Les vraies recettes de beauté de Cléopâtre

Tout le monde connaît le bain au lait d’ânesse de Cléopâtre que nous vantent certains vendeurs de savonnettes qui en contiennent. Lait de jument et d’ânesse sont utilisés en cosmétique sur l’argument que Cléopâtre employait ces produits. Il existe également un savon nommé Cléopâtra dont l’emballage doré est orné d’un dessin de type égyptien antique représentant une reine de profil.

En tant que reine mythique à la beauté légendaire, Cléopâtre fait vendre. Cette capacité, elle l’avait déjà dans l’Antiquité. En effet, Cléopâtre avait la réputation d’être une femme savante, cultivée et particulièrement séduisante. Mais en même temps, comment une reine aurait su conquérir le coeur de Jules César et Marc-Antoine si elle n’avait été belle ? Par une particularité de l’esprit humain, le cerveau est plus enclin à se raconter des histoires et plus séduit quand on lui en raconte que lorsqu’on énonce des faits réels. C’est de ce constat que le marketing s’est mis à baser les publicités et campagnes de communication des marques, produits ou groupes sur le storytelling. « Laissez-moi vous raconter une histoire… »

Dans la réalité, rien n’indique que la reine Cléopâtre ait employé des soins de beauté à base de lait d’ânesse ou autre, de roses ou quoi que ce soit qui paraisse naturel et attrayant aujourd’hui. Néanmoins, il exista bien un ouvrage de recettes de beauté attribué à Cléopâtre appelé le Kosmètikon dont il ne reste que des fragments disséminés chez divers auteurs antiques, nous explique Anne-Lise Vincent dans le mémoire qu’elle a consacré à cet ouvrage lors de son master : Edition, traduction et commentaire des fragments grecs du Kosmètikon attribué à Cléopâtre<. L’ouvrage spécifie que s’il n’est pas écrit de la main de Cléopâtre, il contient des recettes qu’elle utilisait. Néanmoins, il n’est pas exclu qu’on l’ait attribué à la célèbre reine d’Egypte pour en assurer le succès. D’un autre côté, ajoute Anne-Lise Vincent, cette reine était savante et a très bien pu le rédiger sur la base de ses connaissances. En bref, on n’a aucune certitude à propos du Kosmètikon sinon qu’il n’est pas en contradiction avec l’univers de Cléopâtre et ce qu’on sait d’elle.

Sur les cosmétiques eux-mêmes, ils ne sont plus exploitables, car si certains ingrédients sont toujours employés en cosmétique tels que le myrte, la moutarde, le lin, la racine d’iris, l’huile et le vin, d’autres tels que les têtes de souris mortes, les mouches calcinées, l’urine et autres produits toxiques rebuteraient n’importe qui aujourd’hui. Et si certains composants sont exploitables, comme on l’a vu, la manière de les rendre actifs sur la peau, comme le rasage des cheveux ou la scarification ne sont pas acceptables de nos jours. Sans parler du fait que rares sont les personnes pouvant croire que le cosmétique créé puisse être efficace hors de tout contrôle scientifique.

Les vrais cosmétiques dont Cléopâtre a prétendument donné les recettes ne feraient rêver personne aujourd’hui, et quiconque a conscience qu’elles ont été écrites il y a plus de 2000 ans sait que c’est normal. Ces recettes conservées en fragments sont au nombre d’une vingtaine et concernent majoritairement la perte des cheveux, leur pousse et leur couleur, ce qui démontre l’importance de la chevelure dans le monde antique.

En bref, que reste-t-il de la beauté de Cléopâtre ? Derrière le fantasme de ses produits de beauté qui n’ont pourtant rien que de très rebutant mais sont justement très caractéristiques de la médecine et de la magie d’autrefois, il y a le fantasme chimérique de transférer en nous une partie du pouvoir de séduction de la légendaire reine d’Egypte. Une beauté et une séduction dont nous ne savons absolument rien, en réalité !

La vérité est qu’il y a infiniment plus de distance entre le monde de Cléopâtre et le nôtre qu’il n’y en a entre le monde de nos fantasmes et la foi en leur réalisation. Et pourtant, quelle chance réelle ont les produits cosmétiques de vaincre la génétique, le temps qui passe ou les hormones pour nous faire ressembler aux mannequins et actrices qui les représentent ?

Pour une traduction et une recherche de grande qualité sur le Kosmètikon livrant les recettes de la possible mythique reine d’Egypte et le détail de leur composition, l’excellent mémoire d’Anne-Lise Vincent :

Mon livre : Réalisez un vrai cosmétique de Cléopâtre

le livre qui vous explique comment j’en ai réalisé un et vous donne des recettes adaptées de celui-ci est là :

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Couleurs de robes et symbolisme

Les vérités universelles sont très rares. Elles ne concernent que ce qui fait l’espèce humaine au sens primordial du terme. Et tout le reste sera culturel et donc relatif. Mais c’est aussi ce qui fait l’intérêt des voyages, des échanges, des découvertes et de l’art.

La robe elle-même, considérée dans nos sociétés comme un vêtement exclusivement féminin, est le symbole de la féminité depuis la Renaissance, alors qu’elle peut être portée par des hommes dans d’autres sociétés et qu’elle fut d’ailleurs portée par eux avant cette période. Les couleurs, de même que leur simple emploi, la beauté également, sont tous relatifs et fluctuent d’une époque à une autre, d’un lieu à un autre.

Que racontent nos robes et leurs couleurs dans la culture occidentale ?

