piment porte-bonheur sicilien

Epices : sexualité et bonheur

Parce qu’elles sont échauffantes, qu’elles piquent, qu’elles brûlent ou anesthésient la langue, les épices ont toujours eu la réputation d’être aphrodisiaques. C’est vrai qu’à partir d’un afflux de sang au visage consécutif à l’ingestion d’un piment fort ou d’une autre épice, il n’est pas difficile de le concevoir dans le reste de l’organisme et plus particulièrement dans les organes génitaux.

C’était d’ailleurs un argument de vente pour ceux qui faisaient le commerce des épices, et des philtres d’amour épicés n’ont pas manqué d’être inventés, comme aujourd’hui les sites internet ne manquent pas de mentionner les épices parmi ses réponses à la question « aphrodisiaques naturels » posée au moteur de recherche. Pour autant, si les aphrodisiaques sont aussi réputés dans la culture populaire, ont marqué notre imaginaire et continuent de faire vendre, la plupart des produits estimés comme tels ont échoué à démontrer scientifiquement leur efficacité.

Leur réputation et leur popularité ne se dément pourtant pas, surtout s’il s’agit  d’épices, et pour cause. Nous avons avec les épices une longue et vieille histoire à l’origine de routes commerciales parmi les plus anciennes, de luttes d’influence, d’explorations, de découvertes et de colonisations qui ne s’expliquent que par la valeur qu’on leur donnait. On les a effectivement aimées et recherchées de d’Antiquité au Moyen-Age, de la découverte du Nouveau Monde aux grands comptoirs coloniaux, et jusqu’à nos jours où pour diversifier le marché du luxe dans l’alimentation, des gens parcourent le monde à la recherche de nouvelles épices qu’ils proposeront dans les épiceries de luxe ainsi qu’aux chefs les plus renommés.

De nouvelles sensations, c’est ce qu’apportent les épices depuis la première fois qu’on les a utilisées, acceptant de les payer à prix d’or pour en avoir. Dans leur utilisation en cuisine, il y a toute la capacité des hommes à rêver, inventer, transformer une vie dure où se nourrir des produits qu’on a sous la main est vital en une vie agréable où manger devient un plaisir fait d’art, de culture et de mystère. Qui a pu cuisiner indien s’en est rendu compte avec stupéfaction : la cuisine indienne est pauvre car, comme dans la nôtre, on n’y trouve en réalité que quelques légumes, légumineuses et viandes. Elle n’acquiert son extraordinaire richesse que par son utilisation et sa maîtrise des épices qui poussent sur son sol et les rendent ainsi  plus accessibles et bon marché que pour nous, pour qui elles doivent faire le tour du monde avant de nous parvenir.

Le rapport des gastronomies européennes aux épices est d’ailleurs en lien avec leur rapport au commerce des épices; l’Angleterre ayant colonisé l’Inde, son emploi des épices dans sa gastronomie est importante. En France, monsieur Poivre a donné son nom à une épice qu’il a contribué à commercialiser avec l’autre courante de la gastronomie française dont le pays avait l’exclusivité : la noix de muscade. Mais les épices, c’est aussi une dépense pour des moments d’exception : en Europe, les préparations de Noël, moment où le luxe et le plaisir sont de mise, emploient traditionnellement des épices pour réchauffer au coeur de l’hiver mais aussi parce que fêter la naissance du Christ ne pouvait se faire sans faste.

Alors, comme les épices font d’un plat de pauvre un plat de roi, donnant une dimension, une richesse à ce qui n’en avait plus, il est logique qu’on ait aussi attendu d’elles qu’elles réveillent la sexualité de ceux qui ont la libido éteinte. Il n’est d’ailleurs pas anodin qu’on parle de « pimenter une vie sexuelle ». Les aphrodisiaques sont en effet considérés comme des produits pouvant provoquer le désir là où il n’était pas; à l’inverse, des produits comme le viagra qui n’agissent que s’il y a déjà du désir.

Les Chinois, eux, ont très bien compris l’aspect multi-dimensionnel attribué aux épices quand ils font du piment un de leur porte-bonheur censé booster, pimenter tous les aspects de la vie de celui qui en accroche le symbole chez lui. Tout comme il réveille les plats qu’on oublierait sans lui, le symbole du piment se propose de vous faire une vie savoureuse dans tous les domaines, sexuel, amoureux, professionnel. En Europe, Italiens du sud et Siciliens ont eux aussi comme porte-bonheur une corne d’abondance rouge à l’aspect et au nom de piment qui ont les mêmes propriétés.

Au Maroc, c’est dans l’assiette qu’on se propose de booster votre vie. Le vrai Ras-el-Hanout – pas le mélange rassurant et exotique d’épices à couscous vendu sous ce nom en France – est un mélange d’épices choisies au gré du moment, de l’acheteur et de l’épicier et qui comprend obligatoirement, parmi les 24 à 40 épices et ingrédients – dont beaucoup ne sont pas employés en Europe – plusieurs composants aphrodisiaques comme les célèbres cantharides, aphrodisiaque mécanique avéré mais particulièrement dangereux et qui a déjà produit des accidents.

Suivez la route fascinante des épices pour réveiller votre passion de la vie; mais n’oubliez pas de surveiller quand même la voie qu’elle emprunte pour le faire…

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