La colline des deux amants : toponymie amoureuse

La grande Histoire, « avec sa grande hache », comme disait Perec, marque et construit les territoires, donnant des frontières, des noms, un cachet à des endroits où eurent lieu des batailles, où se dressaient des châteaux, des tours, prisons dont on conserve la mémoire directement ou indirectement. Mais il y a aussi le folklore, la petite histoire, celle imprécise, qui se nourrit d’anecdotes, de rumeurs, de superstitions, d’explications hasardeuses au moyen de légendes obscures. Elle aussi imprègne les lieux du monde entier, des fleuves de la mythologie qui étaient des dieux aux montagnes dans lesquelles les Immortels vivaient mais aussi les villes, les villages et même les mers.

Près de la ville de Pîtres, dans le département de l’Eure, en Normandie, c’est une histoire d’amour malheureuse et légendaire qui donne son nom à une colline d’environ 100 mètres: la colline des deux amants. La légende raconte en effet qu’un tyran, roi de Pîtres avait une fille qui s’était éprise d’un chevalier à qui il ne voulait pas la marier. Il donne alors comme condition au mariage que l’amant gravisse la colline d’une seule traite en portant celle qu’il aime sur ses épaules. Il est à deux doigts de réussir quand son pied chancelle. Il tombe, et quand la jeune fille tente de le relever, constatant qu’il est mort, elle se jette du haut de la colline avec son amant. Le roi fit alors construire une chapelle funéraire  qui devint un monastère : le prieuré des deux amants.

De quand date cette histoire ? Comme pour toutes les légendes, tout cela est bien mystérieux et imprécis. Mais quelque part entre le XII ème et le XIII ème siècle, Marie de France, la première des écrivaines de langue française – et sa première fabuliste bien avant La Fontaine – donne une version romantique et courtoise de cette histoire. Elle lui donne néanmoins un sens plus dramatique et propre à l’amour courtois dans l’égalité des sentiments, l’intensité amoureuse et le tragique.

Ainsi, sous sa plume, le père est avant tout un veuf éploré que sa fille console un peu de la perte de son épouse chérie. Son égoïsme le pousse à la garder pour lui seul, mais à l’âge où une jeune fille peut enfin se marier, on reproche au père son attitude. Pour donner l’impression de céder et de penser aux intérêts de sa fille, il accepte de la donner à qui parviendra à gravir la colline en la portant dans ses bras. Quelques uns parviennent à mi-pente, mais tous les prétendants échouant, on renonce finalement à demander sa main.

Un jeune homme s’éprend pourtant de la fille du roi, et craignant l’épreuve de la colline, lui demande de s’enfuir avec lui. La jeune fille refuse : cela tuera son père de chagrin, explique-t-elle. Elle envoie plutôt son amoureux à Salerne, ville réputée au Moyen-Age pour sa légendaire école de médecine qui ne se laissait pas influencer par les préjugés de race ou de sexe pourtant courants à l’époque. Pour preuve, c’est une femme médecin, tante de la jeune qui doit l’aider par sa science. Ainsi, quand il montera la colline – épreuve pour laquelle la jeune fille a fait un jeûne pour être plus facile à porter – un breuvage efficace que cette grande dame lui a concocté lui rendra sa vigueur aussi fatigué soit-il. Mais au moment de subir l’épreuve, il refuse de se servir du philtre quand il en a besoin pour ne devoir sa force qu’à son amour.Son obstination le tue, et quand son amante porte le breuvage à ses lèvres, il est déjà trop tard.

Comme savent le faire les amants à cette époque-là, et comme Iseult avant elle, la jeune fille rend l’âme par la simple tristesse de voir son ami mourir. Fou de douleur, le roi les laisse là 3 jours avant de les enterrer au sommet de la colline à laquelle leur histoire malheureuse a donné son nom. Finalement, il aura tout perdu.

La légende reste vivante dans la région de Pîtres et la colline est un lieu de randonnée et de promenade prisé, et peut-être aussi, un lieu inspirant pour ceux qui s’aiment ou que les lieux romantiques font rêver…

L’histoire ? Elle est ici :

Marie de France : lai des deux amants

Labo de Cléopâtre : le khôl : mythe et réalité

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Bollywood : des histoires d’amour pour changer la société

En France, et plus généralement en Europe, on apprécie peu le cinéma indien taxé de superficialité et auquel on reproche son goût pour les vêtements colorés, le chant et la danse. Un comble dans les pays où le sérieux protestant a imposé les couleurs sombres et la retenue dans ses actions comme valeur sociale ! Pourtant, dans le reste du monde et surtout dans son pays – où le cinéma national peut se vanter d’une fréquentation de 100 % là où ailleurs, une fréquentation de 25 % est considérée comme une véritable réussite – le cinéma indien séduit malgré des films durant parfois près, voire plus de 3 heures.

Même s’il a fini par se mettre aux films comiques et aux films d’action, c’est malgré tout par ses films d’amour que Bollywood a fait sa révolution. Et dans un pays où les mariages sont encore souvent arrangés, et où une union contre la volonté parentale dégénère encore parfois en « crime d’honneur », la révolution opérée par le cinéma concerne pourtant le droit des jeunes gens à faire un mariage d’amour.

