Beauté et société

Epices : sexualité et bonheur

Parce qu’elles sont échauffantes, qu’elles piquent, qu’elles brûlent ou anesthésient la langue, les épices ont toujours eu la réputation d’être aphrodisiaques. C’est vrai qu’à partir d’un afflux de sang au visage consécutif à l’ingestion d’un piment fort ou d’une autre épice, il n’est pas difficile de le concevoir dans le reste de l’organisme et plus particulièrement dans les organes génitaux.

C’était d’ailleurs un argument de vente pour ceux qui faisaient le commerce des épices, et des philtres d’amour épicés n’ont pas manqué d’être inventés, comme aujourd’hui les sites internet ne manquent pas de mentionner les épices parmi ses réponses à la question « aphrodisiaques naturels » posée au moteur de recherche. Pour autant, si les aphrodisiaques sont aussi réputés dans la culture populaire, ont marqué notre imaginaire et continuent de faire vendre, la plupart des produits estimés comme tels ont échoué à démontrer scientifiquement leur efficacité.

Leur réputation et leur popularité ne se dément pourtant pas, surtout s’il s’agit  d’épices, et pour cause. Nous avons avec les épices une longue et vieille histoire à l’origine de routes commerciales parmi les plus anciennes, de luttes d’influence, d’explorations, de découvertes et de colonisations qui ne s’expliquent que par la valeur qu’on leur donnait. On les a effectivement aimées et recherchées de d’Antiquité au Moyen-Age, de la découverte du Nouveau Monde aux grands comptoirs coloniaux, et jusqu’à nos jours où pour diversifier le marché du luxe dans l’alimentation, des gens parcourent le monde à la recherche de nouvelles épices qu’ils proposeront dans les épiceries de luxe ainsi qu’aux chefs les plus renommés.

De nouvelles sensations, c’est ce qu’apportent les épices depuis la première fois qu’on les a utilisées, acceptant de les payer à prix d’or pour en avoir. Dans leur utilisation en cuisine, il y a toute la capacité des hommes à rêver, inventer, transformer une vie dure où se nourrir des produits qu’on a sous la main est vital en une vie agréable où manger devient un plaisir fait d’art, de culture et de mystère. Qui a pu cuisiner indien s’en est rendu compte avec stupéfaction : la cuisine indienne est pauvre car, comme dans la nôtre, on n’y trouve en réalité que quelques légumes, légumineuses et viandes. Elle n’acquiert son extraordinaire richesse que par son utilisation et sa maîtrise des épices qui poussent sur son sol et les rendent ainsi  plus accessibles et bon marché que pour nous, pour qui elles doivent faire le tour du monde avant de nous parvenir.

Le rapport des gastronomies européennes aux épices est d’ailleurs en lien avec leur rapport au commerce des épices; l’Angleterre ayant colonisé l’Inde, son emploi des épices dans sa gastronomie est importante. En France, monsieur Poivre a donné son nom à une épice qu’il a contribué à commercialiser avec l’autre courante de la gastronomie française dont le pays avait l’exclusivité : la noix de muscade. Mais les épices, c’est aussi une dépense pour des moments d’exception : en Europe, les préparations de Noël, moment où le luxe et le plaisir sont de mise, emploient traditionnellement des épices pour réchauffer au coeur de l’hiver mais aussi parce que fêter la naissance du Christ ne pouvait se faire sans faste.

Alors, comme les épices font d’un plat de pauvre un plat de roi, donnant une dimension, une richesse à ce qui n’en avait plus, il est logique qu’on ait aussi attendu d’elles qu’elles réveillent la sexualité de ceux qui ont la libido éteinte. Il n’est d’ailleurs pas anodin qu’on parle de « pimenter une vie sexuelle ». Les aphrodisiaques sont en effet considérés comme des produits pouvant provoquer le désir là où il n’était pas; à l’inverse, des produits comme le viagra qui n’agissent que s’il y a déjà du désir.

Les Chinois, eux, ont très bien compris l’aspect multi-dimensionnel attribué aux épices quand ils font du piment un de leur porte-bonheur censé booster, pimenter tous les aspects de la vie de celui qui en accroche le symbole chez lui. Tout comme il réveille les plats qu’on oublierait sans lui, le symbole du piment se propose de vous faire une vie savoureuse dans tous les domaines, sexuel, amoureux, professionnel. En Europe, Italiens du sud et Siciliens ont eux aussi comme porte-bonheur une corne d’abondance rouge à l’aspect et au nom de piment qui ont les mêmes propriétés.

Au Maroc, c’est dans l’assiette qu’on se propose de booster votre vie. Le vrai Ras-el-Hanout – pas le mélange rassurant et exotique d’épices à couscous vendu sous ce nom en France – est un mélange d’épices choisies au gré du moment, de l’acheteur et de l’épicier et qui comprend obligatoirement, parmi les 24 à 40 épices et ingrédients – dont beaucoup ne sont pas employés en Europe – plusieurs composants aphrodisiaques comme les célèbres cantharides, aphrodisiaque mécanique avéré mais particulièrement dangereux et qui a déjà produit des accidents.

Suivez la route fascinante des épices pour réveiller votre passion de la vie; mais n’oubliez pas de surveiller quand même la voie qu’elle emprunte pour le faire…

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IMC : indice de santé ou de beauté ?

 

L’Indice de Masse Corporelle est un outil pratique utilisé pour évaluer les risques liés au surpoids et surtout agréé par l’organisation Mondiale de la Santé. En soi, c’est un indicateur clair qui a le bénéfice de la rapidité d’évaluation, mais c’est avant tout un outil inventé par un statisticien, et tout ce qui relève des mathématiques se rapproche toujours d’un idéal abstrait – au rang desquels figure la beauté – et beaucoup moins de la santé, laquelle est beaucoup plus soumise à la relativité et à la multiplicité des paramètres, plus conformes à la diversité du vivant.

