nudité

Beautés surprises au bain

La représentation de la femme au bain est un thème qui parcourt toute l’histoire de la peinture, auquel on a déjà consacré des livres et qui a passionné les plus grands maîtres de la peinture. L’Ecole de Fontainebleau, Rembrandt, Bosnard, Stevens, Ingres, Degas, etc., tous ont représenté dans leur style de peinture particulier, une femme qu’on semble avoir surprise en train de prendre son bain.

Pour un homme, le sujet a de quoi fasciner. Mettre une femme nue quelque part, c’est toujours une manière facile et rapide de capter l’attention, de susciter l’intérêt. La représenter au bain plutôt qu’offerte sur un lit comme Olympia de Manet ou au milieu d’hommes habillés comme dans Le déjeuner sur l’herbe de Renoir, c’est s’assurer une justification sociologique en semblant faire une étude de moeurs. Bref, c’est une façon d’éviter le scandale tout en exhibant malgré tout une femme nue.

Certes, on nous a toujours répété que le nu féminin était plus esthétique que le nu masculin, voilà pourquoi il serait sur-représenté. Ce genre d’arguments pouvait encore être accepté à l’époque où les femmes n’avaient pas assez d’instruction et de droits pour pouvoir porter un regard critique sur le monde, mais depuis, outre l’instruction et les droits, elles ont vu leur corps nu exhibé maintes fois dans des médias qu’on ne peut pas prétendre artistiques. Difficile désormais de ne pas voir  dans le prétexte esthétique à la sur-représentation du corps féminin dans l’art la mauvaise foi du voyeurisme et de l’obsession qui ne veulent pas dire leur nom.

Pourtant, le thème de la femme au bain est loin de ne concerner que les représentations picturales, artistiques ou non mais parcourt au contraire notre culture de façon parfois aussi inattendue que profonde. La mythologie grecque, en premier lieu, est pleine d’histoires de déesses surprises nues dans leur bain. Il y eut Artémis par Actéon qu’elle changea en cerf pour le punir et qui fut mis en pièces par ses propres chiens, et puis Aphrodite surprise par Erymanthos, fils d’Apollon qu’elle rendit aveugle pour l’avoir vue elle aussi dans son bain

Ces histoires soulèvent d’ailleurs une interrogation : comment se fait-il que les déesses, aperçues pourtant sous leur vraie forme lorsqu’elles prenaient leur bain, n’aient pas foudroyé sur place par leur seule vision les imprudents qui les ont surprises ? Dans les autres histoires de  la mythologie mettant en scène des interactions entre Mortels et Immortels, soit les dieux rencontrent les hommes sous une autre forme, comme Athéna et Aphrodite en vieilles femmes pour parler à Ulysse ou à Hélène, soit le Mortel finit foudroyé, comme Sémélé après avoir vu son amant Zeus sous sa forme divine. .

Le thème de la femme surprise au bain parcourt aussi le folklore. Les fées de France ont su, elles aussi, faire preuve de cruauté envers ceux qui les surprenaient en train de se baigner, comme le rapporte le Guide de la France mystérieuse à propos de Mortain, une commune de la Manche :

« Les fées habitaient, autrefois, le gouffre où la Cance amasse ses eaux bouillonnantes. Un jeune homme les surprit au bain et fut changé en aiguille rocheuse; celle-ci, en forme de fuseau, est visible de la vallée; quand les orages grossissent les torrents, l’aiguille fait trois tours sur elle-même. »

Elles sévissaient également dans d’autres communes et pour punir les Mortels ordinaires, elles exerçaient  les mêmes pouvoirs que les déesses grecques.

Alors, simple voyeurisme, ce thème de la belle surprise au bain ?

Oui, cela est certain, mais quelque chose de plus profond paraît se cacher derrière cette obsession. Dans le cas des déesses, on voit par exemple que le bain semble être le moment où leur pourvoir divin disparaît, là où nue dans les bras d’Anchise, Aphrodite parvient à travestir son identité sous celui d’une Mortelle. Dans l’acte sexuel avec des Mortels, les déesses parviennent à cacher leur nature divine; au bain, cela ne semble plus possible. Pourquoi ? Et pourquoi exposer la nudité ne semble-t-elle pas suffire ?

Certainement parce que dans un monde où les clivages entre les sexes étaient si importants que chaque rencontre entre hommes et femmes avait toujours quelque chose de convenu, de socialement cloisonné où chaque réaction était étudiée, limitée par des conventions ou des préjugés, des complexes, et ce jusque dans le lit des amants où la femme pouvait être sciemment séductrice, prude, effarouchée ou n’importe quoi d’autre inspiré par la situation.

La femme surprise au bain est forcément naturelle, spontanée, révélant toute sa nature sans crainte d’être jugée, sans pudeur, sans complexes. C’est le moment idéal pour découvrir la vérité sur cet être rendu inconnu et mystérieux par des constructions de lois sociales séparant hommes et femmes et ôtant à cette dernière son naturel devant celui qui, socialement et sexuellement, la dominait. Une domination qui s’est longtemps payée du prix de la méfiance où la femme, non confiante, n’osait pas s’abandonner, même dans l’amour.

Comme souvent, c’est l’Inde qui nous met sur la voie de la compréhension. Dans l’histoire des dieux hindous, Krishna vole les vêtements des gopis – les vachères avec qui il a grandi – alors qu’elles étaient au bain, les forçant à se montrer nues devant lui pour les récupérer. Bien sûr, c’est une histoire de voyeurisme d’adolescent, mais les Indiens y voient le symbole de l’âme obligée de se révéler complètement devant Dieu.