Le premier à faire la révolution fut un film de 1995, Dilwale Dulhania Le Jayenge – l’amant emportera la mariée -, qui connut un tel succès qu’il est diffusé depuis maintenant plus de 20 ans en Inde. Dans ce film, Simran, une jeune fille d’origine indienne mais vivant en Angleterre accepte d’épouser celui que lui a choisi son père, un homme d’autant plus attaché à ses traditions indiennes qu’il a quitté le pays d’origine. Mais avant de se marier, la jeune fille veut voyager en Europe. C’est une fille sérieuse et une bonne élève : ses parents acceptent.

Au cours de ce voyage, elle rencontre Raj, un autre étudiant d’origine indienne que le hasard rapproche d’elle. Alors qu’ils ne se croyaient qu’amis, leur séparation et l’annonce du prochain mariage de la jeune fille les éclairent sur leurs sentiments : ces deux-là s’aiment. Mais l’engagement est pris et, tout en rêvant de Raj, elle part en Inde rejoindre son promis, le fils indigne d’un ami de son père. Obstiné et encouragé par son père, Raj décide aussi de s’envoler pour l’Inde avec l’idée de ramener celle qu’il aime. Parvenant à se faire inviter incognito à la noce, il se rapproche de sa bien-aimée. Quand la mère découvre la vérité, elle les pousse à s’enfuir en leur offrant ses bijoux pour qu’ils aient de l’argent. Mais Raj ne l’entend pas ainsi : c’est avec la bénédiction du père de la mariée qu’il épousera celle qu’il aime !

Un parti pris surprenant qui a changé la société. Car les films indiens ont souvent abordé avec tact ces questions de la conciliation des valeurs anciennes avec les nouvelles, surtout quand il s’agissait de mariages. Ainsi, les questions abordées dans les films indiens sont très variées, et c’est d’autant plus vrai que le mariage, souvent envisagé comme dénouement d’une intrigue qui s’y opposait, intervient parfois en début de film, suscitant alors d’autres interrogations comme :

  • Comment faire pour vivre sereinement quand on est marié avec quelqu’un dont la famille ne voulait pas ?
  • Une fois qu’on a fait un mariage d’amour, pourquoi cet amour ne suffit-il pas à faire tenir un couple quand les difficultés surviennent ?
  • Comment accepter de décevoir ceux à qui on doit tout en épousant la personne dont on est amoureux ?
  • Comment faire pour vivre avec quelqu’un qu’on aime, qui nous aime, quand tout nous sépare néanmoins ?
  • Quand on sait qu’on va bientôt mourir et qu’on tombe amoureux, doit-on vivre cet amour pour les derniers instants qui nous restent ou se sacrifier pour ne pas créer très prochainement une veuve et donc entraîner des souffrances qui n’existeraient pas sans cette union?
  • Quand la personne qu’on aime souffre d’une maladie qui la met, elle et les siens en danger, faut-il la confier à une institution ou respecter son engament de veiller sur elle et de l’aimer quoi qu’il arrive ?

Toutes ces questions, et bien d’autres, dont certaines avec des problématiques qui ne concernent que la société indienne comme le mariage arrangé ou l’expression des sentiments chez la femme – bridée depuis longtemps -, les Indiens les ont posées dans leur cinéma. Depuis, les mariages d’amour sont devenus courants dans les villes, cédant la place à un désir de cinéma plus engagé sur les questions sexuelles, qui demeurent un tabou et un problème.

A l’inverse, étant revenus de la révolution sexuelle des années 60 à 70 qui nous a laissé un héritage mitigé, nous pouvons regretter parfois que nos histoires se doivent de finir par « ils finirent ensemble » et non « ils eurent des problèmes comme beaucoup d’autres couples et les résolurent ensemble, unis par leur amour qui devint plus solide au fil des épreuves ». Juste pour voir si le cinéma indien qui a, en Inde, la possibilité de changer la loi des mariages arrangés en mariage d’amour n’aurait pas la possibilité, en Europe, de changer le nombre d’un mariage sur 2 en divorce en un taux un peu plus bas, en nous poussant à nous rapprocher et à réfléchir. Car au risque d’en surprendre certains, les questions et sujets qu’on aborde et auxquels on réfléchit ont toujours un peu plus de chances de se régler.

Allez, on peut toujours rêver…

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Deux mille ans d’histoires d’amour

A parcourir l’histoire de la littérature et l’histoire des mentalités, on voit que ce que nos contemporains appellent l’amour, ce qu’hommes et femmes recherchent dans une union réside dans une forme de complémentarité teintée d’idéalisme où les sentiments triomphent de toutes les différences et de tous les obstacles. Une histoire d’amour qui nous fait rêver, c’est le parcours amoureux de deux êtres qu’aucune différence sociale, raciale, religieuse ne peut fragiliser. C’est une conception en réalité très moderne qui semble suivre l’idéal philosophique des Lumières proposant l’égalité entre les hommes – même s’il oublie largement les femmes-.

Pourtant, le rêve d’égalité, d’amour partagé et de respect au sein d’un couple d’amoureux apparut très tôt dans l’histoire de la littérature.

