caractéristiques d’ Aphrodite

Le mystère de la ceinture

Dans la mythologie, la ceinture est l’accessoire grâce auquel Aphrodite se rend irrésistible, un charme d’Amour divin auquel nul n’échappe. Mais si Zeus ne parvint pas à y échapper lors de la Guerre de Troie, quand Héra l’utilisa pour intervenir dans le conflit à l’insu de son mari, il réussissait malgré tout à résister à son pouvoir avec sa fille adoptive. Mais c’était au prix d’un très grand effort. Pour se venger de le faire vivre dans cette tension permanente, Zeus condamna Aphrodite à s’éprendre d’un mortel, Anchise.

Cette ceinture permit aussi à Aphrodite de manipuler le bel Adonis qu’elle aimait mais qu’elle devait partager avec Perséphone, la première parce qu’elle l’avait découvert, la seconde parce qu’elle l’avait caché et protégé. Dans la rivalité qui opposait les deux déesses, le tribunal des dieux avait tranché le conflit ainsi : le temps du bel Adonis devait être partagé en 3. Dans le premier, il vivrait avec Perséphone, dans le second, avec Aphrodite, le dernier, il le passerait seul. C’est le moins qu’il lui fallait pour se reposer un peu après tant de sollicitations amoureuses…

Mais la ceinture perturba ces règles : le temps qu’il devait passer seul, il le passa avec Aphrodite, et ce ne fut qu’à contrecoeur qu’il consacra le temps imparti à Perséphone, quand il le lui consacra.

Cette tricherie illustre parfaitement le pouvoir de la ceinture de la déesse de l’Amour et de la Beauté.

Comment la ceinture peut-elle être conçue comme un accessoire divin qui rend irrésistible ?

Voyons le vêtement grec antique, le péplos, comme on a pu le rencontrer sur les statues, les bas-reliefs et les poteries. Une longue masse de tissu qui drape le corps d’une seule pièce comme le fait toujours le sari, mais à partir des épaules et non de la taille. Enveloppant le corps, il drape, cachant la nudité et protégeant tout ce qui doit l’être. Mais cette pièce de tissu adopte son propre tombé, et des épaules jusqu’aux chevilles, la pièce de tissu n’a pas vraiment d’autre alternative que de former un large rectangle aux plis irréguliers dont ne doit saillir à peu près que la poitrine.

Les découvertes récentes visant à comprendre les mystères de la séduction révèlent que ce n’est pas la taille ou le poids qui importent dans l’estimation de la beauté d’un corps et son attraction, mais le rapport entre les seins, la taille et les hanches. Une taille fine et des hanches larges sont universellement reconnus comme des critères de beauté d’un corps jusqu’à un niveau si profond qu’il est inscrit au coeur de l’espèce toute entière. Car de toutes les femmes, celles qui possèdent ce corps sont celles qui seront les plus aptes à mettre au monde des enfants en bonne santé.

Ce critère-là, loin d’être basé sur l’esthétique propre à une civilisation, est répandu à l’échelle planétaire et conditionne même ceux qui ne veulent pas d’enfants ! Comment s’étonner de l’universalité d’une attirance sans lui donner un caractère divin, lorsqu’on ne fait que la constater sans la comprendre ?

Et la ceinture ?

La ceinture, qui était un accessoire du péplos et qui existe toujours, est ce qui va révéler la perfection d’une silhouette irrésistible. En ceignant la taille, la ceinture va accentuer la courbe des hanches qui reste ordinairement dissimulée sous le drapé des vêtements. La même femme, d’abord simplement drapée de ce rectangle ou de n’importe quel autre vêtement large, puis la taille sanglée de sa ceinture, passera facilement du statut d’ordinaire au statut de d’irrésistible, de divine, en révélant à tous ce dont l’homme a besoin pour s’enflammer, ce que l’espèce choisit en priorité pour se reproduire et se perpétuer.

Cette silhouette à la taille affinée et aux hanches révélées, est celle qui a le plus été choisie dans l’histoire de la mode, les corsets formant à leur manière une sorte de ceinture en comprimant l’abdomen et donnant alors plus d’amplitude aux hanches et aux seins.

Cette silhouette est aussi celle des pin up des années 40 à 50, Marylin en tête, restées inoubliables, toujours enviées et désirées.

Etrangement indémodables…

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L’aphrodite des poètes

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Comment les anciens grecs voyaient-ils leur déesse de l’Amour, et donc, par extension, de quelle image de l’Amour et de la Beauté notre culture occidentale a-t-elle hérité ?

Les poètes en ont laissé quelques images aussi éclairantes que mystérieuses, sublimes et immortelles.