En blanc, nos robes parlent de mariage, mais seulement depuis celui de la reine Victoria, nous rapportent les sites d’histoire de la mode. Autrefois, on a pu se marier dans d’autres couleurs, mais la grande reine a définitivement imposé sa couleur et ce d’autant plus facilement que l’Eglise a entériné l’emploi du blanc dans le mariage car il symbolisait la pureté.

Au-delà des valeurs religieuses, le succès populaire que connaît le blanc lors du mariage est peut-être dû à sa charge symbolique. Pour Victoria, d’abord, qui a pu connaître cette couleur comme symbole de deuil. Porter du blanc lors de son mariage a pu signifier pour elle le deuil de son ancienne vie, comme l’exprime actuellement le rituel de l’enterrement de la vie de jeune fille. Par ailleurs, le blanc symbolise aussi, d’une manière peut-être plus obscure et inconsciente, le drap blanc immaculé d’une fille, d’une femme encore non déflorée.

Sur sa robe de mariée, Victoria s’affirmait pure et vierge alors que la coutume ne l’exigeait pas, ce qui fait aussi du blanc la couleur du caractère, de l’orgueil de Victoria qui, épousant un homme, s’affirme reine par dessus tout en affichant des choix aussi politiques que moraux dans sa simple façon de choisir une robe allant à l’encontre de ce qui a pu être fait auparavant.

Et si la robe de mariée blanche imposée par Victoria perdure, ce n’est pas parce qu’elle symbolise la virginité, valeur complètement démodée dans nos sociétés, mais parce qu’elle porte en elle l’essence du caractère royal de Victoria. Le jour de son mariage, l’épousée est considérée comme la reine du jour, celle dont la beauté et l’élégance ne doivent être éclipsées par aucune invitée. La longue robe, la traîne, la coiffe de la mariée vêtue de façon traditionnelle ne ressemblent à rien d’autre qu’au vêtement d’apparat d’une reine qui vient de se faire couronner. Le blanc symbolise le rêve de toute nouvelle épousée d’être pour son foyer comme Victoria, une reine puissante, emblématique, au règne prospère, long et inoubliable.

Les couleurs, quant à elles, si elles n’ont pas de signification fixe et universelle, leur emploi dans les robes de soirée a malgré tout un sens. Ainsi, dans Les ambassadeurs de Tanna, émissions où des polynésiens vont en Angleterre pour y rencontrer le Prince Philippe, le lord qui les habille en smoking pour la première fois de leur vie leur explique que si chez les canards et autres animaux, ce sont les mâles qui portent les couleurs et les femelles qui sont ternes, dans la société européenne, on a fait l’inverse. Il a raison. Et c’est pour les mêmes raisons que ces positions sont inversées. Dans le règne animal, le mâle doit séduire la femelle par ses belles couleurs pour qu’elle l’agrée puisqu’elle a l’embarras du choix. Dans la société occidentale, en revanche, c’est à la femme de multiplier les techniques de séductions passives basées sur l’apparence, pour des raisons culturelles d’abord, mais aussi parce que, même actuellement, son célibat et son instabilité amoureuse sont plus condamnés que ceux des hommes.

Enfin, la petite dernière par l’ordre d’apparition dans la vie civile et laïque des femmes, mais première par ordre de popularité, »la petite robe noire », grand classique de la garde-robe de la femme sobre et élégante mais bien insérée dans la société. Dans le code couleur de la mode, le noir a d’abord été utilisé par les anglais pour s’imposer complètement au XIX ème siècle, particulièrement dans les affaires. Le choix n’est pas anodin, il provient d’une volonté d’imiter le costume ecclésiastique qui, par son austérité, véhicule des valeurs de sérieux, de discrétion, d’efficacité, et de ce fait inspire confiance. Les hommes d’affaire en avaient bien besoin ! La mode s’est si bien répandue que ces valeurs continuent d’avoir cours en Occident au point que c’est généralement la couleur que nous employons le plus dans notre habillement.

Et la robe noire ?

Elle associe la couleur noire du costume masculin à la forme exclusivement féminine de la robe. Le message semble être celui d’un sérieux, d’une efficacité, d’une capacité de travail et d’adaptation exclusivement féminins. De fait, c’est le vêtement qui se porte au travail comme en soirée avec autant d’aisance, et qui suscite toujours l’admiration. La robe noire a sa place partout, peut s’acquérir à tous les prix. C’est même un classique indémodable revisité sans cesse par tous les créateurs de mode sans risque d’échec. Car la robe noire raconte une histoire. C’est celle d’une femme qui réussit alors qu’elle a tout demandé à la vie : les qualités et avantages que les hommes ont depuis des millénaires dans une incarnation et un mode de vie exclusivement féminins.

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Sourire et beauté

Parmi les caractéristiques d’Aphrodite, qui bien entendu sont toujours vagues – comme le veut le caractère divin qui doit demeurer mystérieux – il y a le sourire. Les épithètes homériques, qualificatifs redondants adjoints au nom d’un dieu ou d’un héros, désignent Aphrodite comme la  » déesse tout sourire ».

