Pommes magiques d’amour et de haine

Comme les deux versants d’Aphrodite révèlent une déesse amoureuse autant que vengeresse, la magie traditionnelle et occidentale utilisant la pomme peut aussi bien être bénéfique que nuisible, gardant malgré tout toujours un lien avec le domaine d’Aphrodite.

La magie utilisant les pommes est très ancienne puisqu’elle se faisait déjà à Babylone quand elles étaient des fruits consacrés à Ishtar. L’utilisation d’un fruit ou d’autres éléments trouvables facilement dans son environnement est la marque d’une magie très primitive puisqu’elle est simple; la discipline, en effet, s’est complexifiée avec le temps. Ou tout à l’inverse, ça peut être la marque d’une magie très contemporaine employant des éléments faciles d’accès devenus indispensables à un monde de plus en plus urbanisé et complexe dans lequel trouver du temps pour un rituel peut devenir un défi, une nécessité de plus dans un agenda surchargé.

Heureusement, les rituels anciens avec des pommes, savent être simples, surtout ceux qui concernent la divination amoureuse :

  • Pour savoir si on est aimé d’une personne

« Prendre une pomme, la couper en 2 avec un couteau bien aiguisé; si l’on peut faire cela sans couper un pépin, le désir de ton coeur sera accompli, mais si tu coupes par hasard un pépin, tu n’auras pas gagné l’amour de la personne. »

  • Pour rêver à l’homme que tu dois épouser

« Mets-toi à la fenêtre la veille de la Saint-André et prends une pomme de la fenêtre sans remercier la personne qui te l’offrira. Coupe le fruit en deux; manges-en la moitié avant minuit et la moitié après minuit; dors ensuite; tu verras dans le sommeil ton futur mari. »

Alexandre Legran : Les vrais secrets de la magie noire.

Les rituels destinés à provoquer l’amour, plus difficiles et plus longs à réaliser, ont gagné en complexité depuis l’époque babylonienne, nécessitant des étapes précises comme le jour de Vénus, et d’autres éléments personnels et intimes comme du sang, des cheveux, une intention claire et écrite, les noms des protagonistes, témoin cette recette issue du Petit Albert :

  • La pomme d’amour

« Vous irez un vendredi matin avant le soleil levé dans un verger fruitier et cueillerez sur un arbre la plus belle pomme que vous pourrez. Puis vous écrirez avec votre sang sur un petit morceau de papier blanc votre nom et surnom et, en une autre ligne suivante, le nom et le surnom de la personne dont vous voulez être aimé et vous tâcherez d’avoir trois de ses cheveux, que vous joindrez avec trois des vôtres, qui vous serviront à lier le petit billet que vous aurez écrit avec un autre, sur lequel il n’y aura que le mot Scheva, aussi écrit de votre sang, puis vous fendrez la pomme en deux, vous en ôterez les pépins et, en leur place, vous y mettrez vos billets liés par les cheveux et, avec deux petites brochettes pointues de branches de myrte vert, vous rejoindrez proprement les deux moitiés  de pomme et la ferez bien sécher au four, en sorte qu’elle devienne dure et sans humidité, comme les pommes sèches de carême. Vous l’envelopperez ensuite dans des feuilles de laurier et tâcherez de la mettre sous le chevet du lit où couche la personne aimée, sans qu’elle s’en aperçoive et, peu de temps après, elle vous donnera des marques de son amour. »

Mais le plus étonnant des rites de magie avec des pommes est celui de la « pomme endormante », révélé par Giambatista Porta qui, fasciné par le merveilleux, voulut faire de la magie naturelle une discipline savante. Dans son livre De la magie naturelle de 1538, il révèle comment créer une pomme empoisonnée pour endormir celui qui la sentira.

Pour faire une pomme endormante

« Et est constituée en cette manière. On prend du jus de pavot, de mandragore, de jus de ciguë, de semence de jusquiame, et de lie de vin, et ajoute-t-on du musc (…). Cela fait, formez-en des pelotes, ou globes aussi grosses comme on les pourrait empoigner avec le poing, car en flairant souventes fois cette pomme, ou l’allumant elle provoquera le sommeil. »

Bien qu’il ne s’agisse probablement ici que de sentir un produit ayant la forme pratique et symbolique d’une pomme faite avec des produits soporifiques, narcotiques et toxiques, on y reconnaît des poisons naturels employés depuis l’Antiquité associés au parfum irrésistible et animal connu pour ses vertus aphrodisiaques : le musc. Ce procédé de pomme empoisonnée en même temps que particulièrement irrésistible – puisque des 3 objets proposés par la sorcière, la pomme est le seul auquel elle ne peut pas résister – se retrouve dans le conte de Blanche-Neige, mis pas écrit par les frères Grimm mais forcément plus ancien. Or, si nous savons que les contes ont une dimension symbolique, il est également avéré qu’ils décrivent des situations ayant réellement existé afin d’informer et instruire ceux qui les entendaient. Ces récits constituaient autant un enseignement qu’un moyen de protection contre les menaces de tous types – le loup, la marâtre, par exemple – et d’autres sentiments conduisant un individu à l’échec comme l’impatience et découragement, puisqu’à la fin les contes, finissent bien.

Etrangement, dans l’histoire de Blanche-Neige comme dans le rite de « la pomme endormante », on peut revenir du sommeil provoqué par la pomme empoisonnée. Dans le texte de Grimm, le morceau de pomme coincé dans la gorge de la belle endormie est expulsé quand le prince qui la portait bute sur une racine. Chez Disney, le baiser du prince réveille la princesse. Dans le cas d’un sommeil provoqué par « la pomme endormante », du sel dissous dans du vinaigre suffit à réveiller l’empoisonné à condition d’en frotter le nez, les tempes et ..les « génitoires », autrement appelées les testicules ! Dans tous les cas, on peut dire que le réveil est provoqué par un « échauffement » selon le sens qu’il prenait autrefois; un choc physique direct dans le cas de la racine sur laquelle on bute, hormonal dans le cas d’un baiser ou d’un attouchement des « génitoires ».

Finalement, avec les pommes, quelles qu’elles soient, tout semble vouloir tourner autour de la sexualité, même quand on ne le dirait pas.

Labo de Cléopâtre : recettes de masques antiques aux poudres indiennes

Cet article est la propriété du site Echodecythere. Il est interdit par le code de la propriété intellectuelle de le reproduire sans l’autorisation de son auteur.

Publicités

3 commentaires

  1. Et que dire de la pomme d’Adam, et de celle que Paris remis à Aphrodite?
    Bon je me doute bien que pour cet article, tu t’es concentrée sur les « recettes », mais il y a tellement, tellement à dire sur la pomme et sa symbolique!

    1. Pour être franche, ces deux cas sont traités dans l’article précédent, également sur la pomme. Bon après, c’est clair qu’on ne peut pas tout lire…

Les commentaires sont fermés.