secrets de beauté

Recettes de beauté de femmes célèbres

Le sujet des recettes de beauté n’est pas simple. Vaste et complexe, il nous amène à toujours déborder sur la question des causes d’utilisation, leur survivance, leur conservation, leur diffusion, etc.

Les causes, ça peut tout simplement être le pouvoir, car le pouvoir au féminin passe obligatoirement par la beauté, réelle ou symbolique. Pour les grandes pharaones Hatchepsout et Cléopâtre, c’est clairement une question de pouvoir.

Dans le documentaire Reines d’Egypte, diffusé sur Arte, l’égyptologue explique les conditions des échanges entre l’Egypte et le pays de Pount, au sud de la  Mer Rouge : les Egyptiens apportaient perles, bracelets et armes et les échangeaient contre la résine de myrrhe qui servait à l’embaumement mais aussi au parfum. On sait ainsi qu’Hatchepsout frottait sa peau d’huile de myrrhe parfumée « afin de briller comme les étoiles aux yeux de tout le pays.« , de l’aveu même de la souveraine.

Même chose pour Cléopâtre : les recette de beauté, les parfums, sont nécessaires à la représentation. « Les parfums eurent une place importante dans la mise en scène de la comédie amoureuse jouée par Cléopâtre allant au devant de Marc-Antoine sur le Cydnus, et par la suite dans la séduction exercée sur son ennemi par la reine d’Egypte.« , ce qui n’empêchait pas un vrai intérêt pour la question : »Pline et Galien rapportent que c’est à cette reine qu’on devait l’invention de la pommade à la graisse d’ours. » Nouveau manuel complet du parfumeur. MM. Pradad, Lepeyre, Villon. 1918.

La beauté peut donc être un souci personnel. Ainsi, la femme de Néron, la célèbre Popée semble plus avoir été motivée par une coquetterie qui la rendait ingénieuse et dont les recettes ont longtemps été utilisées à la cour des plus grands plus d’un millénaire après. C’est le cas de son célèbre bain au lait d’ânesse, copié par les grandes coquettes des temps modernes, mais aussi de son masque constitué de farine de seigle et d’huile parfumée qu’elle s’appliquait pour garder son teint frais, loin des atteintes du soleil et que les mignons d’Henri III redécouvrirent et appliquèrent également, apprend-on aussi dans le Nouveau Manuel du parfumeur.

Néanmoins, la condamnation des cosmétiques et des soins de beauté dans la tradition judéo-chrétienne aussi bien dans les textes du canon biblique que chez les prédicateurs semble avoir jeté une sorte de tabou sur leur emploi qui pouvait se faire mais dont on ne devait pas parler sans risque pour sa réputation. C’est donc tout naturellement que les secrets de beauté ont fait leur entrée dans l’aristocratie par les grandes maîtresses royales, qui avaient à la fois perdu tout sens de la vertu et dont le pouvoir ne reposait que sur leur rayonnement.

Ainsi, Agnès Sorel, maîtresse de Louis VII et première maîtresse officielle d’un roi de France, multiplie les audaces en matière de mode et de soins, avec notamment l’utilisation d’un rouge à lèvres au coquelicot, de la poudre blanche à base de farine et d’os de seiche pilés, un masque au miel pour la nuit et cette étrange crème de beauté dont Marc Lefrançois donne la composition dans Histoires insolites des Rois et reines de France : »bave d’escargot, cervelle de sanglier, fiente de chèvre, pétales d’oeillets rouges et de vers de terre vivants. »

Pour Diane de Poitiers, maîtresse d’Henri II, pas de cosmétiques mais des secrets de beauté plus occultes, plus intérieurs qui finiront d’ailleurs par la tuer : « Elle avait une très grande blancheur et sans se farder aucunement, mais on dit bien que tous les matins, elle usait de quelques bouillons composés d’or potable et autres drogues.« , révèle P. Erlanger dans Diane de Poitiers, déesse de la Renaissance. On parle bien sûr d’une époque où on n’achetait pas ses produits, l’industrie cosmétique n’existant pas encore, mais où on suivait des recettes pouvant en effet provenir de grimoires magiques ou alchimiques. Car la volonté de paraître, rester belle, passait facilement pour démoniaque dans une société où manifester une volonté sur sa propre destinée par le fait de guérir ou rajeunir paraissait être une forme de révolte contre les lois divines.