Le sourire est une expression très puissante qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets mais son rôle social est immense et son pouvoir est proportionnel et ce sans que nous nous en rendions compte tellement il est banal. Banal, multiple, universel, la première force du sourire est de faire oublier son pouvoir.
Quand on y réfléchit, pourtant, toute mère se souvient du premier sourire du bébé, ce sourire des premiers jours dont on dit qu’ils s’adresse « aux anges » tant il est déconnecté d’un contexte social, émotionnel, relationnel qui est celui que le parent attend. Le premier sourire, qui veut dire « je te reconnais, je t’accueille, je t’aime » et qui précède tous les mots qui l’exprimeront par la suite, bouleverse le coeur du parent. C’est la promesse de vivre désormais dans l’amour mutuel, dans un échange d’affection dont nous sommes conscients et qui nous construit.
Le sourire, c’est aussi ce qui vient détendre l’atmosphère, qui peut changer miraculeusement un dialogue tendu en un échange bienveillant, transformer un bureaucrate pressé en une personne avenante et prête à aider, une personne déshumanisée en un être qui se rappelle de son lien avec toute l’humanité.
Ainsi, vous rappelez-vous ces soldats allemands à qui on avait commandé de tuer des juifs lors de massacres sauvages et désorganisés qui avaient lieu en Allemagne dans les années 30, avant que soient conçus les camps de la mort ? L’un d’entre eux se souvient pour toujours de cette fillette qui lui avait souri avant qu’il l’abatte au milieu de tant d’autres. Un massacre, des gens, une fillette, plusieurs autres sans doute. Combien le soldat en avait-il tué avant elle ? Et pourtant, c’est ce sourire qui le ramène à l’humanité, à la culpabilité, à la conscience du geste et au remords éternel. Qu’en est-il des autres ? L’humanité était également là, chez ceux qui avaient peur devant la mort et ne souriaient pas. Mais le massacre ne devient tangible pour lui que grâce à ce sourire, miroir de cette humanité dont il fait partie et au-dessus de laquelle il a cru se mettre.
Le phénomène surprend également lorsqu’au Louvre on voit se presser une foule devant la Joconde à l’énigmatique sourire, dit-on, au point qu’il est difficile d’y avoir accès. De tous les tableaux, il est le seul à bénéficier d’une protection supplémentaire. Pourtant, objectivement, des tableaux de De Vinci, celui-ci n’est pas le plus représentatif de son talent. En effet, il représente une austère femme brune habillée de vêtements sombres en plan rapproché quand d’autres tableaux représentent des personnages en pieds, des draperies, des décors, des scènes touchantes. De Vinci lui-même sera fasciné par ce tableau qu’il promènera avec lui pendant 15 ans et qu’il considérera toujours comme inachevé.
Et comment expliquer que de l’imposante cathédrale de Reims, ce soit l’énigmatique Ange au Sourire qui marque le plus les consciences ?
Peut-être à cause de la puissance du sourire lui-même, ou peut-être à cause de son ambiguïté. En effet, parmi les différentes choses qu’il peut exprimer, il y a l’ironie, la folie, la cruauté, comme le rictus permanent du Joker dans Batman qui traduit sur son visage son rapport au monde et qu’on retrouve aussi sur les clowns qui font peut-être autant peur aux enfants qu’ils les font rire. Le sourire est en réalité difficile à représenter dans une oeuvre d’art justement à cause de la proximité de cette subtile expression avec un vulgaire rictus de moquerie qui déforme le visage et révèle la noirceur de l’âme.
Ainsi, alors qu’elle est qualifiée de « déesse tout sourire », les sculpteurs n’ont jamais représenté Aphrodite souriante, sans doute parce que sa statue ne présenterait rien d’autre qu’un sombre et étrange visage. Car la vraie puissance du sourire, sa magie, ne s’exercent que sur le vivant.
Quel rapport alors entre sourire et beauté ?
On a constaté l’existence de plusieurs sourires dont deux très opposés. L’un, demi-sourire, est volontaire. C’est un outil social et commercial que la langage populaire appelle parfois un « sourire de boulangère ». L’autre, « tout sourire », involontaire et sincère, est l’expression immédiate d’une émotion. Il exprime la gaieté, la joie, la vie, caractéristiques propres à Eros. Un vrai sourire illumine un visage, défroisse des traits, rajeunit, communique le bien-être. Sa capacité à transformer un être humain est immense !
Et si le texte dit que la déesse de la Beauté est « tout sourire » mais que la statuaire ne le représente pas allez voir du côté des photos de Marylin Monroe et comparez-les avec les photos des autres belles femmes connues. La voyez-vous cette différence infime et pourtant fondamentale qui la met au-dessus de toutes les autres ? C’est ce sourire authentique, sincère, sans retenue qui traduit l’émotion d’un coeur qui s’offre à l’autre avec générosité et naïveté.
Vous ne trouverez cela nulle part ailleurs. Sauf dans l’épithète d’Homère  » Aphrodite tout sourire ».

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Poèmes indiens d’amour et de spiritualité

La Centurie est un recueil de 101 poèmes amoureux de l’Inde du VII ème siècle, écrits originellement en sanskrit. Ils sont censés avoir été écrits par Amaru, roi cachemirien.

La spiritualité indienne peut être portée par des idées contradictoires qui vont la pousser à glorifier le renoncement, le détachement comme moyens les plus sûrs de parvenir au divin contenu en tous et qu’il nous faut seulement découvrir et révéler, et paradoxalement l’amour, la passion, le désir qui sont les meilleurs sentiments pour connaître Dieu par les actes de dévotion absolue qu’ils génèrent.

Cette apparente contradiction, qui n’existe que pour qui est soumis à la dualité ( bien/mal, etc.) se retrouve dans l’image du dieu Shiva, ascète, grand méditant mais aussi amant passionné qui fit l’amour à son épouse Parvatî pendant 1000 ans !

