La beauté est équilibre

Quand on analyse ce qui conduit à juger du sentiment de beauté, on en revient à d’autres qualificatifs tout aussi mystérieux tels que l’élégance, la grâce, quelque chose d’assez indéfinissable qui nous fait aboutir à un autre plus clair : l’équilibre.

Dans la beauté, tout nous ramène à l’équilibre, à l’harmonie naturelle ou créée et dans tous ses aspects.

La beauté féminine instinctive et universellement jugée en quelques instants, par les adultes comme par les plus petits enfants, concerne le rapport taille-hanches pour le corps et la symétrie des traits pour le visage. Une taille bien marquée par rapport aux hanches est le signe d’une saine fécondité à quoi l’espèce est sensible, mais ce que les études oublient de dire à ce propos, c’est que si la taille était démesurément marquée et les hanches trop larges, tout le monde trouverait cela en réalité monstrueux.

Il en est de même pour la symétrie du visage. Oui, il faut que les traits soient symétriques, oui, il faut que le côté droit ressemble au côté gauche, mais l’oeil et le cerveau savent que la stricte symétrie n’appartient qu’aux mathématiques et que dans le vivant, rien ne peut être rigoureusement symétrique. D’ailleurs, quand on regarde une femme refaite par la chirurgie plastique, on n’en a pas toujours conscience et pourtant le regard ne cesse d’être attiré par quelque chose qu’il ressent comme anormal et qu’il tente alors de comprendre.

Oui, mesdames les refaites ou qui souhaitez le faire, si vous passez par là, sachez que nous vous regardons plus lorsque vous êtes passée par la chirurgie mais ce n’est pas parce que nous vous trouvons belles, c’est parce que nous voyons sur votre visage quelque chose qui nous choque et que nous ne cessons d’interroger, d’analyser, de tenter de comprendre.
Pourtant, et puisqu’il est question d’équilibre, la chirurgie n’est pas complètement exclue pour créer de la beauté. La chirurgie corrective qui vient rectifier une dissymétrie du visage est un des exemples que l’on peut citer. De façon très commune, l’orthodontie qui corrige l’alignement des dents refusé par la nature fait beaucoup pour la symétrie d’un sourire qui devient magnifique après avoir été hideux.

Mais la beauté, ce ne sont pas que les traits. Ce sont aussi mille et une petites choses que le cerveau juge en quelques secondes sans s’arrêter pour les analyser et qui sont néanmoins opérantes.
Tout d’abord, la beauté, c’est la santé. Dans les pays dont le niveau de vie est élevé, les gens sont plus beaux. Quand nous venons d’un de ces pays, nous oublions de le prendre en compte et les critères de beauté s’élèvent. Ailleurs, là où on a moins de chance, moins d’argent, moins de médecins accessibles à tous et compétents, on est plus petit, on a plus de problèmes qui affectent le physique et avec lesquels on doit vivre sans réel soulagement. Un état de santé équilibré est un socle stable pour la beauté.
La beauté, c’est également le moral. Quand on va bien, on rayonne de l’intérieur d’une pulsion de vie communicative, car le vivant attire le vivant. A l’inverse, quand on est déprimé et donc dominé par la pulsion de mort, le regard s’éteint et plus rien de beau ne se dégage de celui qui subit cet état. Qui a déjà vu des bipolaires subissant l’une puis l’autre de ses phases maniaque ou dépressive sait de quoi il s’agit à maints niveaux. Les photos d’une même personne dans chacune de ces deux phases sont très efficaces pour se rendre compte de cette réalité : la beauté vient de l’intérieur, et elle n’est rien sans équilibre.

Enfin, la beauté, c’est aussi la beauté de l’âme et une personne dont les traits physiques nous semblent laids peut être transfigurée par la découverte de sa bonté de coeur, de sa grande humanité. Cette expérience qu’on a tous vécue un jour a été scientifiquement démontrée par un anthropologue, Kevin Kniffin et un biologiste Sloan Wilson au cours de trois études qui ont mis en évidence que lorsque nous devons juger de la beauté physique de personnes que nous ne connaissons pas, nous nous basons uniquement sur leur aspect extérieur, mais lorsque nous évaluons quelqu’un que nous connaissons, nous nous basons aussi sur ce que nous avons évalué de son caractère. Et à traits également beaux chez une personne connue et non connue, celle qui sera connue, pourvu qu’elle ait une belle âme pour celui qui la juge, verra sa beauté appréciée. Dans l’estimation inverse, ses beaux traits ne seront pas reconnus comme tels par celui qui la connaît alors que ceux qui ne la connaissent pas la jugeront belle.

En bref, la beauté est une valeur dans laquelle l’équilibre est valable à double niveau : dans le premier, chaque partie jugée doit se trouver dans une sorte de juste milieu, dans le second, la beauté ne s’établit qu’à partir d’un ensemble qui doit former un équilibre de toutes les parties.
Ainsi, s’il n’est pas dans la nature du vivant d’être rigoureusement symétrique, le cerveau qui conceptualise, lui, n’arrive pas à concevoir les choses autrement.

Tant mieux, parce qu’ainsi, tout défaut peut être compensé pour nous faire parvenir à un équilibre dans lequel nous parvenons malgré tout à une certaine beauté, voire à une beauté certaine.

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