Dans ses mémoires de Ninon de Lenclos, Eugène de Mirecourt rapporte d’ailleurs une histoire caractéristique dans laquelle la belle courtisane rencontre un être diabolique qui lui offre la beauté éternelle qu’elle convoite, ce qui expliquerait sa séduction durable. Ce n’est bien sûr qu’une légende, mais cela reflète assez ce qu’on pensait de cette étrange aristocrate et intellectuelle française qui devint courtisane par choix, dont la beauté était encore attestée quand elle avait plus de 50 ans et qui eut des amants jusqu’à près de 80.

Etrangement, cette femme exceptionnelle semble bien plus fasciner les anglo-saxonnes d’aujourd’hui que les femmes de son pays. Si en France on parle des bains froids qu’elle prenait en toutes saisons comme de son seul secret pour rester belle, les blogs de beauté de langue anglaise diffusent une étrange recette qu’on raconte avoir été découverte dans une brochure par une femme jadis à son service et dont voici la traduction :

Traduction de la recette de beauté de Ninon de Lenclos d’après le site thebeautytonic.com

120 grs d’amandes

90 grs de lard

30 grs de blanc de baleine

Jus d’oignon

Eau de rose

Le site donne ainsi la recette dite originale et une recette adaptée à un usage contemporain. S’il est impossible sans autre élément de savoir si cette recette est authentique ou non, on ne peut néanmoins qu’être intrigué par le pouvoir de fascination qu’exerce Ninon de Lenclos dans la conception de ce qu’est la beauté dans la blogosphère anglo-saxonne.

Nouvel article : Du détergent au parfum de Cléopâtre

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Qu’est-ce qu’un secret de beauté ?

Je vous vois déjà vous demander si vous allez continuer à lire, indignés que j’aie la prétention de vous enseigner ce qu’est un secret de beauté. Pourtant, vous allez le voir, la question est plus complexe qu’il n’y paraît, et la réponse également. La beauté qui se construit nécessite effectivement des savoir et des savoir-faire qui s’exécutent dans l’ombre, dans le secret. De ce secret dépend toute la force d’apparition, le mystère de la beauté.

Un mystère en effet bien plus profond qu’on ne pourrait le penser puisque si une femme apparaît comme globalement belle, la composition exacte de sa beauté est impossible à déterminer, à moins d’exercer tous les métiers auxquels elle doit ses qualités esthétiques. Malgré cela, quelle part peut-on attribuer à ses gènes, à sa bonne santé, à son humeur, à sa qualité de vie, qui comptent pour la majorité dans son apparence, et quelle part attribuer à tout ce qui se construit, comme le choix des vêtements, du maquillage, des soins, des divers trucs et astuces qui rajeunissent, grossissent les seins, remontent les fesses, amincissent, colorent, donnent du soin aux cheveux, etc. ?

Dans le laboratoire esthétique d’une femme qu’on peut considérer comme belle, tant d’éléments entrent en ligne de compte qu’il est impossible en réalité d’en percer le mystère qui, de plus, dans le cas des stars, réside sur un certain  art de l’image obligeant le photographe à vouloir prendre les plus beaux clichés et donc décider des plus belles poses, des plus belles expressions, puis resserrer ces choix aux plus belles images qui seront ensuite certainement retouchées. La beauté construite s’étoile alors en des paramètres encore plus nombreux et complexes mais dont les ressorts, de plus en plus cachés, sont logiquement de plus en plus secrets.

