, très mousseuse, n’a rien d’une omelette ordinaire parce qu’elle est remplie d’air. Le temps de cuisson est donc au minimum triplé, et ce d’autant plus que la préparation doit cuire à feu doux. Soyez patient. Je ne saurais trop conseiller de mettre un couvercle pour que la cuisson atteigne le haut de la préparation.
  • C’est dense ! C’est censé être une recette pour 2 personnes, on s’est mis à 4 dessus et on était rassasié ! Si vous prévoyez de la faire en amoureux, 3 ou 4 oeufs et  2 ou 3 amaretti et marrons glacés seront suffisants si vous avez d’autres objectifs à 2 qu’une laborieuse digestion en commun ! Sauf, bien sûr si votre motivation est la curiosité historique, auquel cas je vous conseille de respecter la recette originale.
  • C’est très sucré ! Ayant goûté la préparation à tous les stades de la réalisation, je me suis passée des 10 grammes restant de sucre glace, et c’était encore très sucré. Vous pouvez donc retirer un peu de sucre de la recette sans que cela nuise au résultat, sauf si vous voulez la goûter telle qu’elle était réellement.
  • C’est rassurant ! Cette recette correspond bien à ce qu’on savait de Louis XIV : il mangeait comme 4 et, le sucre étant un ingrédient rare, réservé à la noblesse, seul le roi possédait les clés de la réserve. De fait, selon les critères de l’époque, cette recette est trop sucrée pour être roturière ! Enfin, c’est une omelette, le plat préféré des hommes qui ne savent pas cuisiner mais qui ont quand même envie de faire quelque chose. Dans tous les cas, cela ressemble bien à une préparation intime.
  • C’est délicieux ! Je n’aime pas les marrons glacés, je n’aime pas les omelettes sucrées, mais je me suis régalée ! Le goût, la texture trouvent le moyen d’être à la fois classiques et originaux.
  • C’est classe ! Une recette qui est à la fois galante, historique, simple, curieuse et délicieuse, c’est un atout séduction incontestable pour éblouir l’être aimé avec de la cuisine sans passer 5 heures aux fourneaux.

Je ne vous demanderai qu’une chose : si vous la faites, donnez m’en des nouvelles !

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Oui, le jury de Top Chef dirait qu'il n'y a pas de présentation et que l'assiette est moche, mais c'est vraiment délicieux et les saveurs vont très bien ensemble !

Oui, le jury de Top Chef dirait qu’il n’y a pas de présentation et que l’assiette est moche. C’est vrai, on ne l’aurait pas servi à Versailles sous cette forme-là. Mais c’est vraiment délicieux et les saveurs vont très bien ensemble ! Une vraie recette pour emballer…

La leçon de beauté des Aphrodites

Vous les avez déjà vues aux musées, et leurs formes statiques et graves vous ont plus touchés par leur sérieux, leur classicisme, leur aspect artistique que par l’idée que vous vous faisiez souvent de la Beauté. Peut-être même que vous les trouvez ennuyeuses et vous pensez qu’appartenant au passé, elles n’ont plus rien à vous apporter ni à vous apprendre sur la beauté.

Et bien détrompez-vous.

Si nous partons du principe qu’Aphrodite est la déesse de la beauté et que chacun des sculpteurs qui en a conçu une a projeté dans sa sculpture un idéal de la beauté accepté par tous, alors, ces statues ont forcément quelque chose à nous dire sur la Beauté.

Alors oubliez dates, noms d’artistes, périodes artistiques et techniques, et écoutez les vérités que les déesses du Louvre ont à nous apprendre sur la beauté.

– La beauté ne concerne pas que la jeunesse

Parmi les différentes représentations de la déesse de l’Amour et de la Beauté figurent des femmes qui font assez juvéniles, comme la Vénus d’Arles, dont le corps et le visage sont lisses. C’est vrai aussi de l’Aphrodite de Cnide, dont il ne nous reste de la statue que l’intervalle entre le cou et les genoux. En revanche, les autres corps nus comme celui de l’Aphrodite « aux cheveux lâchés » , l’Aphrodite pudique et la Vénus de Milo présentent des femmes aux corps et aux visages plus matures, aux traits plus durs et aux corps marqués, où le muscle a pris forme au fil des ans.

– La beauté n’implique pas nécessairement la nudité

La Vénus de Cnide fut la première statue d’Aphrodite nue, et c’est ce qui fit sa célébrité. Mais de la Vénus de Milo à la Vénus d’Arles en passant par la Vénus Genitrix, on voit que la beauté se conçoit dans toutes les étapes du dévoilement du corps féminin, d’un sein à la totalité de ce corps. Mais la beauté se conçoit aussi dans un corps habillé comme celui de l’Aphrodite au pilier, où le vêtement, fait de multiples drapés, participe à cette beauté, et même, la construit peut-être.