Hésiode, le premier, nous parle de sa naissance du côté de Cythère, à partir de l’écume formée autour du membre viril d’Ouranos, le ciel. Elle gagna Chypre avant de sortir de la mer. Comme Athéna qui naquit tout armée de la tête de son père, Aphrodite naquit jeune fille et faisait croître l’herbe sous ses pieds en gagnant la terre.

«  Amour l’escorta et le beau Désir la suivit dès qu’elle fut née et alla rejoindre le peuple des dieux.

Depuis le début, parmi les dieux et les hommes, lui sont réservés comme un privilège, les babillages de jeune fille, les sourires, les tromperies, les délices du plaisir, la tendresse et la douceur.« 

Hésiode. La Théogonie. Traduction Claude Terreaux. Arléa.

Sappho la voit couverte de fleurs et ce qu’elle n’offre plus se retrouve dans la poésie qui lui est consacrée :.

«  Je tremble et la vieillesse couvre déjà ma peau.

L’amour s’envole à la poursuite des jeunes.

Prends ta lyre et chante-nous Aphrodite au sein couvert de violettes. »

Sappho. Le désir. Traduction Frédérique Vervliet. 1001 nuits.

Dans un registre plus philosophique et fondamental, Aphrodite est aussi au coeur de la manifestation de l’univers. Empédocle place en effet l’univers et sa manifestation sous la double impulsion de l’Amour, qui unit, et la haine qui désunit. Cette conception ressemble à celle des hindous qui pensent qu’attraction et répulsion sont à l’origine des multiples renaissances de l’Homme après sa mort, entraînant un nouveau cycle de vie terrestre et donc de souffrance. En Inde, et ailleurs dans le monde, cette conception motive la pratique des yogas, qui libèrent de ce cycle infernal.

 » Ainsi, commun à tous, mais s’amorçant sur des cercles contraires, 

Le même être tantôt se défait, tantôt croît, 

Gros ici de ce qu’il perd là; et tantôt frères, 

Les éléments qui ne sont qu’Un forment l’Unique, 

Sous l’effet de l’Amour, et tantôt sous le froid

Empire de la Haine, ils forment l’Innombrable. »

« …Amour, qu’on nomme aussi Aphrodite et Délice. »

« …C’est dans le corps mortel que le mieux s’aperçoit

L’impérissable effet de cette grande loi.

Tantôt l’Amour fleurit la chair et nous unit

A tout ce qui est beau; tantôt triste, terni, 

Luttant contre soi-même, errant sur les rivages

Extrêmes de la vie, en butte à de sauvages

Houles, le coeur se lasse, et nos corps, usés, meurent. »

De façon plus surprenante, c’est encore Aphrodite qui est à l’origine de la vue, selon la même loi :

« Aphrodite a uni sous son joug les 2 yeux, 

Infatigable paire; à eux deux, ils produisent

L’image unique. »

Empédocle. Traduit par Marguerite Yourcenar. La Couronne et la Lyre. Poésie Gallimard.

Pour finir – parce qu’il y en a encore bien d’autres ! -, cette qualité de la vue, de l’éveil de l’entendement, se retrouve aussi chez la poétesse Nossis, être un privilège d’Aphrodite.

Eloge de l’Amour

« La douceur de l’amour surpasse toutes choses, 

Croyez-m’en, moi, Nossis. Le miel a moins de prix.

Celle qui n’a pas eu le baiser de Cypris

Ne sait pas distinguer quelles fleurs sont les roses. »

Nossis. Traduit par Marguerite Yourcenar. La Couronne et la Lyre. Poésie Gallimard

Eros contre Aphrodite ?

La Grèce ancienne avait déjà son dieu du désir. Dans la Théogonie d’Hésiode, Eros est un dieu primordial dans le sens d’archaïque, un de ceux qui viennent en premier. Après Chaos et à l’opposé de lui, il est un ordonnateur. Le désir régule, met de l’ordre. Il va concerner l’ensemble des êtres, l’ensemble du vivant. Le désir est un principe premier qui permet au vivant de se stabiliser et au monde d’être monde. le principe même de la vie. C’est un dieu fondamental.

Plus tard est venue Aphrodite, déesse de l’Amour et de la Beauté. Comme Eros, elle inspire le désir et pourtant, quel besoin a-t-on eu d’une divinité de plus pour un principe déjà incarné par Eros ? Le fait est qu’Aphrodite n’est pas une déesse primordiale. Elle concerne le monde grec civilisé où règne la religion des Olympiens. Elle est plus récente et inclut cette notion strictement de civilisation : la Beauté.