A titre d’exemple parlant, le Nombre d’Or qui définit un idéal dans les proportions – établi par des mathématiciens il y a plus de deux millénaires – n’a cessé de constituer le canon des oeuvres picturales et architecturales, et désormais photographiques et cinématographiques, sur lesquelles nous continuons de réfléchir et nous interroger. Le lien entre mathématiques et beauté est ainsi fait depuis les temps les plus anciens et est d’autant plus solide qu’il fait partie de notre culture, conditionnant aussi notre inconscient. Et si dans l’Antiquité, le sculpteur Phidias concevait les statues de dieux selon les divines proportions, Saint Thomas, à l’époque des cathédrales, affirmait : « Les choses qui sont dotées de proportions correctes réjouissent les sens. »

Ah ! Le plaisir des sens, jusqu’où peut-il nous mener ? En l’occurrence, peut-être à faire confondre aux médecins les notions de beauté et de santé…Ca paraît peut-être un peu exagéré de dire ça, d’autant plus que beaucoup de personnes seront très contentes de se sentir dans la norme, ce qui est tout à fait naturel.

Pourtant, les exceptions sont nombreuses et problématiques, notamment sur la limite supérieure à ne pas atteindre. Outre que cela ne prend pas en considération les problématiques normales de l’âge dans la prise de poids, cela ne vaut que pour les adultes à condition que ces personnes ne soient ni enceintes, ni naines, ni très grandes, ni sportives. Un poids dû à la graisse ou aux muscles très développés n’a effectivement pas les mêmes conséquences sur la santé d’autant plus que le muscle développé pèse plus lourd, entraînant facilement l’illusion d’un surpoids. Ce problème est pris en compte pour les sportifs professionnels, mais pour ceux qui ne sont pas reconnus comme tels, comment font-ils valoir l’origine de leur poids élevé sur la simple base de l’IMC ? Munis de la simple grille de conversion du rapport taille-poids en indice de masse corporelle, ils peuvent vite passer pour des obèses nécessitant une bonne mise en garde dont ils n’ont pas besoin.

D’autre part, un autre problème se pose. Du point de vue strict de la santé, il est désormais prouvé qu’à situation de danger identique, une personne en surpoids sans atteindre l’obésité est mieux protégée contre divers problèmes de santé et survit mieux qu’une personne à la corpulence normale. Cette information, diffusée par des médecins à la télévision – notamment sur Arte dans l’émission de vulgarisation scientifique Xenius – est confirmée par le Dr David Khayat, chef du service de cancérologie à la Pitié Salpêtrière dans le cas du cancer du côlon : « Les personnes en surpoids (et non obèses) seraient 55 % moins susceptibles de décéder de la maladie que les patients de poids normal.« , affirme-t-il sur le site de Sciences et Avenir. On voit bien que la diabolisation systématique du surpoids au nom de la santé gagnerait à être nuancée…

En réalité, c’est la localisation de la masse grasse sur l’abdomen qui est déterminante dans les problèmes de santé liés au surpoids, et cette mesure est reconnue comme bien plus fiable pour évaluer les risques que court un individu pour sa santé en fonction de son surpoids. Cela paraît bien plus logique pour une espèce qui doit sa survie à la capacité de stockage de ses femmes dans un temps où la nourriture était difficile à trouver. Et de fait, le problème de graisse abdominale dangereuse est plutôt le fait des hommes. En effet, les femmes stockent la graisse plutôt vers le bas du corps, ce qui est inoffensif pour la santé; l’IMC, malheureusement, n’en parle pas. Dans ce contexte, est-il réellement en lien avec des questions de santé ?

Car malheureusement, dans ces problèmes de santé liés au surpoids et à un calcul de l’IMC qui ne serait pas à l’avantage des personnes figure un grand absent : la question de la santé mentale. En effet, comment pense-t-on que doivent se sentir des gens à qui on dit qu’ils sont en surpoids ou en obésité sur ce simple calcul statistique quand ce n’est pas dû à leur masse grasse, que leur santé n’est pas en danger, voire, quand c’est le cas et qu’il faut malgré tout apprendre à vivre avec parce qu’aucun régime ne fonctionne et qu’il n’y a rien à faire ? A-t-on plus de chances de voir des problèmes résolus en créant du mal-être ?

A une époque où l’élection de Miss Ronde passe aux heures de grande écoute, on peut regretter que celle-ci soit ne soit due qu’à une initiative privée de lutte contre les préjugés et le manque d’estime de soi induit par des codes culturels et des jugements à l’emporte-pièce de la société. Certes, statisticiens et médecins qui acceptent que les notions de mathématiques remplacent les réalités de la biologie et de la psychologie croient sûrement bien faire, mais ils égratignent néanmoins souvent des amour-propre, isolent des gens et les poussent au mépris de soi. Une méthode qui entraîne certainement moins de volonté de dépassement que de mal-être. On peut se demander ce qui justifie encore aux yeux de l’OMS un outil statistique imprécis qui sert plus aujourd’hui à confirmer aux filles venues faire un test sur internet qu’elles sont des canons qu’à déterminer réellement qui est en surpoids et à quel point c’est dangereux pour la santé.

Allez, hop ! Tous en surpoids ! De cette manière, vous aurez moins de chances de l’être ! Au XXI ème siècle, à l’ère où les sciences humaines ont tellement progressé, on est en droit d’attendre mieux que ça.

Labo de Cléopâtre : Ingrédients et actifs cosmétiques dans l’Antiquité

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Qu’est-ce qu’un secret de beauté ?

Je vous vois déjà vous demander si vous allez continuer à lire, indignés que j’aie la prétention de vous enseigner ce qu’est un secret de beauté. Pourtant, vous allez le voir, la question est plus complexe qu’il n’y paraît, et la réponse également. La beauté qui se construit nécessite effectivement des savoir et des savoir-faire qui s’exécutent dans l’ombre, dans le secret. De ce secret dépend toute la force d’apparition, le mystère de la beauté.

Un mystère en effet bien plus profond qu’on ne pourrait le penser puisque si une femme apparaît comme globalement belle, la composition exacte de sa beauté est impossible à déterminer, à moins d’exercer tous les métiers auxquels elle doit ses qualités esthétiques. Malgré cela, quelle part peut-on attribuer à ses gènes, à sa bonne santé, à son humeur, à sa qualité de vie, qui comptent pour la majorité dans son apparence, et quelle part attribuer à tout ce qui se construit, comme le choix des vêtements, du maquillage, des soins, des divers trucs et astuces qui rajeunissent, grossissent les seins, remontent les fesses, amincissent, colorent, donnent du soin aux cheveux, etc. ?