C’est pourquoi, sans doute, les poèmes de la Centurie sont surtout ceux de l’abandon, de la trahison, des scènes de colère entre amants, mais d’un autre côté, ils peuvent aussi être ceux de l’amour qui fait parvenir jusqu’au divin, que ce soit :

– dans l’amour d’abord non partagé peut-être, où la quête, l’attente suffisent :

 » Esprit plein de joie à simplement la voir,

Souci constant d’en trouver le moyen,

Passion à son comble,

lettres innombrables confiées à une messagère…

Qu’importe alors d’atteindre au bonheur

Que dispense l’étreinte ardente de l’aimée ?

Emprunter seulement les rues près de chez elle

Promet le parfait accomplissement. »

– dans la beauté de la femme qui, attendant son époux, est l’offrande faite au dieu, son époux, qui n’a besoin de nul autre sacrifice :

« Longue guirlande d’accueil, son regard,

Pour tous lotus ;

Jonchée de fleurs, son sourire,

Pour les jasmins de toutes sortes;

La sueur de ses seins, oblation,

Pour l’eau du vase :

Des parties de son corps,

A son époux qui rentre,

La belle rend hommage. »

– dans l’union sexuelle, enfin, où chevauchant l’homme, la femme devient Shakti, c’est-à-dire le principe féminin et parfois terrible du divin, qui anime le principe divin masculin, passif et donc dépendant du principe féminin. Les divinités du védisme et de l’hindouisme s’effacent alors devant la Grande Déesse dont la religion est attestée de plus longue date en Inde et que rien n’a pu éclipser.

 » Les boucles dansent, emmêlées,

Les anneaux d’oreilles se balancent,

La marque au front s’estompe,

Sous les fins réseaux de sueur,

L’oeil est alangui après le plaisir.

Le visage de jeune femme

Qui, dans la volupté, a échangé les rôles,

Qu’il te protège longtemps :

A quoi bon Vishnou, Shiva et les autres dieux ? »

Amaru, La Centurie. Traduction Alain Rebière. Collection Folio

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Comment devenir une déesse du sexe ?

Le projet d’un blog pouvant être clairement défini à nos yeux, il est toujours surprenant de constater que ce que les gens viennent y chercher est à mille lieues de ce qu’on imaginait. Ainsi, une recherche google mentionnant les termes  » devenir une déesse du sexe » a mené quelqu’un jusqu’ici. Si sur le coup, cela peut paraître surprenant, en définitive, ce n’est pas incohérent pour un blog parlant de beauté et d’amour.

Et si d’abord, on parlait de vous ? Votre question montre :

– que vous êtes une femme.

– que vous voulez exercer votre pouvoir par la sexualité.

– que vous ne vous sentez pas à la hauteur, que ce que vous donnez déjà ne vous semble pas suffisant.

Dans la culture occidentale, il n’y a pas de déesse du sexe. Il y a une déesse de l’Amour et de la Beauté. Ses moeurs sont légères et elle est connue pour avoir eu de multiples relations sexuelles mais celles-ci ne sont que des conséquences de l’amour et l’attirance éprouvés. La mythologie ne nous dit rien de ses performances car elle se concentre sur la psychologie et les liens de cause à effet entre les actions.

L’expression « déesse du sexe » semble plus appartenir au monde de la pornographie qui met en scène et catégorise de façon artificielle une infinité de désirs quand celui-ci se résume souvent, si tout va bien, à quelque chose de très simple et qui n’a pas besoin de choses compliquées pour s’exprimer. Cette machine à créer des désirs et surtout de l’argent finit par devenir la mesure de la sexualité des sociétés de consommation et relayés par les médias, les diktats qu’elle nous impose deviennent un mode de vie.

Néanmoins, la part essentielle et profonde des hommes et des femmes n’est pas celle qui est téléguidée, c’est celle, naturelle et primordiale, de l’amour, de la confiance et du respect, seules valeurs dont nous ayons réellement besoin pour nous épanouir dans tous les domaines. Une relation basée sur l’amour et la confiance mènera un couple jusqu’aux cieux, du premier jusqu’au septième.

Demander à être une déesse du sexe implique déjà que d’une manière ou d’une autre, on en est plutôt l’esclave. Esclave de qui ? de quoi ? D’un petit ami, d’un homme à qui ça plairait et qui l’a demandé ouvertement ou non, soi-même parce qu’on s’est créé des complexes ou on nous en a créés ? La première étape pour être une déesse de quoi que ce soit est d’être libre, de faire soi-même les lois. Et pour être libre, il faut comprendre de quoi on est esclave.

Pour déterminer ce qui était vraiment de l’ordre de ses idées, Descartes s’est interrogé sur elles en se demandant honnêtement de qui il les tenait : de telle personne, de telle autre ? Ce qu’il ne pouvait attribuer à personne d’autre qu’à lui-même, il savait que cela lui appartenait. Il pouvait dire qu’il  » était  » car il savait penser. Un monde de surinformation nous influence trop pour ne pas manquer de faire de nous autre chose que des machines. Savoir qui on est est la première étape pour être vraiment et faire des choix.

Aphrodite n’est une déesse de l’Amour pour personne. Etre une déesse, c’est un absolu qui se projette sans objet et sans objectif, c’est une nature essentielle. Nous ne sommes une déesse que lorsque les choses sont devenues naturelles, que ce qu’on incarne est si intégré à notre personnalité que l’association entre soi et la chose est évidente. Une déesse du sexe a toujours un autre pour objectif, et c’est ce qui l’empêche d’être libre.

Dans la culture grecque qui a fait naître notre civilisation au niveau des concepts et de la psychologie, la sexualité est sacrée et est le fait de deux dieux, Eros et Aphrodite. Elle est libre et peut aller où elle veut mais elle ne se projette pas car elle est en soi, elle ne se convoite pas, c’est un don des dieux. Son pouvoir n’est pas désiré pour s’exprimer sur autrui.