Certes, on ne trouve pas d’amour qui puisse nous faire rêver dans les épopées dont les personnages sont pris dans des histoires qui les dépassent, néanmoins, l’aspect absolu, hors conventions et tout puissant de l’amour est connu et évoqué dans les caractéristiques d’Aphrodite et d’Eros. La capacité de l’Amour à nous  rendre complet est sensible dans la conception d’Aristophane rapportée par Platon qui veut qu’homme et femme soient les deux moitiés d’un même être qui cherchent à se réunir. Dans de petits récits plus tardifs, néanmoins, se profilent des histoires d’amour absolu : celle de Psyché et du dieu Eros ou de Pyrame et Thisbé qui deviendront célèbres à la Renaissance sous les noms de Roméo et Juliette, ou encore celle de Daphnis et Chloé, deux bergers orphelins en réalité de haute naissance qui inspireront les amours de bergers et bergères des romans pastoraux de l’époque classique et qui resteront en vogue suffisamment longtemps pour donner à Marie-Antoinette envie de jouer à la bergère plus d’un millénaire après. Rêver d’amour sincère et idéal, on le voit, toucha toute femme.

Car le mariage, dans toutes classes sociales, a d’abord été une question intéressant clans et familles voulant accroître domaines ou prestige avant d’être l’union de deux êtres qui s’aiment et s’unissent pour leur bonheur individuel et mutuel, préoccupations qui n’émergeront que plus tard. C’est sur cette faille, ce manque à combler dans la réalisation personnelle du bonheur et donc d’un des sens de la vie humaine que va s’élaborer la littérature amoureuse.

Quand les arts et la culture émergent de leur longue éclipse depuis la fin de l’Antiquité, on est déjà à l’époque des cathédrales. Sous l’inspiration de Marie de France, Chrétien de Troyes met en romans avec la matière de Bretagne ce que les troubadours d’Aliénor d’Aquitaine ont créé dans leurs chansons sous le nom de « fine amor » et que nous connaissons mieux sous celui d’Amour courtois. Guenièvre et Lancelot, Tristan et Iseult nous évoquent effectivement les premiers amants à l’amour éternel mais aussi adultères. L’époque était pourtant très chrétienne.  Néanmoins, dans ces romans, les amants, investis de valeur spirituelle, étaient protégés par Dieu. Dans le système féodal lui-même, pour mettre de l’ordre parmi les chevaliers, tous célibataires, le seigneur permettait une sorte d’amour platonique et très contrôlé entre sa dame et ses vassaux, ce qui maintenait la cohésion sociale de façon plus émotionnelle, voire légèrement érotique.

A la Renaissance, l’amour revient en France sous forme de poésie imitée des Italiens que leur Antiquité retrouvée inspirait depuis déjà un siècle. Les poètes de la Pléiade chantent l’amour en même temps qu’apparaissent à la cour les grandes maîtresses royales. Au XVII ème siècle, les romans pastoraux de bergers et bergères qui s’aiment innocemment reviennent avec notamment Honoré d’Urfé, entre autres. Le siècle des Précieuses verra l’amour triompher et des femmes modestes devenir les grands amours voire les épouses des souverains, comme madame de Maintenon dont Louis XIV s’éprit sur ce constat : »Comme elle sait bien aimer, et il y aurait du plaisir à être aimé d’elle. »

Le XVIII ème siècle, que les liens avec le Nouveau Monde avait éclairé sur les inégalités, commence à faire discrètement exploser les frontières sociales s’opposant à l’amour, comme on le voit dans les pièces de Marivaux ou les romans de Jane Austen. Au XIX ème siècle, les amours absolues mais contrariées hantent la poésie et les romans des auteurs romantiques où les femmes aimées n’en finissent pas de mourir ou d’être inaccessibles, nous faisant revenir aux « amours de loin » de nos troubadours, comme si le véritable amour, toujours fantasmé, ne pouvait être que celui qu’on ne peut pas vivre.

Devenue entre temps un genre à part entière destiné principalement aux femmes, la littérature amoureuse nous pousse à nous interroger toujours plus entre les vides qu’elle comble et les rêves d’impossible qu’elle suscite dans un monde devenu accessible et consommable et où le bonheur, toujours un rêve plus loin, semble parfois se dérober.

Labo de Cléopâtre : Analyse du khôl égyptien

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Reflet de Cythère (8)

Dans Reflet de Cythère, un texte ancien nous éclaire sur le culte d’Aphrodite ou sur ses caractéristiques ou la manière qu’on avait de la concevoir.

L’épigramme qui suit est signée Asclépiade de Samos dont il ne reste pratiquement rien et dont nous ne savons pas grand-chose non plus sauf qu’il vécut au III ème siècle av. J-C et écrivit de la poésie érotique. Les épigrammes étaient à l’origine de courtes poésies gravées sur des monuments funéraires ou de commémoration devenues au IV ème siècle un genre poétique à part entière destiné à parler de certains sujets.

Le poème qui suit, très imagé, marque l’esprit durablement une fois qu’on le connaît car on a rarement parlé aussi bien d’amour, mais surtout de sexe sans pour autant l’évoquer directement. Ainsi, à la question : « Qu’est-ce que faire l’amour pour deux êtres qui s’aiment ? », Asclépiade de Samos répond naturellement : »s’offrir mutuellement en offrande à la grande Aphrodite, sous son nom de Cypris ou Cythérée, peu importe. ».

Le corps de l’être aimé qui donne et reçoit le plaisir est l’offrande.

Comment le dire de façon plus belle ?