– La beauté, c’est la fermeté

En revanche, si le corps peut être plantureux, généreux à certains endroits, comme le ventre de la Vénus de Milo dont Rodin disait qu’il était « splendide, large comme la mer« , il ne peut être relâché. Comme aujourd’hui, le relâchement signe du délabrement, est incompatible avec l’idée qu’on se fait, de la beauté. La confirmation de cette identification entre beauté et fermeté se vérifie dans le galbe des seins de ces déesses, et atteint son paroxysme dans le bras tendu de la Vénus d’Arles. Car si ce bras tendu et cette main parfaite démontrent surtout le talent du sculpteur, n’importe quelle femme attentive sait que très tôt, le relâchement se manifeste à l’arrière du bras, chez la femme.

Pas sûr que la magnifique tenue du bras de la déesse ne soit qu’un détail insignifiant.

– La beauté est aussi soumise à  la mode

Pour vérifier ce fait, il n’y a qu’à regarder l’affreuse coiffure de l’Aphrodite pudique qu’aucune femme ne porterait aujourd’hui en se trouvant belle et qu’aucun homme ne regarderait en la trouvant autrement que ridicule. Par ailleurs, si on regarde les coiffures de toutes les statues, elles sont toutes bouclées, même si les coiffures sont toutes différentes.

Enfin, il faut bien reconnaître que ces statues de corps féminins ont presque toujours, comme l’ont fait remarquer beaucoup d’historiens de l’art, des corps plutôt masculins. Et le fait est que dans la poésie comme dans la philosophie de cette époque-là, et pour la seule fois de l’histoire, c’est la beauté masculine qui est préférée.

– La beauté, c’est la dignité

Les attitudes des déesses représentant l’Amour, la Beauté, la Sexualité, sont paradoxalement prudes ou fières, jamais lascives. Etrangement, seule l’Aphrodite au pilier, dont la posture paraît un peu vulgaire, a changé de destin et est devenue Muse, semblant nous donner ce conseil avisé et toujours valable : »Si tout espoir de beauté est mort pour toi, exerce un art où tu excelles pour t’en donner un peu. »

Et c’est vrai que beaucoup d’artistes qu’on n’a pas toujours trouvé beaux ou belles ont su séduire par leur talent et projeter vers l’extérieur leur beauté intérieure.

Et si on écoutait un peu les déesses ? On constaterait certainement que l’idée qu’on se fait de la beauté en Occident reste inchangée depuis les Aphrodites.

Cet article et ces photos – sauf celle de la Venus Genitrix qui appartient au site http://www.theio.com – sont les propriétés du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de les reproduire sans l’autorisation de leur auteur.

La réputation sexuelle de Cléopâtre

Cléopâtre a un statut très particulier dans l’histoire, et l’histoire des femmes en particulier. De son vivant déjà, son caractère exceptionnel associé à son destin unique en faisaient une célébrité de son époque, tout comme le caractère et le destin de la princesse Diana l’ont rendue célèbre. Et comme pour Diana ou n’importe quelle autre femme connue, sa réputation est ternie par des rumeurs et scandales liés à sa sexualité.

De ce point de vue, les auteurs antiques se sont lâchés :

« Cléopâtre était si passionnée, que souvent elle se prostitua; si belle que bien des hommes achetèrent de leur existence l’une de ses nuits« , prétend le Pseudo-Sextus Aurélius Victor dans Des hommes illustres de Rome. Dans son ode 37, Horace, lui, la qualifie de « reine non maîtresse de ses désirs« , Flavius Josephe, dans le livre XV des Antiquités Juives, affirme que Cléopâtre « était portée par son tempérament à rechercher sans retenue les plaisirs des sens  » et prétend que « rien ne pouvait satisfaire cette femme, prodigue et esclave de ses désirs, et qui souffrait comme d’une privation si le moindre de ses souhaits ne se réalisait pas« . Pline l’Ancien, quant à lui, la qualifie de « courtisane couronnée« .

Une légende prétend même qu’elle aurait inventé le premier vibromasseur en demandant à ses esclaves d’enfermer des abeilles dans une gourde ! Le vibromasseur n’ayant été inventé qu’au XIXème siècle et Cléopâtre ayant vécu au I er avant J-C, on peut juger combien de temps elle a pu, au minimum, garder sa réputation sulfureuse !