Enfin, demander à être une déesse du sexe, c’est peut-être surtout demander à retenir l’être aimé grâce à une sexualité débordante et addictive, celle qui ne vous est pas accessible aujourd’hui, soit parce qu’elle n’a pas eu le temps de se développer, soit parce que ce qui est offert à l’autre ne semble pas suffire, à cause de complexes qui n’ont peut-être pas lieu d’être ou à cause de la surenchère performative banalisée par la pornographie et les magazines qui donnent l’impression qu’il y a mieux à obtenir. En fait, il n’y a rien de mieux à obtenir ni pour la relation ni pour l’image de soi.

Malgré cela, vous voulez tenter de devenir une déesse du sexe ?

Accordez-vous du temps. Pour maîtriser et s’épanouir dans sa sexualité, il faut du temps et de la confiance en soi et en l’autre. Respectez-vous aussi, les choses que vous voulez et ne voulez pas, vos besoins réels. Enfin, s’ils vous ont mal influencés, dites non tous les deux aux médias qui vous en donnent une fausse image pour redécouvrir tout cela sans influence aucune, sans stress, et une fois au lit, laissez-vous guider par ce que la déesse vous inspire. Cela risque de vous étonner.

Mais rassurez-vous , si les réponses ne vous satisfont pas, d’autres sites vous expliquent comment mettre de la musique, faire un strip tease et utiliser les gadgets qui vous seront bien entendu, indispensables…

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Les secrets de l’élégance

Dans l’Hymne homérique consacré à Aphrodite, on apprend que la déesse, éprise d’Anchise, met des vêtements « magnifiques » et des bijoux en or pour le séduire. Cet adjectif, « magnifique », met l’accent sur la beauté tout en n’en disant rien. Le lecteur reste confronté à son imaginaire, à ce qui, pour lui, peut-être qualifié de magnifique.

Le terme d’élégance est encore plus obscur, à tel point que si on y réfléchit, on s’aperçoit qu’on se fait une idée vague de ce qu’est l’élégance, qu’on a toujours su s’en faire une idée mais que finalement, on n’en connaît pas la définition. Voici celle donnée par le petit Robert : » Qualité esthétique qu’on reconnaît à certaines formes naturelles ou créées par l’homme dont la perfection est faite de grâce et de simplicité ».

C’est là que le mystère devient entier, car la définition ne renvoie pas plus à quelque chose de précis. Quelles formes naturelles ? Quelles formes créées par l’homme ? Comment définir la grâce ? A quoi la reconnaît-on ?

Le langage ne parvient pas à circonscrire ce qui constitue l’élégance comme les théologiens ont rempli des milliers de livres aux innombrables pages pour expliquer qu’on ne pouvait connaître Dieu.

L’élégance a en effet quelque chose de divin : on la désire, la devine, la perçoit sans pour autant la connaître, ce qui est l’essence du divin. Pourtant, autant on est capable de reconnaître l’élégance, autant on est incapable de la définir. C’est d’autant plus vrai qu’aucun vêtement, aucun accessoire ne peut porter à lui seul la responsabilité de l’élégance qui consiste en une harmonie, une construction à laquelle doivent participer tous les éléments qui font dire d’une personne qu’elle est élégante. Une seule pièce inappropriée est capable de faire passer une tenue du divin au commun, ce qui fait de l’élégance un objectif aussi mystérieux, désirable que rarement atteint.

Cette abstraction pure, cet idéalisme esthétique mis en mouvement, ayant besoin d’un visage et d’un corps harmonieux pour lui donner vie et sens, c’est le but recherché par les créateurs de mode, tous mus par une philosophie et un objectif artistiques voulant élever les hommes et les femmes au rang de dieux.

Mais l’une des autres significations de l’élégance, plus personnelle, consiste en le bon goût d’une personne, lequel laisse deviner sa personnalité unique faite de connaissance souvent intuitive, de sensibilité particulière, de capacité à créer de la Beauté. Car dans l’élégance personnelle, ce n’est pas le créateur qui habille le mannequin et donne des directives concernant sa coiffure, son maquillage et ses bijoux. La personne élégante a elle-même construit sa beauté au moyen de vêtements, accessoires, coiffure, maquillage quand c’est une femme, sur la base de capacités que tout le monde n’a pas mais que tout le monde remarque.

L’élégance donne du prix à une personne même si celle-ci est par ailleurs pauvre, puisque le bon goût est une qualité intrinsèque qui n’a pas besoin de luxe pour s’exprimer. C’est comme une belle vitrine qui donne envie d’entrer dans un magasin et de découvrir les objets qu’il contient quitte à ce que ceux-ci soient sans intérêt. De la même façon, c’est l’apparence gracieuse d’un être qui semble promettre la beauté de son esprit, même si ce n’est qu’un leurre, l’élégance pouvant aussi bien être l’écrin magnifique de la plus vulgaire superficialité.

Et pourtant, la seule qualité d’être élégant peut également suffire en tant que manifestation réelle et tangible d’un état de grâce, d’une capacité à faire advenir la Beauté dans un monde contraint par la loi humaine de la nécessité. D’un seul coup, le besoin prosaïque de s’habiller plus ou moins chaudement selon le climat, à sa taille, de façon décente pour la société, etc; est éclipsé par la beauté, l’amour et l’art de le faire.