En effet, la beauté se définit par rapport à une norme qui s’oppose à celle de la laideur. Et pour l’établir, il faut qu’un certain sens du goût se soit développé selon des normes établies au fil de longues générations d’individus vivant en société. Ainsi, il y a des pays où les femmes les plus grosses sont considérées comme les plus belles et où on les fait grossir pour qu’elles prennent de la valeur, et des pays où on les veut minces et où les techniques pour les faire maigrir se multiplient, chacun selon les normes de société qu’il a établies.

Par le biais de la Beauté qu’elle représente, Aphrodite recouvre ainsi l’Amour humain, celui qui a inclus des règles de civilisation comme valant plus que celles qui régissent le vivant. On le voit très clairement dans l’accessoire qui permet à la déesse d’inspirer ce désir, sa ceinture, ou, comme le dit l’Iliade, le ruban doré qu’elle porte sur son sein et qui contient tous les désir possibles, tous les charmes et propos amoureux, en bref, toutes les perspectives d’amour.Comment ne pas voir dans tout cela la présence de la civilisation, de l’humain trop humain et de l’expression de la pensée ?

Le désir ne passe plus par le corps mais par le mental. Dans cette utilisation du ruban ou de la ceinture, on peut déjà noter que c’est un accessoire qui ne peut être inventé que par des hommes dotés d’une culture qui a le pouvoir d’inspirer l’amour. C’est un objet culturel, un accessoire de mode, en somme, qui contient la trame de tous les désirs. Les désirs eux-mêmes sont inscrits, définis par la ceinture ou le ruban. Or, la sexualité humaine répond aussi à des codes de société : ce qu’elle admet, ce qu’elle refuse, ce qui est tabou, ce qui est transgression, ce qu’elle valorise, etc. Tout cela est contenu dans une ceinture ou un ruban sans qu’on nous en explique le contenu. Nul n’est besoin, d’ailleurs, ceux qui écoutent l’Iliade à l’époque où elle était encore chantée, savent très bien ce que le désir recouvre.

Aujourd’hui que les codes ont changé, nous pouvons mettre dans cette ceinture ou ce ruban tout ce que nous-mêmes savons et acceptons du désir humain mais ce sera certainement différent de ce qui était admis il y a plus de deux millénaires. Enfin, dernier point, le ruban est près de son sein. Le sein n’est pas forcément ce qu’on croit qu’il désigne. De fait, on en parle aussi pour l’homme car le sein désigne d’une manière plus générale, l’endroit de la poitrine. La poitrine est ce qui renferme le coeur, le coeur était, pour les Grecs anciens, le siège des émotions :  » Calme-toi mon coeur ! », demande Ulysse en proie à des émotions trop fortes. Aimer, désirer, passent donc désormais par la tête et le coeur.

Plus tard dans la culture grecque – bien que les variantes du mythe permettent encore d’autres possibilités -, et plus encore dans la civilisation romaine, Eros devient le fils d’Aphrodite. De ses flèches qu’il décoche, il fait s’éprendre soudain quelqu’un de quelqu’un d’autre, à la demande de sa mère qui a toujours une bonne raison. Pourquoi ?

Peut-être pour mettre plus d’ordre et de raison qu’il n’y en avait dans les mythes grecs. En effet, pour punir Aphrodite, Zeus la fit s’éprendre d’un mortel. Cela ne peut donc être son privilège. Et la ceinture ? Elle la prête à Héra qui la lui demande lors de la guerre de Troie, mais à part elle, qui se permettra de la lui demander pour l’utiliser à son avantage ? De ce fait, Aphrodite en reste seule l’utilisatrice, et dans ce cas qui peut charmer quelqu’un en dehors d’elle ? Le mystère de l’Amour continue ainsi de rester entier, les explications restant contradictoires si ce n’est incohérentes.

Avec Eros-Cupidon qui lance ses flèches, on a une métaphore acceptable de la façon dont le fait de tomber amoureux nous atteint soudainement, avec violence et de façon assez durable, comme si on avait été touché par une pointe empoisonnée. Aphrodite qui décide de qui sera touché exprime le fait qu’il y a forcément une raison à cet état mais qu’elle n’est pas accessible, que c’est une force supérieure, un dieu qui en décide. C’est l’allégorie qui illustre la maxime :  » Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point. ». La raison inconnue est celle décidée par la déesse.

Dans une société aussi policée et urbaine que l’athénienne et plus tard la civilisation romaine, le sauvage et primordial Eros ne peut plus être. Il devient un petit archer au service d’un chef tout-puissant dont on ne remet pas en question les ordres, un petit archer qui n’est plus l’ordonnateur du chaos mais le petit fauteur de trouble dans une société très organisée.

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