art et nationalisme

Hymne national à la Vénus de Milo

Comme d’autres statues classiques d’Aphrodite, la Vénus de Milo tient le rôle d’ambassadrice du pays qui l’a recueillie. De fait, le Louvre, notre musée national, lui doit une grande part de sa fréquentation puisque avec la Joconde, elle est l’oeuvre d’art la plus admirée et pour laquelle on vient du monde entier. Ce pouvoir, comme les autres statues d’Aphrodite, elle le doit à sa beauté, à son corps nu, à son érotisme qui irradie et permet à l’admiration qu’on éprouve pour elle de se transférer au reste du pays auquel son image est associée.

Statues de la déesse de la Beauté, la Vénus d’Arles, l’Aphrodite de Cnide, la Vénus du Capitole suivent toutes des destinées semblables dans lesquelles, telles des Miss avant l’heure, elles sont les meilleures représentantes éternelles d’un lieu, leur plus prestigieuse publicité.

Pouvoir de l’oeuvre d’art, me direz-vous. Et pourtant, dans les autres oeuvres d’art, pour peu qu’elles ne représentent pas une déesse de la beauté nue ou à demi-nue, ce « pouvoir de l’art » ne se manifeste pas à un tel degré ou n’a pas les mêmes conséquences.

Au XIX ème siècle, le nationalisme – né de modernes conceptions scientifiques, malgré ce qu’on voudrait nous faire un peu oublier – s’étalait sans complexes car vierge encore des atrocités commises pour sa cause au milieu du XX ème siècle et depuis lors. Il n’hésitait pas alors à employer l’art et la beauté pour servir son propos et diffuser innocemment ses idées de supériorité, comme le faisait l’architecte Prosper Morey en 1867 dans son hymne à la Vénus de Milo dans un petit ouvrage consacré à la célèbre statue.

Hymne à la Vénus de Milo

Déesse plus admirable aux yeux des hommes que Vénus ne le fut jamais au regard des dieux, qui donc es-tu ? Quel artiste a pu te faire si noble et si belle ? Es-tu Vénus Victrix? Vénus Anadyomène ? Une Muse ? Ou la compagne du dieu de la guerre, l’entourant de tes bras amoureux ?…

Tu es tout cela à la fois, et plus encore; car, si j’en crois mon âme, tu es la Grèce antique, la Grèce d’Homère, de Phidias et d’Appele, traçant sur une table d’airain ta merveilleuse histoire. Tu es l’emblème de la grâce, de la poésie et des beaux-arts, le palladium sacré sous l’égide duquel fleurissent les nations; ta patrie est désormais la France, cette fille bien-aimée de la Grèce immortelle : la France seule est digne de te posséder, ô déesse, et de brûler à tes pieds l’encens dû à ton adorable beauté !

On ne le fait plus aujourd’hui. Regardez, on le faisait hier, et on le fera peut-être demain. N’oubliez pas, alors, de conserver votre sens critique.

(Photo à la Une : Charlie Chaplin. Scène du Dictateur)

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