Et quand le style et les manières de Brummel faisaient seuls sa célébrité sous le nom de dandysme dans l’Europe du XIX ème siècle, de même que quand les rois de la sape magnifient par leur présence les rues boueuses des bidonvilles africains, on hésite toujours entre l’admiration et l’indignation. Pourtant, on finit par trancher en faveur de l’admiration, car les élégants, par leur présence, font s’unir le monde d’en Haut et le monde d’en Bas en une manifestation visuelle unique.

Grâce à eux, un peu de merveilleux pourtant accessible et public s’incarne dans le monde sensible pour transcender l’ordinaire.

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Emission Voyages en beauté

 

Rediffusion des émissions de Voyages en beauté sur France O, les samedis et dimanches à partir de 12h05.

Deux femmes de la France d’aujourd’hui, une blanche, Capucine, et une noire, Awa, vont à la rencontre des gens d’un pays, d’une civilisation différente à chaque nouvelle émission.Deux types de peaux, deux personnalités, deux origines, deux sensibilités différentes mais une même complicité et un même désir de découvrir la richesse des autres dans leur pratiques esthétiques et leur conception de la beauté.

Quelques extraits ici :

http://www.voyage.fr/voyages-beaute

Une émission géniale pour découvrir, au-delà de tout conditionnement marketing, que la Beauté est une conception toute relative, historique et culturelle, et que c’est cela qui fait sa richesse.

Un vrai petit bijou !

Pourquoi choisissons-nous certains cosmétiques ?

D’un point de vue psychologique, on peut diviser les cosmétiques en 2 catégories : ceux de soin, liés à l’intimité et à l’enfance et dont les effets ne sont pas visibles par les autres, et les cosmétiques qui modifient visiblement l’apparence, liés au fantasme, à la séduction, et donc plutôt sexualisés.

Les cosmétiques censés prendre soin de nous agissent symboliquement comme nos parents lorsque nous étions enfants. Les noms qui leur sont donnés ou les mots qui leur sont associés sont assez éclairants : « lait », « doux », »douceur », »satin », »satiné », »caresse », etc. Et pour justifier la nécessité des soins de beauté, on insiste fréquemment sur le fait que la peau est « fragile », « sensible », caractéristiques du bébé et de l’enfant en bas âge.
Quand nous choisissons un soin, nous savons à peu près ce que nous voulons, car généralement, c’est un souci, un manque, un problème précis qui nous font chercher la solution dans un cosmétique. Jusque-là, tout est presque raisonnable, justifiable. La vraie question qui se pose est celle du choix.
Sur quels critères choisissons-nous et pourquoi ?
Si on regarde objectivement, on n’aura pas de mal à constater qu’à moins d’avoir fait des études de chimie, nous sommes bien incapables de choisir un soin sur de vrais critères objectifs et scientifiques.
En gros, nous sommes dépendantes des explications fournies par l’emballage, qui sont plus que confuses ( mélange de termes chimiques et scientifiques inaccessibles et de lexique sur-valorisant ) et qui sont les seules que nous ayons à disposition. Ce problème est compliqué par le fait que des milliers de marques envahissent le marché et proposent des produits très semblables les uns aux autres.
Et si nous ne choisissons pas forcément toujours des produits de même marque, il est malgré tout possible de remarquer des constantes chez une même femme, moins dans les marques elles-mêmes que dans l’image qu’elles véhiculent.
Choisir un soin, c’est comme choisir un autre parent, quelqu’un en qui on pense pouvoir avoir confiance pour nous rendre belle.
Que révèlent ces choix ?

– Je choisis une marque parce qu’elle n’est pas chère

Si vous avez vraiment des ennuis d’argent, cela se justifie. Mais si vous n’en avez pas spécialement, vous souffrez d’insécurité et la perte, le besoin ou la peur de manquer font partie des expériences qui vous ont construite. C’est encore plus vrai si vous avez tendance à accumuler les soins de petit prix pour avoir le sentiment de ne manquer de rien.

– Je choisis les marques les plus connues

Vous choisissez selon votre budget, les marques élues dans votre classe sociale et véhiculées dans les médias. Vous avez certainement grandi dans la confiance en votre famille, votre milieu social et votre société. Etre hostile ou méfiant envers ce qu’on vous propose ne fait pas partie de vos réflexes grâce à cette confiance, votre puissant socle.

– Je choisis des marques jeunes, originales, à contre-courant

Vous êtes dans une quête identitaire, vous éprouvez le besoin de vous faire entendre, de vous démarquer ou bien vous refusez les modèles établis parce qu’on n’a pas été réellement à la hauteur de vos attentes. Directement ou indirectement, le sentiment de trahison est celui qui vous a construite. C’est encore plus vrai si aucune marque ne vous satisfait jamais. Ou bien alors vous êtes en quête d’absolu dans vos relations et n’avez pas trouvé ce qu’il vous faut.

– Je choisis les marques de parapharmacie

C’est la peur de la maladie, de la saleté, la souillure, qui vous gouverne – surtout si vous choisissez les marques les plus médicales – ou bien la volonté de contrôle, de maîtrise. Si vous soignez une allergie ou autre chose, il est normal de prendre les produits adaptés. Si vous n’avez plus confiance qu’en ces produits même lorsque ça n’est pas utile, c’est que la peur et la volonté de contrôle appuyés sur votre force de caractère ont envahi votre vie.

– Je choisis les marques bio et éthiques

Vous êtes marquée par une expérience spirituelle qui vous oblige à dépasser votre point de vue personnel et vous ne pouvez envisager de prendre soin de vous au risque de nuire aux autres. Il y a de bonnes chances pour que le sentiment qui vous ait construite soit l’injustice, que vous l’ayez subie ou que vous en ayez été témoin. C’est le combat contre elle qui motive vos choix. A moins que ce soit le désir de paraître parfait aux yeux des autres pour mieux mettre une distance entre eux et vous.