Dans le laboratoire esthétique d’une femme qu’on peut considérer comme belle, tant d’éléments entrent en ligne de compte qu’il est impossible en réalité d’en percer le mystère qui, de plus, dans le cas des stars, réside sur un certain  art de l’image obligeant le photographe à vouloir prendre les plus beaux clichés et donc décider des plus belles poses, des plus belles expressions, puis resserrer ces choix aux plus belles images qui seront ensuite certainement retouchées. La beauté construite s’étoile alors en des paramètres encore plus nombreux et complexes mais dont les ressorts, de plus en plus cachés, sont logiquement de plus en plus secrets.

Les secrets de beauté se situent ici, dans la part considérée comme travaillée, attribuable à une cause accessible à toutes les femmes. Elle est belle; en posant son regard sur elle, nous voyons une femme à laquelle, quand nous sommes femme, nous pouvons nous identifier et à la fois ressembler. Que nous manque-t-il ? La coupe, la couleur de cheveux, la minceur, le style, le maquillage ? Tout cela est facile à reproduire. Mais le reste, ce qui demeure mystérieux ?

Ce désir de leur ressembler, ce besoin d’identification et des points de rapprochement entre n’importe quelle femme et une autre représentant son idéal de beauté n’a pas échappé aux marques qui utilisent des actrices prestigieuses comme ambassadrices de leurs produits et ce pour toutes les tranches d’âge afin de cibler au mieux la clientèle en même temps que toutes les femmes. Ce désir, grand levier dans une société où la femme a toujours eu la nécessité d’être belle pour faire valoir d’autres droits ou qualités, a fait vendre du lait d’ânesse parce que Cléopâtre était censée l’avoir utilisé en bain – ce qui est faux – et du n°5 de Chanel depuis que Marylin Monroe a révélé innocemment ne dormir qu’avec ça.

Qu’en est-il alors réellement des secrets de beauté ?

Le mieux qu’on pourrait en dire est qu’ils procèdent du muthos , le mythe, à la fois dans son sens de récit originel et fondateur, et à la fois dans son sens de mensonge, qu’on retrouve dans le nom de mythomane. Autrement dit, les secrets de beauté, ce sont des mythes auxquels on croit encore et qui font vendre des millions de produits de cosmétiques et autres produits de beauté, faisant de l’esthétique un secteur qui ne connaît pas la crise. Mais pris dans cette spirale de désir qui nous avale aussi, difficile d’y voir clair. Un peu de recul s’avère nécessaire.

La Bibliothèque Nationale recèle quelques secrets scientifiques d’un autre âge dissimulés dans des traités d’esthétique et d’hygiène. L’un d’entre eux, A travers la beauté du Dr Jean d’Auteuil, écrit au début du siècle dernier, propose ses crèmes, mélanges, lotions, mélanges pour bains censés avoir été utilisés par les personnalités les plus prestigieuses de l’histoire et être issus d’ouvrages anciens de cosmétiques qui ont pourtant complètement disparu depuis longtemps comme le livre d’Ovide ou celui d’Aspasie, compagne de Périclès. Mais après tout, qui ira vérifier ? Personne, semble-t-il, et même si c’était le cas, cela aurait-il empêché sa dixième édition, marque de son succès durable ?

A partir du succès de cet ouvrage, véritable tissu de mensonges pour vendre des produits, que penser de ceux qui nous proposent des secrets de beauté miracle dont l’efficacité ne peut être vérifiée ? Dans son article sur les cosmétiques, de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Louis de Jaucourt écrit : «  Celse a judicieusement remarqué que la plupart des cosmétiques vantés ne sont qu’un vain amusement, un pur charlatanisme; qu’il est inutile d’entreprendre de détruire le hâle, les taches de rousseur, les rougeurs du visage; que c’est une folie d’espérer de changer la grosseur du teint, la couleur de la peau naturelle; encore plus de vouloir remédier aux rides : mais que les femmes sont tellement éprises de la beauté, et du désir d’éloigner ou de réparer les débris de la vieillesse, qu’il est impossible de vaincre en elles ce penchant, et de leur persuader la futilité de tous ces beaux secrets qui portent le nom de cosmétiques. »

Les secrets de beauté seraient-ils donc un leurre ?

A cette question, on peut répondre par une autre : à quoi doit-on  que de tous les ouvrages, pourtant très nombreux, qui nous restent de l’Antiquité, seuls ceux sur les cosmétiques aient presque complètement disparu ?

Et on peut également y ajouter une affirmation : un monde sans espoir, à quelque niveau que ce soit, est un monde sans beauté. Et c’est peut-être ça le vrai secret.

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Beauté et secret

La beauté a souvent un lien avec le mystère, voire l’épiphanie, c’est-à-dire une soudaine apparition divine, avec laquelle elle a de nombreux points communs. Effectivement, la beauté agit comme un coup de foudre, imposant silence et respect, faisant entrer du miracle, de l’exceptionnel dans une vie ou juste dans un moment. C’est d’ailleurs un mystère qui a beaucoup fait réfléchir les philosophes et les a souvent convaincus de l’existence de Dieu. La beauté, la perfection, semblent démontrer une intention pré-existante et non un hasard. C’est vrai dans l’oeuvre d’art où tout est dû au génie de l’artiste, cela paraît vrai aussi dans la beauté de la nature, souvent attribuée à l’oeuvre du Créateur.

Dans la beauté humaine, plus spécifiquement féminine, se pose souvent la question de ce qui est naturel et de ce qui est dû au maquillage, à la retouche, à la coloration, voire à la chirurgie esthétique. Cette question hante les sites internet et les magazines people qui traquent les stars sans maquillage pour percer le mystère qui se cache derrière la beauté d’une célébrité ou qui font se succéder les clichés d’une personnalité avant et après son éventuelle opération de chirurgie esthétique pour traquer les changements.

Cette curiosité illustre bien le rapport que nous entretenons à la beauté. Toujours soumis à des jugements anciens datant des philosophes grecs et s’étendant à l’époque chrétienne au point de déborder l’époque contemporaine, nous considérons toujours comme une duplicité le fait que la femme se maquille, arrange son apparence, dissimule ce que la nature lui a offert de moins beau. Outre la peur engendrée par ce comportement considéré comme manipulateur, la construction de sa propre beauté et la dissimulation de son âge sous les fards, la coloration ou la chirurgie esthétique donnent à certains hommes le sentiment d’être trompés sur la marchandise.

