poésie lyrique

Reflet de Cythère (7)

Dans Reflet de Cythère, une poésie, un texte, un extrait choisi permettent de mieux comprendre Aphrodite et son culte, comment nous pouvons ou avons pu la percevoir, la chanter, la célébrer.

Après avoir traité de femmes favorisées par Aphrodite dont le destin les a conduites à être courtisanes ou prostituées avant de connaître la célébrité, la reconnaissance et la fortune, consacrer un Reflet de Cythère sur cette question allait de soi.

Sur ce sujet, les textes ne manquent pas, de la comédie ancienne aux poésies érotiques de l’Anthologie Palatine en passant par les Deipnosophistes, le repas des sophistes d’Athénée, texte tardif d’érudition plein des citations des plus grands auteurs antiques, dont celui qui a été choisi. Le sexe est en effet un sujet qui ne manque pas d’inspirer les auteurs et d’attirer curieux et voyeurs quelle que soit l’époque, c’est pourquoi nombre d’auteurs de l’Antiquité en parlent déjà d’une façon triviale.

Mais il fut un temps où ces sujets étaient traités religieusement comme faisant partie du culte à Aphrodite. On était alors au V ème siècle avant J-C, et le plus grand poète lyrique de tous les temps, Pindare, associait – avec la plus grande sincérité – prostitution et destin sacré et paradoxalement vertueux voulu par la déesse de l’Amour; le tout avec une naïveté dont semblèrent ne faire preuve que peu de ses successeurs. Quant à savoir s’il faut s’en plaindre ou s’en féliciter, c’est une question à laquelle il est bien difficile de répondre.

A l’occasion d’une offrande de cinquante courtisanes au temple d’Aphrodite à Corinthe faite par Xénophon, vainqueur au stade et au pentathle aux jeux olympiques

« Jeunes femmes très accueillantes aux étrangers, servantes de Cypris dans la riche Corinthe, tandis que souvent vos pensées volent vers la mère des amours, vers l’ouranienne Aphrodite…

Elle vous autorise, ô belles, sans encourir les mépris avilissants, à cueillir en de tendres étreintes, le doux fruit de votre jeunesse, ô chères enfants caressées, quand le destin ainsi le veut, nulle chose n’est interdite, nulle occupation n’est vile…

Mais je crains, pour moi, certains dangers, me demandant c e que diront de ce discours les gens de bien de cette ville, qui m’entendent ainsi louer l’amour peu farouche. Tant pis ! Notre or s’éprouve à la pierre de touche.

Ô maîtresse de Chypre, Xénophon , joyeux vainqueur, t’offre cet aimable choeur : pour ton sanctuaire, cinquante filles expertes, cent jambes de femmes offertes à ton service. »

Pindare, V ème siècle av. J-C, cité par Athénée dans le repas des Sophistes au III ème siècle ap. J-C. Traduction Marguerite Yourcenar.

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Reflet de Cythère (4)

Dans reflet de Cythère, une poésie ou une invocation à Aphrodite est mise à l’honneur.

Ici, ce sera la plus célèbre, la plus évidente et pourquoi pas la plus connue de toutes les poétesses, Sappho qui vivait dans l’île de Lesbos au VI ème siècle et dont le nom comme le lieu où elle habitait n’ont plus fini que par désigner les amours entre femmes, au mépris de l’auteure et son oeuvre.

Pourtant, Sappho fut certainement une femme remarquable dont les talents furent malgré tout reconnus dès l’Antiquité. C’était une aristocrate, éducatrice de jeunes filles destinées au mariage à qui elle apprenait le chant, la poésie et la danse. Elle composait également, outre les rares poésies qu’on a conservées d’elle, la musique sans laquelle ces poésies ne pouvaient se dire, puisque la poésie, à cette époque, était chantée. Sa musique est aujourd’hui perdue.

Que chantait Sappho ?

Ca, tout le monde le sait : son amour pour certaines jeunes filles qu’elle éduquait, comme les philosophes et poètes masculins de l’Antiquité évoquaient leurs amours pour leurs disciples et leurs amants.

En quoi le contenu de la poésie de Sappho diffère-t-il ? A créer des mondes dans lesquels hommes et femmes ne se rencontrent pas, on crée plus facilement des rencontres entre gens du même sexe. Logique, non ?

Pourtant, même la Grèce ancienne finit par trouver les amours de Sappho répréhensibles et on se moqua d’elle. Car outre qu’on est toujours plus dur pour les femmes que pour les hommes, dans une structure patriarcale, voir une femme se comporter de la même manière qu’un homme tout en les ignorant, ce n’est pas acceptable.

De façon plus personnelle, Sappho était une dévote d’Aphrodite à qui sa musique, sa poésie, ses sentiments et les jeunes filles qu’elle préparait au mariage, étaient entièrement consacrés.

Le seul poème qui nous soit parvenu entier est l’hymne à Aphrodite, et pour donner un profil moderne et délicat à son auteure, la belle sculpture de Sappho de James Pradier que l’on trouve au musée d’Orsay donne le ton, même si à côté de la poétesse un peu mélancolique, se trouve posée la lyre en carapace de tortue telle qu’elle fut fabriquée par Hermès selon la mythologie.

La poésie choisie est une prière que Sappho adresse à sa déesse, une prière pour être aimée de la personne qui la dédaigne. Cette prière, le texte le révèle, n’est pas la première que la poétesse lui adresse. Car Sappho, digne dévote d’Aphrodite que ses dons ont touchée, semble aimer sans cesse, dans ce lieu où les jeunes filles, destinées à se marier, ne restent pas. Sappho aime et s’attache en pure perte, prise dans le mouvement inexorable de la vie.

Parmi les traductions disponibles, celle de Renée Vivien a été choisie parce qu’elle ne change ni Aphrodite en Vénus ni le « elle », qualifiant la personne aimée, en « il », comme le font d’autres versions plus consensuelles.

N’importe, tendons l’oreille à la prière d’Aphrodite, et qu’elle aussi nous entende…

                                                                              Hymne à Aphrodite

« Toi dont le trône est d’arc-en-ciel, immortelle Aphrodita, fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie de ne point dompter mon âme, ô Vénérable, par les angoisses et les détresses. Mais viens, si jamais, et plus d’une fois, entendant ma voix, tu l’as écoutée, et, quittant la maison de ton père, tu es venue, ayant attelé ton char d’or. Et c’était de beaux passereaux rapides qui te conduisaient. Autour de la terre sombre ils battaient des ailes, descendus du ciel à travers l’éther.

Ils arrivèrent aussitôt, et toi, ô Bienheureuse, ayant souri de ton visage immortel, tu me demandas ce qui m’était advenu, et quelle faveur j’implorais, et ce que je désirais le plus dans mon âme insensée. « Quelle Persuasion veux-tu donc attirer vers ton amour ? Qui te traite injustement, Psappha ? Car celle qui te fuit promptement te poursuivra, celle qui refuse tes présents t’en offrira, celle qui ne t’aime pas t’aimera promptement et même malgré elle. »

Viens vers moi encore maintenant, et délivre-moi des cruels soucis, et tout ce que mon cœur veut accomplir, accomplis-le, et sois Toi-Même mon alliée. »

— Traduction Renée Vivien, 1903.

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