– Je choisis des marques parce qu’elles sont chères

Si c’est parce que votre meilleure amie en rêve et ne peut se l’offrir, c’est bien sûr l’envie, la jalousie qui vous dominent. Dans d’autres cas, vous pouvez avoir eu une expérience de vie qui vous a fait penser que l’argent était la seule valeur en ce monde ou bien vous avez un manque de confiance en vous ou souffrez de votre origine modeste et tentez de projeter sur vous la valeur de la marque pour rehausser cette confiance et le sentiment de votre valeur.

Bien entendu, les choses ne sont pas figées, plusieurs cas sont possibles, car plusieurs expériences nous ont construits et l’analyse ne vaut que pour des habitudes installées et non pour un choix unique. D’autres cas, non mentionnés, existent également, comme le fait de choisir la même marque que maman, faire ses cosmétiques soi-même, mais est-il besoin d’expliquer ce que ça signifie ?

Cette analyse est basée uniquement sur l’observation et l’auto-observation et est l’exclusivité d’Echodecythere.

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Pourquoi désirons-nous la Beauté ?

Il n’est pas d’époque ni de civilisation qui n’ait connu la notion de Beauté et qui ne l’ait recherchée pour soi-même, en soi ou en l’autre. Pourtant, cet idéal peut être extrêmement contraignant et pousser à des actes inquiétants : auto-mutilations, actes de chirurgie dangereux, invalidants, exposition à des substances toxiques, naturelles ou chimiques, sans parler de l’endettement auquel cette quête incessante peut conduire chez les êtres fragiles et pas assez fortunés pour répondre aux impératifs imposés discrètement par la société.

Car l’idéal de beauté physique, poussé à un niveau toujours plus élevé à mesure que se développent des technologies de plus en plus pointues, engendre aussi du mal-être par les objectifs inatteignables que proposent des modèles sur-médiatisés mais également au régime depuis 20 ans, shootées des milliers de fois pour une dizaine de photos conservées, et surtout corrigés par photoshop.
Cette dictature de la beauté, aussi contraignante qu’absurde lorsqu’on y réfléchit, est pourtant celle à laquelle sont soumis même les plus lucides des penseurs qui pourtant ne manquent pas de ressources pour prendre du recul et analyser objectivement la situation.
Alors pourquoi et comment cette dictature est-elle possible ?

D’abord parce que nous sommes une espèce de celles décrites par Darwin, soumise à l’évolution. Dans le règne animal lui-même, certaines espèces mâles rivalisent lors de concours de beauté dont l’issue leur vaudra le droit de se reproduire avec la femelle qui les aura choisis. La Beauté, brute, essentielle, étant aussi bien l’indice de la bonne santé que de la variété des gènes qui permet de l’assurer, est le premier critère pour le choix d’un partenaire sexuel avec qui se reproduire. La nature sélectionnant les gènes les plus forts dans le but de l’évolution de l’espèce, c’est de façon primordiale, inconsciente et pourtant programmée que nous désirons la Beauté.

Ensuite, en tant qu’espèce vivant en société organisée et basée sur la culture et les valeurs que nous avons créées au fil de notre histoire, nous vivons cet impératif à un autre niveau, culturel cette fois. Dans celui-ci, nous sommes soumis à d’autres codes, parfois contradictoires et nés de circonstances aussi aléatoires que complexes d’une société à une autre. Ainsi, les femmes doivent être minces ici, grasses là, minces à cette époque-ci, grasses à cette époque-là, avoir le cou allongé, la lèvre agrandie, le pied minuscule, le front épilé, la chevelure blonde, des fesses proéminentes, etc. Et tout cela pour des raisons culturelles qui n’ont rien à voir avec la volonté de se reproduire.
Or, pourquoi les suivre, ces diktats contraignants et objectivement absurdes ?
Pour le pouvoir, pour faire sa place, pour être entendu, reconnu, pour être estimé. Comme dans la loi évolutive, c’est la loi du plus fort qui se manifeste sur un autre plan, celui de la société humaine dans laquelle on s’inscrit. Dans la société occidentale, en plus d’offrir la perspective d’un riche mariage, la Beauté est un des pouvoirs permettant de faire carrière et de rendre son nom aussi connu que celui d’un prophète.
A l’inverse, ne pas obéir au diktat, ne pas rechercher la Beauté, ne pas être belle, c’est être condamnée à la solitude relationnelle et sexuelle, à une moindre estime, une moindre écoute, un moindre crédit, à moins de disposer d’une force compensatrice.
D’après Sophie Cheval, psychologue et auteure de Belle autrement. En finir avec la tyrannie de l’apparence, les gens beaux réussissent plus facilement leurs études et leur carrière, le gain en terme d’apprentissage chez les belles personnes par rapport aux autres équivalant à 2 ans d’expérience de plus.

Enfin, la Beauté, c’est aussi le meilleur moyen d’entrevoir le mystère créateur, la Beauté divine. Dans le Banquet de Platon, le discours de Socrate – rapportant les propos de Diotime, considérée comme une spécialiste de la question – explique comment la Beauté d’un seul être nous ramène à la Beauté de tous et la Beauté de tous à la Beauté en soi, la Beauté divine. C’est par la Beauté qu’on devine le divin. Ainsi, même dans la Bhagavadh Gîta, texte le plus sacré des hindous, Krishna, connu pour sa Beauté et sa sensualité et incarnation parfaite de cet aspect du divin affirme en révélant sa nature suprême :  » Tout être porteur de rayonnement, de beauté et d’énergie, sache qu’il a pour origine une parcelle de ma splendeur. »
La Beauté est une parcelle du divin, du mystère de la Création, de la splendeur originelle, et la rechercher, c’est pour certains êtres la marque d’une nature spirituelle, élevée qui, consciemment ou non, est touchée par la grâce de l’Univers.
Et qu’on le veuille ou non, d’une façon qui peut paraître paradoxale à certains, c’est ce mystère que cherchent à percer aussi bien les scientifiques que les religieux les plus sincères, tous touchés par le mystère de la Beauté de l’Univers.