Alors, comme tout ce qu’on soupçonne, redoute, suspecte, la beauté qui se construit doit être cachée. Dans l’Art d’aimer, son livre de conseils pour séduire, Ovide écrit, vers le premier siècle tout un chapitre résumé ainsi : « Ne pas se laisser voir à la toilette » :

« Mais que votre amant ne vous surprenne pas avec vos boîtes étalées sur la table : l’art n’embellit la figure que s’il ne se montre pas (…)De même toi, pendant que tu cultives ta beauté, nous croyons que tu dors : tu paraîtras avec plus d’avantage quand tu y auras mis la dernière main. (…) Il y a bien des choses qu’il convient que l’homme ignore. »

L’illusion fonctionne ainsi uniquement si seul le résultat est montré tandis que l’art qui a permis de l’obtenir est caché, tout comme un tour de magie impressionne tant qu’on ne connaît pas le truc qui crée l’illusion. Cette loi fondamentale met d’ailleurs en lumière la part de merveilleux attribuée à la beauté : est beau ce qui séduit, ce qui enchante sans dévoiler son mystère. Cette obligation au secret, au mystère, est la condition pour bénéficier des avantages de la beauté construite.

Mais le corollaire au mystère, au secret, c’est la violence qu’il faut déployer pour les conserver afin d’obtenir la beauté. Depuis qu’il existe, le métier d’esthéticienne consiste à posséder ce secret et à en faire bénéficier les femmes qui viennent s’offrir ce service. Une mission qui ne se fait pas sans son lot d’humiliations, tant peut être difficile ce métier de savoir construire la beauté d’une autre femme.

Qui recueille les confidences d’une apprentie étudiant l’esthétique en alternance avec un poste dans un institut entendra parler du mépris avec lequel une cliente peut traiter celle qui s’occupe de sa beauté, présentant sans complexes son corps malpropre à épiler, voire, ruisselant du sang de ses règles, et ce dans sa propre indifférence la plus totale ! Ce rapport de mépris et de violence envers celle qui s’occupe de la beauté d’une autre existait déjà du temps d’Ovide :

« Que la coiffeuse n’ait rien à craindre de vous : je hais les femmes qui lui déchirent la figure avec leurs ongles ou qui prennent une épingle à cheveux et la lui enfoncent dans le bras. »

Ovide. L’art d’aimer.

C’est que ces filles qui s’occupent de la beauté sont à la fois les dépositaires des secrets pour la construire et les mieux placées pour en révéler les artifices. En effet, comment ne pas craindre une femme qui, sachant rendre belle une autre femme, sait aussi que sa beauté, loin d’être naturelle, est le fruit d’un laborieux travail maniant ses poils, sa graisse et ses chairs flasques ?

Dans toutes les organisations maniant les secrets, qu’elles soient politiques ou criminelles, on se méfie toujours de celui qui en sait trop, et qui surtout, sait l’essentiel..

Nouvel article Labo de Cléopâtre

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La Beauté, créatrice de destin

Si la beauté a beaucoup préoccupé les Grecs tout comme notre société contemporaine axée sur la consommation et le buzz, elle a aussi toujours joué un rôle important dans toutes les relations, qu’elles soient humaines ou animales. En effet, la beauté joue plusieurs rôles au sein des organisations sociales. Chez les animaux, elle permet le choix d’un partenaire en meilleure santé et donc aux gènes plus favorables pour la survie de l’espèce. Chez l’homme, bien que cette fonction de la beauté ait aussi cours, d’autres critères plus complexes vont déterminer un choix duquel la beauté peut parfois être absente au profit d’autres qualités.

Pourtant, dans une société où la beauté a été recherchée depuis toujours, elle est un enjeu social aussi insignifiant que paradoxalement primordial dans certains cas, et c’est ce qui la caractérise depuis longtemps. Elle est insignifiante car ce n’est pas elle qui établit les règles de société basées sur l’éducation, le statut social ou la richesse. Elle est pourtant importante car elle est un des attributs de l’éducation caractérisée par la connaissance des belles lettres, des beaux arts, du goût, du beau, valeurs que se doivent de connaître et posséder toutes personnes pouvant prétendre à un statut social élevé. Car c’est une autre loi sociale obligatoire quand on est riche que de démontrer son pouvoir sous forme d’objets de luxe, d’oeuvres d’art, d’une union avec quelqu’un de particulièrement beau.

Impossible en effet pour un homme puissant de se montrer au bras de ce que la presse pourrait appeler un laideron s’il veut rester crédible ! A partir d’un certain niveau de vie et d’une certaine exposition publique, ce dont un individu s’entoure doit être un prolongement dans le monde de sa représentation, de ce qu’il symbolise pour la société. Bien entendu, culturellement c’est beaucoup plus vrai pour un homme que pour une femme, mais à prestige équivalent, la tendance pourrait bien finir par toucher tout le monde pour peu que les femmes accèdent à des carrières et des niveaux d’image tels que ceux de Madonna qui met un point d’honneur à sortir avec des hommes de vingt à trente ans plus jeunes qu’elle.

Hormis cette exception et d’autres aussi rares, le phénomène est plutôt masculin, et on ne compte plus les belles jeunes femmes mariées à des acteurs ou autres personnages publics ou riches particulièrement âgés. Dans un monde d’inégalités encore flagrantes entre hommes et femmes, l’union stable avec un homme qui gagne très bien sa vie entre autres qualités a toujours de bonnes chances de se faire sur un critère minoré mais incontournable du destin : la beauté.

Bien entendu, les femmes avec un haut statut social trouvent facilement à se marier dans leur classe d’origine grâce à leurs atouts comme la fortune, des relations, de la famille haut placée et tout le prestige nécessaire au niveau de vie de sa classe sociale, mais la littérature, l’histoire et encore l’actualité nous ont donné mille preuves que les belles femmes sans fortune ou sans statut particulier pouvaient faire un bond social extraordinaire rien que par leur beauté. Aspasie, l’hétaïre qui devint la compagne de Périclès, Théodora, danseuse, prostituée, fille d’un montreur d’ours devenue impératrice de l’Empire byzantin, Jeanne-Antoinette Poisson, bourgeoise devenue la marquise de Pompadour, Nadine Lhopitalier, actrice de seconds rôles légers et dévêtus, devenue la baronne de Rotschild.