Les secrets de beauté se situent ici, dans la part considérée comme travaillée, attribuable à une cause accessible à toutes les femmes. Elle est belle; en posant son regard sur elle, nous voyons une femme à laquelle, quand nous sommes femme, nous pouvons nous identifier et à la fois ressembler. Que nous manque-t-il ? La coupe, la couleur de cheveux, la minceur, le style, le maquillage ? Tout cela est facile à reproduire. Mais le reste, ce qui demeure mystérieux ?

Ce désir de leur ressembler, ce besoin d’identification et des points de rapprochement entre n’importe quelle femme et une autre représentant son idéal de beauté n’a pas échappé aux marques qui utilisent des actrices prestigieuses comme ambassadrices de leurs produits et ce pour toutes les tranches d’âge afin de cibler au mieux la clientèle en même temps que toutes les femmes. Ce désir, grand levier dans une société où la femme a toujours eu la nécessité d’être belle pour faire valoir d’autres droits ou qualités, a fait vendre du lait d’ânesse parce que Cléopâtre était censée l’avoir utilisé en bain – ce qui est faux – et du n°5 de Chanel depuis que Marylin Monroe a révélé innocemment ne dormir qu’avec ça.

Qu’en est-il alors réellement des secrets de beauté ?

Le mieux qu’on pourrait en dire est qu’ils procèdent du muthos , le mythe, à la fois dans son sens de récit originel et fondateur, et à la fois dans son sens de mensonge, qu’on retrouve dans le nom de mythomane. Autrement dit, les secrets de beauté, ce sont des mythes auxquels on croit encore et qui font vendre des millions de produits de cosmétiques et autres produits de beauté, faisant de l’esthétique un secteur qui ne connaît pas la crise. Mais pris dans cette spirale de désir qui nous avale aussi, difficile d’y voir clair. Un peu de recul s’avère nécessaire.

La Bibliothèque Nationale recèle quelques secrets scientifiques d’un autre âge dissimulés dans des traités d’esthétique et d’hygiène. L’un d’entre eux, A travers la beauté du Dr Jean d’Auteuil, écrit au début du siècle dernier, propose ses crèmes, mélanges, lotions, mélanges pour bains censés avoir été utilisés par les personnalités les plus prestigieuses de l’histoire et être issus d’ouvrages anciens de cosmétiques qui ont pourtant complètement disparu depuis longtemps comme le livre d’Ovide ou celui d’Aspasie, compagne de Périclès. Mais après tout, qui ira vérifier ? Personne, semble-t-il, et même si c’était le cas, cela aurait-il empêché sa dixième édition, marque de son succès durable ?

A partir du succès de cet ouvrage, véritable tissu de mensonges pour vendre des produits, que penser de ceux qui nous proposent des secrets de beauté miracle dont l’efficacité ne peut être vérifiée ? Dans son article sur les cosmétiques, de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Louis de Jaucourt écrit : «  Celse a judicieusement remarqué que la plupart des cosmétiques vantés ne sont qu’un vain amusement, un pur charlatanisme; qu’il est inutile d’entreprendre de détruire le hâle, les taches de rousseur, les rougeurs du visage; que c’est une folie d’espérer de changer la grosseur du teint, la couleur de la peau naturelle; encore plus de vouloir remédier aux rides : mais que les femmes sont tellement éprises de la beauté, et du désir d’éloigner ou de réparer les débris de la vieillesse, qu’il est impossible de vaincre en elles ce penchant, et de leur persuader la futilité de tous ces beaux secrets qui portent le nom de cosmétiques. »

Les secrets de beauté seraient-ils donc un leurre ?

A cette question, on peut répondre par une autre : à quoi doit-on  que de tous les ouvrages, pourtant très nombreux, qui nous restent de l’Antiquité, seuls ceux sur les cosmétiques aient presque complètement disparu ?

Et on peut également y ajouter une affirmation : un monde sans espoir, à quelque niveau que ce soit, est un monde sans beauté. Et c’est peut-être ça le vrai secret.

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