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Nudité et symbolisme

Au premier abord, on peut se dire qu’à propos de la nudité, il n’y a rien à dire mais tout à éprouver. C’est tout à fait juste. Dans une société où la nudité est prohibée, c’est ce qu’on appelle une grosse ficelle : tout le monde veut la voir et pour peu qu’il la voit, tout le monde est captivé, fasciné par elle, sans possibilité d’en détacher les yeux. S’y ajoute un phénomène très recherché dans une vie de stress, le lâcher-prise, l’arrêt de toute pensée. Ce pouvoir extraordinaire qu’a la représentation de la nudité, ceux qui veulent nous vendre des choses l’exploitent et le sur-exploitent. Manipulés par la libido et le voyeurisme, hors d’état de penser, nous sommes ainsi prêts à faire de nous ce qu’on veut.

Exposer la nudité dans une société qui  ne la pratique pas ramène donc au présent avec la violence d’un coup de poing. Violente dans sa représentation dans une société où le corps est dissimulé, c’est une force de discours avec un objectif précis mais aux intentions subtiles : la destruction sous des formes variées.

Dans notre vie, les moments où nous sommes nus sont rares : il y a les moments où on se lave et où on satisfait des besoins naturels tels que faire l’amour. La nudité, cachée, tient du mystère qu’on ne dévoile, en réalité, qu’à de rares privilégiés qui ont tous un lien avec notre vérité profonde, c’est-à-dire ceux qui nous ont fait naître, et ceux avec qui nous faisons l’amour et sommes prêts également à donner naissance à un autre être, nécessairement nu.

Ce lien entre la nudité et la vérité se voit dans les textes sacrés : Adam et Eve vivent nus et sans complexes dans le jardin du Paradis. Une fois goûté le fruit de l’arbre défendu, ils cachent leur nudité et celle-ci devient ainsi taboue pour les Hommes. Frappée d’interdit, elle peut alors devenir ce par quoi le fils de Noé, Cham, est maudit et contraint à devenir esclave de ses frères pour avoir vu leur père nu. Pourtant, lors de l’arrivée de l’Arche, c’est presque nu que danse David pour exprimer sa joie envers le Seigneur. Ce qui est normalement une pratique taboue et frappée d’interdit est exécutée à ce moment-là par le roi, c’est-à-dire celui qui doit montrer l’exemple au peuple tout entier. Mical, fille de Saül, lui fait des reproches, qui sont socialement légitimes, et David se justifie par ce qui est spirituellement légitime : cet abaissement vis-à-vis de Dieu est ce qui, en réalité, l’élève. Punie par Dieu, Mical n’aura pas d’enfant, autrement dit, n’aura pas le privilège de donner la vie à un être nu, justement.

Cet épisode démontre que la nudité a un lien avec le secret autant qu’avec son corollaire : la vérité. Ce qu’il ne faut pas montrer aux hommes, n’a pas, en revanche, à être caché à Dieu. Avant d’être chassés du Paradis, les Hommes étaient nus et c’est nus qu’ils naissent, c’est donc nus dans leur linceul qu’ils se font enterrer dans la tradition juive où on récite lors des funérailles : « Je suis venu au monde nu et nu je dois retourner à Dieu. »

Interdite dans la plupart des sociétés, la nudité est donc en lien avec la vérité de l’individu, le secret de son être profond, de son être spirituel, justifiant la pratique de la nudité dans certains cultes païens contemporains. La nudité serait donc bien liée à la spiritualité ! Un paradoxe pour une pratique qualifiée de bassement matérialiste suscitant la concupiscence ! Et pourtant, c’est bien le secret de l’Homme : sa vérité, ce qu’il cache sous ses vêtements civilisés, c’est la créature de Dieu, la bête qui est en lui, qu’il civilise et qui n’est jamais très loin, cette bête qui menace la civilisation de destruction, avec laquelle la nudité est aussi souvent en lien qu’avec la vérité.

La première des destructions opérée par la nudité serait d’abord celle de l’illusion quant à la nature humaine, la destruction du mensonge social. La deuxième est celle de l’ordre social, qui est celle pratiquée par exemple par les hooligans, les révoltés de mai 68, les bipolaires en phase maniaque, les Femen, etc. La troisième des destructions, c’est la destruction du psychisme, qu’une nudité inappropriée soit vue ou imposée à un individu. C’est ce qui fut choisi pour torturer l’esprit des musulmans dans les prisons de Guantanamo et celui des juifs dans les trains les menant aux camps de concentration où nulle intimité n’était possible, et dans les camps eux-mêmes, dont les photos qui nous restent de milliers d’hommes nus dehors nous font encore frémir d’horreur.

Finalement, le plus incroyable dans la nudité, c’est qu’elle constitue plutôt le meilleur écran de ce qu’elle cache alors qu’elle semble tout montrer. Que cache-t-elle ? L’intention profonde de celui qui l’utilise, car si dans le privé des gens qui se donnent l’un à l’autre, les intentions sont claires, montrer publiquement sa nudité ou la nudité de son conjoint, de ses enfants ou d’autres, dissimulent l’obscurité des raisons qui poussent à le faire.

Et si, la prochaine fois qu’on vous dévoile un corps, au lieu de jouir de la vue dans tout les sens du terme ou de critiquer la plastique de celle ou celui qu’on vous montre, vous regardiez derrière l’écran projeté et vous vous posiez la question : « Pourquoi ? » ?

Vous verrez que derrière la vérité dévoilée par le corps se cache un secret auquel vous n’aurez peut-être pas accès, mais dont il vous apparaîtra de façon certaine qu’il se cache bien au-delà des courbes du corps exposé…

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