Les exemples ne manquent pas pour démontrer que la beauté peut offrir un destin exceptionnel à celles qui n’avaient ni la richesse ni le statut social. Ces histoires, suffisamment nombreuses pour qu’on croie à leur possibilité dans les destinées individuelles, sont celles répétées à l’infini dans la littérature amoureuse féminine dont l’ouvrage le plus célèbre, Orgueil et préjugés, n’en finit pas de se décliner en de multiples adaptations démontrant à la fois l’aspect indémodable et monomaniaque du rêve qu’il contient. Et à l’ère où les femmes sont libres et travaillent, la beauté peut également offrir carrière et fortune dans le métier d’actrice et plus récemment, depuis qu’on le valorise, celui de mannequin.

Sauf que, pour ces exemples nombreux mais proportionnellement rares par rapport au nombre de femmes qu’on a pu un jour dire belles, de plus nombreux, tus dans la honte, sont des destins où la beauté exploitée n’est que le tremplin vers des rêves de réussite transformés en cauchemar social dans des carrières de prostituées, actrices porno, mannequins sans succès qui s’exposent et s’épuisent dans jamais se faire remarquer avant l’âge fatidique, actrices belles mais transparentes et donc sous-payées. Celles-là, qui se taisent par honte de leur déchéance, les auteurs les ont appelées de multiples noms littéraires qui font par contre le succès des écrivains : Nana, Mademoiselle Cléopâtre, Manon Lescaut, Marguerite Gautier…

D’autres ont évoqué des personnes réelles autrefois riches parce qu’elles étaient belles, avant de tomber en disgrâce. Elles ont croisé la route des poètes à toutes époques, les anciens grecs, Baudelaire, Dumas fils, à qui Marie Duplessis a inspiré Marguerite Gautier qui lui offrit le succès de sa Dame aux camélias.

Les dons d’Aphrodite sont nombreux et peuvent offrir parfois un destin exceptionnel. Mais la déesse est capricieuse, et à l’image de la roue de la fortune, ce qu’elle a donné peut aussi bien se retourner contre celle qui en a bénéficié que cesser d’exercer son pouvoir dans un sens favorable. Si tu as bénéficié d’un ou plusieurs de ses dons, soucie-toi de bien les placer et de tirer ta valeur d’autres qualités pour quand sa faveur aura cessé.

Si vous l’avez manqué, le dernier article du Labo de Cléopâtre

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Dans l’ombre de la beauté

La beauté, qui passe par le regard, est une manifestation, un signe, une information. Elle peut être le signe de bons gènes et d’une bonne santé, mais lorsqu’elle est construite avec minutie, lorsqu’un long et savant travail est nécessaire à son élaboration, la beauté raconte une histoire, celle de la personne qui la désire ardemment tandis qu’est dissimulée la raison pour laquelle elle la désire autant.

Dans toutes les questions qui concernent la beauté, on retrouve la psychologie liée à des problèmes d’image de soi et un certain rapport au monde où entre une volonté de l’influencer ou au moins d’avoir un certain contrôle sur lui. Chez certaines personnes, cette volonté de contrôle peut être si forte qu’elles acceptent de prendre des risques ou de sacrifier une partie d’elles-mêmes pour obtenir cette beauté. Jane Fonda qu’on dit s’être fait retirer les côtes pour avoir une taille amincie, celles qui se sont fait retirer des dents pour se creuser les joues, celles qui se sont fait liposucer, refaire le nez, les seins, les fesses, les dents, changer la couleur des cheveux, toutes veulent la beauté. On peut aussi penser à Maria Callas qui accepta pendant des années d’héberger dans son corps un ver solitaire pour lui permettre de maigrir et de rester mince. Tous ces cas témoignent d’une volonté d’être belle qui a dépassé la peur que pouvaient inspirer certaines pratiques pour y arriver.

Quand on songe que pour acheter un objet de consommation courante tel qu’un canapé ou une voiture, on doit s’interroger si c’est nécessaire, choisir le meilleur rapport qualité-prix, évaluer la solidité des matériaux, le sérieux de la marque, les conséquences à long terme, on se demande comment on peut parvenir à faire ces projections sur soi-même alors que les risques sur la santé sont plus que probables. Le consommateur étudie sérieusement non seulement pour s’équiper de grandes choses mais également de petites, et il n’hésite pas à rejoindre ou consulter des associations de ses semblables pour s’informer et se protéger. Dans ce contexte, il paraît difficile de se projeter dans l’état d’esprit de quelqu’un qui décide de faire pratiquer sur lui-même un changement majeur en vue de son propre embellissement car il accepte une immense part de risque que le consommateur ordinaire ne prendrait pas. Un risque qui peut aller jusqu’à la mort comme on l’a vu en début d’année avec Miss Equateur morte à 19 ans lors de sa liposuccion pour quelques centimètres de taille en moins.

Qu’est-ce qui peut bien faire franchir le pas ?

A l’origine de tout ce qu’on veut changer, posséder ou faire, il y a le désir. Si nous avons le désir d’une voiture, il y a le désir pour soi-même, pour les qualités qu’on lui croit posséder, et parfois aussi pour les autres si le choix de la voiture a été motivé directement ou indirectement par eux, comme une personne qu’on admire et qu’on veut imiter ou une personne qu’on envie et qu’on veut égaler ou dépasser par ce moyen.

Quand on désire être plus belle, on le fait en apparence pour le regard de l’autre mais en réalité, c’est une démarche qui prend appui sur le regard de cet autre pour un bénéfice néanmoins tout à fait personnel. Car à la base de toute transformation physique radicale et voulue, le jugement de la société est le levier d’une volonté extraordinaire dont les racines profondes se trouvent soit du côté d’une ambition démesurée soit d’immenses complexes physiques anciens et personnels qu’on veut régler.

Mais plus généralement, il y a les deux. Car chez une personne équilibrée et confiante en elle, les problèmes d’image de soi, s’ils existent, ne parviennent pas à déstabiliser son esprit au point qu’elle puisse envisager des changements radicaux dans son apparence, même par ambition. Et les biographies des stars décédées et qui sont assez anciennes pour que s’exerce le recul nécessaire à la compréhension d’un phénomène éclairent très nettement sur cette question. Les grandes transformations physiques par chirurgie esthétique en pleine jeunesse ou les régimes draconiens sont beaucoup le fait de stars qui ont vécu des traumatismes liés à l’image de soi : abus sexuels, violence familiale, manque d’amour, rejet quelconque.

