civilisation

Qu’y a-t-il dans les vrais Kâma Sûtra ?

Lorsqu’on évoque ce qu’il appelle « le Kâma Sûtra » avec un Occidental, il connaît toujours, même lorsque ce n’est pas un lecteur – thème de nature obsessionnelle oblige ! -, mais il le connaît comme un manuel de postures sexuelles. Tapez Kâma Sûtra dans un moteur de recherche et vous aurez bien souvent dans les premières pages des propositions de postures excitantes pour pimenter vos nuits, proposées très généralement par des magazines bien intentionnés. Du Kâma Sûtra de la femme enceinte au Kâma Sûtra de l’avent, pour vendre, tout y passe !

Or, les Kâma Sûtra, ce n’est pas un manuel de postures. Tout comme dans le temple de Khajurao célèbre pour ses bas-reliefs érotiques, les postures ne représentent qu’une faible portion de l’ouvrage, mais en matière d’exotisme, notre culture est l’héritière de ces voyageurs colonialistes projetant volontiers leurs obsessions sexuelles qui se débridaient hors du cadre judeo-chrétien strict dans lequel ils vivaient en Europe. Cette capacité colonialiste et méprisante à réduire la culture des autres à un fantasme trouve un prolongement favorable dans une société qui a la consommation pour logique, où seul ce qui se désire et peut être satisfait semble digne d’intérêt, alimentant le circuit de l’offre et de la demande.

Alors, que trouve-t-on dans les Kâma Sûtra, littéralement les versets du Désir ?

D’abord, on y trouve une culture différente dans toute sa complexité, c’est sûrement ce qui embarrasse le consommateur. C’est un manuel qui a du sens dans une société où les codes sociaux et moraux ne sont pas les mêmes que les nôtres, l’ouvrage étant déjà très ancien puisqu’il remonte à une période indéterminée, entre le I er et le V ème siècle d’une Inde dans laquelle nous ne vivons pas.

Ensuite, on y trouve des gens. Des hommes qui veulent faire l’amour ou se marier, à qui les Kâma Sûtra expliquent comment réaliser une approche et conclure, des femmes, belles ou laides, jeunes ou vieilles qui viennent de se marier ou qui vont le faire, à qui on donne des conseils pour conserver l’être aimé, des courtisanes à qui le manuel apprend à évaluer les hommes et les situations, à calculer pour soutirer le plus d’argent à un amant en le choisissant bien puis en adoptant certaines attitudes et employant certaines ruses pour le conserver assez longtemps pour lui soutirer le maximum. Il y a aussi des entremetteuses, des eunuques, des soeurs de lait, des amies, des femmes de harem, etc. Enfin, et c’est sûrement ce qui est le plus étonnant, il y a, pour l’écrire, un brahmane motivé et rigoureux, qui compile et résume, sous le nom de Kâma Sûtra, un ensemble d’ouvrages écrits antérieurement. Ce brahmane n’hésite pas à prendre la parole et à l’assumer. Ce n’est donc pas l’ouvrage honteux d’un anonyme mais un ouvrage d’érudit s’acquittant du mieux possible de sa mission.

Puis il y a aussi des considérations techniques : le type de plaisir éprouvé selon la taille du pénis et du vagin des deux partenaires, des intentions mutuelles qui président à l’accouplement, les conditions dans lesquelles ça se fait, des liens logiques de cause à effet entre un type de comportement adopté et la réaction qui viendra de la part du partenaire. Les Kâma Sûtrâ sont d’une incroyable finesse psychologique, ce qui ne doit pas non plus être fait pour exciter un consommateur pressé.

On y trouve enfin des pratiques. Pratiques sexuelles qui ont beaucoup fait rêver les Occidentaux alors qu’il semble évident qu’à part une ou deux postures très techniques, ils les ont déjà pratiquées tant tout cela, en Inde comme ailleurs, est plus instinctif que scientifique, bien heureusement. C’est bien sûr le cas de la fellation qui, contrairement à ce qu’on croit, est assez unanimement considérée comme une pratique méprisable. D’autres pratiques sont mentionnées comme des baisers et des caresses qui ont toujours des noms surprenants mais qui ne font pas toujours envie et des pratiques qu’on peut trouver barbares comme celle qui consiste à mettre de légers coups de poing entre les 2 seins de la femme pendant l’acte sexuel ou les morsures et griffures qui, exhibées ensuite, rappellent l’acte d’amour qui les a provoquées et sont de nature, paraît-il, à raviver la flamme.

Mais les pratiques les plus importantes, et c’est certainement ce qu’il y a de plus surprenant, ce sont celles des 64 arts qui vont de la musique au jeu en passant par la poésie, la cuisine, la conversation, les divertissements, la danse, l’architecture, la stratégie militaire ( si, si !), l’art floral, etc. Ces 64 arts à maîtriser, exigés en tête du livre avant toute autre considération et estimés comme garants d’une séduction infaillible, témoignent d’une culture qui entend malgré tout faire passer les plaisirs de l’esprit avant ceux du corps.

Finalement, quelle est la qualité des Kâma Sûtra ?

Comme souvent dans la pensée indienne, la qualité des Kâma Sûtra réside dans leur tolérance car ils se nourrissent d’abord du génie des autres et donnent sur tous les sujets aussi bien le point de vue généralement admis – englobant celui de l’auteur – que celui des auteurs d’avis contraire. C’est également un manuel qui donne des conseils pour faire l’amour mais qui précise aussi que dans le feu de l’action, aucune règle n’existe. Ouvrage inscrit dans une société, il propose aussi des conseils pour se marier selon sa caste mais admet qu’ « on ne trouve le bonheur qu’avec celle que l’on aime vraiment, quelle qu’elle soit » et que « le meilleur des maris reste celui qui possède toutes les qualités qu’une femme a pu souhaiter. »

C’est donc leur subtilité qui fait des Kâma Sûtra une lecture intéressante, bien au contraire de ce à quoi on a voulu les réduire.