Certaines choses expliquent ce déchaînement : le statut des femmes chez les Romains, d’abord, qui n’a, par la suite, pas beaucoup évolué et qui ne leur donnait droit ni au pouvoir politique ni au pouvoir religieux, encore moins à la liberté sexuelle. Leur éducation sommaire n’était destinée qu’à en faire des épouses modèles. Qu’on se figure donc la réaction des Romains face à une femme qui a le pouvoir politique, qu’on a volontiers assimilée à une divinité, une savante qui parlait plusieurs langues et qui, surtout, avait mené sa politique grâce à son charme et sa sexualité ! Par ailleurs, elle n’avait pas réussi à séduire n’importe qui puisqu’il s’agissait du premier empereur romain et son fidèle allié dont le prestige en tant que général et homme politique était considérable.

Pour un Romain, une femme qui a des moeurs sexuelles libres, qui fait l’amour avec des amants qu’elle a choisis et qui l’entretiennent sans qu’elle soit mariée, c’est une courtisane ! De là à dire qu’elle se prostituait…Ici, c’est plutôt la peur et le dénigrement qui s’expriment. Cléopâtre est puissante, et en usant de son charme en politique, elle brouille les cartes et rend inégal le jeu du pouvoir. A Rome, les femmes sont muselées. La reine d’Egypte, elle, utilise tous les atouts dont elle dispose : l’intelligence politique, la science, la culture, le charme, la sexualité. Cléopâtre cumule les forces : elle donne son premier héritier à César, se crée des alliances solides avec Rome, maîtresse du plus grand empire du monde, agrandit son territoire et rêve même un moment d’assurer à ses héritiers un trône renforcé par leur accès possible à la citoyenneté romaine grâce à leurs pères.

Une telle femme n’a pas manqué de faire peur aux Romains également parce qu’à leurs yeux, elle mettait en péril la fameuse virilité, par sa beauté ou son charme d’abord, considérés dangereux car de nature à aliéner et affaiblir un homme en le rendant amoureux. Maintes fois, chez les auteurs latins, la passion amoureuse de Marc-Antoine est qualifiée de folie, une folie qui passe par la libido et qui surtout le rend mou, faible, inapte à agir, lui, le grand général romain ! Cléopâtre met aussi en péril la virilité par son pouvoir politique et son courage personnel qui la rendent égale aux hommes. Horace, Tertulien et Properce dans une moindre mesure ne peuvent s’empêcher d’admirer la puissance de cette femme aux qualités normalement qualifiées de viriles.  Si la femme est habituellement considérée comme une éternelle mineure, combien une femme politique, stratège au point d’avoir presque réussi dans ses ambitions a pu les effrayer ! Il fallait donc à tout prix ternir son image; et quoi de mieux que la sexualité pour ternir l’image d’une femme ?

Mais finalement, pourquoi la sexualité de Cléopâtre nous importe-t-elle tant, sachant que nous n’aurons jamais vraiment de réponses fiables à cette question et que tous ceux qui prétendront en avoir mentiront ?

La réponse est simple, en réalité. La femme n’a de droits que depuis peu de temps, droit de disposer d’elle-même, de son corps, de son argent, de travailler, d’avoir un pouvoir politique, un statut, une dignité individuelle et une sexualité libre et pour elle-même. Une femme comme ça, dans l’Antiquité, c’était une courtisane : une femme ayant plus de droits qu’une prostituée puisqu’elle avait la possibilité de disposer de son argent, de devenir riche, de choisir ses amants, mener une vie indépendante. Dans la société moderne, c’est légalement désormais le droit de toute femme, mais combien de temps a-t-il fallu attendre ? Et combien certaines attendent encore ?

Alors, comme tous ceux qui se sentent le besoin d’une figure mythique, d’un Spartacus pour les esclaves en révolte, un Gandhi pour ceux qui sont opprimés sans avoir de moyens d’y faire grand-chose hormis ce qui est gratuit et propre à l’Homme, l’intelligence et la sagesse, toutes les femmes qui se veulent ou se sentent fortes, intelligentes et libres de leur sexualité, et à qui l’histoire et la culture n’ont pas vraiment donné de modèles, se sont choisi sans le savoir le meilleur de tous depuis l’Antiquité : Cléopâtre !

Pour en savoir plus sur Cléopâtre, mon second blog, consacré à ses cosmétiques : Le labo de Cléopâtre. Pour acheter la version d’un de ses cosmétiques, je vous le propose sur ma boutique Etsy consacrée aux senteurs de l’Antiquité.

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