 

La cachette des amants

« Douce en un chaud midi une boisson de neige,

Doux au printemps les vents légers, les flots cléments,

Lorsque l’hiver enfin a levé son long siège.

Mais plus doux le manteau qui couvre deux amants,

Couchés sur le sol tiède, également épris,

Et se donnant l’un l’autre en offrande à Cypris. »

Anthologie Palatine. V. 169

Traduction Marguerite Yourcenar dans La couronne et la lyre. Poésie Gallimard

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Epices : sexualité et bonheur

Parce qu’elles sont échauffantes, qu’elles piquent, qu’elles brûlent ou anesthésient la langue, les épices ont toujours eu la réputation d’être aphrodisiaques. C’est vrai qu’à partir d’un afflux de sang au visage consécutif à l’ingestion d’un piment fort ou d’une autre épice, il n’est pas difficile de le concevoir dans le reste de l’organisme et plus particulièrement dans les organes génitaux.

C’était d’ailleurs un argument de vente pour ceux qui faisaient le commerce des épices, et des philtres d’amour épicés n’ont pas manqué d’être inventés, comme aujourd’hui les sites internet ne manquent pas de mentionner les épices parmi ses réponses à la question « aphrodisiaques naturels » posée au moteur de recherche. Pour autant, si les aphrodisiaques sont aussi réputés dans la culture populaire, ont marqué notre imaginaire et continuent de faire vendre, la plupart des produits estimés comme tels ont échoué à démontrer scientifiquement leur efficacité.

Leur réputation et leur popularité ne se dément pourtant pas, surtout s’il s’agit  d’épices, et pour cause. Nous avons avec les épices une longue et vieille histoire à l’origine de routes commerciales parmi les plus anciennes, de luttes d’influence, d’explorations, de découvertes et de colonisations qui ne s’expliquent que par la valeur qu’on leur donnait. On les a effectivement aimées et recherchées de d’Antiquité au Moyen-Age, de la découverte du Nouveau Monde aux grands comptoirs coloniaux, et jusqu’à nos jours où pour diversifier le marché du luxe dans l’alimentation, des gens parcourent le monde à la recherche de nouvelles épices qu’ils proposeront dans les épiceries de luxe ainsi qu’aux chefs les plus renommés.

De nouvelles sensations, c’est ce qu’apportent les épices depuis la première fois qu’on les a utilisées, acceptant de les payer à prix d’or pour en avoir. Dans leur utilisation en cuisine, il y a toute la capacité des hommes à rêver, inventer, transformer une vie dure où se nourrir des produits qu’on a sous la main est vital en une vie agréable où manger devient un plaisir fait d’art, de culture et de mystère. Qui a pu cuisiner indien s’en est rendu compte avec stupéfaction : la cuisine indienne est pauvre car, comme dans la nôtre, on n’y trouve en réalité que quelques légumes, légumineuses et viandes. Elle n’acquiert son extraordinaire richesse que par son utilisation et sa maîtrise des épices qui poussent sur son sol et les rendent ainsi  plus accessibles et bon marché que pour nous, pour qui elles doivent faire le tour du monde avant de nous parvenir.

Le rapport des gastronomies européennes aux épices est d’ailleurs en lien avec leur rapport au commerce des épices; l’Angleterre ayant colonisé l’Inde, son emploi des épices dans sa gastronomie est importante. En France, monsieur Poivre a donné son nom à une épice qu’il a contribué à commercialiser avec l’autre courante de la gastronomie française dont le pays avait l’exclusivité : la noix de muscade. Mais les épices, c’est aussi une dépense pour des moments d’exception : en Europe, les préparations de Noël, moment où le luxe et le plaisir sont de mise, emploient traditionnellement des épices pour réchauffer au coeur de l’hiver mais aussi parce que fêter la naissance du Christ ne pouvait se faire sans faste.

Alors, comme les épices font d’un plat de pauvre un plat de roi, donnant une dimension, une richesse à ce qui n’en avait plus, il est logique qu’on ait aussi attendu d’elles qu’elles réveillent la sexualité de ceux qui ont la libido éteinte. Il n’est d’ailleurs pas anodin qu’on parle de « pimenter une vie sexuelle ». Les aphrodisiaques sont en effet considérés comme des produits pouvant provoquer le désir là où il n’était pas; à l’inverse, des produits comme le viagra qui n’agissent que s’il y a déjà du désir.

Les Chinois, eux, ont très bien compris l’aspect multi-dimensionnel attribué aux épices quand ils font du piment un de leur porte-bonheur censé booster, pimenter tous les aspects de la vie de celui qui en accroche le symbole chez lui. Tout comme il réveille les plats qu’on oublierait sans lui, le symbole du piment se propose de vous faire une vie savoureuse dans tous les domaines, sexuel, amoureux, professionnel. En Europe, Italiens du sud et Siciliens ont eux aussi comme porte-bonheur une corne d’abondance rouge à l’aspect et au nom de piment qui ont les mêmes propriétés.

Au Maroc, c’est dans l’assiette qu’on se propose de booster votre vie. Le vrai Ras-el-Hanout – pas le mélange rassurant et exotique d’épices à couscous vendu sous ce nom en France – est un mélange d’épices choisies au gré du moment, de l’acheteur et de l’épicier et qui comprend obligatoirement, parmi les 24 à 40 épices et ingrédients – dont beaucoup ne sont pas employés en Europe – plusieurs composants aphrodisiaques comme les célèbres cantharides, aphrodisiaque mécanique avéré mais particulièrement dangereux et qui a déjà produit des accidents.