C’est le cas de Marylin Monroe, Rita Hayworth ou même la grande Maria Callas. Les points communs entre ces trois femmes sont nombreux : enfance sans amour, dans la violence ou le rejet, volonté et force de travail extraordinaire, choix de la construction méticuleuse de sa propre image pour toucher les étoiles, conquête unanime du public. Ces femmes ont été considérées à leur époque comme les plus sexy ou les plus élégantes, les plus extraordinaires devant toutes les autres. La postérité en a conservé l’image car elles sont parvenues à atteindre l’idéal qu’elles ont désiré et ont réussi à nous le faire embrasser. Ce sont encore des sex symbols et des modèles indépassables !

Et dans ces trois destins, ce qu’il a de commun également, c’est une fin de vie pleine de solitude où les hommes sont passés comme des ombres que nul bras n’a réussi à retenir, comme si le vide appelait le vide. Finalement, c’est comme si à se traiter soi-même comme un objet, on poussait un peu les autres à faire de même.

Divinisée par le travail sur son physique encore plus que par la qualité de sa voix, Maria Callas dut se justifier toute sa vie de l’annulation d’une représentation parce qu’elle était juste devenue aphone. Car honnêtement, qui peut croire qu’une déesse, qu’une icône, qu’un objet puissent s’enrhumer ?

De la part d’une chanteuse ordinaire, on l’aurait pourtant certainement accepté.

Nouvel article Labo de Cléopâtre : zoom sur le parfum de Cléopâtre

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Le pouvoir de séduction

Quand des lecteurs viennent sur un blog à partir d’une recherche, il arrive qu’ils y entrent à partir d’un terme qui interpelle. Il y a quelques temps, « le pouvoir de séduction » a amené une personne sur ce blog. C’est vrai que c’est une question passionnante.

Encore faut-il pouvoir définir ce qu’on appelle « pouvoir de séduction ». On ne s’en rend peut-être pas compte, mais la part de l’imaginaire est très grande dans notre façon d’appréhender les choses abstraites et invisibles comme des sentiments. Il ne faut donc pas s’étonner de voir l’image d’un dieu ou d’une déesse s’imposer lorsqu’on pense au charme, à la séduction dont l’origine nous semble toujours mystérieuse parce qu’intérieure. Et comme l’a montré Freud, ce qui est intérieur et mystérieux s’est projeté vers l’extérieur sous forme de forces invisibles appelées, entre autres, dieux, esprits, etc.

En réalité, une personne qui a un pouvoir de séduction certain ne l’a pas de façon universelle comme dans les mythes et les contes, mais c’est malgré tout quelqu’un qu’on verra séduire plus facilement les gens que les personnes ordinaires. Cela peut même durer presque toute leur vie ! Dans tous les cas, ce sont des personnes qui comptabilisent dans leur vie plus de demandes en mariage, plus d’histoires et de réactions passionnelles ou même d’élans d’amitié passionnés. Oui, car la séduction est une force qui a la particularité de pouvoir agir sur tous les sexes hors désir sexuel, et parfois même sur les animaux.

Qu’ont-elles de spécial, ces personnes ?

Le cinéma hollywoodien de son Age d’Or a tenté de nous en fournir une image au travers des femmes fatales qui traversent ses films. On est alors tenté de penser que d’abord, elles ont la beauté. Pourtant, maintes photos de stars prises dans un contexte ordinaire nous démontrent qu’elles ne le sont pas forcément plus que d’autres. Quelque chose de mystérieux semble les avoir rendues belles aux yeux de celui qui a voulu nous communiquer cette conviction dans son oeuvre.

Depuis, nous adhérons, et nul doute que si elle était une personne inconnue au milieu des autres, nous la remarquerions quand même parce qu’elle possède cette force supérieure même à la beauté. On le voit d’ailleurs souvent : une femme qui est belle mais qui n’a pas d’intelligence et de conversation ne séduit pas longtemps. On peut sortir avec elle, s’en faire un ornement, mais la séduction ne prend pas. Elle est ailleurs.

Et c’est là où c’est très surprenant. Le pouvoir de la séduction se trouve dans une certaine capacité à créer de la nouveauté…par le langage. Dans le MOOC : « Langage, entre nature et culture », on apprend que l’espèce nous porte à choisir des partenaires qui sont capables de varier leur vocabulaire et introduire de la vivacité, de rendre vivante et variée une description censée être monotone. Il ne faut alors pas s’étonner de voir les gens les plus brillants en même temps que les plus drôles attirer notre attention et nous fasciner. En économie, justement, on explique que là où est la diversité et la nouveauté est le marché. Les marques et les enseignes qui veulent nous séduire agissent de la même manière qu’un être séduisant par son langage : en créant de la diversité et de la nouveauté.

Le langage, révélateur des capacités intellectuelles, nous pousse ainsi à être séduit par la personne dont l’intelligence est mobile, réactive, créative. On est alors en droit de se demander quelle intelligence nous séduit. Contre toute attente, la réponse va surprendre, mais celle qui nous séduit et que le langage révèle, c’est celle de notre propre évolution. Vous l’avez certainement remarqué, une personne qui nous séduit, nous captive, a le pouvoir de nous construire ou nous détruire.

Presque chaque personne a vécu une histoire dans laquelle il a été séduit par quelqu’un qui l’a rendu malheureux, dont son comportement , ses amis, ses paroles indiquaient pourtant qu’elle ne serait pas bien avec et qui l’a pourtant aimé plus fort que les autres.

Nous sommes séduits, en effet, par ceux qui semblent détenir une force vers laquelle , sans en avoir conscience, nous sommes attirés à un certain moment de notre existence, qu’elle soit force constructive ou destructive. Si elle est constructive, l’histoire, partie sur de bonnes bases, évolue positivement; si elle est destructive, la relation dégénère. Parfois aussi, nous sommes attirés par ce qui nous dépasse socialement ou intellectuellement, et cette fois-ci, ce ne sont plus les forces de vie ou de mort qui nous dirigent mais l’ambition, une projection de soi en mieux.

En bref, si vous voulez savoir ce qu’est le pouvoir de séduction, le meilleur conseil à donner est de vous pencher sur votre miroir intérieur. Nous sommes séduits par ceux qui semblent pouvoir nous apporter ce que consciemment ou inconsciemment nous désirons pour nous-mêmes, que nous le comprenions, choisissions, subissions ou non.