Pour les courageux dont l’intérêt aurait été éveillé, on peut trouver l’ouvrage notamment ici : http://www.atramenta.net/lire/les-kamasutra/2696/3#oeuvre_page

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Maquillage et symbolisme

Avant d’être l’affaire des femmes, le maquillage est d’abord une spécificité d’êtres vivants en société, au milieu de groupes dont il a fallu se démarquer. Q’il soit corporel ou non, l’ornement tente de signaler extérieurement une exception intérieure, celle d’une richesse personnelle le plus souvent. Lorsqu’on est plus riche ou plus noble, quand quelque chose distingue un être des autres, on a le choix entre le montrer et le cacher.

D’une manière générale, le maquillage a pu revêtir un sens symbolique : peintures de guerre pour signaler son intention et effrayer son ennemi, ornements à l’occasion d’une fête rejouant un épisode mythologique. Il a pu aussi revêtir un sens pratique : le rouge à lèvres des prostituées annonçant leur spécialité, le khôl des égyptiens qui éloignait les maladies et les en protégeait.

Le maquillage est purement un produit de civilisation, et l’accueil qu’on lui fait est uniquement relatif à l’image qu’on s’en fait. Ainsi, comment le rouge à lèvres a-t-il pu passer d’un marqueur et accessoire de prostitution au symbole de la femme fatale de la plus haute sophistication ?

Le maquillage est logiquement porteur du paradoxe dont le féminin est porteur : à critiquer sur la femme ordinaire s’il est autre chose que discret, voire invisible, obligatoire sur l’icône, l’actrice, la femme d’exception considérées comme malade ou en crise si le fard est absent de leur visage ou insuffisamment criard.

De fait, à l’heure où les marques se multiplient pour attirer les clientes selon leurs valeurs ( maquillage bio, de prestigieuses marques de Haute Couture dont le seul nom suffit à faire rêver, de maquilleurs professionnels, etc.), le fait est que si les couleurs, les modèles proposés par des pros du cosmétique lui-même et conseils des maquilleurs se multiplient dans les pages de magazines, ces audaces ne se retrouvent pas sur les visages ordinaires. Ainsi, maintes femmes peuvent s’acheter ces objets du désir pour ne porter sur les paupières que du beige, du taupe et un gloss rose parce que « c’est discret ». On porte son maquillage tel qu’on se voit ou plutôt tel qu’on veut qu’on nous voie, tout en se rêvant peut-être Elisabeth Taylor dans Cléopâtre…

Pour autant, au-delà de ces conditionnements de société qui marchandent les rêves et les désirs des femmes qui se briseront à la réalité de leur vie quotidienne, on peut dégager quelques grands axes symboliques et sacrés dans l’utilisation que les femmes ont fait du fard, spécialement chez celles qui s’estiment le droit de porter leur féminité de cette manière-là et de la crier haut et fort.

Le maquillage correcteur

Il concerne spécialement le teint. Fonds de teint, poudres, blush, anti-cernes gomment les imperfections. L’imperfection est en effet ce qui nous rapproche de la nature, de ce qui nous a fait sous des lois qui paraissent strictes mais qui sont, du point de vue de la civilisation, anarchiques : des yeux jamais vraiment symétriques, une bouche trop fine, trop ceci, trop cela. Les corrections  nous rapprochent d’un idéal, d’un canon de société et donc d’une divinité.

Anti-cernes et blush gomment nos signes de fatigue et cette décoloration qui peut être interprétée comme maladive. Etre pleine de vie, en pleine santé, voilà ce qui est érotique ! Le désir est l’élan vital, l’élan vital concerne exclusivement le vivant.

Le maquillage correcteur joue l’équilibre serré entre Eros, l’aspect vivant et sauvage du désir, et Aphrodite, son aspect formel, normé, policé.

Le maquillage des yeux

Là aussi, il peut être correcteur. Il agrandit de petits yeux, par exemple, ou équilibre une paupière tombante. Il peut aussi s’accorder avec le vêtement ou la couleur des yeux, des cheveux, du teint pour faire une harmonie, et dans cas cas-là, les couleurs peuvent varier mais elles n’ont pas de signification. Reste le symbole fort, universel et plusieurs fois millénaire des yeux cerclés de khôl comme à l’époque égyptienne, associé à des reines de pouvoir qui font du noir autour des yeux le symbole de la femme puissante, avisée et sexuellement triomphante. En choisissant ce maquillage, la femme choisit de mettre en avant son mystère, sa force et son intelligence en intensifiant le regard, siège de la perception, de la compréhension mais aussi miroir de l’âme dans toutes les émotions qu’il révèle.

Le maquillage de la bouche

On peut retrouver cette action correctrice de tous les types de maquillage à quoi peuvent s’ajouter des effets de matière qui vont capter la lumière et donc créer des volumes ou donner une impression d’humidité et de brillance, notamment avec les divers brillants à lèvres, colorés ou non. C’est un maquillage aux effets plus sensuels. Se maquiller la bouche est d’ailleurs, d’un point de vue symbolique, mettre l’accent sur sa sensualité. Outre son origine sulfureuse liée à la prostitution, on peut remarquer que le maquillage des lèvres correspondrait à peindre en rouge pour qu’on la voie, une porte d’entrée du corps qui renvoie symboliquement aux autres lèvres, la porte du bas. Le maquillage des lèvres en rouge profond met ainsi en valeur non seulement la sensualité de la femme qui le porte, mais aussi sa force de vie, sa fécondité et surtout, la force d’en porter tout le sens sur le visage et de l’assumer pleinement.

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