Suivez la route fascinante des épices pour réveiller votre passion de la vie; mais n’oubliez pas de surveiller quand même la voie qu’elle emprunte pour le faire…

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Recette aphrodisiaque portugaise

Dans son livre Cinq mille ans de cuisine aphrodisiaque, Pino Correnti, le restaurateur qui s’était fait une spécialité des recettes d’amour révèle cette curiosité : en 1953, à la veille de se marier, un voyage au Portugal parmi les étudiants de Coimbra décide du tournant de sa vie. Fin septembre, à la période de l’abattage des cochons, un banquet précédant le dépucelage d’un jeune homme y était organisé, même si ce repas aphrodisiaque, on l’imagine bien, ne lui ait pas été exclusivement destiné. Cette pratique aujourd’hui perdue exigeait dans la recette des baies de mandragore ( effectivement comestibles ) ou un bout de racine ( toxique et plus difficilement maniable ) qu’on pouvait se procurer au Maroc justement à cette époque-là de l’année.

La mandragore, plante magique de première importance qui a dominé l’imaginaire européen pendant des siècles, est comme beaucoup de plantes toxiques également médicinales, à condition d’en consommer la juste dose. Son emploi comme aphrodisiaque est déjà mentionné dans la Bible où les soeurs Rachel et Léa en donnent à Joseph. Dans son livre, qui date de 1992, Pino Correnti précise que seuls aujourd’hui savent se servir de la mandragore dans les philtres d’amour les guérisseurs du Maghreb et du Portugal. Mais près de 30 ans après, qu’en est-il ? Ayant pu vérifier l’information au Maroc, il se trouve qu’il est toujours possible et il est même courant de consommer de la mandragore en l’utilisant pour la cuisine. Néanmoins, il reconnaissait déjà à cette époque-là qu’au Portugal, peu se souvenaient encore de cette pratique, certainement tombée en désuétude.

Pour autant, la plante est effectivement rare car en voie d’extinction; par ailleurs, ayant perdu l’usage approprié et raisonné de cette plante dans notre culture, il serait dangereux de la manier sans la connaître, et ce d’autant plus qu’elle est mortelle et que sa dangerosité étant aussi affaire de sensibilité, il est difficile d’évaluer sans véritables connaissances la dose limite avant d’évidents problèmes de santé. Pino Correnti ayant pensé à ces cas, propose de remplacer les 3 grammes de mandragore par 25 grammes de gingembre.

Pour l’anecdote, c’est ce banquet des étudiants portugais dont la tradition s’est aujourd’hui perdue, qui a convaincu le restaurateur sicilien de se former à la cuisine aphrodisiaque à laquelle il consacra également son restaurant. Certainement parce que lorsqu’on goûte à une tel plat, il est difficile de contester les aspects historique, culturel, et mystérieux de la cuisine aphrodisiaque. Et la recette, la voilà :

Sarrabulgo de Coimbra

Pour la marinade :

  • 2 verres de vin rouge vieux
  • 25 grammes de gingembre
  • 3 gousses d’ail
  • 1 oignon
  • 1 poivron rouge ( piquant ou doux )

Pour le sarrabulgo

  • 600 grammes de filet de porc
  • 300 grammes de foie de porc
  • 100 grammes de saindoux
  • 1 verre de sang de porc frais
  • 300 grammes de riz
  • 1 petit bouquet de persil
  • 1 pincée de cannelle
  • 1 pincée de noix de muscade
  • Sel, poivre

Hachez l’ail, l’oignon et le poivron, râpez le gingembre. Taillez 2 fois 6 tranches dans le filet et le foie de porc. Faites mariner tous ces ingrédients dans le vin rouge pendant 45 minutes.

Ceci fait, retirez les tranches de viande et séchez-les sur du papier absorbant avant de les faire frire dans le saindoux et salez légèrement. Filtrer la marinade avant de l’ajouter. Baisser le feu et profitez-en pour hâcher le persil. Lorsque le liquide a largement réduit, ajoutez le sang de porc. Poursuivez la cuisson pendant que vous faites cuire le riz qui vous servira à présenter votre sarrabulgo en remuant de temps en temps. Laissez cuire jusqu’à ce que tous les ingrédients soient bien amalgamés.

Présentez votre sarrabulgo garni de persil hâché, cannelle et noix de muscade.

Labo de Cléopâtre : le mastic du lentisque

L’imaginaire des aphrodisiaques

Les substances aphrodisiaques, censées provoquer le désir, sont recherchées depuis toujours, l’envie d’une sexualité optimale faisant partie des ambitions ordinaires de l’être humain, voire de l’ensemble du vivant. Or, si cette ambition naturelle est assurée facilement par le désir qui nous pousse vers l’autre, ce désir, rendu parfois défaillant par des circonstances souvent vécues comme mystérieuses, se révèle surtout incontrôlable. Ce faisant, il peut être source d’angoisse. C’est particulièrement vrai pour les hommes qui, à la fois ne peuvent dissimuler leur absence de désir et à la fois doivent culturellement, ne jamais en manquer.