La Beauté est donc une déesse à l’origine de l’Amour, du désir, des lois sociales, de la philosophie, de la religion et la science. En bref, c’est bien elle qui régit l’Univers, comme l’affirmaient les Anciens.

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Le concours de beauté des déesses

A l’origine de la guerre de Troie, on trouve le Jugement de Pâris lors du concours de beauté entre Athéna, Héra et Aphrodite, destiné à déterminer laquelle des trois mérite la Pomme d’Or lancée au mariage de Thétis et Pelée par Eris, la Discorde. Sur cette pomme était gravée cette embarrassante formule :  » A la plus belle ».On pourrait remarquer d’abord ce fait qu’à l’origine des grands maux mythologiques, il y a souvent une pomme. Or, ce n’est pas ce qui frappe le plus.

Ce qui est frappant là-dedans, c’est que lorsqu’il s’agit de la Beauté, les lois divines ne s’appliquent plus. En effet, puisqu’il est admis qu’Aphrodite est la déesse de la Beauté, dans l’Olympe comme sur Terre, comment se fait-il qu’Athéna et Héra puissent oublier cet état de fait et prétendent mériter cette Pomme d’or ? Et comment se fait-il que Zeus n’y mette pas le holà mais nomme plutôt le berger Pâris arbitre de cette discorde ?

Peut-être d’abord parce que s’il n’y a qu’une seule déesse de la Beauté chez les Olympiens, seules les belles déesses peuvent être des Olympiennes là où il n’est pas nécessaire d’être un beau dieu pour être un Olympien. La dictature est la même chez les Hommes : il n’est pas nécessaire d’être bel homme pour être influent et avoir des conquêtes, mais il est indispensable d’être une belle femme pour, au minimum, ne pas être moquée et méprisée. La femme est d’abord jugée sur des critères esthétiques, après quoi peut-être aura-t-elle la chance d’être entendue. La Beauté est donc l’élément minimum et primordial indispensable au pouvoir lorsqu’on est de sexe féminin.

La conclusion de ce mythe est tout aussi étonnante. A aucun moment en effet, Pâris n’a dû être juge de la beauté de l’une ou de l’autre des déesses puisque chacune, corruptrice, a proposé un don en échange du prix : le pouvoir pour Héra, la victoire à la guerre pour Athéna et la plus belle femme du monde pour Aphrodite. Les déesses ne sont absolument pas soucieuses d’être jugées sur de réels critères de beauté. La corruption décomplexée dont elles sont capables est d’ailleurs l’indice de leur pouvoir, qui seul les intéresse. Entre elles, c’est moins un concours de beauté qu’un concours d’influence. D’ailleurs, dans la religion athénienne et dans les oeuvres grecques anciennes, les auteurs affirment que les Hommes sont indispensables aux dieux par les cultes qui leur rendent et dont ils ont besoin. Le lien qu’ils ont avec les Hommes est donc un lien de dépendance. Dans l’Iliade, on voit d’ailleurs que les dieux ne sont pas occupés à autre chose qu’au conflit qui oppose les Achéens aux Troyens.

En définitive, Pâris choisit Aphrodite et ce choix plonge le monde dans la guerre. Mais à y regarder de plus près, il ne choisit pas Aphrodite, il choisit la récompense promise par Aphrodite, à savoir la belle Hélène, et c’est par l’obtention de cette récompense qu’il décide de la Beauté de celle qui l’avait déjà par loi divine. Paradoxal, non ?

Le fait est que dès qu’on parle de Beauté, les choses deviennent toujours un peu compliquées puisque c’est un absolu aussi individuel que mouvant, ce qui est aussi un paradoxe. Ainsi, une personne qu’on a pu trouver laide peut devenir belle à nos yeux quand se découvrent ses qualités morales, sa beauté de coeur. Le mythe de la Belle et la Bête rend d’ailleurs compte de ce phénomène.

La Beauté ne parvient donc pas à se figer dans une vérité immuable et aliénante. Elle est ailleurs, toujours à construire, toujours à découvrir.

A partir de ce mythe du concours des déesses, quelle image de la Beauté se profile ? En analysant, on s’aperçoit que si Pâris ne choisit ni la puissance ni la gloire, c’est que ces deux biens ne l’attiraient pas, mais ils auraient très bien pu. La déesse élue aurait donc été une autre. Pâris n’avait pas besoin des déesses pour révéler ses qualités et les désirs de son âme qui précédaient leur demande d’arbitrage, et Aphrodite était juste la seule à posséder ce qu’il désirait déjà.

Le mythe pourrait donc vouloir dire qu’on peut aussi bien être belle que ne l’être pas, si on possède ce que le coeur d’un homme désire, on sera l’Elue. La Beauté, c’est l’ensemble des qualités, des dons qui répondent aux désirs profonds de notre coeur, même s’ils doivent, comme c’est le cas pour Pâris, avoir pour objectif la Beauté elle-même, absolu qui se dérobe pourtant sans cesse et qui ne se laisse jamais mettre en cage.

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