Il est donc temps de vérifier si nous sommes à nous-mêmes notre propre ami ou ennemi…

Nouvel article du Labo de Cléopâtre : cosmétiques de Cléopâtre : mensonges, fantasmes et vérité

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La Vénus de Milo vous souhaite de bonnes fêtes

Venue faire un cadeau de Noël à la boutique du Louvre, quelle n’a pas été ma surprise de voir que pour cette occasion, la Vénus de Milo avait revêtu ses habits d’or et d’argent, couleurs traditionnelles de Noël, du retour de la lumière amenée par le solstice. Pour la première fois, les jours rallongent; l’or et l’argent symbolisent l’espoir que représente cette victoire du soleil contre les ténèbres qui doit amener bientôt le retour du printemps.

Lors de ma précédente visite, la gigantesque Vénus rouge trônait déjà au milieu du magasin, mais aujourd’hui, elle s’associe discrètement à de joyeux lustres de même couleur ajoutés pour les fêtes. Ma déesse préférée revêtait aussi aléatoirement les couleurs du pop art dans une volonté de modernisation et de banalisation induite par cette transformation d’une oeuvre d’art unique en produit manufacturé en série et rendu contemporain par les couleurs criardes de la bande dessinée.

Je la retrouve aujourd’hui avec les mêmes couleurs, mais l’aléatoire a disparu. En disposant les Vénus colorées dans cet ordre plutôt qu’au hasard, le symbole peut évoquer selon les valeurs de chacun, le spectre de l’arc-en-ciel, les symboles des chakras ou celui de la fierté gay. Flexible dans les symboles qu’elle incarne, la Vénus de Milo s’adapte pour parler à chacun le langage de ses valeurs, de ce à quoi il tient ou de ce dont son imaginaire se nourrit.

Et comme le monde contemporain, c’est aussi la consommation, l’achat des cadeaux en ces fêtes de fin d’année, les Vénus de Milo argentée et dorée en série limitée trônent parmi d’autres objets dans ces couleurs, de simples ornements de fêtes qui disparaîtront certainement après elles, aux bijoux permanents de la boutique. De façon très appropriée également, une Vénus de Milo violette vient renforcer le prestige et la beauté des bijoux en améthyste.

Ces derniers arrangements rappellent ceux qu’on a fait dans les grands magasins pour nous séduire avec des thématiques colorées et des mises en scène appropriées qu’Emile Zola a immortalisées dans son livre Au bonheur des Dames. Ces valeurs, où la beauté se met au service des industries, du commerce et de la consommation, sont les nôtres depuis le XIX ème siècle. Elles ont commencé à bercer nos grands-parents et nos parents, et envahissent plus que jamais notre monde contemporain.

Quand on sait que la Vénus de Milo a plus de 2000 ans, on s’étonne quand même de voir un symbole aussi ancien avoir traversé les âges en commençant  comme divinité, puis comme idôle à faire tomber, en poursuivant sa route en symbole artistique de la beauté à admirer, puis à détourner pour finir intégrée à la modernité, accompagnant nos valeurs et notre vie contemporaine, comme une vieille amie plutôt que comme une divinité lointaine ou comme une oeuvre d’art un peu austère.

Et parce que mon rapport à l’écriture passe d’abord par la sensualité du papier et que je ne sais pas écrire sur ordinateur sans avoir d’abord écrit au crayon, je n’ai pu, malgré son prix, résister à ce carnet pourvu de lignes, agrémenté de la déesse et faisant discrètement office de miroir, avec d’un côté écrit « Beauté » et de l’autre « Beauty ». Je ne pouvais pas rêver plus approprié pour les articles de mon blog.IMG_4900.JPG

Bonnes fêtes de fin d’année à tous ceux qui ont la Beauté et l’Amour pour valeurs. Pleins de voeux de bonheur pour l’année à venir.

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L’enjeu des soins de beauté

 

Les soins de beauté existent depuis les débuts de l’humanité, depuis sans doute qu’un premier individu s’est enduit d’ocre et, ayant ainsi modifié son apparence, son statut ou la réaction de ses congénères à son endroit se sont transformés, démontrant que changer, améliorer son physique par divers soins a une importance. Parce que c’est indéniable, même si les effets des soins esthétiques sont difficilement mesurables, leur pratique, considérée comme utile depuis toujours, n’a jamais cessé.

Dès l’Antiquité pourtant s’opère une échelle morale les distinguant : les soins destinés à modifier son apparence en vue de son embellissement – les soins de maquillage, notamment – que les médecins dédaignent, et les soins destinés à entretenir, dont les médecins les plus célèbres immortalisent les recettes.

L’avènement du christianisme et la diffusion de ses idées fait éclater ces distinctions elles-mêmes, car pour le christianisme, l’individu est scindé et le corps est son ennemi. Mortel, faillible, il nous attire vers la Terre, le péché, les vils désirs, la vanité. Et surtout, le corps s’oppose à l’âme qui, elle, a le pouvoir de rejoindre Dieu et devenir immortelle. En sur-valorisant l’âme, on dévalue le corps. Les austérités des lois monastiques et autres auto-flagellations pour expier ou prouver sa dévotion, les scènes de torture des saints abondamment décrites dans les hagiographies et érigées en exemple achèvent de nous démontrer que seuls les êtres dédaignant le corps sont parfaitement purs.

Les pratiques esthétiques reculent, chaque être susceptible de s’y adonner se voyant immédiatement soupçonné de vanité, coquetterie voire pire. Une idée qui se prolonge au-delà du Moyen-Age, de la religion et continue de perturber les liens familiaux.

Pourtant, parallèlement, la découverte des raffinements de l’Orient lors des Croisades marque les esprits et change progressivement le regard et les pratiques de société. L’Europe redécouvre les parfums, et avec eux une certaine conception de l’hygiène et de la beauté en général. La pression de l’Eglise ne parviendra à endiguer le mouvement, et avec l’exemple d’Agnès Sorel, première maîtresse royale de l’histoire de France, les fards font scandale autant qu’ils fascinent. Depuis, ils n’ont pas cessé de progresser malgré quelques éclipses idéologiques dues au conceptions politiques, comme lorsque le rouge passe de la couleur des fards des aristocrates au rouge populaire des sans-culottes.

Idéologiquement, c’est vrai, améliorer son apparence de façon visible, c’est manifester son influence sociale ou politique, ou au moins y prétendre. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que des personnages publics, hommes et femmes politiques sont de plus en plus nombreux à pratiquer la chirurgie esthétique ou au minimum des soins coûteux pour séduire et rester plus longtemps dans la course, et que plus les classes sociales sont élevées et plus les soins sont visibles.