Cette peur universelle qui suscite l’offre et la demande, est au coeur du marché des aphrodisiaques dont la variété et les catégories de produits proposés révèlent une histoire ancienne ainsi que la nature complexe et mobile du désir humain. Car contrairement à celui des animaux, il a aussi ses racines dans la culture, les phénomènes intellectuels et la conscience de la mort. De fait, s’il est vrai que certaines substances fonctionnent physiologiquement et donc mécaniquement sur le désir, la plupart, plus culturelles et plus proches du psychisme où le désir prend de plus en plus racine au fil des expériences et du temps, fonctionnent par effet placebo. Aimer, désirer, c’est d’abord être soutenu par la foi et la confiance.

De ce fait, l’imaginaire des aphrodisiaques est riche et peut agir de différentes manières :

  • Par suggestion visuelle au travers des formes phalliques utilisées depuis toujours dans des représentations pour des rituels de fécondité, des pierres dressées sur lesquelles les femmes se frottaient pour tomber enceinte au gisant de Victor Noir du Père Lachaise noirci à l’entre-jambe à force de frottements et qu’on dut même entourer de barrières pour assurer sa préservation.Dans ces cas-là, le pouvoir passe par le toucher. Dans les substances aphrodisiaques, il passe par le fait d’ingérer un aliment évocateur de forme ou connoté comme le bien nommé bois bandé dont on convoite certainement les qualités de longueur et de dureté, les cornes ou les pénis d’animaux ou les huîtres et les coquillages, les testicules du taureau tué lors de la corrida, en Espagne, mais aussi les racines aux formes évocatrices comme la dangereuse mandragore ou le gingembre.
  • Par analogie symbolique, avec ce gingembre qui est une de ces substances qui « fait dresser le yang », comme a pu le définir un asiatique. Les produits aphrodisiaques naturels sont en effet culturellement marqués et appartiennent à un domaine de croyances ou de représentations, mais ils correspondent aussi à une logique universelle. Ainsi, ceux qu’on estime aphrodisiaques sont sont souvent considérées comme échauffants, de cette chaleur qu’on attribue également à l’amour, au désir, qui en effet, élèvent la température du corps et rendent indifférent à la température extérieure. Le vocabulaire en témoigne à travers des expressions populaires comme : « brûler de désir« , « avoir le feu au cul« , »être chaud« , « faire monter la température« , etc. De fait, gingembre, piment, poivre, clou de girofle et beaucoup d’autres épices qui piquent la langue sont considérées comme des aphrodisiaques au point d’être interdits aux religieux et d’inquiéter les gens prudes.
  • Par logique morbide. C’est peut-être le point le plus obscur du désir mais il est désormais incontesté qu’Eros, principe de vie, est indissociable de Thanatos, principe de mort et que la conscience de la mort peut pousser à l’instinct de reproduction. Chez nombre d’animaux, d’ailleurs, désir et reproduction sont souvent liés à la mort. C’est le cas du rut violent des cerfs, des kangourous, de la dévoration de la mante religieuse mâle par la femelle au cours du coït, ou la mort massive des saumons remontant le cours des rivières au péril de leur vie pour leur ultime voyage de reproduction. Ainsi, bien que conscients de la dangerosité de la mandragore comme des cantharides, aphrodisiaques réputés dont la consommation peut être mortelle, les hommes n’ont pourtant jamais vraiment cessé d’en consommer, sans doute à cause de cette croyance qui veut que tout ce qui ne nous tue pas nous rende plus fort. Comme les pèlerins du Moyen-Age venus dans un lieu dangereux comme le Mont Saint-Michel environné de sables mouvants se sentaient plus vivants et favorisés par Dieu s’ils survivaient aux dangers, ceux qui prennent le risque de consommer un aphrodisiaque toxique n’espèrent-ils pas ce surcroît de vie sexuelle offert à celui qui croyant mourir, se voit sauf et donc infiniment, intensément en vie ? Quand on sait que le fugu, le célèbre poisson-globe très toxique dont les japonais raffolent et que seul un spécialiste peut cuisiner est considéré comme un aphrodisiaque, il n’est pas difficile de le penser.

 

Loin d’un levier morbide et suicidaire pour stimuler ta libido, je te souhaite, cher lecteur, chère lectrice, de forts élans de vie au rang desquels l’amour et la sensualité pour soutenir tes pas vers la beauté de l’existence.

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Divinités de l’amour dans le vocabulaire

Après avoir constitué les fondements de nos croyances et de notre culture, les divinités apparaissent désormais comme les premières tentatives d’explications scientifiques de phénomènes perçus comme supérieurs. La personnification de ces phénomènes en des divinités aux traits connus rassurait en unissant phénomènes et comportements incompréhensibles sous la volonté d’un seul qui leur donnait un sens et justifiait leur caractère parfois aussi irrépressible qu’apparemment dément.

Mais quand les dieux tombent et que cette vision du monde n’est plus autorisée ? Alors le langage rassemble les miettes, reconstitue ce dont il a besoin à un moment donné pour comprendre le monde et révèle, par l’usage, où sont allés se cacher les divinités. Evidemment, les dieux de l’amour et du désir sont les plus importants du domaine langagier parce qu’ils sont à la fois premiers dans les nécessités du vivant, des espèces, mais aussi, comme on le sait depuis plus d’un siècle, dans la construction de notre psyché.

En terme d’usage proprement dit, les mots semblent suivre la logique culturelle et historique dans l’ordre de préséance et d’association. En premier lieu, néanmoins, Aphrodite, Eros et Vénus gardent, dans le langage, le sens qu’ils ont toujours eu en qualifiant par des noms propres, des divinités de l’Antiquité avec toutes les connotations que cela implique.

Aphrodite a donné peu de mots : « aphrodisiaque », désignant à la fois un nom et un adjectif et signifiant « propre à exciter le désir sexuel ». Le mot apparaît au XVIII ème siècle, époque des romans libertins mais désigne plutôt des substances issues de la pharmacopée. Le mot associe donc cette force primordiale qu’est le désir, et son contrôle, sa récupération dans une visée personnelle par des moyens presque scientifiques. Dans son deuxième sens, « aphrodisiaque », utilisé exclusivement comme adjectif et depuis moins longtemps, désigne la nature du culte. On parle de culte aphrodisiaque comme de culte dionysiaque, mais bien sûr, uniquement dans le vocabulaire historique et archéologique.

Eros, beaucoup plus important dans le vocabulaire, a donné de nombreux mots associés soit au libertinage, apparu au XVIII ème siècle comme le mot « érotisme » et ses dérivés « érotique », « érotiquement »  dans le sens que nous leur connaissons actuellement, soit au vocabulaire de la médecine, apparu aussi vers cette époque-là mais plus généralement au XIX ème et XX ème siècle avec la psychanalyse. C’est le cas de mots comme « érotisation », « érotiser », qui renvoient à des phénomènes psychiques, et « érotomane », »érotomanie », plus franchement dans la psychiatrie puisqu’ils évoquent une forme de paranoïa où la certitude délirante d’être aimé vire à l’obsession.

A la Renaissance, pourtant, l’adjectif « érotique » désignait simplement quelque chose qui parlait d’amour, ce qui n’était pas rien puisqu’en redécouvrant notre culture antique, nous nous réappropriions ce droit d’en parler d’abord en poésie comme le firent Ronsard, du Bellay, quelques italiens avant eux et quelques autres d’un peu partout après, puis en parler tout court.

Mais si Eros est si important dans l’histoire du vocabulaire, c’est peut-être aussi parce qu’il fut primordial dans la philosophie de Socrate, Platon et la pensée chrétienne après elles qui virent dans la beauté et l’amour le plus élevé dont il était le concept, le moyen de connaître Dieu, la vérité, et d’y avoir accès. Eros est donc une notion philosophique qui n’a cessé d’interroger, contrairement à l’Aphrodite d’Empédocle qui, redécouverte tardivement et de façon fragmentaire, n’a pas rayonné de façon claire et continue sur la pensée européenne. Ce sera néanmoins avec Freud qu’Eros, en tant que principe de vie, va prendre son sens psychique moderne et paradoxalement primordial puisque c’est déjà le sens qu’Hésiode lui donnait il y a presque 3000 ans dans sa Théogonie.

Vénus, quant à elle, peut-être parce qu’elle est romaine et que notre langue est à 80 % d’origine latine, a donné un vocabulaire beaucoup plus prosaïque et ancien que celui associé aux divinités grecques. En effet, quand Vénus ne désigne pas les belles femmes ou leurs représentations diverses dans la culture, elle est associée au vocabulaire plus sexuel, du « mont de Vénus » aux maladies « vénériennes », qualifiées ainsi depuis la fin du Moyen-Age.

Mais Vénus, dont les habitants imaginaires, les « vénusiens », parcourent notre espace langagier depuis les premières science-fiction du XVII ème siècle, c’est aussi la planète la plus belle et la plus brillante de notre espace étoilé. Les dieux, on se le rappelle, ont aussi été vus comme des phénomènes astraux. Enfin, « vendredi », « veneris dies », jour consacré depuis l’Antiquité à Vénus, l’est aussi de manière indirecte même chez ceux utilisant une autre mythologie pour leur calendrier. En effet, « friday », « freitag » dans les pays anglo-saxons, c’est le jour de Freya, déesse nordique de l’Amour et la guerre dont dérivent aussi certainement les termes « free », « frei », libre. Pour presque tout le monde, le vendredi annonce justement la fin de la semaine de travail et marque le début du week-end, période de repos et de liberté retrouvée.

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IMC : indice de santé ou de beauté ?

 

L’Indice de Masse Corporelle est un outil pratique utilisé pour évaluer les risques liés au surpoids et surtout agréé par l’organisation Mondiale de la Santé. En soi, c’est un indicateur clair qui a le bénéfice de la rapidité d’évaluation, mais c’est avant tout un outil inventé par un statisticien, et tout ce qui relève des mathématiques se rapproche toujours d’un idéal abstrait – au rang desquels figure la beauté – et beaucoup moins de la santé, laquelle est beaucoup plus soumise à la relativité et à la multiplicité des paramètres, plus conformes à la diversité du vivant.