De leur côté, les pratiques esthétiques visant les soins tels que l’envisageait l’Antiquité ont pris une dimension de plus avec l’avancée de toutes les sciences et les technologies. Car entre les moyens pour réparer la peau ou améliorer ses tissus, et une connaissance très pointue des divers processus du vieillissement, diverses inflammations et traumatismes, rêver la perfection et tendre vers elle devient de plus en plus réalisable. Et de plus en plus obligatoire. Car dans nos sociétés, à l’inverse de ce qui se passait au Moyen-Age, mieux vaut viser le corps dans lequel on s’incarne que l’âme dont on doute qu’elle nous offrira le Ciel où on pense qu’y volent plus d’avions que ne s’y rencontre Dieu.

Finalement, dans l’utilisation des soins de beauté, le véritable enjeu est notre façon d’être au monde et surtout de rêver. Mais aussi de s’aimer, de vouloir influencer le monde, d’être conforme, d’accéder aux premières places voire d’obtenir la première place. Car user de cosmétiques et autres soins, c’est encore et toujours viser la Beauté dont les effets ne sont pas entièrement mesurables, dont la formule mathématique n’a jamais été établie et dont l’idée s’incarne le mieux sous forme de déesse éternelle, intemporelle, insaisissable et dont le mystère reste entier. Tout comme s’avère incertaine l’efficacité des actions et des soins de beauté destinés pourtant à nous embellir.

Néanmoins, la caractéristique humaine étant de toujours tendre vers un idéal nourri de rêves qui paraissent impossibles avant de devenir une réalité, il ne faut pas s’étonner de voir cette pratique avoir non seulement toujours existé mais de plus, perdurer. Car user de soins de beauté, c’est déjà rêver l’humanité en mieux et concourir à sa transformation universelle par autant de petits actes personnels qui affirment : « J’y crois et je le veux. »

Nouvel article du Labo de Cléopâtre : livre, tarif et transparence

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Danse africaine : fesses, séduction et expression

Dans la culture africaine, les fesses ont un grand rôle à jouer, et la stéatopygie (grosses fesses) y est tellement appréciée que dans beaucoup de capitales africaines, un immense marché se développe autour des techniques de grossissement des fesses, inoffensives ou dangereuses.

Mettre en valeur ses fesses, les montrer, les mettre au centre du regard de l’autre et de sa propre beauté, c’est vraiment l’apanage des africaines. A tel point que lorsque certaines stars américaines d’origine afro-américaine ou non font le show avec des danses lascives mettant en scène leur postérieur, celles-ci ne sont pas du tout impressionnées :  » C’est du leumbeul ! », s’écrient-elles.

Le leumbeul, c’est la version érotisée d’une pratique culturelle essentiellement féminine qui a surtout lieu au Sénégal : le sabar. Le sabar, c’est tout à la fois un style de musique, une danse, l’ensemble des percussions nécessaires à celles-ci, une fête traditionnelle et populaire. Mais c’est avant tout une pratique sociale organisée à l’initiative des femmes dans un pays où ce sont les hommes qui font la loi.

Les femmes d’un même quartier ou d’une même communauté s’invitent à tour de rôle pour cet événement créé à l’instigation d’une seule, même si l’argent nécessaire vient d’une caisse commune. Dans cette fête qui dure près de 4 heures, les musiciens jouent tandis que les femmes dansent souvent à tour de rôle au centre d’un cercle formé par les danseuses et les autres spectateurs.

En plus de jouer un grand rôle social dans le sens de la cohésion, le sabar peut également avoir une fonction thérapeutique qu’il a toujours eue traditionnellement, notamment dans la lutte contre la dépression.

Et les fesses dans tout ça ?

Si le sabar en tant que danse sollicite fortement les jambes, il sollicite nécessairement les fesses, muscles nés dans leur prolongement lors de la bipédie. Chez la femme, les fesses sont généralement plus grasses que chez l’homme, les remuer lors de la danse accentue cette différence, manifestant alors la spécificité féminine.

Car justement, de façon plus profonde, le sabar est une danse de l’expression de la féminité et, dans un monde où la séparation entre les sexes est si marquée, de la différence. Les spécialistes l’expliquent d’ailleurs : dans des cultures où l’inégalité entre les sexes est si grande puisque la polygamie y est fréquente, génératrice d’insécurité chez les femmes, le sabar est un espace de liberté au coeur duquel la femme règne.

Quant au leumbeul, c’est la version hyper-sexualisée du sabar qui fait même l’objet d’une interdiction depuis 2001 tant la récupération à la limite de la pornographie est facile, en témoignent les video qui circulent et donnent en effet une image très sexuelle du sabar un peu éloigné de son aspect traditionnel. En même temps, une société dans laquelle on pratique la polygamie n’implique pas seulement des situations où une épouse doit partager son mari avec une autre, mais aussi où elle risque de voir n’importe quelle femme venir rejoindre le domicile conjugal dès lors qu’elle aura tapé dans l’oeil de son époux.

Dans ce climat sensuellement et sexuellement très concurrentiel, la danse se transforme alors en battle, démonstrations de puissances érotiques et sexuelles mises en scène publiquement lors d’un sabar quand il se déroule de jour ou d’un tannebeer lorsqu’il a cours de nuit. Ces mises en scène engagent naturellement le postérieur qu’on apprécie gras, généreux autant que tonique.

Et progressivement, ce que les femmes ont vécu comme une contrainte en plus d’une nécessité s’est transformé en une culture unique dans laquelle on ne sait pas très bien ce qu’elles manifestent dans leur danse : leur jalousie, leur pouvoir sexuel à l’adresse des hommes ou des autres femmes, leur beauté personnelle, leur liberté d’expression même s’il reste réservé au sabar ou tout simplement la puissance féminine en soi.

Les mêmes armes, rien de moins, sont employées par les stars américaines au premier rang desquelles Beyoncé, dont le déhanché, le postérieur insolent, l’image hyper-sexualisée et féminisée se conjugue pourtant avec le féminisme nourri des idées et des textes de l’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

Un hasard  ?

Rien n’est moins sûr…

Un très bon article des cahiers d’ethnomusicologie sur le sabar : http://ethnomusicologie.revues.org/294

(Photo à la une : GuYom pour http://scenesdunord.fr/ lors du Grand sabar Takoussane du 21/05/2009 à Lille.)

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