A titre d’exemple parlant, le Nombre d’Or qui définit un idéal dans les proportions – établi par des mathématiciens il y a plus de deux millénaires – n’a cessé de constituer le canon des oeuvres picturales et architecturales, et désormais photographiques et cinématographiques, sur lesquelles nous continuons de réfléchir et nous interroger. Le lien entre mathématiques et beauté est ainsi fait depuis les temps les plus anciens et est d’autant plus solide qu’il fait partie de notre culture, conditionnant aussi notre inconscient. Et si dans l’Antiquité, le sculpteur Phidias concevait les statues de dieux selon les divines proportions, Saint Thomas, à l’époque des cathédrales, affirmait : « Les choses qui sont dotées de proportions correctes réjouissent les sens. »

Ah ! Le plaisir des sens, jusqu’où peut-il nous mener ? En l’occurrence, peut-être à faire confondre aux médecins les notions de beauté et de santé…Ca paraît peut-être un peu exagéré de dire ça, d’autant plus que beaucoup de personnes seront très contentes de se sentir dans la norme, ce qui est tout à fait naturel.

Pourtant, les exceptions sont nombreuses et problématiques, notamment sur la limite supérieure à ne pas atteindre. Outre que cela ne prend pas en considération les problématiques normales de l’âge dans la prise de poids, cela ne vaut que pour les adultes à condition que ces personnes ne soient ni enceintes, ni naines, ni très grandes, ni sportives. Un poids dû à la graisse ou aux muscles très développés n’a effectivement pas les mêmes conséquences sur la santé d’autant plus que le muscle développé pèse plus lourd, entraînant facilement l’illusion d’un surpoids. Ce problème est pris en compte pour les sportifs professionnels, mais pour ceux qui ne sont pas reconnus comme tels, comment font-ils valoir l’origine de leur poids élevé sur la simple base de l’IMC ? Munis de la simple grille de conversion du rapport taille-poids en indice de masse corporelle, ils peuvent vite passer pour des obèses nécessitant une bonne mise en garde dont ils n’ont pas besoin.

D’autre part, un autre problème se pose. Du point de vue strict de la santé, il est désormais prouvé qu’à situation de danger identique, une personne en surpoids sans atteindre l’obésité est mieux protégée contre divers problèmes de santé et survit mieux qu’une personne à la corpulence normale. Cette information, diffusée par des médecins à la télévision – notamment sur Arte dans l’émission de vulgarisation scientifique Xenius – est confirmée par le Dr David Khayat, chef du service de cancérologie à la Pitié Salpêtrière dans le cas du cancer du côlon : « Les personnes en surpoids (et non obèses) seraient 55 % moins susceptibles de décéder de la maladie que les patients de poids normal.« , affirme-t-il sur le site de Sciences et Avenir. On voit bien que la diabolisation systématique du surpoids au nom de la santé gagnerait à être nuancée…

En réalité, c’est la localisation de la masse grasse sur l’abdomen qui est déterminante dans les problèmes de santé liés au surpoids, et cette mesure est reconnue comme bien plus fiable pour évaluer les risques que court un individu pour sa santé en fonction de son surpoids. Cela paraît bien plus logique pour une espèce qui doit sa survie à la capacité de stockage de ses femmes dans un temps où la nourriture était difficile à trouver. Et de fait, le problème de graisse abdominale dangereuse est plutôt le fait des hommes. En effet, les femmes stockent la graisse plutôt vers le bas du corps, ce qui est inoffensif pour la santé; l’IMC, malheureusement, n’en parle pas. Dans ce contexte, est-il réellement en lien avec des questions de santé ?

Car malheureusement, dans ces problèmes de santé liés au surpoids et à un calcul de l’IMC qui ne serait pas à l’avantage des personnes figure un grand absent : la question de la santé mentale. En effet, comment pense-t-on que doivent se sentir des gens à qui on dit qu’ils sont en surpoids ou en obésité sur ce simple calcul statistique quand ce n’est pas dû à leur masse grasse, que leur santé n’est pas en danger, voire, quand c’est le cas et qu’il faut malgré tout apprendre à vivre avec parce qu’aucun régime ne fonctionne et qu’il n’y a rien à faire ? A-t-on plus de chances de voir des problèmes résolus en créant du mal-être ?

A une époque où l’élection de Miss Ronde passe aux heures de grande écoute, on peut regretter que celle-ci soit ne soit due qu’à une initiative privée de lutte contre les préjugés et le manque d’estime de soi induit par des codes culturels et des jugements à l’emporte-pièce de la société. Certes, statisticiens et médecins qui acceptent que les notions de mathématiques remplacent les réalités de la biologie et de la psychologie croient sûrement bien faire, mais ils égratignent néanmoins souvent des amour-propre, isolent des gens et les poussent au mépris de soi. Une méthode qui entraîne certainement moins de volonté de dépassement que de mal-être. On peut se demander ce qui justifie encore aux yeux de l’OMS un outil statistique imprécis qui sert plus aujourd’hui à confirmer aux filles venues faire un test sur internet qu’elles sont des canons qu’à déterminer réellement qui est en surpoids et à quel point c’est dangereux pour la santé.

Allez, hop ! Tous en surpoids ! De cette manière, vous aurez moins de chances de l’être ! Au XXI ème siècle, à l’ère où les sciences humaines ont tellement progressé, on est en droit d’attendre mieux que ça.

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Si je n’étais pas dans un musée…

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…je retournerais à mon lieu de naissance, la mer.

Aphrodite pose

Je contemplerais au lieu d’être contemplée…

Aphrodite seins

Je laisserais le froid durcir mes tétons de marbre.

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Comme vous, je rêverais d’amour et d’infini devant l’immensité du ciel.

Aphrodite ciel

Et, libre, je rejoindrais cet Infini…

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